Catégorie : Saints et Saintes

  • Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l’Europe

    Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l’Europe

    Il est singulier et admirable de voir comment les deux saints Cyrille et Méthode, œuvrant dans des situations si complexes et si précaires, n’essayèrent d’imposer aux peuples slaves à qui ils devaient prêcher ni l’indiscutable supériorité de la langue grecque et de la culture byzantine, ni les usages et les comportements de la société plus avancée dans lesquels ils avaient été formés et auxquels ils restaient évidemment attachés et habitués. Poussés par le grand désir de réunir dans le Christ les nouveaux croyants, ils adaptèrent à la langue slave les textes riches et raffinés de la liturgie byzantine et harmonisèrent à la mentalité et aux coutumes des peuples nouveaux les élaborations subtiles et complexes du droit gréco-romain…

    Eux qui étaient sujets de l’Empire d’Orient et fidèles dépendant du Patriarcat de Constantinople, ils pensèrent qu’il était de leur devoir de rendre compte au Pontife romain de leur travail missionnaire et de soumettre à son jugement, pour en obtenir l’approbation, la doctrine qu’ils professaient et enseignaient, les livres liturgiques composés en langue slave et les méthodes adoptées pour l’évangélisation de ces peuples. Ayant entrepris leur mission sur le mandat de Constantinople, par la suite, ils cherchèrent, en un sens, à la faire confirmer en se tournant vers le Siège apostolique de Rome, centre visible de l’unité de l’Église…

    On peut dire que l’invocation de Jésus dans sa prière sacerdotale « ut unum sint — qu’ils soient un » (Jn 17,21) représente leur devise missionnaire, dans l’esprit des paroles du psalmiste : « Louez le Seigneur, toutes les nations, louez-le, vous tous les peuples ! » (Ps 116,1) Pour nous, les hommes d’aujourd’hui, leur apostolat exprime aussi un appel œcuménique : il invite à reconstruire, dans la paix de la réconciliation, l’unité qui a été gravement compromise après l’époque des saints Cyrille et Méthode et, en tout premier lieu, l’unité entre l’Orient et l’Occident.  

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

  • Jean Baptiste, martyr de la vérité

    Jean Baptiste, martyr de la vérité

    Il n’y a aucun doute que saint Jean Baptiste a subi la prison pour notre Rédempteur qu’il précédait par son témoignage, que c’est pour lui qu’il a donné sa vie. Car si son persécuteur ne lui a pas demandé de nier le Christ, mais de taire la vérité, c’est cependant pour le Christ qu’il est mort. Le Christ lui-même a dit en effet : « Je suis la vérité » (Jn 14,6). Puisque c’est pour la vérité qu’il a répandu son sang, c’est donc pour le Christ. En naissant, Jean avait témoigné que le Christ allait naître ; en prêchant, il avait témoigné que le Christ allait prêcher ; en baptisant, qu’il allait baptiser. En souffrant le premier sa passion, il signifiait que le Christ devait lui aussi la souffrir…

    Cet homme si grand est parvenu donc au terme de sa vie par l’effusion de son sang après une captivité longue et pénible. Lui qui avait annoncé la bonne nouvelle de la liberté d’une paix supérieure est jeté en prison par des impies. Il est enfermé dans l’obscurité d’un cachot, lui « qui était venu rendre témoignage à la lumière » (Jn 1,7)… Celui à qui il a été donné de baptiser le Rédempteur du monde, d’entendre la voix du Père s’adresser au Christ et de voir descendre sur lui la grâce du Saint Esprit est baptisé par son propre sang.

    L’apôtre Paul l’a bien dit : « Il vous a été accordé par le Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui » (Ph 1,29). Et s’il dit que souffrir pour le Christ est un don de celui-ci à ses élus, c’est parce que comme il le dit ailleurs : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui va se révéler en nous » (Rm 8,18).

    Saint Bède le Vénérable (v. 673-735)

  • « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? »

    « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? »

    Le Verbe, la Parole éternelle de Dieu, « a pris en charge la descendance d’Abraham ; c’est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères » (He 2,16-17) et prendre un corps pareil au nôtre. C’est pourquoi Marie est vraiment nécessaire pour qu’il prenne ce corps en elle et l’offre en notre faveur comme étant le sien… Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n’a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi »… ; il a dit : « Celui qui va naître de toi »…

    Tout cela s’est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l’offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature divine, ce qui permet à Saint Paul de dire : « Il faut que ce qui est périssable en nous devienne impérissable, que ce qui est mortel revête l’immortalité » (1Co 15,53). Cela ne s’est pas fait de façon simulée comme certains hérétiques l’ont imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l’homme tout entier est venu de là… Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

    Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu’il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam.

    Saint Athanase (295-373)

  • Présentation du Seigneur au Temple, fête

    Présentation du Seigneur au Temple, fête

    Que la chair s’approche du Verbe fait chair aujourd’hui, pour y désapprendre ce qui est de la chair et y apprendre à passer de la chair à l’esprit. Que l’on s’approche aujourd’hui, car un nouveau soleil brille plus que d’ordinaire. Jusque-là renfermé à Bethléem dans l’étroitesse d’une crèche et connu d’un tout petit nombre de personnes, aujourd’hui il vient à Jérusalem dans le Temple du Seigneur, et il est présenté devant un grand nombre de personnes. Jusqu’à maintenant, Bethléem, tu te réjouissais toute seule d’une lumière qui a été donnée pour tous ; fière d’un privilège d’une nouveauté inouïe, tu pouvais rivaliser avec l’Orient, là où se lève le soleil, car tu l’égalais par l’éclat de ta splendeur. Bien mieux, chose incroyable à dire, il y avait chez toi, dans une crèche, plus de lumière que n’en peut répandre le soleil levant de ce monde. Pourquoi gardais-tu jalousement ces rayons destinés au monde entier ? C’est tout juste si tu as montré cette lumière à quelques bergers ; c’est à peine si tu as accueilli trois hommes venus de l’Orient à la crèche de la lumière nouvelle. Mais aujourd’hui, le soleil s’élance pour irradier le monde ; aujourd’hui on offre au Temple de Jérusalem le Seigneur du Temple.

    Qu’ils sont heureux, ceux qui s’offrent à Dieu comme le Christ, comme une colombe, dans la solitude d’un cœur tranquille ! Ceux-là sont mûrs pour célébrer avec Marie le mystère de la purification… Ce n’est pas la Mère de Dieu qui a été purifiée en ce jour, elle qui n’a jamais consenti au péché. C’est l’homme souillé par le péché qui est purifié aujourd’hui par son enfantement et son offrande…; c’est notre purification qui a été obtenue par Marie… Si nous étreignons avec foi le fruit de ses entrailles, si nous nous offrons avec lui au Temple, le mystère que nous célébrons nous purifiera.

    Adam de Perseigne

  • « Jésus dormait sur le coussin à l’arrière. »

    « Jésus dormait sur le coussin à l’arrière. »

    J’aurais dû, ma Mère chérie, vous parler de la retraite qui précéda ma profession. Elle fut loin de m’apporter des consolations ; l’aridité la plus absolue et presque l’abandon furent mon partage. Jésus dormait comme toujours dans ma petite nacelle ; ah, je vois bien que rarement les âmes le laissent dormir tranquillement en elles. Jésus est si fatigué de toujours faire des frais et des avances qu’il s’empresse de profiter du repos que je lui offre. Il ne se réveillera pas sans doute avant ma grande retraite de l’éternité, mais au lieu de me faire de la peine cela me fait un extrême plaisir.

    Vraiment je suis loin d’être une sainte, rien que cela en est une preuve. Je devrais, au lieu de me réjouir de ma sécheresse, l’attribuer à mon peu de ferveur et de fidélité, je devrais me désoler de dormir (depuis sept ans) pendant mes oraisons et mes actions de grâces. Eh bien, je ne me désole pas : je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu’ils dorment que lorsqu’ils sont éveillés ; je pense que pour faire des opérations, les médecins endorment leurs malades. Enfin je pense que « Le Seigneur voit notre fragilité, qu’il se souvient que nous ne sommes que poussière » (Ps 102,14).

    Ma retraite de profession fut donc, comme toutes celles qui la suivirent, une retraite de grande aridité. Cependant, le Bon Dieu me montrait clairement, sans que je m’en aperçoive, le moyen de lui plaire et de pratiquer les plus sublimes vertus. J’ai remarqué bien des fois que Jésus ne veut pas me donner de provisions : il me nourrit à chaque instant d’une nourriture toute nouvelle ; je la trouve en moi sans savoir comment elle y est. Je crois tout simplement que c’est Jésus lui-même caché au fond de mon pauvre petit cœur qui me fait la grâce d’agir en moi et me fait penser tout ce qu’il veut que je fasse au moment présent.

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

  • Mémoire des saints Timothée et Tite, évêques, compagnons de saint Paul

    Trois lettres traditionnellement attribuées à Paul sont adressées à ses deux collaborateurs les plus immédiats : Timothée et Tite. Timothée est un nom grec qui signifie « celui qui honore Dieu ». Tandis que Luc, dans les Actes des Apôtres, le mentionne six fois, Paul, dans ses lettres fait référence à lui par dix-sept fois (en plus on trouve son nom une fois dans la Lettre aux Hébreux). On en déduit qu’aux yeux de Paul il jouissait d’une grande considération…       

    Quant à la figure de Tite, dont le nom est d’origine latine, nous savons qu’il était grec de naissance, c’est-à-dire païen (cf Ga 2,3). Paul l’amena à Jérusalem pour ce que l’on appelle le Concile apostolique (Ac 15 ; Ga 2), au cours duquel fut solennellement acceptée la prédication de l’Évangile aux païens… Après le départ de Corinthe de Timothée, Paul envoya Tite avec la mission de ramener à l’obéissance cette communauté indocile.       

    Si nous considérons ensemble les deux figures de Timothée et de Tite, nous nous rendons compte de certaines données très importantes. Le plus important est que Paul a recouru à des collaborateurs dans le déroulement de ses missions. Il demeure certainement l’Apôtre par excellence, fondateur et pasteur de nombreuses Églises. Il est cependant clair qu’il ne faisait pas tout tout seul mais il s’appuyait sur des personnes de confiance qui partageaient ses travaux et ses responsabilités. Une autre observation concerne la disponibilité de ces collaborateurs. Les sources concernant Timothée et Tite mettent bien en lumière leur empressement à assumer des tâches variées, consistant souvent à représenter Paul même en des occasions non faciles. En un mot, ils nous apprennent à servir l’Évangile avec générosité, en sachant que cela comporte aussi un service de l’Église elle-même… Par notre engagement concret, nous devons et nous pouvons… être nous aussi riches en œuvres bonnes et ainsi ouvrir les portes du monde au Christ, notre Sauveur.

    Benoît XVI

  • Dieu dans le Christ, recherche l’homme et le renouvelle

    Je suis la force de la divinité avant le temps et avant tous les siècles, je n’ai pas de commencement. Je suis la force par laquelle Dieu a tout fait en discernant et en éprouvant. Je suis le miroir de la providence de tous et j’ai tonné avec une force immense car je suis le mot qui retentit : FIAT, par lequel tout a commencé…

    Je suis venu comme le feu et je me suis reposé dans le ventre brûlant de la Vierge et de sa chair immaculée, je me suis incarné et ainsi je suis devenu un géant dont la valeur surpasse tout homme… Sorti du ventre de la Vierge, plongé dans l’eau, j’ai recherché l’homme et ainsi je l’ai purifié…

    J’ai parcouru le cercle de ma vie en renouvelant les autres hommes ; et ainsi en touchant la figure de l’homme qui m’a touché, j’ai établi la juste relation. Par mon humanité, j’ai lié et écrasé la force du diable, mais il ne me connaîtra pleinement que quand je siégerai sur mon trône pour juger, alors il sera totalement confondu.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu paraître une grande lumière. »

    Jésus, notre Seigneur, le Christ,

    nous est apparu du sein de son Père.

    Il est venu et nous a tirés des ténèbres

    et nous a illuminés de sa joyeuse lumière.

    Le jour s’est levé pour les hommes ;

    la puissance des ténèbres est chassée.

    De sa lumière s’est levée pour nous une lumière

    qui a éclairé nos yeux obscurcis.

    Il a fait lever sa gloire sur le monde

    et a éclairé les plus profonds abîmes.

    La mort est anéantie, les ténèbres ont pris fin,

    les portes de l’enfer sont en pièces.

    Il a illuminé toutes les créatures,

    ténèbres depuis les temps anciens.

    Il a réalisé le salut et nous a donné la vie ;

    ensuite il viendra dans la gloire

    et il éclairera les yeux de tous ceux qui l’auront attendu.

    Notre Roi vient dans sa grande gloire :

    allumons nos lampes, sortons à sa rencontre (Mt 25,6);

    réjouissons-nous en lui comme il s’est réjoui en nous

    et nous réjouit par sa glorieuse lumière.

    Mes frères, levez-vous, préparez-vous

    pour rendre grâce à notre Roi et Sauveur

    qui viendra dans sa gloire et nous réjouira

    de sa joyeuse lumière dans le Royaume.

    Saint Éphrem (v. 306-373)

  • Épiphanie du Seigneur, Solennité

    Le dessein de Dieu n’a pas été seulement de descendre sur terre, mais d’y être connu ; non seulement de naître, mais de se faire connaître. De fait, c’est en vue de cette connaissance que nous avons cette célébration de l’Epiphanie, ce grand jour de sa manifestation. Aujourd’hui, en effet, les mages sont venus d’Orient à la recherche du Soleil de Justice à son lever (Ml 3,20), lui de qui nous lisons : « Voici un homme, Orient est son nom » (Za 6,12). Aujourd’hui ils ont adoré l’enfantement nouveau de la Vierge, suivant la direction tracée par une nouvelle étoile. Ne trouvons-nous pas là, frères, un grand motif de joie, comme aussi dans cette parole de l’apôtre Paul : « La bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes nous sont apparus » (Tt 3,4)…

    Que faites-vous, mages, que faites-vous ? Vous adorez un enfant à la mamelle, dans une chaumière vulgaire, dans des langes misérables ? Celui-ci serait-il donc Dieu ? Mais « Dieu réside dans son temple saint, le Seigneur a son trône dans les cieux » (Ps 10,4), et vous, vous le cherchez dans une vulgaire étable, sur le sein d’une mère ? Que faites-vous ? Pourquoi offrez-vous cet or ? Celui-ci serait-il donc roi ? Mais où est sa cour royale, où est son trône, où est la foule de ses courtisans ? Une étable est-elle un palais, une crèche un trône, Marie et Joseph les membres de sa cour ? Comment des hommes sages sont-ils devenus fous au point d’adorer un petit enfant, méprisable tant par son âge que par la pauvreté des siens ?

    Fous, ils le sont devenus, oui, pour devenir sages ; l’Esprit Saint leur a enseigné d’avance ce que plus tard l’apôtre Paul a proclamé : « Celui qui veut être sage, qu’il se fasse fou pour être sage. Car puisque le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas pu reconnaître Dieu dans sa Sagesse, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Evangile » (1Co 1,21)… Ils se prosternent donc devant ce pauvre enfant, lui rendent hommage comme à un roi, l’adorent comme un Dieu. Celui qui les a guidés au dehors par une étoile a répandu sa lumière au secret de leur cœur.

    Saint Bernard (1091-1153)

  • « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. »

    Sur les rives du Jourdain, Jésus se présente avec une humilité extraordinaire, qui rappelle la pauvreté et la simplicité de l’Enfant déposé dans la crèche, et anticipe les sentiments avec lesquels, au terme de ses jours terrestres, il arrivera à laver les pieds des disciples et subira l’humiliation terrible de la croix. Le Fils de Dieu, lui qui est sans péché, se place parmi les pécheurs, montre la proximité de Dieu sur le chemin de conversion de l’homme. Jésus assume sur ses épaules le poids de la faute de l’humanité tout entière et commence sa mission en se mettant à notre place, à la place des pécheurs, dans la perspective de la croix.

    Tandis que, recueilli en prière après le baptême, il sort de l’eau, les cieux s’ouvrent. C’est le moment attendu par la foule des prophètes. « Ah, si tu déchirais les cieux et descendais », avait invoqué Isaïe (63,19). A ce moment…, cette prière est exaucée. En effet, « le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur lui » ; on entendit des paroles jamais entendues auparavant : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur »… Le Père, le Fils et le Saint Esprit descendent parmi les hommes et nous révèlent leur amour qui sauve. Si ce sont les anges qui apportent aux bergers l’annonce de la naissance du Sauveur et l’étoile aux mages venus d’Orient, à présent c’est la voix du Père qui indique aux hommes la présence dans le monde de son Fils et qui invite à se tourner vers la résurrection, vers la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.

    Benoît XVI