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Archive pour le mot-clef ‘Jésus Christ’

« Pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé et que moi, aussi, je sois en eux »

jeudi 6 juin 2019

Notre Sauveur a fait à son Père cette prière pour ses disciples : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et eux en nous » ; et encore : « Que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous ». Cette prière se réalisera pleinement en nous lorsque l’amour parfait dont « Dieu nous aima le premier » (1Jn 4,10) sera passé dans le mouvement même de notre cœur selon l’accomplissement de cette prière du Seigneur…

Cela se fera lorsque tout notre amour, tout notre désir, tout notre effort, toute notre recherche, toute notre pensée, tout ce que nous vivons et dont nous parlons, tout ce que nous respirons ne sera que Dieu ; lorsque l’unité présente du Père avec le Fils et du Fils avec le Père sera passée dans notre âme et dans notre cœur — c’est-à-dire quand, imitant la charité vraie, pure et indestructible dont il nous aime, nous lui serons unis nous aussi par une charité continuelle et inaltérable, tellement attachés à lui que toute notre respiration, toute notre pensée, tout notre langage, ne seront que lui. Ainsi parviendrons-nous à la fin… que le Seigneur dans sa prière souhaitait voir s’accomplir en nous : « Que tous soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin que leur unité soit parfaite », et « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi ».

C’est à cela qu’est destiné celui qui prie dans la solitude, vers cela qu’il doit porter tout son effort : avoir la grâce de posséder, dès cette vie, l’image de la béatitude future et comme un avant-goût, dans son corps mortel, de la vie et de la gloire du ciel.

Saint Jean Cassien (v. 360-435)

 

 

 

« Pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. »

mercredi 5 juin 2019

L’Église porte l’empreinte et l’image de Dieu puisqu’elle a la même activité que lui… Dieu a amené toutes choses à l’existence par sa puissance infinie, il les contient, les réunit et les circonscrit. Il rattache fortement tous les êtres les uns aux autres et à lui-même, dans sa Providence…

La sainte Église apparaîtra comme opérant pour nous les mêmes effets que Dieu, dont elle est l’image. Nombreux, presque innombrables sont les hommes, les femmes, les enfants, distincts les uns des autres, infiniment différents par la naissance, les traits, la nationalité et la langue, le genre de vie et l’âge, l’habileté, les mœurs, les habitudes, la connaissance, la fortune, le caractère et les relations. Mais tous naissent en cette Église et, par son œuvre, tous renaissent à une vie nouvelle, recréés par l’Esprit Saint.

À tous, l’Église a donné… une seule forme, un seul nom divin : d’être du Christ et de porter son nom. À tous, elle donne aussi une manière d’être unique, qui ne permet pas de distinguer les nombreuses différences existant entre eux… , à cause de la réunion de tout en elle. C’est par eux, ses membres, qu’absolument personne n’est séparé de la communauté, puisque tous convergent les uns vers les autres, tous sont réunis par l’action de la puissance indivisible de la grâce et de la foi. « Tous, est-il écrit, n’ont qu’un cœur et une âme » (Ac 4,32)…; être un seul Corps formé de membres si divers est réellement digne du Christ lui-même, qui est notre vraie Tête (Col 1,18). « En lui, dit l’apôtre Paul, il n’y a plus ni homme ni femme, ni Juif ni Grec…, ni esclave ni homme libre, mais lui-même est tout en tous » (Gal 3,28)… Ainsi donc la sainte Église est à l’image de Dieu, puisqu’elle réalise entre les croyants la même union que Dieu.

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

 

 

 

« Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : je suis vainqueur du monde. »

lundi 3 juin 2019

Ayez soin de conserver votre cœur dans la paix ; qu’aucun événement de ce monde ne le trouble ; songez que tout finit ici-bas. Dans tous les événements, si fâcheux qu’ils soient, nous devons plutôt nous réjouir que nous attrister, pour ne point perdre un bien plus précieux, la paix et le calme de l’âme. Quand même tout ici-bas s’écroulerait et que tous les événements nous seraient opposés, il serait inutile de se troubler, car le trouble nous apporterait plus de dommage que de profit.

Supporter tout avec la même égalité d’humeur et dans la paix, c’est non seulement aider l’âme à acquérir de grands biens, mais encore la disposer à mieux juger des adversités où elle se trouve et à y apporter le remède convenable. Le ciel est stable et n’est pas sujet aux changements. De même, les âmes qui sont d’une nature céleste sont stables ; elles ne sont pas sujettes à des tendances désordonnées, ni quoi que ce soit de ce genre ; elles ressemblent d’une certaine manière à Dieu qui est immuable.

Saint Jean de la Croix (1542-1591)

 

 

 

« Là où je suis, vous y serez aussi. »

vendredi 17 mai 2019

« Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? »… Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup de demeures étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ : préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

C’est le Christ qui a inauguré pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il a permis à la chair de monter au ciel, et il a été lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient : « Quel est celui-là qui arrive d’Édom ? » (Is 63,1), c’est-à-dire de la terre. Donc, notre Seigneur Jésus Christ « a inauguré pour nous cette voie nouvelle et vivante » (He 10,20). Comme dit saint Paul : « Il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (He 9,24).

Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

 

 

 

« Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. »

mercredi 15 mai 2019

Ce n’est pas la science qui rachète l’homme. L’homme est racheté par l’amour. Cela vaut déjà dans le domaine purement humain. Lorsque quelqu’un, dans sa vie, fait l’expérience d’un grand amour, il s’agit d’un moment de « rédemption » qui donne un sens nouveau à sa vie. Mais, très rapidement, il se rendra compte que cet amour qui lui a été donné ne résout pas, par lui seul, le problème de sa vie. Il s’agit d’un amour qui demeure fragile ; il peut être détruit par la mort. L’être humain a besoin de l’amour inconditionnel. Il a besoin de la certitude qui lui fait dire : « Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ » (Rm 8,38-39). Si cet amour absolu existe, avec une certitude absolue, alors — et seulement alors — l’homme est « racheté », quel que soit ce qui lui arrive dans un cas particulier.

C’est ce que l’on veut dire lorsque l’on dit : Jésus Christ nous a « rachetés ». Par lui nous sommes devenus certains de Dieu — d’un Dieu qui ne constitue pas une lointaine « cause première » du monde — parce que son Fils unique s’est fait homme et de lui chacun peut dire : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2,20).

Benoît XVI

 

 

 

« La volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle. »

mercredi 8 mai 2019

« Nous voulons voir Jésus » (Jn 12,21). Cette demande adressée à l’apôtre Philippe par quelques Grecs qui s’étaient rendus en pèlerinage à Jérusalem à l’occasion de la Pâque, résonne aussi spirituellement à nos oreilles… Comme ces pèlerins d’il y a deux mille ans, les hommes de notre époque, parfois inconsciemment, demandent aux croyants d’aujourd’hui non seulement de « parler » du Christ, mais en un sens de le leur faire « voir ». L’Église n’a-t-elle pas reçu la mission de faire briller la lumière du Christ à chaque époque de l’histoire, d’en faire resplendir le visage également aux générations du nouveau millénaire ?

Notre témoignage se trouverait toutefois appauvri d’une manière inacceptable si nous ne nous mettions pas d’abord nous-mêmes à contempler son visage… Et la contemplation du visage du Christ ne peut que nous renvoyer à ce que la Sainte Écriture nous dit de lui, elle qui est, du début à la fin, traversée par son mystère, manifesté de manière voilée dans l’Ancien Testament, pleinement révélé dans le Nouveau Testament… En restant ancré dans l’Écriture, nous nous ouvrons à l’action de l’Esprit, qui est à l’origine de ces écrits (Jn 15,26), et au témoignage des apôtres (v. 27), qui ont fait la vivante expérience du Christ, « le Verbe de vie », qui l’ont « vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles, touché de leurs mains » (1Jn 1,1). Par leur intermédiaire, c’est une vision de foi qui nous parvient, soutenue par un témoignage historique précis.

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

 

 

 

 

 

Pierre tire le filet jusqu’au rivage

vendredi 26 avril 2019

Après la prise de tant de gros poissons, « Simon-Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet. » Je suppose que vous avez saisi pourquoi c’était Pierre qui a tiré le filet à terre. C’est à lui, en effet, que la sainte Église a été confiée, c’est à lui qu’il a été dit personnellement : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Pais mes brebis. » Ainsi, ce qui dans un deuxième temps a été clairement énoncé en paroles est d’abord signifié par une action.

C’est le prédicateur de l’Église qui nous sépare des flots de ce monde ; il est donc nécessaire que Pierre mène à terre le filet plein de poissons. Et il a tiré en personne les poissons sur la terre ferme du rivage, puisqu’il a fait connaître aux fidèles, par sa sainte prédication, l’immutabilité de la patrie éternelle. Il l’a fait par ses paroles comme par ses épîtres ; il le fait encore chaque jour par ses miracles. Toutes les fois qu’il nous porte à l’amour du repos éternel, toutes les fois qu’il nous détache du tumulte des choses de ce monde, ne sommes-nous pas des poissons pris dans les filets de la foi, qu’il tire au rivage ?

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

 

 

 

 

« Voici ton roi qui vient vers toi. » (Za 9,9 ; Mt 21,5)

dimanche 14 avril 2019

Les-rameaux

Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd’hui de Béthanie et il s’avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut. Il vient donc, faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous gisions au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme le dit l’Écriture, « au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom » (Ep 1,21). Mais il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, « il ne protestera pas, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix » (Is 42,2). Il sera doux et humble, il fera son entrée modestement…

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion ; imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour étendre sur son chemin, comme eux ils l’ont fait, des rameaux d’olivier, des vêtements ou des palmes. C’est nous-mêmes qu’il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, par l’humilité du cœur et la droiture de l’esprit, afin d’accueillir le Verbe qui vient (Jn 1,9), afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.

Car il se réjouit de se montrer à nous ainsi dans toute sa douceur, lui qui est doux, « lui qui monte au-dessus du couchant » (Ps 56,12), c’est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.

Saint André de Crète (660-740), moine et évêque
Homélie pour le Dimanche des Rameaux PG 97, 989-993 (trad. bréviaire)

 

 

 

« Quand vous aurez élevé le fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, Je suis ! »

mardi 9 avril 2019

Au Christ Jésus tu dois toute ta vie, puisqu’il a donné sa vie pour ta vie, et que lui a supporté d’amers tourments pour que toi tu ne supportes pas de tourments éternels. Que pourrait-il y avoir pour toi de dur et d’effrayant, quand tu te souviendras que celui qui était de condition divine au jour de son éternité, avant que naisse l’aurore, dans la splendeur des saints, lui, la splendeur et l’image de la substance de Dieu, est venu dans ta prison, s’enfoncer jusqu’au cou, comme il est dit, dans la profondeur de ta boue ? (Ph 2,6 ;Ps 109,3 ;He 1,3 ;Ps 68,3)

Qu’est-ce qui ne te semblera pas doux, lorsque tu auras rassemblé dans ton cœur toutes les amertumes de ton Seigneur et te rappelleras d’abord les contraintes de son enfance, puis les fatigues de sa prédication, les tentations de ses jeûnes, ses veilles dans la prière, ses larmes de compassion, les embûches qu’on a dressées contre lui…et puis les injures, les crachats, les soufflets, les fouets, la dérision, les moqueries, les clous, et tout ce qu’il a supporté pour notre salut ?

Quelle compassion imméritée, quel amour gratuit ainsi prouvé, quelle estime inattendue, quelle douceur stupéfiante, quelle invincible bonté ! Le roi de gloire (Ps 23) crucifié pour un esclave si méprisable ! Qui a jamais rien entendu de tel, qui n’a rien vu de pareil ? « Car à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste » (Rm 5,7). Mais lui, c’est pour des ennemis et des injustes qu’il est mort, choisissant de quitter le ciel pour nous ramener au ciel, lui, le doux ami, le sage conseiller, le ferme soutien. Que rendrais-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ? (Ps 115,3)

Saint Bernard (1091-1153)

 

 

 

 

« Personne ne mit la main sur lui. »

samedi 6 avril 2019

Nous rencontrons dans le Christ des traits si humains qu’ils n’ont rien qui les distingue de notre commune faiblesse à nous mortels, et en même temps des traits si divins qu’ils ne peuvent convenir qu’à la souveraine et ineffable nature divine. Devant cela, l’intelligence humaine, trop étroite, est frappée d’une telle admiration qu’elle ne sait à quoi s’en tenir ni quelle direction prendre. Sent-elle Dieu dans le Christ, elle le voit pourtant mourir. Le prend-elle pour un homme, voici qu’il revient d’entre les morts, avec son butin de victoire, après avoir détruit l’empire de la mort. Aussi notre contemplation doit-elle s’exercer avec tant de révérence et de crainte qu’elle considère dans le même Jésus la vérité des deux natures, évitant d’attribuer à l’ineffable essence divine des choses qui sont indignes d’elle ou qui ne lui conviennent pas, mais évitant aussi de ne voir dans les événements de l’histoire que des apparences illusoires.

Vraiment, faire entendre de telles choses à des oreilles humaines, essayer de les exprimer par des mots dépasse largement nos forces, notre talent et notre langage. Je pense même que cela dépasse la mesure des apôtres. Bien plus, l’explication de ce mystère transcende probablement tout l’ordre des puissances angéliques.

Origène (v. 185-253)