ACCUEIL

Archive pour le mot-clef ‘St Augustin’

« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. »

dimanche 3 novembre 2019

À l’approche des fêtes de Pâques nous disons sans hésiter : « C’est demain la Passion du Seigneur » et cependant il y a bien des années que le Seigneur a subi sa Passion, qui a eu lieu une fois pour toutes (He 9,26). Ce dimanche aussi, nous avons raison de dire : « C’est aujourd’hui que le Seigneur est ressuscité » ; or il y a bien des années écoulées depuis que le Christ est ressuscité. Pourquoi donc personne ne vient-il nous reprocher cet « aujourd’hui » comme un mensonge ?

N’est-ce pas parce que nous disons « aujourd’hui » car ce jour représente le retour, dans le cycle du temps, du jour où a eu lieu l’événement que nous commémorons ? Nous avons raison de dire « aujourd’hui » : en effet, aujourd’hui s’accomplit par la célébration du mystère l’événement qui a eu lieu il y a déjà longtemps. Le Christ a été immolé en lui-même une fois pour toutes et pourtant, aujourd’hui il est immolé dans le mystère que nous célébrons, non seulement à chaque fête pascale, mais tous les jours, pour tous les peuples. Ce n’est donc pas mentir que d’affirmer : « Aujourd’hui, le Christ est immolé ». Car, si les sacrements que nous accomplissons n’avaient pas une véritable ressemblance avec la réalité dont ils sont le signe, ils ne seraient pas du tout des sacrements. Mais c’est justement cette ressemblance qui permet de les désigner du nom même de la réalité dont ils sont le signe. Ainsi le sacrement du corps du Christ que nous célébrons est en quelque manière le corps du Christ ; le mystère du sang du Christ que nous accomplissons, c’est le sang du Christ. Le mystère sacramentel de la foi, c’est la réalité que l’on croit.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

 

« Dieu regarde le cœur. » (1S 16,7)

dimanche 29 septembre 2019

Est-ce que ce pauvre a été reçu par les anges à cause du seul mérite de sa pauvreté ? Et le riche a-t-il été livré aux tourments par la seule faute de sa richesse ? Non : comprenons-le bien, c’est l’humilité qui a été honorée dans le pauvre, et l’orgueil condamné dans le riche.

Voici, en bref, la preuve que ce ne sont pas les richesses mais l’orgueil qui a valu au riche son châtiment. Le pauvre a donc été porté dans le sein d’Abraham ; mais l’Écriture dit d’Abraham qu’il avait beaucoup d’or et d’argent et qu’il était riche sur terre (Gn 13,2). Si tout riche est envoyé dans les tourments, comment Abraham a-t-il pu devancer le pauvre pour le recevoir dans son sein ? C’est qu’Abraham, au milieu de ses richesses, était pauvre, humble, respectueux et obéissant à tous les ordres de Dieu. Il tenait ses richesses pour si peu de choses que, lorsque Dieu le lui a demandé, il a accepté d’offrir en sacrifice son fils à qui il destinait ces richesses (Gn 22,4).

Apprenez donc à être pauvres et dans le besoin, soit que vous possédiez quelque chose en ce monde, soit que vous ne possédiez rien. Car on trouve des mendiants remplis d’orgueil et des riches qui confessent leurs péchés. « Dieu résiste aux orgueilleux », qu’ils soient couverts de soie ou de haillons, « mais il donne sa grâce aux humbles » (Jc 4,6), qu’ils possèdent ou non les biens de ce monde. Dieu regarde l’intérieur ; c’est là qu’il pèse, là qu’il examine.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

 

Fête de saint Laurent, diacre et martyr

samedi 10 août 2019

Dans l’Église de Rome, le bienheureux Laurent exerçait les fonctions de diacre. C’est là qu’il distribuait aux fidèles le sang sacré du Christ, et c’est là qu’il a versé son propre sang pour le nom du Christ. (…) L’apôtre saint Jean a mis en pleine clarté le mystère de la Cène du Seigneur lorsqu’il a dit : « Jésus a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16). Saint Laurent a compris cela, mes frères, il l’a compris et il l’a fait ; il a préparé cette offrande par ce qu’il avait consommé à cette table. Il a aimé le Christ par sa vie ; il l’a imité par sa mort.

Et nous, mes frères, si nous l’aimons vraiment, nous devons l’imiter. La meilleure preuve que nous puissions lui donner de notre amour, c’est d’imiter ses exemples. « Le Christ a souffert pour nous et nous a laissé son exemple pour que nous suivions ses traces » (1P 2,21). (…) Dans le jardin du Seigneur il y a vraiment toutes sortes de fleurs : non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lys des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation : c’est pour tous que le Seigneur a souffert. (…) Il faut donc comprendre comment, sans répandre notre sang, sans affronter les souffrances du martyre, le chrétien doit suivre le Christ.

L’apôtre Paul dit, au sujet du Christ Seigneur : « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Quelle majesté ! « Mais au contraire, il se dépouilla lui-même, en prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement » (Ph 2,6s). Quel abaissement ! Le Christ s’est abaissé : voilà, chrétien, ce qui est à ta disposition. « Le Christ s’est fait obéissant » (v. 8) : alors pourquoi être orgueilleux ?(…) Ensuite, après être allé jusqu’au bout de cet abaissement et avoir terrassé la mort, le Christ est monté au ciel : suivons-le.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Imiter la patience du Seigneur

jeudi 1 août 2019

Notre Seigneur a été un modèle incomparable de patience : il a supporté un « démon » parmi ses disciples jusqu’à sa Passion (Jn 6,70). Il a dit : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé » (Mt 13,29). Comme symbole de l’Église, il a prédit que le filet ramènerait sur le rivage, c’est-à-dire jusqu’à la fin du monde, toutes sortes de poissons, bons et mauvais. Il a fait connaître de plusieurs autres manières, soit ouvertement, soit par paraboles, qu’il y aurait toujours le mélange des bons et des méchants. Et pourtant il affirme qu’il faut veiller sur la discipline de l’Église quand il dit : « Si ton frère a péché contre toi, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère » (Mt 18,15). (…)

Mais aujourd’hui, nous voyons des hommes qui ne considèrent que les préceptes rigoureux, qui commandent de réprimer les perturbateurs, de « ne pas donner aux chiens les choses saintes », de « traiter comme un publicain » celui qui méprise l’Église, de retrancher du corps le membre scandaleux (Mt 7,6; 18,17; 5,30). Leur zèle intempestif trouble tellement l’Église qu’ils voudraient arracher l’ivraie avant le temps, et leur aveuglement les rend eux-mêmes ennemis de l’unité de Jésus Christ. (…)

Prenons garde de ne pas laisser entrer dans notre cœur ces pensées présomptueuses, de chercher à nous séparer des pécheurs pour ne pas nous souiller à leur contact, de vouloir former comme un troupeau de disciples purs et saints. Nous ne ferions que rompre l’unité, sous le prétexte de ne pas fréquenter des méchants. Au contraire, rappelons-nous les paraboles de l’Écriture, ses paroles inspirées, ses exemples frappants, où il nous est montré que les méchants seront toujours mêlés aux bons dans l’Église, jusqu’à la fin du monde et au jour du jugement, sans que leur participation aux sacrements soit nuisible aux bons, tant que ceux-ci n’auront pas participé à leurs péchés.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

 

Fête de saint Jacques (le majeur), apôtre

jeudi 25 juillet 2019

« Le Christ a donné sa vie pour nous, et nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16). (…) Jésus a dit à Pierre : « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture pour aller où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, un autre te ceindra pour te conduire où tu ne voudras pas (…) » (Jn 21,18) C’est la croix qu’il lui avait promise, c’est la Passion. « Va jusque-là, dit le Seigneur, pais mes brebis, souffre pour mes brebis. » Tel doit être le bon évêque. S’il ne l’est pas, il n’est pas évêque. (…)

Écoute cet autre témoignage. Deux de ses disciples, les frères Jean et Jacques, fils de Zébédée, ambitionnaient les premières places au détriment des autres. (…) Le Seigneur leur a répondu : « Vous ne savez pas ce que vous demandez », car il a ajouté : « Pouvez-vous boire le calice que je boirai ? » Quel calice, sinon celui (…) de la Passion ? (…) Et eux, avides de dignités, oublieux de leur infirmité, de dire aussitôt : « Nous le pouvons ». Il leur dit : « Mon calice, vous le boirez. Quant à vous placer à ma droite et à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous l’accorder. Il y a ceux pour qui ces places ont été préparées par mon Père » (…) Il faisait ainsi preuve d’humilité ; en fait, tout ce que prépare le Père est aussi préparé par le Fils. (…) Il est venu humble : lui le créateur, il a été créé parmi nous ; il nous a faits, mais il a été fait pour nous. Dieu avant le temps, homme dans le temps, il a délivré l’homme du temps. Ce grand médecin est venu guérir notre cancer (…) ; il est venu guérir l’orgueil lui-même par son exemple.

C’est à cela que nous devons être attentifs dans le Seigneur : regardons son humilité, buvons le calice de son humilité, saisissons-nous de lui, contemplons-le. Il est facile d’avoir des pensées nobles, facile de jouir des honneurs, facile de prêter l’oreille aux flatteurs et à ceux qui nous louent. Mais porter les injures, supporter patiemment les humiliations, prier pour celui qui nous offense (Mt 5,39.44), voilà le calice du Seigneur, voilà le banquet du Seigneur.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

 

Entrer dans le repos de Dieu

vendredi 19 juillet 2019

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. (…) Et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite » (Gn 1,31-2,2). Nous voyons que les œuvres de Dieu sont bonnes, et nous verrons son repos après nos œuvres si elles sont bonnes. C’est en signe de ce repos qu’il a prescrit au peuple des Hébreux l’observance du sabbat. Mais ils le pratiquaient d’une manière si matérielle qu’ils incriminaient notre Seigneur quand ils le voyaient opérer notre salut ce jour-là. Cela leur a valu cette réponse parfaitement juste : « Mon Père, jusqu’à maintenant, est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5,17), non seulement en gouvernant toute la création avec lui, mais encore en opérant notre salut.

Mais quand la grâce a été révélée, les fidèles ont été relevés de l’observance du sabbat qui consistait dans le repos d’un jour. Maintenant, par la grâce, le chrétien observe un sabbat perpétuel, si tout ce qu’il fait de bon il le fait dans l’espoir du repos à venir et s’il ne se glorifie pas de ses bonnes œuvres comme si elles étaient son propre bien et pas quelque chose qu’il a reçu. En agissant ainsi et en recevant et regardant le sacrement du baptême comme un sabbat, c’est-à-dire comme le repos du Seigneur dans son tombeau (Rm 6,4), il se repose de ses œuvres anciennes, marche dans les sentiers d’une vie nouvelle, et reconnaît que Dieu agit en lui, Dieu qui tout à la fois agit en lui en tant qu’il gouverne ses créatures comme il faut, et se repose, en tant qu’il a en lui la tranquillité éternelle.

Dieu ne s’est pas fatigué en créant, ni reposé en cessant de créer ; mais par le langage de la Sainte Écriture, il a voulu nous inspirer le désir de son repos. (…) Il a voulu sanctifier ce jour (…) comme si, même pour lui qui ne se fatigue pas au travail, le repos avait plus de prix que l’action. C’est bien ce que nous enseigne l’Évangile quand le Sauveur nous dit que Marie, quand elle s’est assise et tenue en repos à ses pieds pour écouter sa parole, a choisi une part meilleure que celle de Marthe, même si celle-ci s’affairait de bonnes œuvres en vue du service (Lc 10,39s).

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

 

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi. »

lundi 15 juillet 2019

C’est à ceux qui sont embrasés d’amour, ou plutôt à ceux qu’il veut embraser de cet amour, que le Sauveur adresse ces paroles. Notre Seigneur n’a pas détruit, mais réglé l’amour que l’on doit à ses parents, à son épouse, à ses enfants. Il n’a pas dit : « celui qui les aime », mais « celui qui les aime plus que moi » (…) Aime ton père, mais aime davantage le Seigneur ; aime celui qui t’a donné le jour, mais aime encore plus celui qui t’a créé. Ton père t’a donné le jour, mais ne t’a pas créé, car il ne savait pas en t’engendrant qui tu serais ou ce que tu deviendrais. Ton père t’a nourri, mais il n’est pas l’origine du pain qui apaisait ta faim. Enfin, il faut que ton père meure pour que tu hérites de ses biens, mais tu partageras l’héritage que Dieu te destine en demeurant avec lui éternellement.

Aime donc ton père, mais pas plus que ton Dieu ; aime ta mère, mais aime plus encore l’Église, qui t’a engendré à la vie éternelle. (…) En effet, si tu dois tant de reconnaissance à ceux qui t’ont engendré à une vie mortelle, quel amour dois-tu à ceux qui t’ont engendré pour l’éternité ? Aime ton épouse, aime tes enfants selon Dieu, pour les amener à servir Dieu avec toi, et lorsque vous lui serez réunis, vous ne craindrez pas d’être séparés. Ton amour pour ta famille serait bien imparfait si tu ne les conduisais pas à Dieu. (…)

Prends la croix et suis le Seigneur. Ton Sauveur lui-même, tout Dieu qu’il était dans la chair, revêtu de ta chair, lui aussi a montré des sentiments humains lorsqu’il a dit : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26,39). (…) La nature de serviteur dont il s’est revêtu pour toi a fait entendre la voix de l’homme, la voix de la chair. Il a pris ta voix afin d’exprimer ta faiblesse, et te donner sa force (…), et te montrer quelle volonté préférer.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

« Lève-toi et marche ! »

jeudi 4 juillet 2019

« Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ Jésus vivifiera aussi vos corps mortels. » (Rm 8,11) Maintenant c’est un corps humain naturel ; alors ce sera un corps spirituel. « Car le premier homme, Adam, était un être humain qui avait reçu la vie, mais le dernier Adam, le Christ, est devenu l’être spirituel qui donne la vie » (1Co 15,45). Voilà pourquoi « il rendra la vie à vos corps mortels, à cause de l’Esprit qui habite en vous ».

Oh ! quel heureux alléluia nous chanterons alors ! Quelle sécurité ! Plus d’adversaire, plus d’ennemi ; nous ne perdrons aucun ami. Ici-bas nous chantons les louanges de Dieu au milieu de nos soucis ; au ciel, nous les chanterons dans une parfaite tranquillité. Nous les chantons ici-bas comme devant mourir ; au ciel, ce sera dans une vie qui ne finit pas. Ici-bas, dans l’espérance ; au ciel, dans la réalité. Ici-bas nous sommes voyageurs ; alors nous serons dans notre patrie. Chantons donc dès maintenant, frères, non pour savourer le repos mais pour alléger notre travail. Chantons comme le font les voyageurs. Chante, mais sans cesser de marcher ; chante pour te réconforter au milieu des fatigues. (…) Chante et marche !

Qu’est-ce à dire, marche ? Va de l’avant ; fais des progrès dans le bien. (…) Va de l’avant en marchant vers le bien ; avance dans la foi et dans la pureté des mœurs. Chante et marche ! Ne t’égare pas ; ne retourne pas en arrière ; ne reste pas sur place. Tournons-nous vers le Seigneur.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

dimanche 19 mai 2019

« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres »… Celui qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, est renouvelé non par n’importe quel amour mais par celui que le Seigneur a précisé en ajoutant, afin de le distinguer de l’affection purement naturelle : « Comme je vous ai aimés »… « Tous les membres du corps ont souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l’honneur, tous les membres se réjouissent avec lui » (1Co 12,25-26). Ils entendent, en effet, et ils observent cette parole : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres », non pas comme font les débauchés, ni ceux qui s’aiment simplement parce qu’ils ont une même nature, mais comme s’aiment ceux qui sont tous « des dieux » (Jn 10,35) et « les fils du Très-Haut » (Lc 6,35), pour devenir ainsi les frères de son Fils unique. Ceux-là s’aiment les uns les autres parce que lui-même les a aimés, pour les conduire à la fin qui les comblera, là où leur désir pourra se rassasier de tous les biens. En effet, tous les désirs seront comblés lorsque Dieu sera « tout en tous » (1Co 15,28)…

Celui qui aime son prochain d’un amour pur et spirituel, qu’aimera-t-il en lui si ce n’est Dieu ? C’est cet amour que le Seigneur veut séparer de l’affection purement naturelle lorsqu’il ajoute : « Comme je vous ai aimés ». Qu’est-ce qu’il a aimé en nous, si ce n’est Dieu ? Non pas Dieu tel que nous le possédons déjà mais tel qu’il veut que nous le possédions là où « Dieu sera tout en tous ». Le médecin aime ses malades à cause de la santé qu’il veut leur donner, non à cause de la maladie. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » C’est pour cela qu’il nous a aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions les uns les autres.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Samedi Saint (Veillée Pascale)

samedi 20 avril 2019

Nous les mortels, nous devons dormir pour réparer nos forces et donc interrompre notre vie par cette image de la mort, qui nous laisse au moins des bribes de vie. Ainsi, tous ceux qui veillent dans la chasteté, l’innocence et la ferveur se préparent sans nul doute à la vie des anges ; contre ce fardeau de mort, ils trouvent grâce dans l’éternité… Maintenant, mes frères, écoutez les quelques mots que je vais dire sur la veille que nous accomplissons cette nuit…

Notre Seigneur Jésus Christ est ressuscité d’entre les morts le troisième jour : nul chrétien n’a de doute là-dessus. Les saints évangiles attestent que l’événement s’est produit en cette nuit… Ce n’est pas de la lumière aux ténèbres mais des ténèbres à la lumière que nous nous efforçons de monter. L’apôtre Paul nous y engage : « La nuit est bien avancée ; le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12)… Nous veillons donc en cette nuit où le Seigneur est ressuscité et où il a commencé en sa propre chair la vie dont je vous parlais à l’instant, qui ne connaît ni mort ni sommeil. Et cette chair qu’il a relevée du tombeau ne mourra plus, et ne retombera plus sous la loi de la mort.

Les femmes qui l’aimaient sont venues à l’aube visiter son tombeau ; au lieu de trouver son corps, elles entendirent des anges leur annoncer la résurrection. Il est donc clair qu’il est ressuscité la nuit qui précédait cette aube. Ainsi, celui dont nous célébrons la résurrection en nos veilles prolongées, celui-là nous donnera de régner avec lui dans une vie sans fin. Et quand bien même, à l’heure où nous veillons, son corps soit encore dans la tombe et qu’il ne soit pas encore ressuscité, notre veille garderait tout son sens : car il a dormi pour que nous veillions, Lui qui est mort pour que nous vivions.

Saint Augustin (354-430)