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« Il ne protestera pas, il ne criera pas. »

20 juillet 2019

Écoute le prophète annoncer notre Seigneur. Il le compare à l’agneau, à la brebis, les plus innocents des animaux : « Il a été conduit à l’abattoir comme un agneau, il se taisait comme une brebis devant le tondeur » (Is 53,7). (…) Notre Seigneur n’a pas été comparé à un lion quand il a été conduit à la mort. (…) Comme un agneau, une brebis, il gardait le silence quand il a été conduit à la Passion et à la mort : « Il se taisait comme une brebis devant le tondeur. Il n’a pas ouvert la bouche » dans son humiliation.

Confirmant la parole de la prophétie par sa conduite, il a gardé le silence quand ils l’ont emmené, il s’est tu quand ils l’ont jugé, il ne s’est pas plaint quand ils l’ont flagellé, il n’a pas discuté quand ils l’ont condamné, il ne s’est pas irrité quand ils l’ont ligoté. Il n’a pas murmuré quand ils lui ont frappé les joues, il n’a pas crié quand il a été dépouillé de ses vêtements, comme une brebis de sa toison. Il ne les a pas maudits quand ils lui ont donné le fiel et le vinaigre ; il ne s’est pas irrité contre eux quand ils l’ont cloué sur le bois.

Philoxène de Mabboug

 

 

Entrer dans le repos de Dieu

19 juillet 2019

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. (…) Et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite » (Gn 1,31-2,2). Nous voyons que les œuvres de Dieu sont bonnes, et nous verrons son repos après nos œuvres si elles sont bonnes. C’est en signe de ce repos qu’il a prescrit au peuple des Hébreux l’observance du sabbat. Mais ils le pratiquaient d’une manière si matérielle qu’ils incriminaient notre Seigneur quand ils le voyaient opérer notre salut ce jour-là. Cela leur a valu cette réponse parfaitement juste : « Mon Père, jusqu’à maintenant, est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5,17), non seulement en gouvernant toute la création avec lui, mais encore en opérant notre salut.

Mais quand la grâce a été révélée, les fidèles ont été relevés de l’observance du sabbat qui consistait dans le repos d’un jour. Maintenant, par la grâce, le chrétien observe un sabbat perpétuel, si tout ce qu’il fait de bon il le fait dans l’espoir du repos à venir et s’il ne se glorifie pas de ses bonnes œuvres comme si elles étaient son propre bien et pas quelque chose qu’il a reçu. En agissant ainsi et en recevant et regardant le sacrement du baptême comme un sabbat, c’est-à-dire comme le repos du Seigneur dans son tombeau (Rm 6,4), il se repose de ses œuvres anciennes, marche dans les sentiers d’une vie nouvelle, et reconnaît que Dieu agit en lui, Dieu qui tout à la fois agit en lui en tant qu’il gouverne ses créatures comme il faut, et se repose, en tant qu’il a en lui la tranquillité éternelle.

Dieu ne s’est pas fatigué en créant, ni reposé en cessant de créer ; mais par le langage de la Sainte Écriture, il a voulu nous inspirer le désir de son repos. (…) Il a voulu sanctifier ce jour (…) comme si, même pour lui qui ne se fatigue pas au travail, le repos avait plus de prix que l’action. C’est bien ce que nous enseigne l’Évangile quand le Sauveur nous dit que Marie, quand elle s’est assise et tenue en repos à ses pieds pour écouter sa parole, a choisi une part meilleure que celle de Marthe, même si celle-ci s’affairait de bonnes œuvres en vue du service (Lc 10,39s).

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

 

« Prenez sur vous mon joug et vous trouverez le repos pour votre âme. » (Mt 11,29)

18 juillet 2019

Par nature seul Dieu est bon. Mais l’homme aussi devient bon par le soin qu’il prend de sa conduite, sur la voie du vrai bien, en se transformant en ce qu’il n’est pas, quand l’âme, par le souci du bien, s’unit à Dieu autant que le veulent ses facultés qu’elle met en œuvre. (…)

De même que la mer, si l’on y verse de l’huile quand elle est agitée, cède naturellement, les vagues se laissant vaincre par l’onction de l’huile, de même notre âme, lorsqu’elle reçoit l’onction de la douceur du Saint-Esprit, s’apaise volontiers. Car elle se laisse vaincre avec joie, comme dit le Saint : « Mais soumets-toi à Dieu, mon âme » (Ps 61(62),6 LXX), par cette impassibilité et cette douceur indicibles qui la couvrent de leur ombre. C’est pourquoi, si nombreuses que soient les provocations auxquelles les démons se livrent contre l’âme, celle-ci reste sans colère et pleine de toute joie. Mais c’est là un état auquel nul ne parvient et dans lequel nul ne demeure s’il n’apaise pas continuellement son âme par la crainte de Dieu. (…)

De même que la cire, si elle n’a pas été chauffée ou amollie longtemps, ne peut recevoir le sceau qu’on applique sur elle, de même l’homme, s’il n’a pas connu l’épreuve des peines et des faiblesses, ne peut porter en lui le sceau de la vertu de Dieu. C’est pourquoi le Seigneur dit au merveilleux Paul : « Ma grâce te suffit. Car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2Cor 12,9). Et l’Apôtre lui-même se glorifie en disant : « C’est donc de tout cœur que je me glorifierai de mes faiblesses, afin que demeure sur moi la puissance du Christ » (2Cor 12,9).

Diadoque de Photicé (v. 400-?)

« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

17 juillet 2019

Si vous saviez, le plaisir que Dieu prend à voir qu’une pauvre fille de village, une pauvre [religieuse] Fille de la Charité, s’adresse avec amour à lui, oh, vous iriez avec plus de confiance que je ne vous puis conseiller. Si vous saviez combien de science vous y puiserez, combien d’amour et de douceur vous y trouverez ! Vous y trouverez tout, car c’est la fontaine et la source de toutes les sciences, [de toute connaissance].

D’où vient que vous voyez des gens sans lettres parler si bien de Dieu, développer les mystères avec plus d’intelligence que ne ferait un docteur ? Un docteur qui n’a que sa doctrine parle de Dieu vraiment en la manière que sa science lui a apprise ; mais une personne d’oraison en parle d’une tout autre manière. Et la différence des deux, vient de ce que l’un en parle par simple science acquise, et l’autre par une science infuse toute pleine d’amour, de sorte que le docteur, en ce[tte] rencontre, n’est point le plus savant. Et il faut qu’il se taise là où il y a une personne d’oraison, car elle parle de Dieu tout autrement qu’il ne peut le faire.

Saint Vincent de Paul (1581-1660)

 

 

 

16 juillet 2019

 

 

 

« La conversion proclamée en son nom… à toutes les nations » (Lc 24,47)

16 juillet 2019

Race entière des hommes, rois et princes, riches et pauvres, moines et gens du monde (…), écoutez-moi maintenant raconter la grandeur de l’amour de Dieu pour les hommes ! J’ai péché contre lui comme aucun autre homme au monde (…). Pourtant, je le sais, il m’a appelé et j’ai répondu aussitôt. (…) Il m’a appelé à la pénitence, et aussitôt j’ai suivi mon Maître. Quand il s’éloignait, je le poursuivais (…) ; ainsi il partait, il venait, il se cachait, il apparaissait, et moi je ne retournais pas en arrière, je ne me décourageais jamais, je n’ai pas abandonné la course (…).

Quand je ne le voyais pas, je le cherchais. J’étais plein de larmes, j’interrogeais tout le monde, tous ceux qui, un jour, l’avaient vu. Qui est-ce que j’interrogeais ? Pas les sages de ce monde ni les savants, mais les prophètes, les apôtres, les pères — les sages qui possèdent en vérité cette sagesse qu’il est lui-même, lui le Christ, sagesse de Dieu (1Co 1,24). Avec des larmes et une grande peine de cœur je leur demandais de me dire où, un jour, ils l’avaient vu (…). Et, voyant mon désir, voyant que je considérais tout ce qu’il y a dans le monde et le monde lui-même comme rien à mes yeux (…), il s’est fait voir tout entier à moi tout entier. Lui qui est hors du monde et qui porte le monde et tous ceux qui sont dans le monde en les tenant d’une seule main, les choses visibles comme les invisibles (Col 1,16), il est venu à ma rencontre. D’où et comment est-il venu ? Je ne sais pas. (…) La parole est incapable d’exprimer l’inexprimable. Seuls connaissent ces réalités ceux qui les contemplent. C’est pourquoi, ce n’est pas avec des mots mais des actes qu’il faut nous hâter de rechercher, de voir et d’apprendre la richesse des mystères divins, celle que donne le Maître à ceux qui la cherchent.

Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

 

 

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi. »

15 juillet 2019

C’est à ceux qui sont embrasés d’amour, ou plutôt à ceux qu’il veut embraser de cet amour, que le Sauveur adresse ces paroles. Notre Seigneur n’a pas détruit, mais réglé l’amour que l’on doit à ses parents, à son épouse, à ses enfants. Il n’a pas dit : « celui qui les aime », mais « celui qui les aime plus que moi » (…) Aime ton père, mais aime davantage le Seigneur ; aime celui qui t’a donné le jour, mais aime encore plus celui qui t’a créé. Ton père t’a donné le jour, mais ne t’a pas créé, car il ne savait pas en t’engendrant qui tu serais ou ce que tu deviendrais. Ton père t’a nourri, mais il n’est pas l’origine du pain qui apaisait ta faim. Enfin, il faut que ton père meure pour que tu hérites de ses biens, mais tu partageras l’héritage que Dieu te destine en demeurant avec lui éternellement.

Aime donc ton père, mais pas plus que ton Dieu ; aime ta mère, mais aime plus encore l’Église, qui t’a engendré à la vie éternelle. (…) En effet, si tu dois tant de reconnaissance à ceux qui t’ont engendré à une vie mortelle, quel amour dois-tu à ceux qui t’ont engendré pour l’éternité ? Aime ton épouse, aime tes enfants selon Dieu, pour les amener à servir Dieu avec toi, et lorsque vous lui serez réunis, vous ne craindrez pas d’être séparés. Ton amour pour ta famille serait bien imparfait si tu ne les conduisais pas à Dieu. (…)

Prends la croix et suis le Seigneur. Ton Sauveur lui-même, tout Dieu qu’il était dans la chair, revêtu de ta chair, lui aussi a montré des sentiments humains lorsqu’il a dit : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26,39). (…) La nature de serviteur dont il s’est revêtu pour toi a fait entendre la voix de l’homme, la voix de la chair. Il a pris ta voix afin d’exprimer ta faiblesse, et te donner sa force (…), et te montrer quelle volonté préférer.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Le Christ vient au secours de l’humanité blessée

14 juillet 2019

« ‘Quel est le grand et le premier commandement de la Loi ?’ Jésus lui répond : ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même’ » (Mt 22,36-39). L’amour de Dieu nous épargne la mort, et l’amour de l’homme le péché, car personne ne pèche contre celui qu’il aime. Mais quel est le cœur qui puisse posséder en plénitude l’amour pour ses proches ? Quelle est l’âme qui puisse faire fructifier en elle, à l’égard de tout le monde, l’amour semé en elle par ce précepte : « Aime ton comme toi-même » ? Nos moyens sont incapables, par eux seuls, d’être les instruments de cette volonté rapide et riche de Dieu : seul y suffit le fruit de la charité semé par Dieu lui-même.

Dieu peut, de par sa nature, accomplir tout ce qu’il veut ; or il veut donner la vie aux hommes. Les anges, les rois et prophètes (…) sont passés, mais les hommes n’ont pas été sauvés — jusqu’à ce que descende des cieux Celui qui nous tient par la main et qui nous ressuscite.

Saint Ephrem (v. 306-373)

 

 

Se prononcer pour le Christ devant les hommes

13 juillet 2019

Chaque jour tu peux être témoin du Christ. Tu étais tenté par l’esprit d’impureté, mais (…) tu as jugé qu’il ne fallait pas souiller la chasteté de l’esprit et du corps : tu es martyr, c’est-à-dire témoin, du Christ. (…) Tu étais tenté par l’esprit d’orgueil, mais en voyant le pauvre et l’indigent, tu as été saisi d’une tendre compassion, tu as préféré l’humilité à l’arrogance : tu es témoin du Christ. Mieux que cela : tu n’as pas donné ton témoignage en parole seulement mais aussi en action.

Quel est le témoin le plus sûr ? « Celui qui confesse que le Seigneur Jésus est venu parmi nous dans la chair » (1Jn 4,2) et qui observe les préceptes de l’Évangile. (…) Combien y en a-t-il chaque jour, de ces martyrs cachés du Christ, qui confessent le Seigneur Jésus ! L’apôtre Paul a connu ce martyre-là et le témoignage de foi rendu au Christ, lui qui a dit : « Notre sujet de fierté, c’est le témoignage de notre conscience » (2Co 1,12). Car combien ont confessé la foi extérieurement mais l’ont niée intérieurement ! (…) Sois donc fidèle et courageux dans les persécutions intérieures pour triompher aussi dans les persécutions extérieures. Dans les persécutions du dedans également, il y a « des rois et des gouverneurs », des juges au pouvoir redoutable. Tu en as un exemple dans les tentations subies par le Seigneur (Mt 4,1s).

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. »

12 juillet 2019

Notre Seigneur Jésus Christ demande de nous la simplicité de la colombe, qui consiste à dire les choses tout simplement, comme on les pense, sans réflexions inutiles, et à agir tout bonnement, sans déguisement, ni artifice, ne regardant que Dieu seul ; pour cela chacun de nous s’efforcera de faire toutes ses actions dans ce même esprit de simplicité, se représentant que Dieu se plaît à se communiquer aux simples et à leur révéler ses secrets, lesquels il tient cachés aux sages et aux prudents de ce monde (Mt 11,25). Mais en même temps que Jésus Christ nous recommande la simplicité de la colombe, il nous ordonne d’user de la prudence du serpent, laquelle est une vertu qui nous fait parler et agir avec discrétion. (…)

Notre Seigneur, disant aux apôtres qu’il les envoyait comme brebis parmi les loups, leur dit en même temps qu’il fallait être prudent comme serpents et simple comme colombes. Puis il ajoute : « Prenez garde ; les hommes vous garderont devant les tribunaux (…) à cause de moi. Mais quand ils vous livreront, ne soyez pas en souci de ce que vous direz (…) » Il parle premièrement de la prudence et puis de la simplicité ; l’une est pour aller comme des brebis au milieu des loups, où ils couraient risque d’être maltraités. « Soyez prudents, leur dit-il, soyez avisés, et néanmoins soyez simples. » « Prenez garde des hommes » : prenez garde à vous selon la prudence ; mais si vous êtes exposés devant les juges, ne vous mettez en peine de vos réponses. Voilà la simplicité. Vous voyez que notre Seigneur lie ces deux vertus, en sorte qu’il veut qu’on s’en serve dans une même occasion ; il nous recommande d’en user également et nous fait entendre que la prudence et la simplicité s’accordent bien ensemble quand elles sont bien comprises.

Saint Vincent de Paul (1581-1660)