ACCUEIL

Archive pour le mot-clef ‘Avent’

« Sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. »

lundi 23 décembre 2019

À propos de Jean le Baptiste, nous lisons chez Luc : « Il sera grand devant le Seigneur, et il ramènera beaucoup des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu, et lui-même marchera devant lui dans l’esprit et la puissance d’Élie, afin de préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé » (1,15-17). Pour qui donc a-t-il préparé un peuple, et devant quel Seigneur a-t-il été grand ? Sans aucun doute devant Celui qui a dit que Jean avait quelque chose de « plus qu’un prophète » et que « personne d’entre les enfants des femmes n’était plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,9.11). Car il préparait un peuple en annonçant d’avance à ses compagnons de servitude la venue du Seigneur et en leur prêchant la pénitence, afin que, lorsque le Seigneur serait présent, ils soient tous en état de recevoir son pardon, pour être revenus à Celui auquel ils s’étaient rendus étrangers par leurs péchés (…).

Oui, « dans sa miséricorde », Dieu « nous a visités, Soleil levant venu d’en haut ; il a brillé pour ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort, et il a dirigé nos pas sur le chemin de la paix » (Lc 1,78-79). C’est en ces termes que Zacharie, délivré du mutisme qu’il s’était attiré par son incrédulité et rempli d’un Esprit nouveau, bénissait Dieu d’une manière nouvelle. Car tout était dorénavant nouveau, du fait que le Verbe, par un processus nouveau, venait d’accomplir le dessein de sa venue dans la chair, afin que l’homme, qui s’en était allé hors de Dieu, soit réintégré par lui dans l’amitié de Dieu. Et c’est pourquoi cet homme apprenait à honorer Dieu d’une manière nouvelle (…)

Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

 

 

 

 

« Tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : ‘le Seigneur sauve’) »

dimanche 22 décembre 2019

« Voici, dit le prophète Isaïe, la Vierge portera et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, nom qui se traduit : Dieu avec nous » (7,14). Le nom de Sauveur « Dieu-avec-nous », donné par le prophète, signifie les deux natures de son unique personne. En effet, celui qui est Dieu, né du Père avant tous les siècles, c’est lui-même qui est Emmanuel à la fin des temps, c’est-à-dire Dieu avec nous. Il l’est devenu dans le sein de sa mère, parce qu’il a daigné accepter la fragilité de notre nature dans l’unité de sa personne, quand « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14). C’est-à-dire qu’il a commencé d’une manière admirable à être ce que nous sommes, sans cesser d’être ce qu’il était, en assumant notre nature, de façon à ne pas perdre ce qu’il était en lui-même. (…)

« Marie mit donc au monde son fils premier-né (…) et elle lui donna le nom de Jésus » (Lc 2,7.21). Donc, le nom de Jésus est celui du fils né de la Vierge, et signifie selon l’explication de l’ange qu’il sauvera son peuple de ses péchés. (…) C’est évidemment lui aussi qui sauvera de la destruction de l’âme et du corps, les suites du péchés.

Quant au nom de Christ, c’est le titre d’une dignité sacerdotale et royale. Car les prêtres et les rois, sous la Loi ancienne, étaient appelés christs à cause de la chrismation. Cette onction d’huile sainte préfigurait celui qui, en venant dans le monde comme vrai roi et prêtre, « a été consacré d’une onction de joie, comme aucun de ses semblables » (Ps 44,8). À cause de cette onction ou chrismation, le Christ en personne et ceux qui participent à la même onction, c’est-à-dire à la grâce spirituelle, sont appelés ‘chrétiens’. Du fait qu’il est Sauveur, le Christ peut nous sauver de nos péchés ; du fait qu’il est prêtre, il peut nous réconcilier avec Dieu le Père ; du fait qu’il est roi, qu’il daigne nous donner le Royaume éternel de son Père.

Saint Bède le Vénérable (v. 673-735)

 

 

 

 

« Comment cela va-t-il se faire ? » (Lc 1,34)

vendredi 20 décembre 2019

Dis-nous, bienheureux David, comment se fit cette descente du Verbe. « Il descendra comme la pluie sur la toison, et comme les gouttelettes s’écoulent sur la terre. » (Ps 71(72),6 LXX). (…) Comment la pluie descend sur la toison et comment les gouttelettes coulent sur la terre ? (…)

La pluie descend sur la toison sans bruit, sans secousse, sans aucune séparation ni division. Elle s’infiltre avec douceur, elle est recueillie avec calme, elle est bue avec délices. Ainsi les gouttelettes pénètrent la terre lentement et peu à peu, d’une manière si étonnante et si subtile qu’on les voit à peine entrer, et qu’elles ressortent en faisant pousser les plantes. De même, la rosée venant d’au-delà des eaux supracélestes est descendue dans le sein de la Vierge sans concours humain, sans mouvement de concupiscence, respectant son intégrité et laissant intact le sceau de sa virginité. Elle s’est infiltrée avec douceur, elle a été accueillie avec calme, elle s’est incarnée d’une manière ineffable. Elle a coulé aussi goutte à goutte sur la terre, sans paraître à l’arrivée, mais se produisant à la naissance. (…)

Nous venons de dire comment est descendu le Verbe de Dieu. Quant au lieu où il est descendu, il apparaît de même que c’est dans le sein de la Vierge qu’il est descendu : sein demeuré intact et immaculé, consacré par l’effet de l’onction divine.

Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)

 

 

 

« Zacharie repartit chez lui ; quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth devint enceinte. »

jeudi 19 décembre 2019

L’ange lui dit : « Dieu a exaucé la voix de ta prière ». Si Zacharie croyait que sa prière serait exaucée, il priait bien ; s’il ne croyait pas, il priait mal. Sa prière était sur le point d’être exaucée ; pourtant, il en a douté. C’est donc à bon droit qu’à ce moment même la parole s’est éloignée de lui. Auparavant, il priait pour obtenir un fils ; au moment où sa prière a été exaucée, il a changé et a dit : « Comment cela se fera-t-il ? » Puisque sa bouche a douté de sa prière, il a perdu l’usage de la parole (…). Tant que Zacharie croyait, il parlait ; dès qu’il n’a plus cru, il s’est tu. Tant qu’il croyait, il parlait : « J’ai cru et c’est pourquoi j’ai parlé » (Ps 115,10). Parce qu’il a méprisé la parole de l’ange, cette parole l’a tourmenté, afin qu’il honore par son silence la parole qu’il avait méprisée.

Il convenait que devienne muette la bouche qui avait dit : « Comment cela se fera-t-il ? », pour qu’elle apprenne la possibilité du miracle. La langue qui était déliée a été liée pour qu’elle apprenne que Celui qui avait lié la langue pouvait délier le sein. Ainsi donc, l’expérience a instruit celui qui n’avait pas accepté l’enseignement de la foi. (…) Il apprit ainsi que celui qui avait fermé une bouche ouverte pouvait ouvrir un sein fermé.

Saint Ephrem (v. 306-373)

 

 

 

 

 

« Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph. »

mercredi 18 décembre 2019

« Marie, sa mère, était fiancée. » Il aurait suffi de dire : Marie était fiancée. Que signifie une mère fiancée ? Si elle est mère, elle n’est pas fiancée ; si elle est fiancée, elle n’est pas encore mère. « Marie, sa mère, était fiancée » : fiancée par la virginité, mère par la fécondité. C’était une mère ne connaissant point d’homme, et pourtant qui a connu la maternité. Comment ne serait-elle mère avant d’avoir conçu, elle qui, après la naissance, est vierge et mère ? Quand n’était-elle pas mère, celle qui engendra le fondateur des temps qui a donné un commencement aux choses ? (…)

Pourquoi le mystère de l’innocence céleste se destine-t-il à une fiancée, et non une vierge encore libre ? Pourquoi la jalousie d’un fiancé doit-elle mettre en péril la fiancée ? Pourquoi tant de vertu semble-t-elle péché et le salut éternel danger ? (…) Quel mystère étreignons-nous là, mes frères ? Pas un trait de plume, pas une lettre, pas une syllabe, pas un mot, pas un nom, pas un personnage dans l’Évangile n’est vide de sens divin. Une fiancée est choisie, afin que déjà soit désignée l’Église, fiancée du Christ, selon la parole du prophète Osée : « Je te fiancerai à moi dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et dans l’amour, je te fiancerai à moi dans la fidélité » (2,21-22). C’est pourquoi Jean dit : « Celui qui a l’épouse est l’Époux » (Jn 3,29). Et saint Paul : « Je vous ai fiancés au seul Époux comme une vierge pure à présenter au Christ » (2Co 11,2). Ô véritable épouse, l’Église, qui par la naissance virginale [du baptême], engendre une nouvelle enfance du Christ !

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

 

 

 

 

« Béni est Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ (…) En lui, il nous a choisis avant la création du monde. » (Ep 1,3-4)

mardi 17 décembre 2019

L’Incarnation du Verbe, la Parole de Dieu, concerne le passé comme l’avenir ; aucun âge, si reculé soit-il, n’a été privé du sacrement du salut des hommes. Ce que les apôtres ont prêché, c’est ce que les prophètes avaient annoncé, et on ne peut pas dire que ce qui a été cru de tout temps a été accompli tardivement. En différant l’œuvre du salut, Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, nous a rendus plus aptes à répondre à son appel (…), grâce à ces annonces anciennes et fréquentes.

Il n’est donc pas vrai que Dieu a pourvu aux affaires humaines en changeant de dessein et mû par une miséricorde tardive : dès la création du monde, il a décrété pour tous une seule et même voie de salut. En effet, la grâce de Dieu, par laquelle tous ses saints ont toujours été justifiés, a grandi et non pas commencé lorsque le Christ est né. Ce mystère d’un grand amour, qui a maintenant rempli le monde entier, a déjà été aussi puissant en ses signes avant-coureurs ; ceux qui y ont cru quand il était promis n’en ont pas moins bénéficié que ceux qui l’ont reçu quand il a été donné.

Mes bien-aimés, c’est donc avec une bonté évidente que les richesses de la grâce de Dieu ont été répandues sur nous. Appelés à l’éternité, non seulement nous sommes soutenus par les exemples du passé, mais encore nous avons vu apparaître la vérité elle-même sous une forme visible et corporelle. Nous devons donc célébrer le jour de la naissance du Seigneur avec une joie fervente qui n’est pas de ce monde (…). Grâce à la lumière de l’Esprit Saint, sachez reconnaître celui qui nous a reçus en lui et que nous avons reçu en nous : car de même que le Seigneur Jésus est devenu notre chair en naissant, de même en retour nous sommes devenus son corps en renaissant. (…) Dieu nous a proposé l’exemple de sa bienveillance et de son humilité (…) : soyons donc semblables au Seigneur dans son humilité, si nous voulons lui ressembler dans sa gloire. Lui-même nous aidera et nous conduira jusqu’à l’accomplissement de ce qu’il a promis.

Saint Léon le Grand (?-v. 461)

 

 

 

 

« Nous ne savons pas. »

lundi 16 décembre 2019

Vraiment, mes frères, ce que Dieu promettait paraissait incroyable aux hommes : qu’à partir de cet état mortel où ils sont corruptibles, méprisables, faibles, poussière et cendre, ils deviendraient égaux aux anges de Dieu ! C’est pourquoi Dieu ne s’est pas contenté de faire avec les hommes le contrat de l’Écriture, pour qu’ils croient, mais il a établi un médiateur garant de sa foi : non pas un prince, un ange ou un archange, mais son Fils unique. Ainsi devait-il montrer et donner par son Fils lui-même le chemin par lequel il nous conduirait à cette fin qu’il nous a promise. Mais pour Dieu c’était trop peu de chose que son Fils nous montre le chemin : il a fait de lui le chemin (Jn 14,6) par lequel tu irais sous sa direction, le chemin que tu suivrais…

Que nous étions loin de lui ! Lui si haut et nous si bas ! Nous étions malades, sans espoir de guérison. Un médecin a été envoyé, mais le malade ne l’a pas reconnu, « car s’ils l’avaient connu, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire » (1Co 2,8). Mais la mort du médecin a été le remède du malade ; le médecin était venu le visiter et il est mort pour le guérir. Il a fait comprendre à ceux qui ont cru en lui qu’il était Dieu et homme : Dieu qui nous a créés, homme qui nous a recréés. Une chose se voyait en lui, une autre était cachée ; et ce qui était caché l’emportait de beaucoup sur ce qui se voyait… Le malade a été guéri par ce qui était visible, pour devenir capable de voir pleinement plus tard. Cette vision ultime, Dieu la différait en la cachant, il ne la refusait pas.

Saint Augustin

 

 

 

 

Troisième Dimanche de l’Avent

dimanche 15 décembre 2019

Pourquoi, une fois emprisonné, Jean le Baptiste envoie-t-il ses disciples demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? », comme s’il ne connaissait pas celui qu’il avait montré (…) ? Cette question trouve vite sa réponse si l’on examine le temps et l’ordre dans lesquels se sont déroulés les faits. Sur les rives du Jourdain, Jean a affirmé que Jésus était le Rédempteur du monde (Jn 1,29) ; une fois emprisonné, il demande pourtant s’il est bien celui qui doit venir. Ce n’est pas qu’il doute que Jésus soit le Rédempteur du monde, mais il cherche à savoir si celui qui était venu en personne dans le monde va aussi descendre en personne dans les prisons du séjour des morts. Car celui que Jean a déjà annoncé au monde en tant que précurseur, il le précède encore aux enfers par sa mort. C’est comme s’il disait clairement : « De même que tu as daigné naître pour les hommes, fais-nous savoir si tu daigneras aussi mourir pour eux, de sorte que, précurseur de ta naissance, je le devienne aussi de ta mort et que j’annonce au séjour des morts que tu vas venir, comme j’ai déjà annoncé au monde que tu étais venu ».

C’est pour cela que la réponse du Seigneur traite de l’abaissement de sa mort aussitôt après avoir énuméré les miracles opérés par sa puissance : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » À la vue de tant de signes et de si grands prodiges, personne n’avait sujet de trébucher, mais bien plutôt d’admirer. Il s’éleva cependant une grave occasion de scandale dans l’esprit de ceux qui ne croyaient pas lorsqu’ils le virent mourir, même après tant de miracles. D’où le mot de Paul : « Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1Co 1,23). (…) Quand donc le Seigneur dit : « Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi », ne veut-il pas désigner clairement l’abjection et l’abaissement de sa mort ? C’est comme s’il disait ouvertement : « Il est vrai que je fais des choses admirables, mais je ne refuse pas pour autant de souffrir des choses ignominieuses. Puisque je vais suivre Jean le Baptiste en mourant, que les hommes se gardent bien de mépriser en moi la mort, eux qui vénèrent en moi les miracles ».

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

pape et docteur de l’Église

 

 

 

 

« Tous les prophètes, ainsi que la Loi, ont parlé jusqu’à Jean. »

samedi 14 décembre 2019

arbre

Jusqu’à Jean Baptiste la Loi et les prophètes comportaient des préfigurations qui avaient pour but d’annoncer l’avenir. Mais les sacrements de la nouvelle Loi, ceux de notre temps, attestent la venue de ce que les anciens proclamaient à venir. Et Jean a été, de tous les précurseurs du Christ, le messager qui l’annonce de plus près.

Car tous les justes et tous les prophètes des siècles antérieurs avaient désiré voir l’accomplissement de ce qu’ils discernaient déjà dans cet avenir dont l’Esprit Saint leur soulevait le voile. Le Seigneur Jésus le dit en personne : « Bien des justes et bien des prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu » (Mt 13,17). C’est pourquoi il a été dit de Jean Baptiste qu’il était « plus que prophète » et qu’« aucun des enfants des femmes ne l’a surpassé » (Mt 11,9-11).

En effet, les justes des premiers temps avaient eu seulement la faveur d’annoncer le Christ ; Jean Baptiste, lui, a eu la grâce de l’annoncer encore absent et de le voir enfin présent. Il a vu à découvert celui que les autres ont désiré voir. C’est pourquoi le signe de son baptême appartient encore à l’annonce du Christ qui vient, mais à l’extrême limite de l’attente. Jusqu’à lui, il y avait eu des prédictions du premier avènement du Seigneur ; maintenant, après Jean, cet avènement du Christ, on ne le prédit plus, on le proclame.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
Traité anti-donatiste « Contre les lettres de Petilianus » livre 2, §87 (trad. Bibliothèque augustinienne,  DDB 1986, vol. 30, p. 341)

 

 

La sagesse de Dieu

vendredi 13 décembre 2019

Saint Jean Baptiste vivait séparé du monde, il était nazir (Lc 1,15; Nb 6,1), voué à Dieu. Il a quitté le monde et s’y est confronté (…), l’appelant au repentir. Tous les habitants de Jérusalem venaient à lui au désert (Mc 3,5), et il les affrontait face à face. Mais en enseignant, il parlait de quelqu’un qui devait venir vers eux et leur parler d’une manière très différente. Quelqu’un qui ne se séparerait pas d’eux, ne se présenterait pas comme un être supérieur, mais comme leur frère, fait de la même chair et des mêmes os, un parmi beaucoup de frères, un parmi la multitude. Et effectivement il était déjà parmi eux : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26). (…)

Enfin Jésus commence à se montrer et à « manifester sa gloire » (Jn 2,11) par des miracles. Mais où ? À un repas de noces. Et comment ? En multipliant le vin. (…) Comparez tout cela à ce qu’il dit de lui-même : «  Jean est venu, ne mangeant pas ni ne buvant. Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : ‘C’est un ivrogne’ ». On a pu haïr Jean, mais on le respectait ; Jésus, lui, était méprisé. (…)

C’était, ô mon Seigneur, parce tu aimes tellement cette nature humaine que tu as créée. Tu ne nous aimes pas simplement comme tes créatures, l’œuvre de tes mains, mais en tant qu’êtres humains. Tu aimes tout, car tu as tout créé, mais tu aimes les hommes par-dessus tout. Comment est-ce possible, Seigneur ? Qu’y a-t-il en l’homme, plus que dans les autres créatures ? « Qu’est-ce que l’homme pour que tu prennes souci de lui ? » (Ps 8,5). (…) Tu n’as pas pris la nature des anges quand tu t’es manifesté pour notre salut, et tu n’as pas pris une nature humaine ou un rôle ou une charge au-dessus d’une vie humaine ordinaire –- ni nazir, ni prêtre ou lévite, ni moine, ni ermite. Tu es venu précisément et pleinement dans cette nature humaine que tu aimes tant (…), cette chair qui a chuté en Adam, avec toutes nos infirmités, nos sentiments et nos affinités, excepté le péché.

Saint John Henry Newman