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Archive pour le mot-clef ‘charité’

Jésus dit : « Tu aimeras. »

vendredi 20 mars 2020

L’amour est ce qui mesure, en dernier ressort, la valeur de tous nos actes, même des plus ordinaires. Aussi Saint Benoît indique-t-il comme tout premier “instrument” l’amour de Dieu : « Avant tout, aimer le Seigneur de toute son âme, de tout son esprit, de tout son cœur ». Autant nous dire : « Placez l’amour dans votre cœur avant toutes choses ; que l’amour vous régisse et vous guide dans toutes vos actions ; c’est l’amour qui doit mettre en vos mains tous les autres instruments des bonnes œuvres ; c’est lui qui donnera aux détails les plus insignifiants de vos journées une haute valeur. Les petites choses, dit S. Augustin, sont petites en elles-mêmes, mais elles deviennent grandes par l’amour fidèle qui les fait accomplir (De doctina christiana, 1. IV, c. 18) ». (…)

L’idéal auquel nous devons viser est (…) l’exactitude de l’amour, non le scrupule ni la préoccupation de ne pas se tromper ni le désir de pouvoir se dire : « Je veux qu’on ne puisse jamais me trouver en défaut » : il y a en cela de l’orgueil. C’est du cœur que jaillit la vie intérieure ; et si vous la possédez, vous chercherez à remplir par amour toutes vos prescriptions, avec la plus grande pureté d’intention et le plus de soin possible. (…)

La vraie valeur d’une chose se trouve dans le degré de l’union que nous lui donnons avec le Christ par la foi et la charité. Il faut tout exécuter, mais par amour pour notre Père des cieux et en union, par la foi, avec Notre-Seigneur. Ne l’oublions jamais : la source même de la valeur de nos œuvres est dans notre union au Christ Jésus par la grâce, dans l’amour avec lequel nous accomplissons nos actions. À cet effet, il faut, comme dit S. Benoît, diriger notre intention vers Dieu avant chaque bonne entreprise, avec une grande intensité de foi et d’amour.

Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

 

 

 

Accueillir le Christ

lundi 16 mars 2020

Les pauvres devant l’église demandent une aumône. Combien donner ? C’est à vous de décider ; je ne fixerai pas de montant, afin de vous éviter tout embarras. Achetez dans la mesure de vos moyens. Vous avez une pièce ? Achetez le ciel ! Non pas que le ciel soit offert à bon marché, mais c’est la bonté du Seigneur qui vous le permet. Vous n’avez pas de pièce ? Donnez un verre d’eau fraîche (Mt 10,42)…

Nous pouvons acheter le ciel, et nous négligeons de le faire ! Pour un pain que vous donnez, vous obtenez en retour le paradis. Offrez même des objets de peu de valeur, et vous recevrez des trésors ; faites don de ce qui passe, et vous obtiendrez l’immortalité ; donnez des biens périssables, et recevez en échange des biens impérissables… Lorsqu’il s’agit de biens périssables, vous savez faire preuve de beaucoup de perspicacité ; pourquoi manifestez-vous une telle indifférence lorsqu’il s’agit de la vie éternelle ?… Nous pouvons d’ailleurs établir un parallèle entre ces vasques remplies d’eau que l’on trouve aux portes des églises pour y purifier ses mains, et les pauvres qui sont assis à l’extérieur de l’édifice pour que vous purifiiez votre âme par eux. Vous avez lavé vos mains dans l’eau : de la même manière, lavez votre âme par l’aumône…

Une veuve, réduite à une pauvreté extrême, a donné l’hospitalité à Élie (1R 17,9s) : son indigence ne l’a pas empêché de l’accueillir avec une grande joie. Et alors, en signe de reconnaissance, elle a reçu de nombreux cadeaux qui symbolisaient le fruit de son geste. Cet exemple vous fait souhaiter peut-être d’accueillir un Élie. Pourquoi demander  Élie ? Je vous propose le Maître d’Élie, et vous ne lui offrez pas l’hospitalité… Voici ce que nous dit le Christ, le Seigneur de l’univers : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Saint Jean Chrysostome

 

 

 

La triple miséricorde

lundi 9 mars 2020

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). De même que la miséricorde du Père céleste à ton égard est triple, ta miséricorde envers ton prochain doit elle aussi être triple.

La miséricorde du Père est bonne, large et précieuse. « La miséricorde est bonne au temps de l’épreuve, dit Sirac, comme les nuages de pluie au temps de la sécheresse » (Si 35,26). Au temps de l’épreuve, lorsque l’esprit s’attriste à cause des péchés, Dieu infuse la pluie de la grâce qui est rafraîchissement pour l’âme et remet les péchés. Elle est large car au cours du temps elle s’étend dans les bonnes œuvres. Elle est précieuse dans les joies de la vie éternelle. « Je vais célébrer les grâces du Seigneur, les louanges du Seigneur, dit Isaïe, pour tout ce qu’il a accompli pour nous, pour sa grande bonté envers la maison d’Israël, pour tout ce qu’il a accompli dans sa miséricorde » (Is 63,7).

Ta miséricorde envers ton prochain doit avoir, elle aussi, ces trois qualités : s’il a péché contre toi, pardonne-lui ; s’il s’est égaré du chemin de la vérité, instruis-le ; s’il a soif, restaure-le. « Par la foi et la miséricorde, les péchés sont purifiés », dit Salomon (cf. Pr 15,27 LXX). « Celui qui ramène le pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés », rappelle Jacques (Jc 5,20). « Heureux, dit le psaume, celui qui pense au pauvre et au faible » (Ps 40,2).

Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

 

 

 

Les amis du Christ persévèrent jusqu’à la fin dans leur amour.

samedi 7 mars 2020

Veille sur toi-même. Prends garde que le mal qui te sépare de ton frère ne se trouve, non dans ton frère, mais en toi. Hâte-toi de te réconcilier avec lui (cf. Mt 5,24), afin de ne pas déchoir du commandement de l’amour. Ne méprise pas le commandement de l’amour. C’est par lui que tu seras fils de Dieu. Mais si tu le transgresses, tu te retrouveras fils de la géhenne. (…)

As-tu connu l’épreuve du fait de ton frère, et la tristesse t’a-t-elle mené à la haine ? Ne te laisse pas vaincre par la haine, mais vaincs la haine par l’amour. Voici comment tu vaincras : en priant sincèrement Dieu pour lui, en faisant droit à sa défense, ou même en l’assistant pour le justifier, en considérant que tu es toi-même responsable de ton épreuve, et en la supportant avec patience jusqu’à ce que le nuage soit passé. (…) Ne consens pas à perdre l’amour spirituel, car nulle autre voie de salut n’a été laissée aux hommes. (…) Une âme raisonnable qui nourrit de la haine contre un homme ne peut être en paix avec Dieu qui a donné les commandements. « Car, dit-il, si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, le Père céleste non plus ne pardonnera pas vos fautes » (Mt 6,14-15). Si cet homme ne veut pas être en paix avec toi, du moins garde-toi de la haine, en priant sincèrement pour lui et en ne disant à personne du mal de lui. (…)

Applique-toi autant que tu le peux à aimer tout homme. Et si tu ne le peux pas encore, au moins ne hais personne. Mais cela non plus tu ne peux pas le faire si tu ne méprises pas les choses du monde. (…) Les amis du Christ aiment vraiment tous les êtres, mais ils ne sont pas aimés de tous. Les amis du Christ persévèrent jusqu’à la fin dans leur amour. Mais les amis du monde persévèrent jusqu’à ce que le monde les porte à se heurter les uns aux autres.

Saint Maxime le Confesseur

 

 

 

« Va d’abord te réconcilier avec ton frère. »

vendredi 6 mars 2020

Écoute ce que dit le Seigneur : « Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande ». Mais tu diras : « Vais-je laisser là l’offrande et le sacrifice ? » « Certainement, répond-il, puisque le sacrifice est offert justement pour que tu vives en paix avec ton frère. » Si donc le but du sacrifice est la paix avec ton prochain, et que tu ne sauvegardes pas la paix, il ne sert à rien que tu prennes part au sacrifice, même par ta présence. La première chose que tu aies à faire c’est bien de rétablir la paix, cette paix pour laquelle, je le répète, le sacrifice est offert. De celui-ci, alors, tu tireras un beau profit.

Car le Fils de l’homme est venu dans le monde pour réconcilier l’humanité avec son Père. Comme Paul le dit : « Maintenant Dieu a réconcilié avec lui toutes choses » (Col 1,22) ; « par la croix, en sa personne, il a tué la haine » (Ep 2,16). C’est pourquoi celui qui est venu faire la paix nous proclame également bienheureux, si nous suivons son exemple, et il nous donne son nom en partage : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). Donc ce qu’a fait le Christ, le Fils de Dieu, réalise-le aussi autant qu’il est possible à la nature humaine. Fais régner la paix chez les autres comme chez toi. Le Christ ne donne-t-il pas le nom de fils de Dieu à l’ami de la paix ? Voilà pourquoi la seule bonne disposition qu’il requiert de nous à l’heure du sacrifice, c’est que nous soyons réconciliés avec nos frères. Il nous montre par là que de toutes les vertus la charité est la plus grande.

Saint Jean Chrysostome

 

 

 

« Invite les pauvres. »

lundi 4 novembre 2019

Dieu, ému par la grande détresse de l’homme, lui a donné la Loi et les prophètes, après lui avoir donné la loi non écrite de la nature (cf Rm 1,26) (…); finalement, il s’est livré lui-même pour la vie du monde. Il nous a prodigué des apôtres, des évangélistes, des docteurs, des pasteurs, des guérisons, des prodiges. Il nous a ramenés à la vie, a détruit la mort, a triomphé de celui qui nous avait vaincus, nous a donné l’Alliance préfigurative, l’Alliance en vérité, les charismes de l’Esprit Saint, le mystère du salut nouveau. (…)

Dieu nous comble de biens spirituels, si nous voulons les recevoir : n’hésite pas à venir en aide à ceux qui en ont besoin. Donne surtout à celui qui te demande, et même avant qu’il demande, faisant inlassablement aumône de la doctrine spirituelle. (…) À défaut de ces dons, propose-lui au moins des services plus modestes : donne-lui à manger, offre-lui de vieux habits, fournis-lui des médicaments, bande ses plaies, interroge-le sur ses épreuves, enseigne-lui la patience. Approche-toi de lui sans crainte. Pas de danger que tu t’en trouves plus mal ou que tu contractes sa maladie. (…) Appuie-toi sur la foi ; que la charité triomphe de tes réticences. (…) Ne méprise pas tes frères, ne reste pas sourd à leurs appels, ne les fuis pas. Vous êtes membres d’un même corps (1Co 12,12s), même si lui est brisé par le malheur ; de même qu’à Dieu, « à toi le pauvre est confié » (Ps 10,14).

Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

 

 

 

 

Amasser pour soi-même ou être riche en vue de Dieu ?

dimanche 4 août 2019

« Que vais-je faire ? Je vais agrandir mes greniers ! » Pourquoi avaient-elles tant rapporté, les terres de cet homme qui ne devait faire qu’un mauvais usage de sa richesse ? C’est pour qu’on voie se manifester avec plus d’éclat l’immense bonté d’un Dieu qui étend sa grâce sur tous, « car il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes, et lever son soleil sur les méchants comme sur les bons » (Mt 5,45)… Tels étaient les bienfaits de Dieu à l’égard de ce riche : une terre féconde, un climat tempéré, d’abondantes semences, des bœufs pour le labour, et tout ce qui assure la prospérité. Et lui, que rendait-il en retour ? Mauvaise humeur, misanthropie et égoïsme. C’est ainsi qu’il remerciait son bienfaiteur.

Il oubliait que nous appartenons tous à la même nature humaine ; il n’a pas pensé qu’il fallait distribuer son superflu aux pauvres ; il n’a tenu aucun compte de ces préceptes divins : « Ne refuse pas un bienfait à qui est dans le besoin » (Pr 3,27), « Que la bienveillance et la fidélité ne te quittent jamais » (3,3), « Partage ton pain avec celui qui a faim » (Is 58,7). Tous les prophètes, tous les sages lui criaient ces préceptes, mais il faisait la sourde oreille. Ses greniers craquaient, trop étroits pour le blé qu’on y entassait, mais son cœur n’était pas rassasié. (…) Il ne voulait se défaire de rien, tout en n’arrivant pas à tout stocker. Ce problème le harcelait : « Que vais-je faire ? » se répétait-il. Qui ne prendrait en pitié un homme aussi obsédé ? L’abondance le rend malheureux (…); il se lamente tout comme les indigents : « Que vais-je faire ? Comment me nourrir, me vêtir ? » (…)

Considère, homme, celui qui t’a comblé de ses dons. Réfléchis un peu sur toi-même : Qui es-tu ? Qu’est-ce qui t’a été confié ? De qui as-tu reçu cette charge ? Pourquoi as-tu été choisi ? Tu es le serviteur du Dieu bon ; tu as la charge de tes compagnons de service (…) « Que vais-je faire ? » La réponse était simple : « Je rassasierai les affamés, j’inviterai les pauvres (…). Vous tous qui manquez de pain, venez puiser les dons accordés par Dieu qui coulent comme d’une fontaine ».

Saint Basile (v. 330-379)

 

 

« Aimez vos ennemis. »

mardi 18 juin 2019

Dans toutes les œuvres de vraie charité parfaite dont je vous parle, rien n’est à faire avec les mains ou les pieds — donc personne ne peut dire qu’il en est incapable ou infirme. (…) Personne ne pourra y opposer de façon plausible une excuse quelconque, disant qu’il ne peut pas mettre ces conseils en pratique. Car on ne te dit pas : « Jeûne plus que tu ne peux, reste éveillé la nuit plus que tu n’en as la force » (…) ; on ne t’oblige pas à vendre tous tes biens et tout donner aux pauvres, ni à rester vierge. (…) Que celui qui peut accomplir tout cela rende grâce à Dieu. Et que celui qui ne peut pas le faire garde la vraie charité, et en elle il possédera tout, car l’amour suffit, même sans toutes ces bonnes œuvres. Mais ces bonnes œuvres sans l’amour ne servent à rien du tout. C’est pourquoi je vous dis et redis tout cela, frères très chers, pour que vous puissiez comprendre toujours mieux que personne ne peut prétendre ne pas pouvoir accomplir les commandements de Dieu. (…)

Gardez donc le lien doux et salutaire de l’amour, sans lequel le riche est pauvre et avec lequel le pauvre est riche. Que possède le riche s’il n’a pas la charité ? (…) Et puisque, comme le dit l’évangéliste Jean, « Dieu est amour » (1Jn 4,8), qu’est-ce qui pourra manquer au pauvre, si par la charité il mérite de posséder Dieu ? (…) Aimez donc, frères très chers, et gardez la charité, sans laquelle personne ne verra jamais Dieu.

Saint Césaire d’Arles (470-543)

 

 

 

Jeudi Saint

jeudi 18 avril 2019

Dieu est charité (1 Jn 4, 8). Et celui qui entreprendrait de le définir serait un aveugle voulant compter les grains de sable de la mer.

La charité quant à sa nature, est une ressemblance avec Dieu, pour autant qu’il est possible aux mortels de lui ressembler ; quant à son activité, c’est une ivresse de l’âme ; quant à sa vertu propre, c’est la source de la foi, un abîme de patience, un océan d’humilité.

La charité est avant tout le rejet de toute pensée d’inimitié, car la charité ne pense pas le mal. La charité, l’impassibilité et l’adoption filiale ne se distinguent que par le nom. Comme la lumière, le feu et la flamme concourent à un seul effet, il en est de même pour ces trois réalités.

Celui qui a parfaitement uni à Dieu sa sensibilité profonde est initié par lui au mystère de ses paroles ; mais sans cette union, il est difficile de parler de Dieu.

Si le visage d’un être aimé produit dans tout notre être un changement manifeste et nous rend joyeux, gais et insouciants, que ne fera pas la face du Seigneur dans une âme pure quand il viendra y demeurer.

Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

 

 

 

 

 

« Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux. »

mardi 26 juin 2018

Quel est le premier acte de la charité ? Quelle production fait un cœur qui en est animé ? Qu’est-ce qui sort de lui, à la différence d’un homme qui en est dépourvu ? C’est de bien faire à chacun comme nous voudrions raisonnablement qu’il nous soit fait ; c’est en cela que consiste le précis de la charité. Est-il vrai que je fais à mon prochain ce que je souhaite de lui ? Ah ! c’est un grand examen à faire…

Regardons le Fils de Dieu : quel cœur de charité, quelle flamme d’amour ! Mon Jésus, dites-nous un peu, s’il vous plaît, qu’est-ce qui vous a tiré du ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre, tant de persécutions et de tourments que vous y avez reçus ? Ô Sauveur, ô source de l’amour, humilié jusqu’à nous, jusqu’à un supplice infâme, qui a plus aimé le prochain que vous-même ? Vous êtes venu vous exposer à toutes nos misères, prendre la forme de pécheur, mener une vie souffrante, et souffrir une mort honteuse pour nous. Y a-t-il un amour pareil ?… Il n’y a que Notre Seigneur qui soit si épris de l’amour des créatures, que de quitter le trône de son Père pour venir prendre un corps sujet aux infirmités.

Et pourquoi ? Pour établir entre nous par son exemple et sa parole, la charité du prochain… Ô mes amis, si nous avions un peu de cet amour, demeurerions-nous les bras croisés ?… Oh non ! la charité ne peut pas demeurer oisive ; elle nous applique au salut et à la consolation des autres.

Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretien du 30/5/1659 (trad. Seuil 1960 p. 682 rev.)