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Archive pour le mot-clef ‘résurrection’

Troisième dimanche de Pâques

dimanche 15 avril 2018

En entrant dans le Cénacle alors que toutes les portes étaient verrouillées, le Christ a montré une fois de plus qu’il est Dieu par nature, et pourtant qu’il n’est pas différent de celui qui vivait auparavant avec les disciples. En découvrant son côté et en montrant la marque des clous, il manifestait à l’évidence qu’il a relevé le temple de son corps qui avait été suspendu à la croix (cf Jn 2,19), en détruisant la mort physique, puisque par nature il est la vie et il est Dieu…

Même si le Christ avait voulu déployer la gloire de son corps devant les disciples, avant de monter vers le Père, nos yeux n’auraient pas pu en supporter la vue. Vous le comprendrez facilement si vous vous rappelez la transfiguration qui avait été montrée jadis sur la montagne (Mt 17,1s)… C’est pourquoi, afin d’observer exactement le plan divin, au Cénacle notre Seigneur Jésus apparaissait encore sous la forme qu’il avait auparavant, et non pas selon la gloire qui est due et qui convient à son temple transfiguré. Il ne voulait pas que la foi en la résurrection se porte sur un aspect et sur un corps différents de ceux qu’il avait reçu de la sainte Vierge et dans lesquels il est mort après avoir été crucifié selon les Écritures…

Le Seigneur salue ses disciples en disant : « La paix soit avec vous ». Il déclare ainsi qu’il est lui-même la paix, car ceux qui jouissent de sa présence jouissent aussi d’un esprit parfaitement apaisé. C’est bien cela que saint Paul souhaitait aux disciples quand il disait : « Que la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, garde votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus » (Ph 4,7). Pour saint Paul, la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, n’est autre que son Esprit (cf Jn 20,21-22) ; celui qui participe à son esprit sera rempli de tout bien.

Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l’Église
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12; PG 74, 704 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 59 rev.)

 

 

Le vendredi de Pâques

vendredi 6 avril 2018

Nous sommes lents à nous rendre compte de cette grande et sublime vérité que le Christ marche encore, en quelque sorte, au milieu de nous, et de sa main, de son regard ou de sa voix, nous fait signe de le suivre. Nous ne comprenons pas que cet appel du Christ est une chose qui se réalise tous les jours, aujourd’hui comme autrefois. Nous en sommes à croire que c’était bon au temps des apôtres, mais aujourd’hui nous n’y croyons plus à notre égard, nous ne sommes pas attentifs à le rechercher à notre sujet. Nous n’avons plus des yeux pour voir le Maître — bien différents en cela de l’apôtre bien-aimé qui a reconnu le Christ, même quand tous les autres disciples ne le reconnaissaient pas. Il était là, cependant, debout sur le rivage ; c’était après sa résurrection, quand il ordonnait de jeter le filet dans la mer ; c’est alors que le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! »

Ce que je veux dire, c’est que les hommes qui mènent une vie de croyant aperçoivent de temps en temps des vérités qu’ils n’avaient pas encore vues, ou sur lesquelles leur attention n’avait jamais été appelée. Et tout d’un coup, elles se dressent devant eux comme un appel irrésistible. Or, il s’agit de vérités qui engagent notre devoir, qui prennent la valeur de préceptes, et qui demandent l’obéissance. C’est de cette façon, ou par d’autres encore, que le Christ nous appelle maintenant. Il n’y a rien de miraculeux ou d’extraordinaire dans cette façon de faire. Il agit par l’intermédiaire de nos facultés naturelles et au moyen des circonstances mêmes de la vie.

Bienheureux John Henry Newman (1801-1890), cardinal, théologien, fondateur de l’Oratoire en Angleterre
PPS vol. 8, n°2 (trad. Saleilles, 1906, p. 97-98 rev)

 

 

Le mardi de Pâques

mardi 3 avril 2018

Marie, en pleurs, se penche et regarde dans le tombeau. Elle avait pourtant déjà vu qu’il était vide, et elle avait annoncé la disparition du Seigneur. Pourquoi se penche-t-elle encore ; pourquoi désire-t-elle encore voir ? Parce que l’amour ne se contente pas d’un seul regard ; l’amour est une quête toujours plus ardente. Elle l’a déjà cherché, mais en vain ; elle s’obstine et finit par le découvrir… Dans le Cantique des cantiques, l’Église disait du même Époux : « Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché mais ne l’ai pas trouvé. Je me lèverai et parcourrai la ville ; dans les rues et sur les places, avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Ct 3,1-2) Deux fois, elle exprime sa déception : « Je l’ai cherché mais ne l’ai pas trouvé ! » Mais le succès vient enfin couronner l’effort : « Les gardes m’ont rencontrée, ceux qui font la ronde dans la ville. Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? À peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon cœur aime. » (Ct 3,3-4)

Et nous, quand est-ce que, sur nos couches, nous cherchons l’Aimé ? Pendant les brefs repos de cette vie, lorsque nous soupirons en l’absence de notre Rédempteur. Nous le cherchons la nuit, car même si notre esprit veille déjà sur lui, nos yeux ne voient encore que son ombre. Mais puisque nous n’y trouvons pas l’Aimé, levons-nous ; parcourons la ville, c’est-à-dire la sainte assemblée des élus. Cherchons-le de tout notre cœur ; regardons dans les rues et sur les places, c’est-à-dire dans les passages escarpés de la vie ou dans ses voies spacieuses ; ouvrons l’œil, cherchons-y les pas de notre Bien-aimé… Ce désir faisait dire à David : « Mon âme a soif du Dieu de vie. Quand irai-je voir la face de Dieu ? Sans relâche, poursuivez sa face. » (Ps 42,3)

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l’Église
Homélie 25 sur l’Evangile ; PL 76, 1188 (trad. Quéré, coll. Icthus, vol. 10, p. 292)

 

 

 

 

 

 

 

Le lundi de Pâques

lundi 2 avril 2018

Beaucoup de gens croient en la résurrection du Christ, mais peu en ont la claire vision. Et comment ceux qui ne l’ont pas vue peuvent-ils adorer le Christ Jésus comme Saint et comme Seigneur ? En effet, il est écrit : « Personne ne peut dire ‘Jésus est le Seigneur’ sinon dans l’Esprit Saint » (1Co 12,3), et aussi : « Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité » (Jn 4,24)… Comment donc l’Esprit Saint nous pousse-t-il à dire aujourd’hui [à la liturgie] : « Nous avons vu la résurrection du Christ. Adorons le Saint, le Seigneur Jésus, le seul sans péché ». Comment nous invite-t-il à l’affirmer comme si nous l’avions vu ? Le Christ est ressuscité une seule fois, il y a mille ans, et même alors personne ne l’a vu ressusciter. Est-ce que la divine Écriture veut nous faire mentir ?

Jamais de la vie ! Au contraire, elle nous exhorte à attester la vérité, cette vérité qu’en chacun de nous, ses fidèles, se reproduit la résurrection du Christ, et cela non pas une fois mais quand, à chaque heure pour ainsi dire, le Maître en personne, le Christ, ressuscite en nous, tout vêtu de blanc et fulgurant des éclairs de l’incorruptibilité et de la divinité. Car le lumineux avènement de l’Esprit nous fait entrevoir, comme en son matin, la résurrection du Maître, ou plutôt nous fait la faveur de le voir lui-même, lui le ressuscité. C’est pourquoi nous chantons : « Le Seigneur est Dieu, et il nous est apparu » (Ps 117,27), et par allusion à son second avènement, nous ajoutons : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (v. 26)… C’est bien spirituellement, pour leur regard spirituel, qu’il se montre et se fait voir. Et lorsque cela se produit en nous par l’Esprit Saint, il nous ressuscite des morts, il nous vivifie et il se donne à voir lui-même, tout entier, vivant en nous, lui l’immortel et l’impérissable. Il nous fait la grâce de le connaître clairement, lui qui nous ressuscite avec lui et nous fait entrer avec lui dans sa gloire.

Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Catéchèse 13 (trad. cf SC 104, p. 199)

 

 

 

Dimanche de Pâques : Saint Jour de Pâques, la Résurrection du Seigneur, solennité des solennités

dimanche 1 avril 2018

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Extraits du Message « Urbi et Orbi »
du Pape Benoît XVI

Chers Frères et Sœurs de Rome et du monde entier !

De tout cœur, je forme pour vous tous des vœux de Pâques avec les mots de saint Augustin : « Resurrectio Domini, spes nostra – la résurrection du Seigneur est notre espérance » (Sermon 261, 1). Par cette affirmation, le grand Évêque expliquait à ses fidèles que Jésus est ressuscité afin que nous-mêmes, pourtant destinés à mourir, nous ne désespérions pas en pensant qu’avec la mort la vie est totalement finie ; le Christ est ressuscité pour nous donner l’espérance (cf. ibid.).

En effet, une des questions qui cause le plus d’angoisse dans l’existence de l’homme est précisément celle-ci : qu’y-a-t-il après la mort ? À cette énigme, la solennité de ce jour nous permet de répondre que la mort n’a pas le dernier mot, parce que, à la fin, c’est la Vie qui triomphe. Et cette certitude qui est nôtre ne s’appuie pas sur de simples raisonnements humains, mais bien sur un fait historique de foi : Jésus Christ, crucifié et enseveli, est ressuscité avec son corps glorieux. Jésus est ressuscité pour que nous aussi, en croyant en Lui, nous puissions avoir la vie éternelle. Cette annonce est au cœur du message évangélique. Saint Paul le déclare avec force : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet ». Et il ajoute : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Co 15, 14.19). Depuis l’aube de Pâques, un nouveau printemps d’espérance envahit le monde ; depuis ce jour, notre résurrection est déjà commencée, parce que Pâques n’indique pas simplement un moment de l’histoire, mais le début d’une condition nouvelle : Jésus est ressuscité non pas pour que sa mémoire reste vivante dans le cœur de ses disciples, mais bien pour que Lui-même vive en nous et qu’en Lui nous puissions déjà goûter la joie de la vie éternelle.

La résurrection n’est donc pas une théorie, mais une réalité historique révélée par l’Homme Jésus Christ à travers sa « pâque », son « passage » qui a ouvert une « voie nouvelle » entre la terre et le Ciel (cf. He 10, 20). Ce n’est ni un mythe, ni un rêve, ce n’est ni une vision, ni une utopie, ce n’est pas une fable, mais un événement unique et définitif : Jésus de Nazareth, fils de Marie, qui au soir du Vendredi saint a été descendu de la Croix et mis au tombeau, est sorti victorieux de la tombe. En effet, à l’aube du premier jour après le sabbat, Pierre et Jean ont trouvé le tombeau vide. Madeleine et les autres femmes ont rencontré Jésus ressuscité ; il a été reconnu aussi par les deux disciples d’Emmaüs à la fraction du pain ; le Ressuscité est apparu aux Apôtres le soir venu dans le Cénacle et ensuite à beaucoup d’autres disciples en Galilée.

L’annonce de la résurrection du Seigneur illumine les zones d’ombre du monde dans lequel nous vivons. Je pense particulièrement au matérialisme et au nihilisme, à une vision du monde qui ne sait pas dépasser ce qui est expérimentalement constatable, et qui se retrouve inconsolée dans la conscience du néant qui serait le point d’arrivée ultime de l’existence humaine. C’est un fait que si le Christ n’était pas ressuscité, le « néant » serait destiné à l’emporter. Si nous retirons le Christ et sa résurrection, il n’y a pas d’issue pour l’homme et toute espérance demeure une illusion. Mais précisément aujourd’hui, éclate avec force l’annonce de la résurrection du Seigneur, et elle est la réponse à la question incessante des sceptiques, rapportée aussi par le livre de Qohélet : « Y a-t-il une seule chose dont on dise : “voilà enfin du nouveau” ? » (Qo 1, 10). Oui, répondons-nous, le matin de Pâques tout a été renouvelé. « La mort et la vie s’affrontèrent / en un duel prodigieux : / le Prince de la vie mourut ; / vivant, il règne » (Séquence pascale). Voilà la nouveauté ! C’est une nouveauté qui change l’existence de celui qui l’accueille, comme on le voit chez les saints. C’est ce qui est arrivé, par exemple, à saint Paul.

Bien souvent, dans le cadre de l’Année paulinienne, nous avons eu l’occasion de méditer sur l’expérience du grand Apôtre. Saul de Tarse, le persécuteur acharné des chrétiens, a rencontré le Christ ressuscité sur le chemin de Damas et il a été « conquis » par Lui. Le reste nous est bien connu. Il s’est produit chez Paul ce qu’il écrira plus tard aux chrétiens de Corinthe : « Si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5, 17). Tournons notre regard vers ce grand évangélisateur qui, avec l’enthousiasme et l’audace de son action apostolique, a porté l’Évangile à tant de populations du monde d’alors. Son enseignement et son exemple nous stimulent à rechercher le Seigneur Jésus. Ils nous encouragent à mettre notre confiance en Lui, car désormais la conscience du néant qui tend à intoxiquer l’humanité a été submergée dans la lumière et l’espérance qui proviennent de la résurrection. Désormais, elles sont vraies et bien réelles les paroles du Psaume : « Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière ! » (138 (139), 12). Ce n’est plus le néant qui enveloppe toutes choses, mais la présence amoureuse de Dieu. Le règne de la mort a même été anéanti, parce que dans les « enfers » aussi le Verbe de vie, poussé par le souffle de l’Esprit, est arrivé (cf. v. 8).

S’il est vrai que la mort n’a plus aucun pouvoir sur l’homme et sur le monde, il subsiste cependant encore beaucoup, trop de signe de son antique domination. Si par la Pâques, le Christ a extirpé la racine du mal, il a toutefois besoin d’hommes et de femmes qui dans tous les temps et lieux l’aident à affirmer sa victoire avec les mêmes armes que lui : les armes de la justice et de la vérité, de la miséricorde, du pardon et de l’amour. […]

Resurrection Domini, spes nostra !La résurrection du Christ est notre espérance ! Cela, l’Église le proclame avec joie : elle annonce l’espérance, que Dieu a rendu ferme et invincible en ressuscitant Jésus Christ d’entre les morts ; elle communique l’espérance, qu’elle porte dans le cœur et veut partager avec tous, et partout, spécialement là où les chrétiens souffrent la persécution à cause de leur foi et de leur engagement pour la justice et pour la paix ; elle invoque l’espérance capable de susciter le courage pour le bien aussi et surtout quand il est coûteux. Aujourd’hui, l’Église chante « le jour que le Seigneur a fait » et elle invite à la joie. Aujourd’hui l’Église prie, invoque Marie, Étoile de l’espérance, pour qu’elle guide l’humanité vers le port sûr du salut qui est le Cœur du Christ, la Victime pascale, l’Agneau qui « a racheté le monde », l’Innocent qui « nous a réconcilié, nous pécheurs, avec le Père ».
À lui, le Roi vainqueur, à Lui le Crucifié et le Ressuscité, nous crions avec joie notre Alléluia!

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© Copyright 2009 – Libreria Editrice Vaticana

Surrexit Dominus vere, alleluia!
>>> Hallelujah – Choir of King’s College

Message Pascal et Bénédiction « Urbi et Orbi »

Source : vatican.va (« Rév. x gpm »).

Le sens du sabbat

vendredi 3 novembre 2017

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Le sabbat, fin de l’œuvre des « six jours » : Le texte sacré dit que « Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait » et qu’ainsi « le ciel et la terre furent achevés », et que Dieu, au septième jour, « chôma » et qu’il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2,1-3). Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires :

Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui demeurent stables, sur lesquels le croyant pourra s’appuyer avec confiance, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu. De son côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.
La création est faite en vue du sabbat et donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création. « Ne rien préférer au culte de Dieu », dit la règle de saint Benoît, indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.
Le sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu exprimées dans son œuvre de création.

Le huitième jour : Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé : le jour de la résurrection du Christ. Le septième jour achève la première création. Le huitième jour commence la nouvelle création. Ainsi, l’œuvre de la création culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première.

Catéchisme de l’Église catholique
§ 345-349

 

 

 

La résurrection : plénitude de vie

mercredi 7 juin 2017

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Pourquoi t’égarer si loin à la recherche des biens de ton âme et de ton corps ? Aime l’unique Bien dans lequel sont tous les biens ; cela suffit… C’est là-haut que se trouve tout ce que l’on peut aimer et désirer.

Est-ce la beauté que tu aimes ? « Les justes resplendiront comme le soleil » (Mt 13,43). Est-ce l’agilité ou la force d’un corps libre et dégagé de tout obstacle ? « Ils seront comme les anges de Dieu »… Est-ce une vie longue et saine ? Là-haut t’attend la santé éternelle, car « les justes vivront éternellement » (Sg 5,16)… Désires-tu être rassasié ? Tu le seras quand Dieu te montrera son visage dans sa gloire (Ps 16,15). Être enivré ? « Ils s’enivreront de l’abondance de la maison de Dieu » (Ps 35,9). Est-ce un chant mélodieux que tu aimes ? Là-haut, les chœurs angéliques chantent sans fin la louange de Dieu. Cherches-tu de très pures délices ? Dieu t’abreuvera au torrent de ses délices (Ps 35,9). Aimes-tu la sagesse ? La sagesse de Dieu se manifestera en personne. L’amitié ? Ils aimeront Dieu plus qu’eux-mêmes, ils s’aimeront les uns les autres autant qu’eux-mêmes, et Dieu les aimera plus qu’ils pourront jamais aimer… Aimes-tu la concorde ? Ils auront tous une seule volonté, car ils n’auront d’autre volonté que celle de Dieu… Les honneurs et les richesses ? Dieu établira sur beaucoup de biens ses serviteurs bons et fidèles (Mt 25,21) ; bien plus, « ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9) et ils le seront réellement, car là où est le Fils, là aussi seront « les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ » (Rm 8,17).

Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l’Église
Proslogion, 25-26 (trad. Orval)

 

 

 

 

« C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des juifs. »

vendredi 28 avril 2017

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Au cœur de la célébration de l’eucharistie il y a le pain et le vin qui, par les paroles du Christ et par l’invocation de l’Esprit Saint, deviennent le Corps et le Sang du Christ. Fidèle à l’ordre du Seigneur l’Église continue de faire, en mémoire de lui, jusqu’à son retour glorieux, ce qu’il a fait la veille de sa Passion : « Il prit du pain… », « Il prit la coupe remplie de vin… » En devenant mystérieusement le Corps et le Sang du Christ, les signes du pain et du vin continuent à signifier aussi la bonté de la création. Ainsi, dans l’Offertoire, nous rendons grâce au Créateur pour le pain et le vin, fruit « du travail des hommes », mais d’abord « fruit de la terre » et « de la vigne », dons du Créateur. L’Église voit dans le geste de Melchisédech, roi et prêtre, qui « apporta du pain et du vin » (Gn 14,18) une préfiguration de sa propre offrande (cf Prière eucharistique I).

Dans l’Ancienne Alliance, le pain et le vin sont offerts en sacrifice parmi les prémices de la terre, en signe de reconnaissance au Créateur. Mais ils reçoivent aussi une nouvelle signification dans le contexte de l’Exode : les pains azymes qu’Israël mange chaque année à la Pâque commémorent la hâte du départ libérateur d’Égypte ; le souvenir de la manne du désert rappellera toujours à Israël qu’il vit du pain de la Parole de Dieu (Dt 8,3). Enfin, le pain de tous les jours est le fruit de la Terre promise, gage de la fidélité de Dieu à ses promesses. La « coupe de bénédiction » (1Co 10,16) à la fin du repas pascal des juifs ajoute à la joie festive du vin une dimension eschatologique, celle de l’attente messianique du rétablissement de Jérusalem. Jésus a institué son eucharistie en donnant un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe.

Les miracles de la multiplication des pains, lorsque le Seigneur dit la bénédiction, rompt et distribue les pains par ses disciples pour nourrir la multitude, préfigurent la surabondance de cet unique pain de son eucharistie. Le signe de l’eau changé en vin à Cana annonce déjà l’Heure de la glorification de Jésus (Jn 2,4.11). Il manifeste l’accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau (Mc 14,25) devenu le Sang du Christ.

Catéchisme de l’Église catholique
§ 1333-1335

 

 

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 21,1-14.

vendredi 21 avril 2017

En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples.
Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. »
Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.
Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.
Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.
Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. »
Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur.
Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis.
Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »

 

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Cet épisode résume la vie de l’Eglise, jusqu’à la fin des temps… Au début, les disciples partent à la pêche avec Simon-Pierre ; ils sont sept, un chiffre symbole de plénitude : c’est vraiment toute l’Eglise qui est évoquée ici, et c’est à elle que le Christ ressuscité va se manifester. Mais « ils passèrent la nuit sans rien prendre » car le Christ « Lumière du monde » n’était pas avec eux, et « la nuit, nul ne peut travailler » au salut du monde, car « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 8,12 ; 9,4 ; 15,5) …

Mais « au lever du jour, Jésus était là ». Le Ressuscité les a rejoints… Ce « lever du jour » évoque cette situation intermédiaire qui est la nôtre, dans la foi : « Les ténèbres s’en vont, la véritable Lumière brille déjà » (1Jn 2,8), mais Lui, nous ne le voyons pas encore. Pourtant, il est là, mais sa Présence n’est pas évidente. Au début, les disciples « ne savaient pas que c’était lui ». Mais St Jean saura leur donner l’exemple du regard de foi : « C’est le Seigneur ! »

« Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez ». Ils obéissent, ils font tout simplement ce que le Ressuscité leur demande de faire. Ce filet peut symboliser la Parole de Dieu que l’Eglise, aujourd’hui encore, est invitée à lancer largement et par tous les moyens possibles jusqu’aux « extrémités de la terre » (Ps 2)… Et Jésus l’a promis, l’Esprit Saint rendra témoignage à cette Parole de Vie en communiquant justement à tous ceux et celles qui l’accueilleront « quelque chose » qui est de l’ordre même de la Vie éternelle… « L’Esprit me rendra témoignage, l’Esprit qui vivifie » (Jn 15,26 ; 6,63). St Pierre en a fait l’expérience : en écoutant Jésus de tout cœur, il vivait « quelque chose » d’unique, d’indescriptible, de formidable, une intensité de vie : « Tu as les Paroles de la vie éternelle ». De cette expérience est née sa foi : « Et nous, nous croyons et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,68-69).

Les filets de la Parole sont donc lancés… Et ils se remplissent : « 153 gros poissons », un chiffre qui peut symboliser tout à la fois la Plénitude de l’humanité appelée au salut, et l’œuvre de Dieu. C’est en effet l’action de Dieu qui donne à la mission de l’Eglise de pouvoir porter du fruit, car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6), et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 135,6), avec son Eglise et par elle. A nous maintenant de semer sa Parole le plus largement possible, et nous nous émerveillerons des fruits du travail du Seigneur…

Diacre Jacques FOURNIER

 

 

 

« Pourquoi pleures-tu ? »

mardi 18 avril 2017

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« Femme, pourquoi pleures-tu ? » Seigneur très aimant, comment cherches-tu à savoir pourquoi elle pleure ? Ne t’avait-elle pas vu immolé cruellement, percé de clous, suspendu au gibet comme un brigand, livré aux railleries des impies ? Comment donc peux-tu lui dire : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle n’avait pas pu t’arracher à la mort, et elle voudrait au moins embaumer ton corps, pour le garder le plus longtemps possible de toute corruption… Et voilà que, pour comble, elle croit perdu ce corps qu’elle avait la joie de posséder encore. Avec lui tout espoir s’est évanoui pour elle, si elle n’a plus ce qu’elle voulait garder en souvenir de toi. Comment peux-tu donc lui demander à cet instant : « Femme pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »

Ô bon Seigneur, c’est ta disciple fidèle, rachetée par ton sang, qui est tourmentée du désir de te voir. Vas-tu permettre longtemps une telle peine ? Maintenant que tu échappes à la corruption, as-tu perdu toute compassion ? Parvenu à l’immortalité, as-tu oublié la miséricorde ? Non, ta douce bonté, Ami, te fait intervenir sans retard, pour que celle qui pleure son Seigneur ne cède pas à l’amertume du cœur.

« Marie ! » Ô Seigneur, tu as appelé ta servante par son nom familier, et elle reconnaît tout de suite la voix familière de son Seigneur. « Marie. » Parole si douce, si débordante de tendresse et d’amour ! Il t’est impossible, Maître, de dire plus bref et plus fort : « Marie ! Je sais qui tu es. Je sais ce que tu veux. Me voici ! Ne pleure plus. Me voici, moi que tu cherches. » Aussitôt, les larmes changent de nature : comment pourraient-elles s’arrêter, maintenant qu’elles jaillissent d’un cœur en fête ?

Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l’Église
74ème oraison, PL 158, 1010-1012