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Tendre vers Dieu

8 octobre 2019

S’inquiétant, une fois, intérieurement de ne pouvoir éprouver un désir aussi grand qu’il conviendrait à la gloire de Dieu, Gertrude reçut cette explication divine que Dieu est pleinement satisfait quand l’homme, sans pouvoir réaliser davantage, est dans la volonté d’avoir, si possible, de grands désirs ; aussi grands qu’il les souhaite avoir, tels sont-ils devant Dieu. Dans un cœur rempli de ce désir de souhaiter avoir le désir, Dieu trouve plus de délices à demeurer que l’homme dans la floraison des plus frais printemps.

Une autre fois, par la faute de la maladie, elle avait été pendant quelques jours moins attentive à Dieu, puis, reprenant conscience de cette culpabilité, elle s’appliqua à confesser au Seigneur cette négligence avec une pieuse humilité. Et, comme elle craignait d’avoir à supporter un long délai avant de retrouver les anciennes douceurs de la présence divine, soudain, en un instant, elle sentit que la bonté de Dieu s’inclinait vers elle pour un embrassement plein d’amour, avec ces paroles : « Ma fille, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » Elle comprit, par cette réponse, que, bien que l’homme par fragilité de nature omette parfois de tendre son attention vers Dieu, celui-ci pourtant, dans sa bonté miséricordieuse ne néglige pas de se tenir toutes nos œuvres pour dignes d’une récompense éternelle, pourvu seulement que nous ne nous détournions pas délibérément de lui et que nous nous repentions souvent de tout ce que notre conscience nous reproche.

Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

 

 

 

 

« Lequel des trois (…) a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des bandits ? »

7 octobre 2019

La parabole du bon Samaritain permet de faire deux grandes clarifications. Tandis que le concept de « prochain » se référait jusqu’alors essentiellement aux membres de la même nation et aux étrangers qui s’étaient établis dans la terre d’Israël, et donc à la communauté solidaire d’un pays et d’un peuple, cette limitation est désormais abolie. Celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là est mon prochain.

Le concept de prochain est universalisé et reste cependant concret. Bien qu’il soit étendu à tous les hommes, il ne se réduit pas à l’expression d’un amour générique et abstrait, qui en lui-même engage peu, mais il requiert mon engagement concret ici et maintenant. Cela demeure une tâche de l’Église d’interpréter toujours de nouveau le lien entre éloignement et proximité pour la vie pratique de ses membres.

Il convient particulièrement de rappeler ici la grande parabole du Jugement dernier (Mt 25,31-46), dans laquelle l’amour devient le critère pour la décision définitive concernant la valeur ou la non-valeur d’une vie humaine. Jésus s’identifie à ceux qui sont dans le besoin : les affamés, les assoiffés, les étrangers, ceux qui sont nus, les malades, les personnes qui sont en prison. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (v. 40). L’amour de Dieu et l’amour du prochain se fondent l’un dans l’autre.

Benoît XVI

 

 

 

 

 

« Nous sommes des serviteurs quelconques. »

6 octobre 2019

Moi qui étais d’abord un rustre fugitif et sans instruction, moi « qui ne sais pas prévoir l’avenir », je sais cependant une chose avec certitude : c’est qu’« avant d’être humilié » j’étais comme une pierre gisant dans une boue profonde. Mais il est venu, « celui qui est puissant », et dans sa miséricorde il m’a pris ; il m’a hissé vraiment bien haut et m’a placé au sommet du mur. C’est pourquoi je devrais élever la voix très fort, afin de rendre quelque chose au Seigneur pour ses bienfaits ici-bas et dans l’éternité, bienfaits si grands que l’esprit des hommes ne peut pas les compter.

Soyez donc dans l’admiration, « grands et petits qui craignez Dieu » ; et vous, seigneurs et beaux parleurs, écoutez et examinez attentivement. Qui m’a suscité, moi l’insensé, du milieu de ceux qui passent pour sages, experts de la loi, « puissants en paroles » et en toutes choses ? Qui m’a inspiré plus que d’autres, moi le rebut de ce monde, pour que « dans la crainte et le respect » (…) je fasse loyalement du bien au peuple vers lequel l’amour du Christ m’a porté et à qui il m’a donné, pour que, si j’en suis digne, je le serve toute ma vie avec humilité et vérité ?

C’est pourquoi, « selon la mesure de ma foi » en la Trinité, je dois reconnaître et (…) proclamer le don de Dieu et sa « consolation éternelle ». Je dois répandre sans crainte mais avec confiance le nom de Dieu en tout lieu, afin que, même après ma mort, je laisse un héritage à mes frères et à mes enfants, à tant de milliers d’hommes que j’ai baptisés dans le Seigneur.

Saint Patrick (v. 385-v. 461)

(Références bibliques : Eccl 4,13 Vulg; Ps 118,67; Lc 1,49; Ap 19,5; Lc 24,19; He 12,28; Rm 12,6; 2Th 2,16)

 

 

 

 

 

« À ce moment, Jésus exulta de joie. »

5 octobre 2019

Par essence, la joie chrétienne est participation spirituelle à la joie insondable, conjointement divine et humaine, qui est au cœur de Jésus Christ glorifié. (…) Contemplons-le au cours de sa vie terrestre ; en son humanité, il a fait l’expérience de nos joies. Il a manifestement connu, apprécié, célébré toute une gamme de joies humaines, de ces joies simples et quotidiennes, à la portée de tous. La profondeur de sa vie intérieure n’a pas émoussé le concret de son regard, ni sa sensibilité. Il admire les oiseaux du ciel et les lys des champs. Il rejoint d’emblée le regard de Dieu sur la création à l’aube de l’histoire. Il exalte volontiers la joie du semeur et du moissonneur, celle de l’homme qui trouve un trésor caché, celle du berger qui récupère sa brebis ou de la femme qui retrouve la pièce perdue, la joie des invités au festin, la joie des noces, celle du père qui accueille son fils au retour d’une vie de prodigue et celle de la femme qui vient de mettre au monde son enfant.

Ces joies humaines ont tant de consistance pour Jésus qu’elles sont pour lui les signes des joies spirituelles du Royaume de Dieu : joie des hommes qui entrent dans ce Royaume, y reviennent ou y travaillent, joie du Père qui les accueille. Et pour sa part, Jésus lui-même manifeste sa satisfaction et sa tendresse lorsqu’il rencontre des enfants qui désirent l’approcher, un jeune homme riche, fidèle et soucieux de faire davantage, des amis qui lui ouvrent leur maison comme Marthe, Marie, Lazare. Son bonheur est surtout de voir la Parole accueillie, les possédés délivrés, une femme pécheresse ou un publicain comme Zachée se convertir, une veuve prendre sur son indigence pour donner. Il tressaille même de joie lorsqu’il constate que les tout petits ont la révélation du Royaume qui reste caché aux sages et aux habiles. Oui, parce que le Christ « a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché » (PE 4), il a accueilli et éprouvé les joies affectives et spirituelles, comme un don de Dieu. Et il n’a eu de cesse jusqu’à ce qu’il n’ait « annoncé aux pauvres la Bonne Nouvelle, aux affligés la joie » (PE 4 ;cf Lc 4,10).

Saint Paul VI

 

 

 

« Écoute, mon peuple (…) ; je t’adjure, moi ton Dieu. » (Ps 49,7)

4 octobre 2019

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs comme aux jours dans le désert, où vos pères m’ont mis à l’épreuve. (…) Jamais ils n’entreront dans mon repos » (Ps 94,7-11). La grâce de la promesse de Dieu est abondante, si aujourd’hui nous écoutons sa voix, car cet aujourd’hui s’étend à chaque jour nouveau aussi longtemps qu’on dira « aujourd’hui ». Cet aujourd’hui demeure jusqu’à la fin des temps, ainsi que la possibilité d’apprendre. A ce moment-là le véritable aujourd’hui, le jour sans fin de Dieu, se confondra avec l’éternité. Obéissons donc toujours à la voix du Verbe divin, la Parole de Dieu faite chair, car l’aujourd’hui de toujours est l’image de l’éternité et le jour est le symbole de la lumière ; or le Verbe est pour les hommes la lumière (Jn 1,9) dans laquelle nous voyons Dieu.

Il est donc naturel que la grâce surabonde pour ceux qui ont cru et obéi, mais contre ceux qui ont été incrédules (…), qui n’ont pas reconnu les voies du Seigneur (…), il est naturel que Dieu soit irrité contre eux et qu’il les menace. (…) Ainsi les Hébreux ont erré dans le désert ; ils ne sont pas entrés dans le lieu du repos à cause de leur incrédulité. (…)

Parce qu’il aime les hommes, le Seigneur les invite tous « à la connaissance de la vérité » (1Tm 2,4), et il leur envoie l’Esprit Saint, le Paraclet. (…) Écoutez donc, vous qui êtes loin et vous qui êtes proches (Ep 2,17). Le Verbe ne se cache de personne. Il est notre lumière commune, il brille pour tous les hommes. Hâtons-nous donc vers le salut, vers la nouvelle naissance. Hâtons-nous de nous réunir nombreux dans un seul troupeau, dans l’unité de l’amour. Et cette multitude de voix (…), obéissant à un seul maître, le Verbe, trouvera son repos en la Vérité même et pourra dire « Abba, Père » (Rm 8,15).

Saint Clément d’Alexandrie (150-v. 215)

 

 

 

Après l’envoi des Douze (Lc 9,2), l’envoi des soixante-douze

3 octobre 2019

L’Église est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la gloire de Dieu le Père ; elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut ; par eux, elle ordonne en vérité le monde entier au Christ. On appelle apostolat toute activité du Corps mystique qui tend vers ce but ; l’Église l’exerce par tous ses membres, mais de diverses manières. En effet, la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat. Dans l’organisme d’un corps vivant, aucun membre ne se comporte de manière purement passive, mais participe à la vie et à l’activité générale du corps, ainsi dans le Corps du Christ qui est l’Église, « tout le corps opère sa croissance selon le rôle de chaque partie » (Ep 4,16). Bien plus, les membres de ce corps sont tellement unis et solidaires qu’un membre qui ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps doit être réputé inutile à l’Église et à lui-même.

Il y a dans l’Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du peuple de Dieu tout entier. Ils exercent concrètement leur apostolat en se dépensant à l’évangélisation et à la sanctification des hommes ; il en est de même quand ils s’efforcent de pénétrer l’ordre temporel d’esprit évangélique et travaillent à son progrès de telle manière que, en ce domaine, leur action rende clairement témoignage au Christ et serve au salut des hommes. Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien.

Concile Vatican II

 

 

 

« Leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 18,10)

2 octobre 2019

Demande avec ferveur que le Seigneur Jésus impose sur toi sa main afin qu’à jamais tu habites sous la garde du Très-Haut et que tu demeures sous la protection du Dieu du ciel (cf. Ps 90,1). (…)

Ah ! Jésus, Prince de la paix, Ange du grand conseil, sois toujours à ma droite comme guide et gardien de mon pèlerinage, afin de n’être pas ébranlée et de ne pas errer loin de toi. Daigne envoyer du ciel ton saint Ange qui, sous ta garde aimante prenne soin de moi et me dirige selon ton bon plaisir, et sur ta voie parfaite me ramène à toi (Ex 23,20).

Salut, saint Ange de Dieu, gardien de mon âme et de mon corps. Par le très doux cœur de Jésus-Christ, Fils de Dieu, pour l’amour de Celui qui nous a créés, toi et moi, pour l’amour de Celui qui, au baptême, m’a confié à toi, reçois-moi en la garde de ta très fidèle paternité. Puissé-je, aidée par toi, traverser sur une chaussée immaculée le torrent de cette vie, jusqu’au jour où, avec toi dans la joie, je serai admise à contempler cette face que tu vois, cette exquise beauté de Dieu, dont la douceur dépasse toute suavité.

Ah ! Jésus, mon Pasteur très cordialement aimé, fais que moi, ton indigne petite brebis, toujours je suive et reconnaisse ta très douce voix, et répandant l’odeur très suave d’une foi vive, que je coure vers les pâturages de la vie éternelle, où je pourrai éternellement goûter le loisir et voir que toi vraiment tu es suave, ô mon Maître.

Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

 

 

 

 

« Jésus se retourna et les interpella vivement. »

1 octobre 2019

Lorsque quelqu’un a été rendu digne de goûter l’amour de Dieu, il a coutume d’oublier toute chose à cause de sa douceur, car une fois goûté cet amour-là, toutes les choses visibles lui semblent sans intérêt. Son âme s’approche joyeusement du bel amour des hommes, sans distinction. Il n’est jamais troublé par leurs faiblesses, qui ne lui font pas peur, tout comme les bienheureux apôtres qui, au milieu de tous les maux qu’ils avaient à supporter de la part de leurs bourreaux, ont été tout à fait incapables de haïr ces derniers et n’étaient pas las de les aimer. Cela a été manifesté dans les faits lorsque, à la fin, ils ont supporté même la mort pour les retrouver un jour, au ciel.

Et pourtant, c’étaient les mêmes qui, peu de temps auparavant, avaient supplié le Christ de faire descendre le feu du ciel sur les Samaritains qui avaient seulement refusé de les accueillir dans leur village. Mais une fois reçu le don de goûter l’amour de Dieu, ils ont été rendus parfaits jusque dans l’amour pour les méchants.

Isaac le Syrien (7e siècle)

 

 

 

« Nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas avec nous pour te suivre. »

30 septembre 2019

Nous ne pouvons pas invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l’image de Dieu (Gn 1,27). La relation de l’homme à Dieu le Père et la relation de l’homme à ses frères humains sont si étroitement liées que l’Écriture dit : « Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu » (1Jn 4,8).

Par là est sapé le fondement de toute théorie ou de toute pratique qui introduit entre homme et homme, entre peuple et peuple, une discrimination en ce qui concerne la dignité humaine et les droits qui en découlent.

L’Église réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur condition économique ou de leur religion. En conséquence, le Concile, suivant les traces des saints apôtres Pierre et Paul, adjure ardemment les fidèles du Christ « d’avoir au milieu des nations une conduite excellente » (1P 2,12), et « s’il est possible, de vivre en paix avec tous les hommes » autant qu’il dépend d’eux (Rm 12,18), de manière à être vraiment « les enfants du Père qui est dans les cieux » (Mt 5,45).

Concile Vatican II

 

 

 

 

 

« Dieu regarde le cœur. » (1S 16,7)

29 septembre 2019

Est-ce que ce pauvre a été reçu par les anges à cause du seul mérite de sa pauvreté ? Et le riche a-t-il été livré aux tourments par la seule faute de sa richesse ? Non : comprenons-le bien, c’est l’humilité qui a été honorée dans le pauvre, et l’orgueil condamné dans le riche.

Voici, en bref, la preuve que ce ne sont pas les richesses mais l’orgueil qui a valu au riche son châtiment. Le pauvre a donc été porté dans le sein d’Abraham ; mais l’Écriture dit d’Abraham qu’il avait beaucoup d’or et d’argent et qu’il était riche sur terre (Gn 13,2). Si tout riche est envoyé dans les tourments, comment Abraham a-t-il pu devancer le pauvre pour le recevoir dans son sein ? C’est qu’Abraham, au milieu de ses richesses, était pauvre, humble, respectueux et obéissant à tous les ordres de Dieu. Il tenait ses richesses pour si peu de choses que, lorsque Dieu le lui a demandé, il a accepté d’offrir en sacrifice son fils à qui il destinait ces richesses (Gn 22,4).

Apprenez donc à être pauvres et dans le besoin, soit que vous possédiez quelque chose en ce monde, soit que vous ne possédiez rien. Car on trouve des mendiants remplis d’orgueil et des riches qui confessent leurs péchés. « Dieu résiste aux orgueilleux », qu’ils soient couverts de soie ou de haillons, « mais il donne sa grâce aux humbles » (Jc 4,6), qu’ils possèdent ou non les biens de ce monde. Dieu regarde l’intérieur ; c’est là qu’il pèse, là qu’il examine.

Saint Augustin (354-430)