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Archive pour le mot-clef ‘St Augustin’

Samedi Saint (Veillée Pascale)

samedi 20 avril 2019

Nous les mortels, nous devons dormir pour réparer nos forces et donc interrompre notre vie par cette image de la mort, qui nous laisse au moins des bribes de vie. Ainsi, tous ceux qui veillent dans la chasteté, l’innocence et la ferveur se préparent sans nul doute à la vie des anges ; contre ce fardeau de mort, ils trouvent grâce dans l’éternité… Maintenant, mes frères, écoutez les quelques mots que je vais dire sur la veille que nous accomplissons cette nuit…

Notre Seigneur Jésus Christ est ressuscité d’entre les morts le troisième jour : nul chrétien n’a de doute là-dessus. Les saints évangiles attestent que l’événement s’est produit en cette nuit… Ce n’est pas de la lumière aux ténèbres mais des ténèbres à la lumière que nous nous efforçons de monter. L’apôtre Paul nous y engage : « La nuit est bien avancée ; le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12)… Nous veillons donc en cette nuit où le Seigneur est ressuscité et où il a commencé en sa propre chair la vie dont je vous parlais à l’instant, qui ne connaît ni mort ni sommeil. Et cette chair qu’il a relevée du tombeau ne mourra plus, et ne retombera plus sous la loi de la mort.

Les femmes qui l’aimaient sont venues à l’aube visiter son tombeau ; au lieu de trouver son corps, elles entendirent des anges leur annoncer la résurrection. Il est donc clair qu’il est ressuscité la nuit qui précédait cette aube. Ainsi, celui dont nous célébrons la résurrection en nos veilles prolongées, celui-là nous donnera de régner avec lui dans une vie sans fin. Et quand bien même, à l’heure où nous veillons, son corps soit encore dans la tombe et qu’il ne soit pas encore ressuscité, notre veille garderait tout son sens : car il a dormi pour que nous veillions, Lui qui est mort pour que nous vivions.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Vendredi Saint : Célébration de la Passion du Seigneur

vendredi 19 avril 2019

« Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu. » (Jn 1,1) Il est identique à lui-même ; ce qu’il est, il l’est toujours ; il ne peut changer, il est l’être. C’est le nom qu’il fit connaître à son serviteur Moïse : « Je suis celui qui suis » et « Tu diras : Celui qui est, m’a envoyé » (Ex 3,14)… Qui peut le comprendre ? Ou qui pourra parvenir à lui –- à supposer qu’il dirige toutes les forces de son esprit pour atteindre tant bien que mal celui qui est ? Je le comparerai à un exilé, qui de loin voit sa patrie : la mer l’en sépare ; il voit où aller, mais n’a pas le moyen d’y aller. Ainsi nous voulons parvenir à ce port définitif qui sera nôtre, là où est celui qui est, car lui seul est toujours le même, mais l’océan de ce monde nous coupe la voie…

Pour nous donner le moyen d’y aller, celui qui nous appelle est venu de là-bas ; il a choisi un bois pour nous faire traverser la mer : oui, nul ne peut traverser l’océan de ce monde que porté par la croix du Christ. Même un aveugle peut étreindre cette croix ; si tu ne vois pas bien où tu vas, ne la lâche pas : elle te conduira d’elle-même. Voilà mes frères ce que j’aimerais faire entrer dans vos cœurs : si vous voulez vivre dans l’esprit de piété, dans l’esprit chrétien, attachez-vous au Christ tel qu’il s’est fait pour nous, afin de le rejoindre tel qu’il est, et tel qu’il a toujours été. C’est pour cela qu’il est descendu jusqu’à nous, car il s’est fait homme afin de porter les infirmes, de leur faire traverser la mer et de leur faire aborder dans la patrie, où il n’est plus besoin de navire parce qu’il n’y a plus d’océan à passer. À tout prendre, mieux vaudrait ne pas voir par l’esprit celui qui est, mais embrasser la croix du Christ, que le voir par l’esprit et mépriser la croix. Puissions-nous, pour notre bonheur, à la fois voir où nous allons et nous cramponner au navire qui nous emporte… ! Certains y ont réussi, et ils ont vu ce qu’il est. C’est parce qu’il l’a vu que Jean a dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était face à Dieu, et le Verbe était Dieu. » Ils l’ont vu ; et pour parvenir à ce qu’ils voyaient de loin, ils se sont attachés à la croix du Christ, ils n’ont pas méprisé l’humilité du Christ.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

La lumière du monde

lundi 8 avril 2019

Les paroles du Seigneur : « Je suis la lumière du monde » sont claires, à mon avis, pour ceux qui ont des yeux à l’aide desquels ils peuvent contempler cette lumière ; mais ceux qui n’ont que les yeux du corps s’étonnent d’entendre dire à notre Seigneur Jésus Christ : « Je suis la lumière du monde. » Peut-être même y en a-t-il qui se disent : Est-ce que le Christ ne serait pas ce soleil qui, par son lever et son coucher, détermine le jour ? … Non, le Christ n’est pas cela. Le Seigneur n’est pas le soleil qui a été fait, mais celui par qui le soleil a été fait. « Car tout a été fait par lui et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. » (Jn 1,3) Il est donc la lumière qui a créé cette lumière que nous voyons. Aimons cette lumière, comprenons-la, désirons-la, pour arriver un jour jusqu’à elle, conduits par elle, et pour vivre en elle de manière à ne jamais mourir…

Vous voyez donc, mes frères, vous voyez, si vous avez des yeux qui voient les choses de l’âme, quelle est cette lumière dont le Seigneur déclare : « Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. » Suis ce soleil, et voyons si tu ne marcheras pas dans les ténèbres. Voici qu’il se lève et vient vers toi ; en suivant sa route, il se dirige vers l’occident ; mais toi, tu dois marcher vers le soleil levant qu’est le Christ.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

« Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abolir mais accomplir. »

mercredi 27 mars 2019

La grâce, autrefois comme voilée dans l’Ancien Testament, a été révélée pleinement dans l’Évangile du Christ par une disposition harmonieuse des temps, comme Dieu a coutume de disposer harmonieusement toute chose… Mais à l’intérieur de cette admirable harmonie, on constate une grande différence entre deux époques. Au Sinaï, le peuple n’osait pas s’approcher du lieu où le Seigneur donnait sa Loi ; au Cénacle, le Saint-Esprit descend sur ceux qui se sont rassemblés en attendant l’accomplissement de la promesse (Ex 19,23; Ac 2,1). D’abord, le doigt de Dieu a gravé ses lois sur des tables de pierre ; maintenant c’est dans le cœur des hommes qu’il l’écrit (Ex 31,18; 2Co 3,3). Autrefois, la Loi était écrite au-dehors et inspirait la peur aux pécheurs ; maintenant, c’est intérieurement qu’elle leur est donnée pour les rendre justes…

En effet, comme le dit l’apôtre Paul, tout ce qui est écrit sur les tables de pierre, « tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas…, tu ne convoiteras pas et d’autres choses semblables, se résume dans ce seul commandement : tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour du prochain n’accomplit aucun mal. La plénitude de la Loi, c’est la charité » (Rm 13,9s; Lv 19,18)… Cette charité a été « répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5).

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

samedi 17 novembre 2018

Y a-t-il un moyen plus efficace de nous encourager à la prière que la parabole du juge injuste qui nous a été racontée par le Seigneur ? Le juge injuste, évidemment, ne craignait pas Dieu ni ne respectait les hommes. Il n’éprouvait aucune bienveillance pour la veuve qui recourait à lui et cependant, vaincu par l’ennui, il finit par l’écouter. Si donc il exauça cette femme qui l’importunait par ses prières, comment ne serions-nous pas exaucés par celui qui nous encourage à lui présenter nos prières ? C’est pourquoi le Seigneur nous a proposé cette comparaison tirée des contraires pour nous faire comprendre « qu’il faut toujours prier sans se décourager ». Puis il a ajouté : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Si la foi disparaît, la prière s’éteint. Qui pourrait, en effet, prier pour demander ce qu’il ne croit pas ? Voici donc ce que l’apôtre Paul dit en exhortant à prier : « Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés ». Puis, pour montrer que la foi est la source de la prière et que le ruisseau ne peut couler si la source est à sec, il ajoute : « Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d’abord cru en lui ? » (Rm 10,13-14) Croyons donc pour pouvoir prier et prions pour que la foi, qui est au principe de notre prière, ne nous fasse pas défaut. La foi répand la prière, et la prière, en se répandant, obtient à son tour l’affermissement de la foi.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

 

 

 

Être serviteur

mardi 13 novembre 2018

L’évêque qui est à votre tête est votre serviteur… Que le Seigneur nous donne donc, à l’aide de vos prières, d’être et de rester jusqu’à la fin ce que vous voulez que nous soyons…; qu’il nous aide à accomplir ce qu’il a commandé. Mais qui que nous soyons, ne placez pas en nous votre espoir. Je me permets de vous dire ceci en évêque : je veux me réjouir de vous et non m’enfler d’orgueil… Je parle maintenant au peuple de Dieu au nom du Christ, je parle dans l’Église de Dieu, je parle comme pauvre serviteur de Dieu : ne mettez pas votre espoir en nous, ne mettez pas votre espoir dans les hommes. Sommes-nous bons ? Nous sommes des serviteurs. Sommes-nous mauvais ? Nous restons des serviteurs. Mais les bons, les fidèles serviteurs sont les vrais serviteurs.

Quel est notre service ? Faites-y attention : si vous avez faim et que vous ne veuillez pas être ingrats, remarquez de quel cellier nous tirons les provisions ; mais dans quel plat est servi ce que tu es avide de manger, cela ne te regarde pas. « Dans une grande maison, il n’y a pas seulement de la vaisselle d’or et d’argent, il y a aussi de la vaisselle d’argile » (2Tm 2,20). [Votre évêque ressemble-t-il à] un plat d’argent, un plat d’or, un plat d’argile ? Toi, regarde si ce plat contient du pain, et de qui vient ce pain, et qui le donne pour qu’on te le serve. Remarquez qui est celui de qui je parle, qui donne le pain que l’on vous sert. C’est lui qui est le pain : « Je suis le pain vivant, descendu du ciel » (Jn 6,51). Nous vous servons donc le Christ, à la place du Christ…, pour qu’il parvienne jusqu’à vous, pour que ce soit lui le juge de notre ministère.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

 

 

« Le Temple dont il parlait, c’était son corps. »

vendredi 9 novembre 2018

Salomon, parce qu’il était prophète, a fait un temple de pierre et de bois…pour le Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre, et dont la demeure est aux cieux… Pourquoi Dieu a-t-il demandé qu’un temple soit bâti ? Était-il privé de demeure ? Écoutez le discours d’Étienne, au moment de sa Passion : « Salomon, dit-il, lui construisit une maison, mais le Très-Haut n’habite pas les temples faits de main d’homme » (Ac 7,48). Pourquoi dès lors a-t-il bâti ou fait bâtir un temple ? Pour préfigurer le corps du Christ. Le premier temple n’était qu’une ombre (Col 2,17) : quand la lumière vient, l’ombre s’enfuit. Cherches-tu maintenant le temple construit par Salomon ? C’est une ruine que tu trouves. Pourquoi ce temple n’est-il que ruine ? Parce que la réalité qu’il annonçait s’est accomplie. Le vrai temple, le corps du Seigneur, est tombé aussi, mais il s’est relevé, et si bien relevé qu’il ne pourra jamais plus tomber…

Et nos corps à nous ? Ils sont membres du Christ. Écoutez saint Paul : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? » (1Co 6,15) Lorsqu’il dit : « Vos corps sont les membres du Christ », qu’est-ce à dire, sinon que nos corps, joints à notre tête qui est le Christ (Col 1,18), font ensemble un temple unique, le temple de Dieu ? Avec le corps du Christ, nos corps sont ce temple… Laissez-vous construire dans l’unité, pour ne pas tomber en ruine en restant séparés.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

 

 

 

Enfin répondre à l’appel de Dieu de se convertir

samedi 27 octobre 2018

Elles me retenaient, mes vieilles idées amies, ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités ! À petits coups elles me tiraient par ma robe de chair et murmuraient à mi-voix : « Tu nous congédies ? Fini pour jamais ! À partir du moment qui vient nous ne serons plus avec toi, il ne te sera plus permis de faire ceci, de faire cela. » Oh ! ce qu’elles suggéraient, mon Dieu ! J’hésitais à me débarrasser d’elles, à bondir où j’étais appelé ; l’habitude me disait, tyrannique : « Crois-tu que tu pourras vivre sans elles ? » Mais déjà sa voix était molle, car du côté où je tournais mon visage et où je tremblais de passer, la chaste dignité de la continence m’invitait noblement et gracieusement à venir sans plus balancer, me montrant une foule de bons exemples : « C’est le Seigneur leur Dieu qui m’a donnée à eux. Pourquoi t’appuyer sur toi-même alors que tu ne te tiens pas debout ? Jette-toi en lui, n’aie pas peur. Il ne va pas se dérober pour que tu tombes. Jette-toi sans crainte ; il te recevra et te guérira ».

Cette dispute dans mon cœur n’était qu’une lutte de moi-même contre moi-même. Quand mon regard avait enfin tiré du fond de mon cœur toutes mes misères, il s’est levé une grosse tempête de larmes. Pour laisser crever l’orage, je me suis levé et suis sorti. Sans trop savoir comment, je me suis étendu sous un figuier, je lâchais complètement mes larmes, elles ont jailli à flots, sacrifice digne de toi, mon Dieu. Et je t’ai dit sans retenue : « Et toi, Seigneur, jusques à quand ? Jusques à quand seras-tu irrité ? Ne garde pas le souvenir de nos vieilles iniquités » (Ps 6,4 ;78,5). Je poussais des cris pitoyables : « Dans combien de temps ? Combien de temps ? Demain, toujours demain. Pourquoi pas tout de suite ? ».

Et voici que j’entendais une voix venant d’une maison voisine, voix d’enfant ou de jeune fille, qui chantait et répétait : « Prends et lis ! Prends et lis ! » À l’instant, je me suis repris et cherchais à me rappeler si c’était le refrain habituel d’un jeu d’enfant ; rien de tel ne me venait en mémoire. Refoulant mes larmes, je me suis levé dans l’idée que le ciel m’ordonnait d’ouvrir le livre de l’apôtre Paul et de lire le premier passage sur lequel je tomberais. Je suis rentré en hâte et j’ai pris le livre et j’ai lu ce que j’ai vu en premier : « Non, pas de ripailles et de soûleries, pas de coucheries et d’impudicités, pas de disputes et de jalousies, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. Ne cherchez plus à contenter la chair dans ses convoitises » (Rm 13,13s). Ce n’était pas la peine d’en lire davantage ; je n’en avais plus besoin. Ces lignes à peine achevées, une lumière de sécurité s’est déversée dans mon cœur et toutes les ténèbres de mon incertitude ont été dissipées.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

 

 

« Le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? »

vendredi 26 octobre 2018

Nous venons d’entendre l’évangile où Jésus critique ceux qui savaient reconnaître l’aspect du ciel, mais n’étaient pas capables de découvrir le temps où il était urgent de croire au Royaume des cieux. C’est aux juifs qu’il disait cela, mais cette parole parvient jusqu’à nous. Or le Seigneur Jésus Christ lui-même a commencé ainsi sa prédication : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17). Jean Baptiste, son précurseur, avait commencé de la même façon : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 3,2). Et maintenant le Seigneur les blâme parce qu’ils ne veulent pas se convertir alors que le Royaume des cieux est proche…

C’est à Dieu de savoir quand viendra la fin du monde : quoi qu’il en soit, c’est maintenant le temps de la foi… Pour chacun de nous le temps est proche, parce que nous sommes mortels. Nous marchons au milieu des dangers. Si nous étions de verre, nous les redouterions moins. Quoi de plus fragile qu’un récipient de verre ? Pourtant on le conserve et il dure des siècles, car on redoute pour lui une chute, mais non pas la vieillesse ni la fièvre. Nous sommes donc plus fragiles et plus faibles, et cette fragilité nous fait craindre chaque jour tous les accidents qui sont constants dans la vie des hommes. Et s’il n’y a pas d’accidents, il y a le temps qui marche. L’homme évite les heurts ; évite-t-il la dernière heure ? Il évite ce qui vient de l’extérieur ; peut-il chasser ce qui naît au-dedans de lui ? Parfois n’importe quelle maladie le domine subitement. Enfin, l’homme aurait-il été épargné toute sa vie, lorsqu’à la fin la vieillesse est venue, il n’y a plus de délai.

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

 

 

 

 

« Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles. »

samedi 13 octobre 2018

Faites attention à ce que dit le Christ Seigneur, étendant la main vers ses disciples : « Voici ma mère et mes frères ». Et ensuite : « Celui qui fait la volonté de mon Père, qui m’a envoyé, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12,49-50). Est-ce que la Vierge Marie n’a pas fait la volonté du Père, elle qui a cru par la foi, qui a conçu par la foi ?… Sainte Marie a fait, oui, elle a fait la volonté du Père, et par conséquent… Marie était bienheureuse, parce que, avant même d’enfanter le Maître, elle l’a porté dans son sein. Voyez si ce que je dis n’est pas vrai. Comme le Seigneur passait, suivi par les foules et accomplissant des miracles divins, une femme se mit à dire : « Heureux, bienheureux, le sein qui t’a porté ! » Et qu’est-ce que le Seigneur a répliqué, pour éviter qu’on ne place le bonheur dans la chair ? « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et la gardent ! » Donc, Marie est bienheureuse aussi parce qu’elle a entendu la parole de Dieu et l’a gardée : son âme a gardé la vérité plus que son sein n’a gardé la chair. La Vérité, c’est le Christ ; la chair, c’est le Christ. La vérité, c’est le Christ dans l’âme de Marie ; la chair, c’est le Christ dans le sein de Marie. Ce qui est dans l’âme est davantage que ce qui est dans le sein. Sainte Marie, heureuse Marie !… Mais vous, mes très chers, regardez vous-mêmes : vous êtes les membres du Christ, et vous êtes le corps du Christ (1Co 12,27)… « Celui qui entend, celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère »… Car il n’y a qu’un seul héritage. C’est pourquoi le Christ, alors qu’il était le Fils unique, n’a pas voulu être seul ; dans sa miséricorde, il a voulu que nous soyons héritiers du Père, que nous soyons héritiers avec lui (Rm 8,17).

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église