ACCUEIL

Archive pour le mot-clef ‘création’

S’attacher à l’Éternel, notre rocher

jeudi 2 décembre 2021

Pensant à l’éternité de Dieu, je me la suis représentée comme un rocher immobile sur le bord d’un fleuve, d’où le Seigneur voit passer toutes les créatures sans se remuer et sans qu’il passe jamais lui-même. Tous les hommes qui s’attachent aux choses créées m’ont paru comme des gens qui, étant entraînés par le courant de l’eau, s’attacheraient les uns à une planche, les autres à un tronc d’arbre, les autres à des amas d’écume qu’ils prendraient pour quelque chose de solide. Tout cela est emporté par le torrent ; les amis meurent, la santé se consume, la vie passe, on arrive jusqu’à l’éternité porté sur ces appuis passagers comme à une grande mer, où vous ne pouvez pas vous empêcher d’entrer et de vous perdre.

On s’aperçoit combien on a été imprudent de ne s’attacher pas au rocher, à l’Éternel ; on voudrait revenir, mais les flots nous ont emporté trop loin au-delà, on ne peut plus revenir, il faut nécessairement périr avec les choses périssables. Au lieu qu’un homme qui s’attache à Dieu voit sans crainte le péril et la perte de tous les autres ; quoi qu’il arrive, quelque révolution qu’il se fasse, il se trouve toujours sur son rocher ; Dieu ne lui saurait échapper ; il n’a embrassé que lui, il s’en trouve toujours saisi ; l’adversité ne fait que lui donner lieu de se réjouir du bon choix qu’il a fait. Il possède toujours son Dieu ; la mort des ses amis, de ses parents, de ceux qui l’estiment et le favorisent, l’éloignement, le changement d’emplois ou de lieu, l’âge, la maladie, la mort ne lui ôtent rien de son Dieu. Il est toujours également content, disant en la paix et en la joie de son âme : « Pour moi, approcher Dieu est mon bien, j’ai placé dans le Seigneur mon refuge » (Ps 73,28 Vg).

Saint Claude la Colombière (1641-1682)

 

 

« Faites-les fructifier ! »

mercredi 17 novembre 2021

Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur la question de l’environnement, comme j’ai déjà eu l’occasion de le faire en diverses occasions. (…) Lorsque nous parlons d’environnement, de la création, ma pensée va aux premières pages de la Bible, au livre de la Genèse, où l’on affirme que Dieu a établi l’homme et la femme sur terre afin qu’ils la cultivent et qu’ils la gardent (2,15). Cela suscite en moi les questions suivantes : Que signifie cultiver et garder la terre ? Cultivons-nous et gardons-nous vraiment la création ? Ou bien est-ce que nous l’exploitons et nous la négligeons ? Le verbe « cultiver » me rappelle à l’esprit le soin que l’agriculteur prend de sa terre afin qu’elle porte du fruit et que celui-ci soit partagé : combien d’attention, de passion et de dévouement !

Cultiver et garder la création est une indication de Dieu donnée non seulement au début de l’histoire, mais à chacun de nous ; cela fait partie de son projet ; cela signifie faire croître le monde avec responsabilité, en le transformant afin qu’il soit un jardin, un lieu vivable pour tous. Benoît XVI a rappelé à plusieurs reprises que ce devoir qui nous a été confié par Dieu Créateur exige de saisir le rythme et la logique de la création. Au contraire, nous sommes souvent guidés par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, d’exploiter ; nous ne la « gardons » pas, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont il faut prendre soin. Nous sommes en train de perdre l’attitude de l’émerveillement, de la contemplation, de l’écoute de la création ; et ainsi, nous ne sommes plus capables d’y lire ce que Benoît XVI appelle « le rythme de l’histoire d’amour de Dieu avec l’homme ». Pourquoi est-ce le cas ? Parce que nous pensons et vivons de façon horizontale, nous nous sommes éloignés de Dieu, nous ne lisons pas ses signes.

Mais « cultiver et garder » ne comprend pas seulement le rapport entre nous et l’environnement (…), cela concerne également les relations humaines (…) Nous vivons actuellement un moment de crise ; nous le voyons dans l’environnement, mais surtout (…), la personne humaine aujourd’hui est en danger, voilà l’urgence de l’écologie humaine !

Pape François

 

 

Père, pourquoi t’éprendre de ta créature ?

jeudi 4 novembre 2021

Ô Père éternel ! Ô feu et abîme de charité ! Ô éternelle beauté, ô éternelle sagesse, ô éternelle bonté, ô éternelle clémence, ô espérance, ô refuge des pécheurs, ô largesse inestimable, ô bien éternel et infini, ô fou d’amour ! As-tu donc besoin de ta créature ? On le dirait, car tu agis comme si tu ne pouvais vivre sans elle, toi qui est la vie source de toute vie et sans laquelle tout meurt. Pourquoi donc es-tu si fou d’amour ? Pourquoi t’éprendre de ta créature, lui donner tes complaisances, prendre en elle tes délices ? Il est en toi comme une ivresse, ce désir de son salut : elle te fuit et tu pars à sa recherche ; elle s’éloigne et toi, tu te rapproches. Pouvais-tu venir plus près d’elle qu’en te revêtant de son humanité ?

Et que dirai-je ? Je ferai comme le bègue, je dirai “a, a” puisque je ne sais rien dire d’autre et que des mots finis ne sauraient exprimer le sentiment de l’âme qui infiniment ne désire que toi. Il me semble que je pourrais répéter la parole de Paul : « nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas encore monté au cœur de l’homme ; ‒ Et qu’annonces-tu ? ‒ Tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (cf. 1 Co 2,9) ‒ Que dirai-je donc ? Pas de sentiments grossiers ici. Disons seulement, ô mon âme, que tu as goûté et vu l’abîme de la souveraine et éternelle providence. Et je te rends grâces, à toi, Seigneur, Père éternel, pour la bonté sans mesure que tu m’as témoignée, à moi si misérable et indigne de toute grâce.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

 

« Ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? »

lundi 25 octobre 2021

La semaine comporte évidemment sept jours : Dieu nous en a donné six pour travailler, et il nous en a donné un pour prier, nous reposer et nous libérer de nos péchés. Si donc nous avons commis des fautes durant ces six jours, nous pouvons les réparer le dimanche et nous réconcilier avec Dieu.

Rends-toi donc de grand matin à l’église de Dieu, approche-toi du Seigneur pour lui confesser tes péchés, apporte-lui ta prière et le repentir d’un cœur contrit. Sois présent pendant toute la sainte et divine liturgie, achève ta prière, ne sors pas avant le renvoi de l’assemblée. Contemple ton Seigneur, tandis qu’il est partagé et distribué sans être détruit. Et si ta conscience est pure, avance-toi et communie au corps et au sang du Seigneur. (…)

Ce jour t’a été offert pour la prière et pour le repos. « Voici donc le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie » (Ps 117,24). Rendons gloire à celui qui est ressuscité en ce jour, ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Homélie attribuée à Eusèbe d’Alexandrie (fin du 5ème siècle)

Une guérison le jour du sabbat, symbole de l’achèvement de la création

lundi 6 septembre 2021

Ce monde est très bon, tel qu’il a été fait et tel que nous le voyons, parce que Dieu le veut ainsi : personne ne pourrait en douter. Si la création était désordonnée, si l’univers évoluait au hasard, on pourrait mettre en doute cette affirmation. Mais puisque le monde a été fait avec sagesse et science, de façon raisonnable et logique, puisqu’il a été orné de toute beauté, il faut que celui qui y préside et qui l’a organisé ne soit autre que la Parole de Dieu, son Verbe, son Logos. (…)

Étant la Parole bonne du Dieu de bonté, c’est ce Verbe qui a disposé l’ordre de toutes choses, qui a réuni les contraires avec les contraires pour en former une seule harmonie. C’est lui, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1Co 1,24), qui fait tourner le ciel, qui suspend la terre et qui, sans qu’elle repose sur rien, la maintient par sa propre volonté (cf He 1,3). Le soleil éclaire la terre par la lumière qu’il reçoit de lui, et la lune reçoit sa mesure de sa lumière. Par lui, l’eau est suspendue dans les nuages, les pluies arrosent la terre, la mer garde ses limites, la terre se couvre de plantes de toutes sortes (cf Ps 103). (…)

La raison pour laquelle cette Parole, le Verbe de Dieu, est venue jusqu’aux créatures est vraiment admirable. (…) La nature des êtres créés est passagère, faible, mortelle ; mais puisque le Dieu de l’univers est par nature bon et excellent, il aime les hommes. (…) Voyant donc que par elle-même toute la nature créée s’écoule et se dissout, pour lui éviter cela et pour que l’univers ne retourne pas au néant (…), Dieu ne l’abandonne pas aux fluctuations de sa nature. Dans sa bonté, par son Verbe, il gouverne et maintient toute la création. (…) Elle ne subit donc pas le sort qui serait le sien si le Verbe ne la gardait pas, c’est-à-dire l’anéantissement. « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, parce que c’est par lui que tout subsiste, les choses visibles et invisibles, et il est aussi la tête de l’Église » (Col 1,15-18).

Saint Athanase (295-373)

 

 

 

« Il lui mit les doigts dans les oreilles et (…) lui toucha la langue. »

dimanche 5 septembre 2021

La force divine que l’homme ne peut pas toucher est descendue, elle s’est enveloppée dans un corps palpable, afin que les pauvres la touchent, et qu’en touchant l’humanité du Christ, ils perçoivent sa divinité. À travers des doigts de chair, le sourd-muet a senti qu’on touchait ses oreilles et sa langue. À travers des doigts palpables, il a perçu la divinité intouchable quand le lien de sa langue a été rompu et quand les portes closes de ses oreilles ont été ouvertes. Car l’architecte et l’artisan du corps est venu jusqu’à lui, et d’une parole douce, il a créé sans douleur des ouvertures dans des oreilles sourdes ; alors aussi, cette bouche fermée, jusqu’alors incapable de donner le jour à la parole, a mis au monde la louange de celui qui faisait ainsi porter du fruit à sa stérilité.

De même, le Seigneur a formé de la boue avec sa salive et l’a étendue sur les yeux de l’aveugle-né (Jn 9,6) pour nous faire comprendre que quelque chose lui manquait, comme au sourd-muet. Une imperfection innée de notre pâte humaine a été supprimée grâce au levain qui vient de son corps parfait. (…) Pour combler ce qui manquait à ces corps humains, il a donné quelque chose de lui-même, tout comme il se donne à manger [dans l’eucharistie]. C’est par ce moyen qu’il fait disparaître les défauts et ressuscite les morts, pour que nous puissions reconnaître que, grâce à son corps « où habite la plénitude de la divinité » (Col 2,9), les défauts de notre humanité sont comblés et que la vraie vie est donnée aux mortels par ce corps où habite la vraie vie.

Saint Éphrem (v. 306-373)

Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme

vendredi 13 août 2021

« Dans le Seigneur, la femme ne va pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme », dit l’apôtre Paul (1Co 11,11). (…) L’homme et la femme s’acheminent ensemble vers le Royaume. Sans les séparer, le Christ appelle en même temps l’homme et la femme, que Dieu unit et que la nature lie ensemble, en leur donnant de partager les mêmes gestes et les mêmes tâches dans un accord admirable. Par le lien du mariage, Dieu fait que deux êtres n’en soient qu’un et qu’un seul être soit deux, en sorte que l’on y découvre un autre soi-même, sans perdre sa singularité ou se confondre dans le couple.

Mais pourquoi, dans les images qu’il nous donne de son Royaume, Dieu fait-il intervenir ainsi l’homme et la femme ? (cf Lc 13,18-21) Pourquoi suggère-t-il tant de grandeur à l’aide d’exemples qui peuvent paraître faibles et disproportionnés ? Frères, un mystère précieux se cache sous cette pauvreté. Selon le mot de l’apôtre Paul : « Ce mystère est grand : (…) il s’applique au Christ et à son Église » (Ep 5,32).

Ces paraboles évoquent le plus grand projet de l’humanité : l’homme et la femme ont mis fin au procès du monde, un procès qui traînait depuis des siècles. Adam, le premier homme, et Ève, la première femme, sont conduits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal au feu (…) de l’Évangile. (…) Ces bouches rendues malades par le fruit de l’arbre empoisonné seront guéries par la saveur chaleureuse de l’arbre du salut, de cet arbre au goût de feu qui embrase la conscience que l’autre arbre avait glacée. La nudité n’a plus d’effet ici, elle n’inspire plus de honte : l’homme et la femme sont habillés entièrement de pardon.

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

 

 

« De qui est cette image ? »

mardi 1 juin 2021

Dans la constitution du monde, « tout a été fait par la Parole de Dieu, et sans elle rien n’a été fait » (Jn 1,3). Quand il s’agit de créer l’homme, c’est également la Parole de Dieu qui opère, puisque « sans le Verbe de Dieu, rien n’a été fait ». Dieu, en effet, dit d’abord cette parole : « Faisons l’homme ». Mais pour exprimer la prééminence de cette créature-là sur toutes les autres, Dieu l’a façonné de sa propre main : « Dieu, est-il dit, modela l’homme » (Gn 2,7). (…)

« Et Dieu, dit l’Écriture, modela l’homme avec la glaise du sol. » Ce n’était encore que de la glaise, et déjà le nom d’« homme » est prononcé. Quel honneur prodigieux pour le limon, ce rien, d’être touché par les mains de Dieu ! Ce simple contact n’aurait-il pas suffi à Dieu pour former l’homme, sans rien de plus ? Mais à voir Dieu travailler cette boue, on comprend qu’il s’agissait d’une œuvre extraordinaire. Les mains de Dieu étaient à l’ouvrage, elles touchaient, pétrissaient, étiraient, façonnaient cette glaise qui ne cessait de s’ennoblir à chaque impression des mains divines. Imagine-toi Dieu occupé, appliqué tout entier à cette création : mains, esprit, activité, conseil, sagesse, providence, amour surtout orientaient son travail ! C’est qu’à travers ce limon qu’il pétrissait, Dieu entrevoyait déjà le Christ, qui un jour serait homme, comme ce limon : Verbe fait chair, comme cette terre qu’il avait entre les mains.

Tel est le sens de cette première parole du Père à son Fils : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1,26). Dieu a modelé l’homme selon l’image de Dieu, c’est-à-dire selon le Christ (…) Dès lors ce limon qui revêtait l’image du Christ, tel qu’il se manifesterait dans son incarnation future, n’était pas seulement l’œuvre de Dieu, il était aussi le gage de Dieu.

Tertullien (v. 155-v. 220)

 

 

« Nous croyons que tu es sorti de Dieu. »

lundi 17 mai 2021

Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance uniquement pour qu’il jouisse de lui dans la vie éternelle. Par la rébellion de l’homme contre Dieu, la voie avait été rompue, et la douce volonté de Dieu qui lui avait fait créer l’homme ne s’accomplissait pas, car il n’a été créé que pour avoir la vie éternelle.

Dieu, pressé par cette charité pure et sans borne qui nous avait fait créer, nous donna, pour accomplir sa volonté en nous, le Verbe son Fils unique ; et le Fils de Dieu, s’oubliant lui-même pour satisfaire cette douce volonté, se fit médiateur entre Dieu et l’homme, et termina cette grande guerre par la paix, parce que l’humilité a triomphé de l’orgueil du monde ; ce qui lui a fait dire : Réjouissez-vous, j’ai vaincu le monde, c’est-à-dire l’orgueil de l’homme. Il n’y a personne de si orgueilleux et de si impatient, qui ne devienne humble et doux en considérant un si grand abaissement, un si grand amour, en voyant Dieu humilié jusqu’à nous.

Aussi les saints et les vrais serviteurs de Dieu, pour s’acquitter envers lui, se sont toujours humiliés. Ils rapportent toute louange et toute gloire à Dieu, et ils reconnaissent que tout ce qu’ils ont vient uniquement de sa bonté ; ils voient leur néant, et ce qu’ils aiment, ils l’aiment en Dieu. Ils sont dans les honneurs quand Dieu le veut ; mais plus ils sont grands, plus ils s’humilient et connaissent leur néant. Celui qui se connaît s’humilie, ne lève pas la tête et ne s’enfle pas d’orgueil ; mais il s’abaisse et reconnaît la bonté de Dieu qui agit en lui.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance

lundi 26 avril 2021

Qu’est-ce que l’économie de la venue du Christ ? Le retour de notre nature à elle-même et sa restauration.

Car le Christ a rendu à la nature humaine la dignité d’Adam le premier homme. Il lui a donné en outre, ô grâce vraiment divine, et vraiment grande, l’héritage céleste de l’Esprit bon, en la faisant sortir de la prison des ténèbres. Il a montré le chemin et la porte de la vie : à qui est passé par cette porte, à qui a frappé à cette porte, il est possible d’entrer dans le Royaume. Il est dit en effet : « Demandez, et il vous sera donné. Frappez, et il vous sera ouvert » (Mt 7,7). Par cette porte peut entrer chacun de ceux qui veulent trouver la liberté de leur âme et désirent que celle-ci recouvre ses propres pensées, s’enrichisse de demeurer avec le Christ et l’ait pour époux dans la communion de l’Esprit bon.

Vois ici l’ineffable amour du Maître pour l’homme créé par lui à son image !

Homélie attribuée à saint Macaire d’Égypte (?-390)