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Archive pour le mot-clef ‘Passion’

« Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. »

dimanche 17 octobre 2021

Quelle nécessité y avait-il à ce que le Fils de Dieu souffre pour nous ? Une grande nécessité, que l’on peut résumer en deux points : nécessité de remède à l’égard de nos péchés, nécessité d’exemple pour notre conduite. (…) Car la Passion du Christ nous fournit un modèle valable pour toute notre vie. (…) Si tu cherches un exemple de charité : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). (…) Si tu cherches la patience, c’est sur la croix qu’on la trouve au maximum. (…) Le Christ a souffert de grands maux sur la croix, et avec patience, puisque « couvert d’insultes il ne menaçait pas » (1P 2,23), « comme une brebis conduite à l’abattoir, il n’ouvrait pas la bouche » (Is 53,7). (…) « Courons donc avec constance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de notre foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l’humiliation de la croix » (He 12,1-2).

Si tu cherches un exemple d’humilité, regarde le crucifié. Car un Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate et mourir. (…) Si tu cherches un exemple d’obéissance, tu n’as qu’à suivre celui qui s’est fait obéissant au Père « jusqu’à la mort » (Ph 2,8). « De même que la faute commise par un seul, c’est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes pécheurs, de même tous deviendront justes par l’obéissance d’un seul » (Rm 5,19). Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n’as qu’à suivre celui qui est le « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », « en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (1Tm 6,15 ; Col 2,3) ; sur la croix il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné d’épines, et enfin, abreuvé de fiel et de vinaigre.

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

 

 

« Les disciples ne comprenaient pas ces paroles. »

samedi 25 septembre 2021

Écoutez ce que demande le Seigneur : « Si vous ignorez en moi la divinité, reconnaissez au moins mon humanité. Voyez en moi votre corps, vos membres, vos entrailles, vos os, votre sang. Et si ce qui appartient à Dieu vous inspire de la crainte, est-ce que vous n’aimez pas ce qui est à vous ? (…) Mais peut-être que l’énormité de ma Passion, dont vous êtes cause, vous couvre de honte ? Ne craignez pas. Cette croix a été mortelle non pour moi mais pour la mort. Ces clous ne me pénètrent pas de douleurs, mais d’un amour encore plus profond envers vous. Ces blessures ne provoquent pas des gémissements, mais elles vous font entrer davantage dans mon cœur. L’écartèlement de mon corps vous ouvre mes bras comme un refuge, il n’augmente pas mon supplice. Mon sang n’est pas perdu pour moi, mais gardé pour votre rançon (Mc 10,45).

« Venez donc, retournez à moi et reconnaissez votre Père en voyant qu’il vous rend le bien pour le mal, l’amour pour les outrages, et pour de si grandes blessures une si grande charité. »

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

 

 

 

« Venez puiser avec joie aux sources vives du salut. » (Is 12,3)

vendredi 11 juin 2021

Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? … Ils ont percé ses mains, ses pieds, et d’un coup de lance son côté. Par ces trous béants, je peux goûter le miel de ce roc (Ps 80,17) et l’huile qui coule de la pierre très dure, c’est-à-dire « goûter et voir combien le Seigneur est doux » (Ps 33,9). Il formait des pensées de paix (Jr 29,11) et je ne le savais pas. « Qui, en effet, a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? » (Rm 11,34) Mais le clou qui pénètre en lui est devenu pour moi une clef qui m’ouvre le mystère de ses desseins.

Comment ne pas voir à travers ces ouvertures ? Les clous et les plaies crient que vraiment, en la personne du Christ, Dieu se réconcilie le monde. Le fer a transpercé son être et touché son cœur afin qu’il n’ignore plus comment compatir à mes faiblesses. Le secret de son cœur paraît à nu dans les plaies de son corps ; on voit à découvert le grand mystère de sa bonté, cette miséricordieuse tendresse de notre Dieu, « Soleil levant qui nous a visités d’en haut » (Lc 1,78). Et comment cette tendresse ne serait-elle pas manifeste dans ses plaies ? Comment montrer plus clairement que par tes plaies que toi, Seigneur, tu es doux et compatissant et d’une grande miséricorde, puisqu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie (Jn 15,13) pour des condamnés à mort ?

Tout mon mérite, c’est donc la pitié du Seigneur, et je ne manquerai pas de mérite tant que la pitié ne lui fera pas défaut. Si les miséricordes de Dieu se multiplient, mes mérites seront nombreux. Mais qu’arrivera-t-il si j’ai à me reprocher quantité de fautes ? « Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Et si « la bonté du Seigneur s’étend de toujours à toujours », de mon côté « je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur » (Ps 102,17 ;88,2). Est-ce là ma justice ? Seigneur, je ferai mémoire de ta seule justice, car c’est elle ma justice puisque pour moi tu es devenu justice de Dieu (Rm 1,17).

Saint Bernard (1091-1153)

 

 

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils. » (Jn 3,16)

mercredi 14 avril 2021

Les merveilles et les manifestations de l’amour de Dieu pour nous sont inépuisables. L’amour divin éclate non seulement dans le fait de notre adoption, mais dans l’admirable voie choisie par Dieu pour la réaliser en nous.

Dieu nous aime d’un amour infini, d’un amour paternel ; mais il nous aime en son Fils. Pour nous rendre ses enfants, Dieu nous donne son Fils le Christ Jésus : c’est là le don suprême de l’amour. « Dieu a aimé le monde à ce point qu’il lui a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Et pourquoi nous le donne-t-il ? Pour qu’il soit notre sagesse, notre sanctification, notre rédemption, notre justice ; notre lumière et notre voie ; notre nourriture et notre vie : en un mot pour qu’il serve de médiateur entre lui et nous. Le Christ Jésus, Verbe incarné, comble cet abîme qui séparait l’homme de Dieu. C’est dans son Fils et par son Fils, que Dieu répand du ciel sur nos âmes toutes bénédictions divines de la grâce, qui nous font vivre en enfants dignes de ce Père céleste (cf. Ep 1,3).

Toutes les grâces nous viennent par Jésus ; c’est par lui que tout bien vient du ciel ; aussi Dieu nous aime-t-il dans la mesure où nous aimons son Fils Jésus et que nous croyons en lui. Notre-Seigneur lui-même nous adresse cette parole si consolante : « Le Père vous aime parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti de Dieu » (Jn 16,27). Quand le Père voit une âme pleine d’amour pour son Fils, il la comble de ses plus abondantes bénédictions.

Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

 

 

Le vendredi saint : Célébration de la Passion du Seigneur

vendredi 2 avril 2021

Père, la tête de ton Fils Jésus qui fait trembler les archanges, est frappée par un roseau ; son visage dans lequel les anges désirent plonger leur regard (1 P 1,12), est conspué de crachats, blessé de gifles ; sa barbe est arrachée, il est frappé de coups de poing, traîné par les cheveux. Et toi, Dieu très clément, tu te caches, tu te dissimules et préfères qu’un seul, ton Unique, soit couvert de crachats et giflé plutôt que tout le peuple périsse (cf. Jn 11,50). A toi la louange, à Toi la gloire, parce que des crachats, des gifles et des coups de poing tu as extrait le contrepoison qui chasse de notre âme le venin de l’antique serpent. (…)

« Ses mains qui, d’après l’épouse du Cantique, sont des globes d’or, garnis de hyacinthes » (cf. Ct 5,14), furent percées par les clous. Ses pieds, auxquels la mer s’offrit pour qu’il puisse y marcher dessus, furent cloués à la croix. Son visage qui est comme le soleil à son zénith, se couvrit de la pâleur de la mort. Ses yeux très aimés, auxquels aucune créature n’est invisible, furent fermés dans la mort. Peut-il y avoir douleur aussi grande que ma douleur ? Au milieu de tout cela, seul vint à son secours le Père, dans les mains duquel il confia son esprit en disant : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46). Et, sur ces mots, inclinant la tête ― lui qui n’avait aucun autre lieu où reposer sa tête (Mt 8,20) ― il expira. (…)

Prions, frères bien-aimés, et demandons avec insistance et piété au Seigneur Jésus Christ qui a redonné la vue à l’aveugle-né et à Tobie, d’éclairer les yeux de notre âme par la foi en son Incarnation et par l’amertume de sa Passion, afin que nous méritions de contempler le même Fils de Dieu, Lumière née de la lumière, dans la splendeur des saints, dans la clarté des anges. Que vienne à notre secours celui qui vit et règne avec le Père et l’Esprit pour les siècles des siècles.

Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

 

 

« C’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. »

samedi 27 mars 2021

« Une fois élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12,32). Puissance admirable de la croix ! Gloire inexprimable de la Passion ! Là se trouve le tribunal du Seigneur, le jugement du monde et la victoire du Crucifié. Oui, tu as tout attiré à toi, Seigneur, et lorsque « tu étendais tes mains tout le jour vers un peuple incroyant et rebelle » (Is 65,2; Rm 10,21), le monde entier a compris qu’il devait rendre gloire à ta majesté. (…) Tu as tout attiré à toi, Seigneur, car, quand le voile du Temple s’est déchiré (Mt 27,51), le symbole du Saint des Saints s’est manifesté en vérité, la prophétie trouve son accomplissement, et la Loi ancienne devient l’Évangile. Tu as tout attiré à toi, Seigneur, afin que le culte de toutes les nations soit célébré en plénitude par le mystère qui, jusqu’alors voilé sous des symboles dans un seul temple en Judée, est enfin manifesté ouvertement. (…)

Car ta croix est la source de toutes les bénédictions, la cause de toute grâce. De la faiblesse de la croix les croyants reçoivent la force ; de son opprobre, la gloire ; de ta mort, la vie. Maintenant, en effet, les sacrifices multiples prennent fin : l’offrande unique de ton corps et de ton sang mène à leur achèvement tous les différents sacrifices offerts de par le monde, car tu es le véritable Agneau de Dieu, toi qui enlèves le péché du monde (Jn 1,29). Tu achèves en toi toutes les religions de tous les hommes afin que tous les peuples ne fassent plus qu’un seul Royaume.

Saint Léon le Grand (?-v. 461)

 

 

« Tout le jour j’ai tendu les mains vers un peuple qui refuse et s’oppose. » (Is 65,2; Rm 10,21)

vendredi 26 mars 2021

« Je vous supplie par la miséricorde de Dieu » (Rm 12,1) : Paul fait une demande, ou plutôt à travers Paul, Dieu fait une demande, lui qui veut davantage être aimé que craint. Dieu fait une demande, parce qu’il veut moins être Seigneur que Père. (…) Écoute le Seigneur demander [par son Fils] : « Tout le jour, dit-il, j’ai tendu les mains. » N’est-ce pas en tendant les mains que d’habitude on demande ? « J’ai tendu les mains. » Vers qui ? « Vers le peuple. » Vers quel peuple ? Un peuple non seulement incroyant, mais « rebelle ». « J’ai tendu les mains » : il ouvre ses bras, dilate son cœur, présente sa poitrine, offre son sein, fait de tout son corps un refuge, pour montrer par cette supplication à quel point il est père. Écoute Dieu demander ailleurs : « Mon peuple, que t’ai-je fait ou en quoi t’ai-je attristé ? » (Mi 6,3) Ne dit-il pas : « Si ma divinité vous est inconnue, ne reconnaîtrez-vous pas ma chair ? Voyez, voyez en moi votre corps, vos membres, vos entrailles, vos os, votre sang ! Et si vous craignez ce qui est à Dieu, pourquoi n’aimez-vous pas ce qui est à vous ? Si vous fuyez le Seigneur, pourquoi ne courez-vous pas vers le Père ?

« Mais la grandeur de la Passion de mon Fils, dont vous êtes la cause, vous couvre peut-être de confusion. Ne craignez pas ! Cette croix n’est pas mon gibet, mais celui de la mort. Ces clous ne fixent pas la douleur en moi, mais ils enfoncent plus profondément en moi l’amour que j’ai pour vous. Ces blessures ne m’arrachent pas des cris, elles vous introduisent davantage au fond de mon cœur. L’écartèlement de mon corps vous donne une plus large place en mon sein, il n’accroît pas mon supplice. Je ne perds pas mon sang, je le déverse pour payer le vôtre.

« Venez donc, revenez, reconnaissez en moi un père que vous voyez rendre le bien pour le mal, l’amour pour l’injustice, une telle tendresse pour de telles blessures. »

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

 

 

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, Je Suis. »

mardi 23 mars 2021

Le prophète Isaïe nous décrit une vision sublime : « J’ai vu le Seigneur assis sur un trône » (Is 6,1). Magnifique spectacle, mes frères ! Heureux les yeux qui l’ont vu ! Qui ne désirerait de toute son âme contempler la splendeur d’une si grande gloire ? (…) Mais voici que j’entends le même prophète nous rapporter une autre vision de ce même Seigneur, bien différente : « Nous l’avons vu ; il n’avait ni beauté, ni éclat : nous l’avons pris pour un lépreux » (Is 53,2s Vulg). (…)

Toi donc, si tu désires voir Jésus dans sa gloire, cherche à le voir d’abord dans son abaissement. Commence par fixer les yeux sur le serpent élevé dans le désert (cf Jn 3,14), si tu désires voir le Roi siéger sur son trône. Que cette première vision te remplisse d’humilité, pour que la seconde te relève de ton humiliation. Que celle-là réprime et guérisse ton orgueil, avant que celle-ci ne comble et rassasie ton désir. Vois-tu le Seigneur « réduit à rien » ? (Ph 2,7) Que cette vision ne te laisse pas insouciant, sinon tu ne pourras, sans souci, le contempler ensuite dans la gloire de son exaltation.

« Tu lui seras semblable », certes, quand tu le verras « tel qu’il est » (1Jn 3,2) ; sois donc semblable à lui dès maintenant en voyant ce qu’il est devenu à cause de toi. Si tu ne refuses pas de lui ressembler dans son abaissement, il te donnera sûrement en retour la ressemblance de sa gloire. Il ne souffrira jamais que celui qui a participé à sa Passion soit exclu de la communion à sa gloire. Il refuse même si peu d’admettre avec lui dans le Royaume celui qui a partagé sa Passion, que le larron, pour l’avoir confessé sur la croix, se retrouva le jour même avec lui au paradis (Lc 23,42) (…) Oui, « si nous souffrons avec lui, avec lui, nous régnerons » (Rm 8,17).

Saint Bernard (1091-1153)

 

 

« Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12,32)

dimanche 21 mars 2021

Le Christ Jésus disait un jour : « Une fois que je serai élevé de terre, sur la croix, ma puissance sera telle que je pourrai élever jusqu’à moi ceux qui auront foi en moi » (cf. Jn 12,32).

« Ceux qui regardaient le serpent d’airain, au désert, étaient guéris ; ainsi ceux qui me regardent avec foi et amour seront, malgré leurs fautes, leurs blessures et leur indignité, attirés à moi et je les élèverai jusqu’au ciel. Moi, qui suis Dieu, j’ai consenti par amour pour vous à être suspendu à la croix comme un maudit. En retour de cette humiliation, j’ai le pouvoir d’élever avec moi jusqu’aux splendeurs des cieux d’où je suis descendu, ceux qui croient en moi. Je viens du ciel, et j’y remonterai, mais en y menant avec moi ceux qui espèrent en ma grâce. Cette grâce est si puissante qu’elle peut vous unir à moi, et vous unir si indissolublement que personne ne puisse arracher de mes mains ceux que mon Père m’a donnés et que j’ai, par pure miséricorde, rachetés de mon précieux sang (cf. Jn 10,29) ».

Quelle perspective pleine de consolation pour l’âme humble, que celle de partager un jour, grâce aux mérites de Jésus, son exaltation ! S. Paul nous parle en termes sublimes de cette suprême exaltation de Notre-Seigneur, contrepartie de ses abaissements (cf. Ph 2,7-9). C’est parce que Jésus s’est humilié qu’il est exalté ; parce qu’il s’est abaissé jusqu’à souffrir l’ignominie des maudits attachés à un gibet, Dieu a exalté son nom jusqu’au plus haut des cieux. Désormais, il n’y aura pas, hormis le sien, d’autre nom dans lequel les hommes puissent être sauvés ; unique est ce nom ; sublime est la gloire, souveraine est la puissance dont jouit l’Homme-Dieu assis à la droite du Père dans les splendeurs éternelles. (…) Et ce triomphe incomparable est le fruit d’une incommensurable humilité.

Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

 

 

 

mi-carême

dimanche 14 mars 2021