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Archive pour le mot-clef ‘Benoît 16’

« Il appela ses disciples, en choisit douze et leur donna le nom d’apôtres. »

mercredi 28 octobre 2020

La Tradition apostolique n’est pas une collection de choses, de mots, comme une boîte de choses mortes ; la Tradition est le fleuve de la vie nouvelle qui vient des origines, du Christ jusqu’à nous, et elle nous implique dans l’histoire de Dieu avec l’humanité. Ce thème de la Tradition (…) est d’une grande importance pour la vie de l’Église. Le Concile Vatican II a souligné, à cet égard, que la Tradition est apostolique d’abord dans ses origines : « Dieu, en son extrême bienveillance, prit des dispositions pour qu’elle demeure toujours en son intégrité et qu’elle soit transmise à toutes les générations. C’est pourquoi le Christ Seigneur, en qui s’achève toute la révélation du Dieu très-haut (2Co 1,20 ;3,16-4,6), ordonna à ses apôtres de la prêcher à tous, comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale » (Dei Verbum, 7). Le Concile poursuit en soulignant que cet engagement a été fidèlement exécuté « par les apôtres, qui dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions, transmirent tout ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec lui et en le voyant agir, et aussi ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint Esprit ». Avec les apôtres, ajoute le Concile, collaborèrent aussi « des hommes de leur entourage qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut ».

Chefs de l’Israël eschatologique, douze eux aussi comme l’étaient les tribus du peuple élu, les apôtres continuent la « moisson » commencée par le Seigneur et ils le font avant tout en transmettant le don reçu, la Bonne Nouvelle du Royaume venu aux hommes en Jésus Christ. Leur nombre exprime non seulement la continuité avec la sainte racine, l’Israël des douze tribus, mais aussi la destination universelle de leur ministère, porteur de salut jusqu’aux extrémités de la terre. On peut saisir cela à partir de la valeur symbolique des nombres dans le monde sémitique : douze est le résultat de la multiplication de trois, nombre parfait, par quatre, nombre qui renvoie aux quatre points cardinaux et donc au monde entier

Benoît XVI

 

 

 

 

« Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps. »

vendredi 16 octobre 2020

Celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l’existence (cf Ep 2,12). La vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu — le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours « jusqu’au bout », « jusqu’à ce que tout soit accompli » (Jn 13,1 ;19,30).

Celui qui est touché par l’amour commence à comprendre ce qui serait précisément « la vie ». Il commence à comprendre ce que veut dire la parole d’espérance dans le rite du baptême : « De la foi j’attends la vie éternelle », la vie véritable qui, totalement et sans menaces, est simplement la vie dans toute sa plénitude. Jésus, qui a dit qu’il est « venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en plénitude, en abondance » (Jn 10,10), nous a aussi expliqué ce que signifie « la vie » : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3). La vie dans le sens véritable, on ne l’a pas en soi, de soi tout seul et pas même seulement par soi : elle est une relation. Et la vie dans sa totalité est relation avec Celui qui est la source de la vie. Si nous sommes en relation avec celui qui ne meurt pas, qui est lui-même la Vie et l’Amour, alors nous sommes dans la vie. Alors nous vivons

Benoît XVI

 

 

 

 

« Les Douze l’accompagnaient ainsi que des femmes. »

vendredi 18 septembre 2020

Dans le milieu de l’Église primitive, la présence des femmes est bien loin d’être secondaire. (…) Nous devons à saint Paul une ample documentation sur la dignité et sur le rôle ecclésial de la femme. Son point de départ est le principe fondamental selon lequel parmi les baptisés, non seulement « il n’y a ni juif ni païen, il n’y a ni esclave ni homme libre », mais également « il n’y a ni homme ni femme ». La raison est que « tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28), c’est-à-dire que tous sont unis par la même dignité fondamentale, même si c’est chacun avec des fonctions spécifiques (1Co 12,27s). L’apôtre admet comme quelque chose de normal que dans la communauté chrétienne, la femme puisse « prophétiser » (1Co 11,5), c’est-à-dire s’exprimer ouvertement sous l’inspiration de l’Esprit, pourvu que ce soit pour l’édification de la communauté et accompli avec dignité. (…)

Nous avons déjà rencontré la figure de Prisca ou Priscille, épouse d’Aquilas, qui dans deux cas, de manière surprenante, est mentionnée avant son mari (Ac 18,18; Rm 16,3) ; l’une et l’autre sont explicitement qualifiés par Paul comme ses « collaborateurs » (Rm 16,3)… Il faut aussi prendre en compte que la brève Lettre à Philémon est en réalité également adressée par Paul à une femme appelée Apphia (Phm 2). (…) Dans la communauté de Colosse, elle devait occuper une place importante ; en tout cas, elle est l’unique femme mentionnée par Paul parmi les destinataires de ses lettres. Ailleurs, il mentionne une certaine Phébée, qualifiée de ‘diákonos’ de l’Église de Cencrées (Rm 16,1-2). (…) Bien que ce titre, à cette époque, n’ait pas encore de valeur ministérielle spécifique de type hiérarchique, il désigne un exercice authentique de responsabilité de la part de cette femme en faveur de cette communauté chrétienne. (…) Dans la même lettre, Paul rappelle d’autres noms de femmes : une certaine Marie, puis Tryphène, Tryphose et la « très chère » Persis, et encore Julie (Rm 16,6.12a.12b.15). (…) Dans l’Église de Philippes se distinguèrent deux femmes appelées Évodie et Syntyché (Ph 4,2) : l’appel que Paul leur adresse laisse entendre que ces deux femmes assuraient une fonction importante au sein de cette communauté. En somme, l’histoire du christianisme aurait connu un développement bien différent s’il n’y avait pas eu l’apport généreux de nombreuses femmes

Benoît XVI

 

 

 

 

Fête de saint Barthélémy, apôtre

lundi 24 août 2020

L’évangéliste Jean nous rapporte que, lorsque Jésus voit Nathanaël s’approcher, il s’exclame : « Voici un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir ». Il s’agit d’un éloge qui rappelle le texte d’un psaume : « Heureux l’homme (…) dont l’esprit est sans fraude » (Ps 31,2), mais qui suscite la curiosité de Nathanaël ; il réplique avec étonnement : « Comment me connais-tu ? » La réponse de Jésus n’est pas immédiatement compréhensible. Il dit : « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu ». Nous ne savons pas ce qui s’est passé sous ce figuier. Il est évident qu’il s’agit d’un moment décisif dans la vie de Nathanaël. Il se sent touché au plus profond du cœur par ces paroles de Jésus, il se sent compris et il comprend : cet homme sait tout sur moi, il sait et connaît le chemin de la vie, je peux réellement faire confiance à cet homme. Et ainsi, il répond par une profession de foi limpide et belle en disant : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël ! »

Dans cette confession apparaît un premier pas important dans l’itinéraire d’adhésion à Jésus. Les paroles de Nathanaël mettent en lumière un double aspect complémentaire de l’identité de Jésus : il est reconnu aussi bien dans sa relation spéciale avec Dieu le Père, dont il est le Fils unique, que dans son rapport au peuple d’Israël, dont il est déclaré le roi, un qualificatif propre au Messie attendu. Nous ne devons jamais perdre de vue ni l’une ni l’autre de ces deux composantes, car si nous proclamons seulement la dimension céleste de Jésus, nous risquons d’en faire un être éthéré et évanescent, et si au contraire nous ne reconnaissons que sa situation concrète dans l’histoire, nous finissons par négliger la dimension divine qui précisément le qualifie.

Benoît XVI

 

 

 

Saint Benoît, un modèle pour aujourd’hui

samedi 11 juillet 2020

[Selon la Règle de saint Benoît], pour être en mesure de décider de manière responsable, l’abbé du monastère doit être une personne qui écoute « les avis de ses frères », car « souvent Dieu révèle à un frère plus jeune ce qui est le mieux » (ch. 3). Cette disposition rend étonnamment moderne une Règle écrite il y a presque quinze siècles ! Un homme de responsabilité publique, même à une petite échelle, doit toujours être également un homme qui sait écouter et qui sait apprendre de ce qu’il écoute. (…)

Cette Règle propose des indications utiles non seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. Par sa modération, son humanité et son sobre discernement entre ce qui est essentiel et ce qui est secondaire dans la vie spirituelle, elle a pu conserver sa force illuminatrice jusqu’à aujourd’hui. Le pape Paul VI, en proclamant Benoît saint patron de l’Europe (…), voulut reconnaître l’œuvre merveilleuse accomplie par le saint à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne.

Aujourd’hui, l’Europe — à peine sortie d’un siècle profondément blessé par deux guerres mondiales et après l’effondrement des grandes idéologies qui se sont révélées de tragiques utopies — est à la recherche de son identité. Pour créer une unité nouvelle et durable, les instruments politiques, économiques et juridiques sont assurément importants, mais il faut également susciter un renouveau éthique et spirituel qui puise aux racines chrétiennes du continent. Autrement l’Europe ne pourra pas se reconstruire. Sans cette sève vitale, l’homme reste exposé au danger de succomber à sa vieille tentation de vouloir se racheter tout seul. C’est là une utopie qui, de diverses façons, a causé dans l’Europe du vingtième siècle, comme l’a remarqué le pape Jean-Paul II, « un régression sans précédent dans l’histoire tourmentée de l’humanité ». En recherchant le vrai progrès, écoutons encore aujourd’hui la Règle de saint Benoît comme une lumière pour notre chemin. Le grand moine demeure un véritable maître, et à son école nous pouvons apprendre l’art de vivre le véritable humanisme

Fête de saint Benoît, abbé, patron de l’Europe

 

« Je le veux, sois purifié ! »

vendredi 26 juin 2020

Comme l’agir, la souffrance [sous toutes ses formes] fait aussi partie de l’existence humaine. Elle découle, d’une part, de notre finitude et, de l’autre, de la somme de fautes qui, au cours de l’histoire, s’est accumulée et qui encore aujourd’hui grandit sans cesse.

Il faut certainement faire tout ce qui est possible pour atténuer la souffrance : empêcher, dans la mesure où cela est possible, la souffrance des innocents ; calmer les douleurs ; aider à surmonter les souffrances psychiques. Autant de devoirs aussi bien de la justice que de l’amour qui rentrent dans les exigences fondamentales de l’existence chrétienne et de toute vie vraiment humaine. Dans la lutte contre la douleur physique, on a réussi à faire de grands progrès, mais la souffrance des innocents et aussi les souffrances psychiques ont plutôt augmenté au cours des dernières décennies.

Oui, nous devons tout faire pour surmonter la souffrance, mais l’éliminer complètement du monde n’est pas dans nos possibilités humaines — simplement parce que nous ne pouvons pas nous extraire de notre finitude et parce qu’aucun de nous n’est en mesure d’éliminer le pouvoir du mal, de la faute, qui — nous le voyons — est continuellement source de souffrance. Dieu seul pourrait le réaliser : seul un Dieu qui entre personnellement dans l’histoire en se faisant homme et qui y souffre. Nous savons que ce Dieu existe et donc que ce pouvoir qui « enlève le péché du monde » (Jn 1,29) est présent dans le monde. Par la foi dans l’existence de ce pouvoir, l’espérance de la guérison du monde est apparue dans l’histoire

Benoît XVI

 

 

 

 

« Comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. »

mardi 26 mai 2020

Dans le grand Credo de l’Église, la partie centrale, qui traite du mystère du Christ à partir de sa naissance éternelle du Père et de sa naissance temporelle de la Vierge Marie pour arriver par la croix et la résurrection jusqu’à son retour, se conclut par les paroles : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Déjà dès les tout premiers temps, la perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d’ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. La foi au Christ n’a jamais seulement regardé en arrière ni jamais seulement vers le haut, mais toujours aussi en avant vers l’heure de la justice que le Seigneur avait annoncée plusieurs foi. (…)

En lui, le Crucifié, la négation des fausses images de Dieu est portée à l’extrême. Maintenant Dieu révèle son propre visage dans la figure du souffrant qui partage la condition de l’homme abandonné de Dieu, la prenant sur lui. Ce souffrant innocent est devenu espérance-certitude : Dieu existe et Dieu sait créer la justice d’une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir et que, cependant, dans la foi nous pouvons pressentir. Oui, la résurrection de la chair existe. Une justice existe. La « révocation » de la souffrance passée, la réparation qui rétablit le droit existent.

C’est pourquoi la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espérance – l’espérance dont la nécessité a justement été rendue évidente dans les bouleversements des derniers siècles. Je suis convaincu que la question de la justice constitue l’argument essentiel, en tout cas l’argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle. Le besoin seulement individuel d’une satisfaction qui dans cette vie nous est refusée, de l’immortalité de l’amour que nous attendons, est certainement un motif important pour croire que l’homme est fait pour l’éternité ; mais seulement en liaison avec le fait qu’il est impossible que l’injustice de l’histoire soit la parole ultime, la nécessité du retour du Christ et de la vie nouvelle devient totalement convaincante.

Benoît XVI

 

 

 

La conversion de saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20)

samedi 25 janvier 2020

La rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas a littéralement révolutionné la vie de Paul. (…) Il est donc important que nous nous rendions compte combien Jésus Christ peut avoir une incidence dans la vie d’un homme et donc aussi dans la nôtre (…) : comment se passe la rencontre d’un être humain avec le Christ ? Et en quoi consiste le rapport qui en découle ? (…) Paul nous aide à comprendre la valeur absolument fondamentale et irremplaçable de la foi. Voici ce qu’il écrit dans la lettre aux Romains : « Nous estimons que l’homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la Loi de Moïse » (3,28). Et également dans la lettre aux Galates : « Ce n’est pas en observant la Loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ » (2,16). (…) « Être justifiés » veut dire être rendus justes, c’est-à-dire être accueillis par la justice miséricordieuse de Dieu et entrer en communion avec lui. Et par conséquent pouvoir établir un rapport bien plus authentique avec tous nos frères. Et cela sur la base d’un pardon total de nos péchés. Eh bien, Paul dit avec toute la clarté possible que cette condition de vie ne dépend pas de nos éventuelles œuvres bonnes, mais d’une pure grâce de Dieu : « Il nous donne d’être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus » (Rm 3,24).

Par ces mots, saint Paul exprime le contenu fondamental de sa conversion, la direction nouvelle de sa vie résultant de sa rencontre avec le Christ ressuscité. Avant sa conversion, Paul n’avait pas été un homme loin de Dieu et de sa Loi ; au contraire il était un juif observant, d’une observance fidèle jusqu’au fanatisme. Mais à la lumière de sa rencontre avec le Christ, il a compris que par cela il avait cherché à se construire lui-même, à construire sa propre justice, et que toute cette justice était vécue pour lui-même. Il a compris qu’une nouvelle orientation de sa vie était absolument nécessaire. Et cette nouvelle orientation, nous la trouvons exprimée dans ses paroles : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Paul, donc, ne vit plus pour lui-même, pour sa propre justice. Il vit du Christ et avec le Christ.

Benoît XVI

 

 

 

 

Fête de saint André, apôtre

samedi 30 novembre 2019

Une tradition (…) raconte la mort d’André à Patras, où il subit le supplice de la crucifixion. Mais en ce moment suprême, d’une manière analogue à son frère Pierre, il demanda à être mis sur une croix différente de celle de Jésus. En son cas, il s’agit d’une croix décussée, c’est-à-dire à croisement transversal incliné, qui est pour cela appelée « croix de saint André ».

Voici ce que l’apôtre aurait dit en cette occasion, selon un vieux récit : « Salut, ô croix, inaugurée avec le corps du Christ et devenue l’ornement de ses membres, comme si c’étaient des pierres précieuses. Avant que le Seigneur monte sur toi, tu inspirais une crainte terrestre. Maintenant au contraire, dotée d’un amour céleste, sois reçue comme un don. Les croyants savent, à ton égard, quelle joie tu possèdes, quels cadeaux tu tiens préparés. Aussi, sûr et plein de joie, je viens à toi pour que, toi aussi, tu me reçoives, dans l’exultation, comme celui qui fut suspendu à toi. (…) Ô croix bienheureuse, qui as revêtu la majesté et la beauté des membres du Seigneur. (…) Prends-moi et porte-moi loin des hommes et rends-moi à mon Maître, afin que par ton intermédiaire me reçoive celui qui m’a racheté. Salut, ô croix, oui, vraiment, salut ! »

Comme on le voit, il y a là une spiritualité chrétienne très profonde, qui voit dans la croix non pas tellement un instrument de torture mais bien plutôt le moyen incomparable d’une pleine assimilation au Rédempteur, au grain de blé tombé en terre (Jn 12,24). Nous devons apprendre de cela une leçon très importante : nos croix acquièrent de la valeur si elles sont considérées et accueillies comme une partie de la croix du Christ, si elles reflètent sa lumière. C’est seulement par cette croix que nos souffrances sont ennoblies et acquièrent leur vrai sens.

Benoît XVI

 

 

 

 

Reconnaître aujourd’hui les biens éternels

vendredi 25 octobre 2019

À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien du « nous-tous », constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale… C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher…

Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis, de la cité. C’est là la voie institutionnelle — politique peut-on dire aussi — de la charité, qui n’est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain, hors des médiations institutionnelles de la cité. L’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique. Comme tout engagement en faveur de la justice, il s’inscrit dans le témoignage de la charité divine qui, agissant dans le temps, prépare l’éternité.

Quand elle est inspirée et animée par la charité, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine. Dans une société en voie de mondialisation, le bien commun et l’engagement en sa faveur ne peuvent pas ne pas assumer les dimensions de la famille humaine tout entière, c’est-à-dire de la communauté des peuples et des nations, au point de donner forme d’unité et de paix à la cité des hommes, et d’en faire, en quelque sorte, la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu.

Benoît XVI