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Archive pour le mot-clef ‘humilité’

« Qui s’abaisse sera élevé. »

samedi 3 novembre 2018

L’humilité n’est pas seulement de nous défier de nous-mêmes, mais aussi de nous confier en Dieu ; la défiance de nous et de nos propres forces produit la confiance en Dieu, et de cette confiance naît la générosité d’esprit. La très sainte Vierge Notre Dame nous a montré un exemple très remarquable à ce sujet lorsqu’elle prononça ces mots : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Quand elle dit qu’elle est la servante du Seigneur, elle fait un acte d’humilité le plus grand qu’il puisse jamais se faire, d’autant qu’elle oppose aux louanges que l’ange lui donne — qu’elle sera mère de Dieu, que l’enfant qui sortira de ses entrailles sera appelé le Fils du Très-Haut, dignité plus grande que l’on eût pu jamais imaginer — elle oppose, dis-je, à toutes ces louanges et grandeurs sa bassesse et son indignité, disant qu’elle est la servante du Seigneur. Mais notez bien que dès qu’elle a rendu le devoir à l’humilité, tout de suite elle fait une pratique de générosité très excellente, en disant : « Qu’il me soit fait selon ta parole ».

Il est vrai, voulait-elle dire, que je ne suis, en aucune façon, capable de cette grâce, eu égard à ce que je suis de moi-même, mais en tant que ce qui est bon en moi est de Dieu et que ce que tu me dis est sa très sainte volonté, je crois que cela peut se faire et qu’il se fera ; et, sans douter aucunement, elle dit : « Qu’il me soit fait ainsi que tu le dis ».

Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l’Église

 

 

 

 

Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire

dimanche 21 octobre 2018

En convoitant les premières places, les plus hautes charges et les honneurs les plus élevés, les deux frères Jacques et Jean voulaient, à mon avis, avoir autorité sur les autres. C’est pourquoi Jésus s’oppose à leur prétention. Il met à nu leurs pensées secrètes en leur disant : « Celui qui veut être le premier sera le serviteur de tous ». Autrement dit : « Si vous ambitionnez le premier rang et les plus grands honneurs, recherchez le dernier rang, appliquez-vous à devenir les plus simples, les plus humbles et les plus petits de tous. Mettez-vous après les autres. Telle est la vertu qui vous procurera l’honneur auquel vous aspirez. Vous en avez près de vous un exemple éclatant, ‘puisque le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude’ (Mc 10,45). Voilà comment vous obtiendrez gloire et célébrité. Voyez ce qui m’arrive : je ne recherche ni honneur ni gloire, et pourtant le bien que je réalise ainsi est infini ». Nous le savons : avant l’incarnation du Christ et son abaissement, tout était perdu, tout était corrompu ; mais, après qu’il se soit humilié, il a tout relevé. Il a aboli la malédiction, détruit la mort, ouvert le paradis, mis à mort le péché, déverrouillé les portes du ciel pour y ramener les prémices de notre humanité. Il a propagé la foi partout dans le monde. Il a chassé l’erreur et rétabli la vérité. Il a fait monter sur un trône royal les prémices de notre nature. Le Christ est l’auteur de biens infiniment nombreux, que ni ma parole, ni aucune parole humaine ne saurait décrire. Avant son abaissement, il n’était connu que des anges, mais, depuis qu’il s’est humilié, la race humaine tout entière l’a reconnu.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église

 

 

 

 

Oraison

vendredi 19 octobre 2018

La véritable raison pour laquelle tu ne réussis pas toujours ta méditation, la voici –- et je ne me trompe pas ! Tu commences ta méditation dans l’agitation et l’anxiété. Cela suffit pour que tu n’obtiennes jamais ce que tu recherches, car ton esprit n’est pas concentré sur la vérité que tu médites et il n’y a pas d’amour dans ton cœur. Cette anxiété est vaine. Tu n’en retireras qu’une grande fatigue spirituelle et une certaine froideur de l’âme, surtout au niveau affectif. Je ne connais à cela nul autre remède que celui-ci : sortir de cette anxiété. C’est en effet un des obstacles majeurs à la pratique religieuse et à la vie de prière. Elle nous fait courir pour nous faire trébucher. Je ne veux vraiment pas te dispenser de la méditation simplement parce qu’il te semble que tu n’en retires aucun profit. Au fur et à mesure que tu feras le vide en toi-même, que tu te débarrasseras de cet attachement dans l’humilité, le Seigneur te fera le don de l’oraison qu’il garde dans sa main droite.

Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin

 

 

St Padre Pio de Pietrelcina

dimanche 23 septembre 2018

 

 

La majesté du Fils de Dieu n’avait pas dédaigné l’état d’enfance. Mais l’enfant a grandi avec l’âge jusqu’à la stature de l’homme parfait ; puis, lorsqu’il a pleinement accompli le triomphe de sa passion et de sa résurrection, toutes les actions de la condition humiliée qu’il avait adoptée pour l’amour de nous sont devenues du passé. Pourtant la fête de sa nativité renouvelle pour nous les premiers instants de Jésus, né de la Vierge Marie. Et lorsque nous adorons la naissance de notre Sauveur, il se trouve que nous célébrons notre propre origine. En effet, lorsque le Christ vient au monde, le peuple chrétien commence : l’anniversaire de la tête, c’est l’anniversaire du corps. Sans doute, chacun de ceux qui sont appelés le sont à leur tour, et les fils de l’Église apparaissent à des époques différentes. Pourtant, puisque les fidèles dans leur totalité, nés de la source du baptême, ont été crucifiés avec le Christ dans sa passion, ressuscités dans sa résurrection, établis à la droite du Père dans son ascension, ils sont nés avec lui en sa nativité. Tout croyant, de n’importe quelle partie du monde, qui renaît dans le Christ, après avoir abandonné le chemin de péché qu’il tenait de son origine, devient un homme nouveau par sa seconde naissance. Il n’appartient plus à la descendance de son père selon la chair, mais à la race du Sauveur, car celui-ci est devenu Fils de l’homme pour que nous puissions être fils de Dieu.

Saint Léon le Grand (?-v. 461), pape et docteur de l’Église

 

 

 

« Heureux, vous les pauvres… Malheureux, vous les riches. »

mercredi 12 septembre 2018

C’est avec raison que le Seigneur, en proclamant la béatitude des pauvres, ne dit pas : « Le Royaume des cieux sera » mais « est à eux »… Qu’ils sont proches du Royaume de Dieu, ceux qui déjà possèdent et portent dans leur cœur ce Roi dont on a dit que le servir, c’est régner… Que d’autres se querellent pour se partager l’héritage de ce monde : « le Seigneur est ma part d’héritage et ma coupe » (Ps 15,5). Qu’ils combattent entre eux à qui sera le plus misérable : je ne leur envie rien de tout ce qu’ils recherchent, car moi et mon âme, « nous mettrons nos délices dans le Seigneur » (Ps 103,34). Toi, l’héritage glorieux des pauvres ! Bienheureuse richesse de ceux qui n’ont rien ! Non seulement tu nous fournis tout ce dont nous avons besoin, mais encore, tu es remplie de toute gloire, tu débordes de toute joie, car tu es « la mesure surabondante versée dans notre sein » (Lc 6,38)… Que votre âme… se glorifie dans son humilité, vous les pauvres, et qu’elle regarde avec dédain toute grandeur de ce monde… Des biens éternels sont préparés, et tu leur préférerais des choses passagères, pareilles à un songe ?… Comme ils sont malheureux, ceux que la bienheureuse pauvreté rendait dignes d’être honorés par le ciel, admirés par le monde et redoutés par l’enfer, et qui ensuite, dans l’aveuglement de leur esprit, ont regardé la pauvreté comme une misère, l’humilité comme une lâcheté ; qui ont voulu devenir riches et sont tombés dans les pièges du diable, alors que toutes choses leur appartenaient !… Quant à vous, qui avez pour amie la pauvreté et trouvez douce l’humilité du cœur, la Vérité éternelle vous rend sûrs de posséder le Royaume des cieux ; il garde fidèlement pour vous ce Royaume qui vous est réservé.

Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien

 

 

 

 

 

« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. »

lundi 23 juillet 2018

Que personne ne nourrisse l’illusion de penser qu’il se signalera dans de grandes choses, s’il ne se signale d’abord dans les choses humbles. Croyez-moi, il y a bien des espèces de ferveurs, et, pour mieux dire, de tentations… Certains, pour ne pas renoncer à leur volonté en exécutant ce que l’obéissance leur prescrit, désirent faire d’autres choses plus importantes, sans remarquer que si l’on manque de vertu pour les petites choses, on en aura encore moins pour les grandes. En effet, quand ils se lancent dans des choses grandes et difficiles, avec peu d’abnégation et de force d’âme, ils en viennent à reconnaître leurs ferveurs pour des tentations, car ils se trouvent alors sans forces… Je ne vous écris pas cela pour détourner vos cœurs des entreprises les plus ardues, où vous vous signalerez comme de grands serviteurs de Dieu et par où vous laisserez souvenir de vous à vos successeurs. Je le dis seulement pour que, dans les petites choses, vous vous montriez grands, que vous progressiez beaucoup dans la connaissance des tentations et de votre valeur propre, et que vous mettiez toute votre force en Dieu. Si vous persévérez dans cette voie, je ne doute pas que vous ne croissiez continuellement en humilité et vie intérieure, et que vous ne fassiez beaucoup de fruit dans les âmes, vivant dans la paix et la sécurité partout où vous vous trouverez.

 

Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite

Lettre du 05/11/1549, n°90, 34-36 (trad. Cerf 1996, p. 119)

« Mon serviteur n’écrasera pas le roseau froissé, n’éteindra pas la mèche qui faiblit…»

samedi 21 juillet 2018

Je veux ouvrir la bouche, frères, pour vous parler du très haut sujet de l’humilité. Et je suis rempli de crainte, comme quelqu’un qui sait qu’il doit parler de Dieu dans le langage de ses propres pensées. Car l’humilité est la parure de la Divinité. En se faisant homme, le Verbe l’a revêtue. Par elle, il a vécu avec nous dans un corps. Et quiconque s’en est entouré, s’est rendu pareil en vérité à Celui qui est descendu de sa hauteur et qui a recouvert sa grandeur et sa gloire par l’humilité, pour qu’à sa vue la création ne soit pas consumée. Car la création n’aurait pas pu le contempler s’il n’avait pas pris sur lui l’humilité et n’avait pas ainsi vécu avec elle. Il n’y aurait pas eu de face à face avec lui. La création n’aurait pas entendu les paroles de sa bouche…

C’est pourquoi lorsque la création voit un homme revêtu de la ressemblance de son Maître, elle le révère et l’honore comme son Maître qu’elle a vu vivre en elle, revêtu d’humilité. Quelle créature, en effet, ne se laisse pas attendrir à la vue de l’humble ? Cependant, tant que la gloire de l’humilité ne s’était pas révélée à tous dans le Christ, on dédaignait cette vision si pleine de sainteté. Mais maintenant, sa grandeur s’est levée aux yeux du monde. Il a été donné à la création de recevoir dans la médiation d’un homme humble la vision de son Créateur. C’est pourquoi l’humble n’est méprisé par personne, pas même par les ennemis de la vérité. Celui qui a appris l’humilité est vénéré, grâce à elle, comme s’il portait la couronne et la pourpre.

Isaac le Syrien (7e siècle), moine près de Mossoul
Discours ascétiques, 1ère série n° 20 (trad. DDB 1981, p. 137)

 

 

 

« Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant. »

lundi 18 juin 2018

« Si quelqu’un observe toute la Loi mais s’il est en faute sur un seul point, le voilà en infraction par rapport à l’ensemble de la Loi » (Jc 2,10). Quel est cet unique précepte, sinon le vrai amour, la charité parfaite ? C’est d’elle que l’apôtre Paul a dit aussi : « Une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5,14)…

Car la vraie charité est patiente dans l’adversité et modérée dans la prospérité. Elle est forte dans les souffrances pénibles, joyeuse dans les bonnes œuvres, parfaitement en sûreté dans la tentation. Elle est très douce entre vrais frères, très patiente parmi les faux. Elle est innocente au milieu des embûches ; elle gémit au milieu des malfaisances ; elle respire dans la vérité. Elle est chaste en Suzanne mariée, en Anne veuve, en Marie vierge (Dn 13,1s; Lc 2,36). Elle est humble dans l’obéissance de Pierre et libre dans l’argumentation de Paul. Elle est humaine dans le témoignage des chrétiens, divine dans le pardon du Christ. Car la vraie charité, frères très chers, est l’âme de toutes les Écritures, la force de la prophétie, la charpente de la connaissance, le fruit de la foi, la richesse des pauvres, la vie des mourants. Gardez-la donc fidèlement ; chérissez-la de tout votre cœur et de toute la force de votre esprit (cf Mc 12,30).

Saint Césaire d’Arles (470-543), moine et évêque
Sermons au peuple, n° 23, 4-5, s’inspirant de saint Augustin ; SC 243 (trad. SC p. 51 rev.)

 

 

« Moi je vous dis de ne pas riposter au méchant »

samedi 16 juin 2018

La Loi disait : « Oeil pour œil, dent pour dent » (Ex 21,24). Mais le Seigneur exhorte non seulement à recevoir avec patience le coup de celui qui nous gifle, mais encore à lui présenter humblement l’autre joue. Car le but de la Loi était de nous apprendre à ne pas faire ce que nous ne voulions pas souffrir. Elle nous empêchait donc de faire le mal par la peur de souffrir. Mais ce qui est demandé maintenant, c’est de rejeter la haine, l’amour du plaisir, l’amour de la gloire et les autres tendances mauvaises…

Le Christ nous apprend par les saints commandements comment être purifiés de nos passions, afin qu’elles ne nous fassent plus retomber dans les mêmes péchés. Il nous montre la cause qui fait aller jusqu’au mépris et à la transgression des préceptes de Dieu ; il nous en fournit ainsi le remède pour que nous puissions obéir et être sauvés.

Quel est donc ce remède et quelle est la cause de ce mépris ? Écoutez ce que dit notre Seigneur lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Mt 11,29). Voici que brièvement, d’une seule parole, il nous montre la racine et la cause de tous les maux, avec son remède, source de tous les biens. Il nous montre que c’est l’élèvement du cœur qui nous a fait tomber, et qu’il est impossible d’obtenir miséricorde sinon par la disposition contraire, qui est l’humilité. De fait, l’élèvement engendre le mépris et la désobéissance qui mène à la mort, tandis que l’humilité engendre l’obéissance et le salut des âmes : j’entends l’humilité véritable, non pas un abaissement tout en paroles et en attitudes, mais une disposition vraiment humble, dans l’intime du cœur et de l’esprit. C’est pourquoi le Seigneur dit : « Je suis doux et humble de cœur ». Que celui qui veut trouver le vrai repos pour son âme apprenne donc l’humilité.

Dorothée de Gaza (v. 500-?), moine en Palestine
Instructions, n° 1, 6-8 ; SC 92 (trad. SC p. 155 rev.)

 

 

 

Cœur Immaculée de Marie

samedi 9 juin 2018

Comme l’obéissance perfectionne toutes mes œuvres, il est nécessaire que, parmi vous autres, il y en ait toujours une qui tienne lieu de supérieure. Ce sera tantôt l’une, tantôt l’autre. Nous en usons ainsi dans les missions ; cela ne vous semble-t-il pas nécessaire ? Que Dieu ait pour agréable la soumission que vous lui faites pour honorer la soumission de son Fils à Saint Joseph et à la Sainte Vierge ! Prenez garde, mes filles, de regarder toujours celle qui vous tiendra lieu de supérieure comme la Sainte Vierge ; voire même voyez Dieu en elle, et vous profiterez plus en un mois, que vous ne feriez en un an sans cela. En obéissant, vous apprendrez la sainte humilité ; et en commandant par obéissance, vous enseignerez les autres utilement. Je vous veux dire, pour vous exciter à la pratique de la sainte obéissance, que, quand Dieu me mit auprès de Madame la générale, je me proposai de lui obéir comme à la Sainte Vierge ; et Dieu sait combien cela m’a fait de bien !

Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretiens aux Filles de la Charité, 31/07/1634 (Tome IX, Éd. Gabalda, 1923, p.7 et 8. Conférence du 31 juillet 1634)