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« Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Toi, suis-moi. »

18 mai 2024

Je suis tienne, pour toi je suis née,
Que veux-tu faire de moi ?
Majesté souveraine,
Éternelle Sagesse,
Bonté si bonne pour mon âme,
Toi, Dieu, Altesse, Être unique, Bonté,
Vois mon extrême bassesse,
Moi qui te chante aujourd’hui mon amour.
Que veux-tu faire de moi ?
Je suis tienne, puisque tu m’as créée,
Tienne, puisque tu m’as rachetée,
Tienne, puisque tu me supportes,
Tienne, puisque tu m’as appelée,
Tienne, puisque tu m’as attendue,
Tienne puisque je ne suis pas perdue,
Que veux-tu faire de moi ?
Que veux-tu donc, Seigneur très bon,
Que fasse un si vil serviteur ?
Quelle mission as-tu donnée
A cet esclave pécheur ?
Me voici, mon doux amour,
Doux amour, me voici.
Que veux-tu faire de moi ?
Voici mon cœur,
Je le dépose dans ta main,
Avec mon corps, ma vie, mon âme,
Mes entrailles et tout mon amour.
Doux Époux, mon Rédempteur,
Pour être tienne, je me suis offerte,
Que veux-tu faire de moi ?
Donne-moi la mort, donne-moi la vie,
La santé ou la maladie
Donne l’honneur ou le déshonneur,
La guerre ou la plus grande paix,
La faiblesse ou la pleine force,
À tout cela, je dis oui :
Que veux-tu faire de moi ? …
Je suis tienne, pour toi je suis née,
Que veux-tu faire de moi ?

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

 

 

 

« Je donnerai ma vie pour toi. » (Jn 13,37)

17 mai 2024

Après avoir parlé à Pierre de l’amour [qu’il devait avoir], Jésus lui prédit le martyre qui lui est destiné. Il lui déclare ainsi toute la confiance qu’il met en lui.

Pour nous donner un exemple d’amour et nous enseigner la meilleure manière de l’aimer, il dit : « Quant tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, d’autres noueront ta ceinture et te conduiront où tu ne veux pas » (Jn 21,18). C’est du reste ce que Pierre avait voulu et désiré ; voilà pourquoi Jésus lui parle ainsi. Pierre avait dit en effet : « Je donnerai ma vie pour toi » (Jn 13,37) et « même s’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26,35). Jésus accède donc à son désir. Il lui tient ce langage non pour l’effrayer mais pour ranimer son ardeur. Il connaît son amour et son impétuosité ; il peut lui annoncer le genre de mort qui lui est réservé. Pierre désirait depuis toujours braver les dangers pour le Christ. « Aie confiance, lui dit Jésus, tes désirs seront comblés ; ce que tu n’as pas supporté dans ta jeunesse, tu l’endureras dans ta vieillesse. »

Et pour attirer l’attention du lecteur, l’évangéliste ajoute : « Il parlait ainsi pour lui signifier par quel genre de mort il allait glorifier Dieu » (Jn 21,19). Tu apprendras par cette parole que souffrir pour le Christ est une gloire et un honneur.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

 

« Qu’ils contemplent ma gloire ! » (Jn 17,24)

16 mai 2024

Toi qui es là-haut avec le Père et qui te trouves avec nous, (…)
tu nous as montré la lumière de ta gloire immaculée,
donne-la moi, oui, maintenant encore, qu’elle ne me quitte plus !
donne-moi de toujours te contempler en elle, ô Verbe,
de saisir telle qu’elle est ta beauté inaccessible
qui, demeurant absolument insaisissable,
frappe et foudroie mon intelligence, transporte mon esprit
et allume en mon cœur le feu de ton amour !

C’est cette lumière qui, se déployant en flamme du désir divin,
me fait voir plus distinctement ta gloire, ô mon Dieu ;
cette gloire, en t’adorant je t’en supplie, Fils de Dieu, accorde-moi,
dès maintenant et dans l’avenir, de la posséder inamissible
et par elle de te contempler, Dieu, éternellement ! (…)

Oui, Pasteur compatissant, bon et doux,
qui veux le salut de tous ceux qui croient en toi,
aie pitié, exauce cette prière que je t’adresse :
Ne t’irrite pas, ne détourne pas de moi ton visage,
mais enseigne-moi à accomplir ta volonté,
car je ne cherche pas à ce que ma volonté à moi se fasse,
mais la tienne, afin de te servir, Miséricordieux !

Je t’en conjure, aie pitié, toi qui es naturellement pitoyable,
et fais ce qui est utile à mon âme misérable,
parce que toi, toi seul es le Dieu ami de l’homme,
incréé, sans fin, tout-puissant, véritablement,
vie et lumière de ceux qui t’aiment
et sont par toi, Ami de l’homme, tellement aimés !
Range-moi parmi eux, Maître, et de ta gloire divine
rends-moi participant, fais-moi cohéritier,
car à toi, Père, avec le Fils coéternel
et l’Esprit divin, appartient la gloire dans les siècles de siècles. Amen.

Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

 

 

 

Écoute, Seigneur mon Dieu, cette prière pour ton peuple !

15 mai 2024

Dieu de miséricorde, écoute la prière que je fais pour ton peuple. Ma fonction m’y oblige, mon cœur m’y incline et la considération de ta bonté m’y porte. Tu sais, doux Seigneur, combien je les aime, comment mon cœur leur est donné et à quel point ma tendresse leur est acquise. tu sais, mon Seigneur, que c’est sans dureté ni esprit de domination que je leur commande et combien je désire davantage leur être utile dans la charité que d’être le premier parmi eux, leur être soumis dans l’humilité et uni dans l’affection, tout comme l’un d’entre eux.

Aussi écoute-moi, Seigneur mon Dieu : écoute-moi, et que tes yeux soient ouverts sur eux jour et nuit. Étends tes ailes et protège-les, Seigneur très bon ; étends ta droite sainte et bénis-les ; répands dans leurs cœurs ton Esprit Saint, et qu’il les garde dans l’unité d’esprit et le lien de la paix, dans la chasteté de la chair et l’humilité de l’âme. (…)

Que sous l’action de ton Esprit, doux Seigneur, ils aient la paix en eux-mêmes, entre eux et avec moi ; qu’ils soient modestes, bienveillants ; qu’ils s’obéissent, s’entraident et se supportent mutuellement. Qu’ils aient la ferveur de l’esprit, la joie de l’espérance, une patience inlassable dans la pauvreté, l’abstinence, les travaux et les veilles, le silence et le recueillement. Sois au milieu d’eux selon ta ferme promesse. Et puisque tu sais ce dont chacun a besoin, je t’en prie, raffermis en eux ce qu’il y a de faible, (…), guéris ce qui est malade, apaise leurs chagrins, ranime les tièdes, rassure les instables, que tous se sentent aidés de ta grâce dans leurs besoins et leurs tentations.

Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

 

 

 

La Sagesse nous emporte dans ses desseins d’amour

14 mai 2024

La Sagesse est Sagesse d’amour. Elle est au service de Dieu qui est amour. Or l’amour est le bien diffusif de soi. Il a besoin de se répandre et trouve sa joie à se donner. Sa joie est à la mesure du don qu’il fait et de sa qualité. Parce qu’elle est tout entière au service de Dieu, la Sagesse va utiliser toutes ses ressources pour diffuser l’amour. Il n’est donc pas étonnant que cette Sagesse d’amour trouve sa joie auprès des enfants des hommes, parce que dans leur âme elle peut répandre le meilleur de ses dons créés, la grâce, qui est une participation à la nature et à la vie de Dieu. (…)

La Sagesse d’amour est essentiellement active. Le mouvement ne lui est pas un état passager : il est constant. Si le bien diffusif de soi qu’est l’amour cessait un instant de se répandre, il ne serait plus amour. L’amour qui s’arrête se transforme en égoïsme. Dieu engendre sans cesse son Fils, du Père et du Fils procède constamment le Saint-Esprit ; c’est pourquoi Dieu est éternel Amour. L’amour qui nous est donné ne saurait s’arrêter en nos âmes. Il a besoin de remonter vers sa source et il veut par nous continuer son mouvement de diffusion de lui-même.

En nous conquérant, la Sagesse d’amour nous fait entrer dans l’intimité divine, mais elle nous emporte vers son but dans la réalisation de ses desseins d’amour. Elle nous transforme immédiatement en canaux de sa grâce et en instruments de ses œuvres. L’amour est essentiellement dynamique et dynamogène. (…) La Sagesse d’amour conquiert les âmes moins pour elles-mêmes que pour son œuvre. Elle n’a qu’un but qui est l’Église. Elle nous choisit comme membres de l’Église, pour que nous y tenions une place et y remplissions une mission.

Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)

 

 

 

Vaincre le monde par notre foi

13 mai 2024

Ce qui rend notre victoire si précieuse, c’est qu’elle est, elle-même, un insigne don d’amour que le Christ nous fait : il l’a payé de son sang. Écoutez ce que disait Notre-Seigneur à ses disciples, à la fin de sa vie : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (cf. Jn 16,33).

Et comment l’a-t-il vaincu, ce monde ? Est-ce par de l’or ? Est-ce par l’éclat des actions extérieures ? Non, pour le monde, le Christ n’était que « le fils d’un artisan » de Nazareth (cf. Mt 13,55). Il a été humble toute sa vie. Il est né dans une étable, il a vécu dans un atelier ; durant ses courses apostoliques, il n’avait pas toujours de gîte, de place même où reposer la tête. La sagesse du monde eût haussé les épaules à l’idée qu’on pût triompher d’elle par la pauvreté et le renoncement. Est-ce par le succès temporel, immédiat, de ses entreprises ou encore par d’autres avantages humains propres à s’imposer et à dominer ? Non encore : il a été bafoué, crucifié. Aux yeux des « sages » d’alors, sa mission échouait lamentablement sur la croix. Ses disciples sont dispersés, la foule hoche la tête ; les pharisiens ricanent : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ; qu’il descende donc de la croix, et alors, ‒ mais alors seulement, ‒ nous croiront en lui ! » (Mt 27,42).

Et pourtant, l’échec n’était qu’apparent ; c’est à ce moment précis que le Christ remportait en réalité la victoire ; aux yeux du monde, au point de vue naturel, le Christ était un vaincu ; mais aux yeux de Dieu, il était, à cet instant même, vainqueur du prince des ténèbres et vainqueur du monde : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde ». (…) Jésus donne à ses disciples de pouvoir également vaincre le monde. Mais comment les fait-il participer à sa victoire ? En leur conférant, par la foi qu’ils ont en lui, l’adoption divine qui les rend enfants de Dieu.

Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

 

 

 

La communion dans l’unité de la foi

12 mai 2024

L’Église est unie par un lien de charité mutuelle si fort qu’elle est une dans la pluralité de ses membres et mystérieusement toute en chacun, à tel point que, si l’Église universelle tout entière est présentée avec raison comme la seule et unique Épouse du Christ, on croit aussi que, par le mystère du sacrement, chaque âme est l’Église en sa plénitude. Une en tous et toute en chacun, elle est simple dans la pluralité de ses membres grâce à l’unité de la foi, et multiple en chacun d’eux grâce à la diversité des charismes joints par le ciment de la charité, car tous viennent de l’Un. (…)

Le secret de cette indivisible unité, le Verbe le dévoilait lorsqu’il disait au Père en parlant de ses disciples : « Ce n’est pas pour eux seuls que je prie, mais pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un. » (Jn 17, 20-21) Si donc ceux qui croient au Christ sont un, le corps tout entier est présent par le mystère du sacrement là où les yeux de la chair ne voient qu’un seul membre. (…)

La nécessité de cette communion dans le Christ était considérée par nos Pères comme tellement certaine qu’ils l’ont insérée dans le symbole de la profession de foi catholique et qu’ils nous ont ordonné de la répéter souvent parmi les rudiments de la foi chrétienne. Car aussitôt après avoir dit : « Je crois en l’Esprit Saint, en la Sainte Église », nous ajoutons : « en la communion des saints », afin que dans l’acte même où nous rendons témoignage à Dieu de notre foi, nous affirmions aussi la communion de l’Église, qui est une avec lui. Cette communion des saints dans l’unité de la foi est telle que, croyant en un seul Esprit Saint, ils sont admis par la grâce de l’adoption à l’unique vie éternelle.

Saint Pierre Damien (1007-1072)

 

 

 

 

Si tu l’imites, tu lui seras semblable

11 mai 2024

Quand tu connaîtras Dieu tel qu’il est, tu auras un corps immortel et incorruptible comme l’âme et tu détiendras le Royaume des cieux. Puisque, pendant ta vie sur terre, tu as reconnu le roi céleste, tu seras le familier de Dieu et le cohéritier du Christ, et non plus l’esclave des convoitises, des passions et des maladies, car tu seras devenu Dieu.

Les souffrances que tu as endurées en tant qu’homme, Dieu te les as données parce que tu es un homme ; mais tout ce qui appartient à Dieu, Dieu promet de te l’accorder lorsque tu seras divinisé et devenu immortel. « Connais-toi toi-même » en reconnaissant Dieu qui t’a fait. Il convient à celui que Dieu appelle de le reconnaître et d’être reconnu de lui. (…)

« Le Christ est Dieu au-dessus de tout » (Rm 9,5) et il a ordonné que le péché des hommes soit lavé, pour recréer à neuf le vieil homme qu’il avait nommé son image dès le commencement, et te témoigner par là sa tendresse. Si tu obéis à ses commandements et si, par ta bonté, tu imites celui qui est bon, tu lui seras semblable et il t’honorera ; car Dieu n’est pas dans l’indigence, et il te fera Dieu pour sa gloire.

Saint Hippolyte de Rome (?-v. 235)

 

 

 

« Votre peine se changera en joie. » (Gv 16,20)

10 mai 2024

Dès lors que le plaisir des sens suscite l’affliction, c’est-à-dire la peine de l’âme (car les deux sont l’un pour l’autre la même chose), le plaisir de l’âme engendre naturellement l’affliction, c’est-à-dire la peine des sens. Celui qui recherche la vie qu’il espère, la vie de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ, par la résurrection des morts, dans l’héritage gardé aux cieux hors de toute corruption, de toute souillure et de toute flétrissure ( cf. 1 P 1,4), a dans l’âme une réjouissance et une joie ineffable : il est continuellement radieux, illuminé par l’espérance des biens à venir, mais il a dans la chair et dans les sens une affliction, les peines qui lui viennent des tentations de toutes sortes et les souffrances qu’elle lui infligent.

Car le plaisir et la peine accompagnent toute vertu. La peine de la chair, quand celle-ci est privée des sens agréables et lisses. Et le plaisir de l’âme, quand celle-ci se réjouit dans les délices des raisons en esprit, pures de toute chose sensible. Il faut que durant la vie présente l’intelligence, maintenant affligée dans la chair – c’est ce que je pense – à cause des nombreuses peines des épreuves qui lui arrivent pour la vertu, se réjouisse toujours dans l’âme et soit comblée de plaisir à cause de l’espérance des biens éternels, quand bien même en elle les sens seraient accablés. « Car les souffrances du temps présent ne peuvent se comparer à la gloire à venir, qui doit se révéler en nous » (Rm 8,18), dit l’Apôtre divin.

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

 

 

 

Ascension du Seigneur, solennité

9 mai 2024

« Élevez-vous, portes éternelles : qu’il entre, le roi de gloire ! (…) Qui donc est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ; c’est lui, le roi de gloire » (Ps 23, 7.10). Ces versets s’appliquent merveilleusement à l’Ascension de Notre-Seigneur reçu au ciel par les chœurs des anges…

Que vous êtes bon, mon Dieu de nous consoler des tristesses de la terre par la vue de votre bonheur… Comme premier devoir vous nous commandez de vous aimer… Et si nous remplissons ce devoir, il en résulte immédiatement et nécessairement que nous sommes dès ce monde, pendant toute notre vie, merveilleusement, infiniment heureux. Nous partageons déjà en quelque sorte le bonheur des élus, puisque comme eux nous jouissons de ce qui fait leur bonheur, comme eux nous sommes heureux parce que nous vous savons heureux… À la vérité nous ne le voyons pas clairement pour eux, mais nous le savons indubitablement (…).

Quand nous sommes tristes, affligés des péchés des autres ou des nôtres, des souffrances physiques ou morales du prochain ou des nôtres, quand nous sentons venir le découragement, élevons nos cœurs, pensons que quoi qu’il nous arrive en ce monde et dans l’autre, quoi qu’il arrive au monde entier, notre bien-aimé est Jésus et que Jésus est bienheureux : il est monté aux cieux, assis à la droite de son Père et heureux pour l’éternité… Quand on aime, si le bien-aimé est heureux, rien ne manque… notre tout est heureux, c’est tout ce qu’il nous faut (…).

Si nous l’aimons, regardons-le et remercions-le sans fin comme les anges et comme l’Église à la vue de sa gloire : « Nous te rendons grâce pour ton immense gloire » (…). Daignez, mon Dieu, par votre grande miséricorde, faire de la vue de votre bonheur notre soutien ici-bas et notre félicité éternelle ! Amen.

Saint Charles de Foucauld (1858-1916)