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Archive pour le mot-clef ‘miséricorde’

Le mardi saint

mardi 30 mars 2021

Pierre a renié une première fois et n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, et il n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois, Jésus l’a regardé, et il a pleuré, très amèrement (Lc 22,62). Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché. Cela montre que même la chute des saints peut être utile. Le reniement de Pierre ne m’a pas fait tort ; au contraire, à son repentir, j’ai gagné : j’ai appris à me garder d’un entourage infidèle (…)

Pierre a donc pleuré, et très amèrement ; il a pleuré pour arriver à laver sa faute par des larmes. Vous aussi, si vous voulez obtenir le pardon, effacez votre faute par les larmes ; au moment même, sur l’heure, le Christ vous regarde. S’il vous survient quelque chute, lui, témoin présent à votre vie secrète, vous regarde pour vous rappeler et vous faire avouer votre erreur. Faites alors comme Pierre, qui dit ailleurs par trois fois : « Seigneur, tu sais que je t’aime » (Jn 21,15). Il a renié trois fois, trois fois aussi il confesse ; mais il a renié dans la nuit, et il confesse au grand jour.

Tout cela est écrit pour nous faire comprendre que personne ne doit se vanter. Si Pierre est tombé pour avoir dit : « Même si d’autres viennent à trébucher, moi je ne tomberai pas » (Mt 26,33), quel autre serait en droit de compter sur soi-même ? (…) D’où est-ce que je te rappellerai, Pierre, pour m’apprendre tes pensées quand tu pleurais ? Du ciel où tu as déjà pris place parmi les chœurs des anges, ou encore du tombeau ? Car la mort, d’où le Seigneur est ressuscité, ne te répugne pas à ton tour. Enseigne-nous à quoi t’ont servi tes larmes. Mais tu l’as enseigné bien vite : car étant tombé avant de pleurer, tes larmes t’ont fait choisir pour conduire les autres, toi qui, d’abord, n’avais pas su te conduire toi-même.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

« Moi non plus, je ne te condamne pas. »

lundi 22 mars 2021

Un psaume dit : « Instruisez-vous, juges de la terre » (Ps 2,10). Ceux qui jugent la terre sont les rois, les gouverneurs, les princes, les juges proprement dits. (…) Qu’ils s’instruisent, car il s’agit de la terre qui juge la terre, mais elle doit craindre celui qui est au ciel. Ils jugent leur égal : un homme juge un homme, un mortel un mortel, un pécheur un pécheur. Si notre Seigneur faisait retentir au milieu de ces juges cette sentence divine : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre », est-ce que tous ceux qui jugent la terre ne seraient pas saisis de tremblement ?

Aux pharisiens qui, pour le tenter, lui avaient amené une femme surprise en adultère (…) Jésus a dit : « Vous voulez lapider cette femme comme la Loi le prescrit. Eh bien, que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ». Pendant qu’ils le questionnaient, il écrivait sur la terre, pour « instruire la terre » ; mais quand il leur a donné cette réponse, il a levé les yeux, « il a regardé la terre et elle a tremblé » (Ps 103,32). Les pharisiens, confus et tremblants, s’en vont l’un après l’autre. (…)

La pécheresse reste seule avec le Sauveur : la malade avec le médecin, la grande misère avec la grande miséricorde. Regardant cette femme, Jésus lui dit : « Personne ne t’a condamnée ? — Personne, Seigneur » (…) Mais elle reste devant un juge qui est sans péché. « Personne ne t’a condamnée ? — Personne, Seigneur, et si toi-même tu ne me condamnes pas, je suis en sûreté ». Silencieusement, le Seigneur répond à cette inquiétude : « Moi non plus, je ne te condamne pas. (…) La voix de leur conscience a empêché tes accusateurs de te punir ; la miséricorde m’incite à venir à ton secours ». Méditez ces vérités, et « instruisez-vous, juges de la terre ».

Saint Augustin (354-430)

 

 

“Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.”

mardi 9 mars 2021

Ô Dieu de grande miséricorde, Bonté infinie, voilà qu’aujourd’hui l’humanité tout entière appelle de l’abîme de sa misère ta miséricorde, ta pitié, ô Dieu ; et elle appelle avec la voix puissante de la misère. Dieu bienveillant, ne rejette pas les prières des exilés de cette terre. Ô Seigneur, Bonté inconcevable, tu connais à fond notre misère et tu sais que nous ne pourrions pas de nos propres forces nous élever jusqu’à toi. C’est pourquoi, nous t’en supplions, devance-nous de ta grâce et augmente sans cesse en nous ta miséricorde, afin que nous accomplissions fidèlement ta sainte volonté durant toute notre vie, ainsi qu’à l’heure de notre mort. Que la toute-puissance de ta miséricorde nous abrite des attaques des ennemis de notre salut, afin que nous attendions avec confiance, comme tes enfants, ta venue dernière, dont le jour est connu de toi seul. Et nous, nous attendons à recevoir tout ce qui nous est promis par Jésus, malgré toute notre misère, car Jésus est notre espérance ; par son cœur miséricordieux nous passons comme par les portes ouvertes du ciel.

Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

 

 

Les sentiments du Fils prodigue

samedi 6 mars 2021

Qu’est-ce que la componction ? C’est une disposition de l’âme qui fait que celle-ci demeure dans un état de contrition habituelle. (…)

Voyez l’enfant prodigue à son retour au foyer paternel. Nous le figurons-nous, après la rentrée, prenant des airs insouciants et des allures dégagées, comme s’il avait été toujours fidèle ? Oh, non ! Vous me direz : « Son père ne lui a-t-il pas tout pardonné ? » Certainement, il a reçu son fils les bras ouverts; il ne lui a pas dit : « Vous êtes misérable », non, il l’a serré sur son cœur. Et le retour de ce fils procure même au père une telle joie que celui-ci prépare pour le repenti un grand festin. Tout est oublié, tout est pardonné. Cette conduite du père du prodigue est l’image de la miséricorde de notre Père céleste.

Mais lui, l’enfant pardonné, conserve les sentiments et l’attitude qu’il avait quand il s’est jeté repentant aux pieds de son père : « Père, j’ai péché contre vous, je ne suis plus digne d’être appelé votre fils ; traitez-moi comme le dernier de vos serviteurs ». Soyons certains que, pendant toutes les réjouissances par lesquelles on célébrait son retour, ce sont là les dispositions qui dominaient dans son âme. Et si plus tard la contrition y a diminué d’intensité, jamais ce sentiment ne s’en est effacé tout à fait, même après que l’enfant eut repris pour toujours au foyer paternel sa place de jadis. Que de fois il a dû dire à son père : « Vous m’avez tout pardonné, je le sais, mais mon cœur ne se lassera pas de répéter avec gratitude, combien il a de regret de vous avoir offensé, combien il veut racheter par une plus grande fidélité les heures perdues et l’oubli qu’il a fait de vous ».

Tel doit être le sentiment d’une âme qui a offensé Dieu (…). La componction du cœur rend l’âme ferme dans l’horreur du mal et l’amour de Dieu.

Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

 

 

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Lc 6, 36)

lundi 1 mars 2021

Être miséricordieux semblerait n’être pas un métier de tout repos.
C’est bien assez souffrir de ses misères sans avoir encore à souffrir la peine de ceux que nous rencontrons.
Notre cœur s’y refuserait s’il y avait d’autres moyens pour obtenir miséricorde.
Ne nous plaignons donc pas trop si nous avons souvent les larmes dans les yeux en croisant sur le chemin, tant de douleurs.
C’est par elles que nous savons ce qu’est la tendresse de Dieu…

Comme il faut des creusets solides pour porter le métal fondu,
tout possédé et travaillé par le feu,
il faut à Dieu des cœurs solides où puissent cohabiter, à l’aise,
nos sept misères en quête de guérison et l’éternelle miséricorde en mal de rédemption.

Et si notre cœur est souvent dégoûté de toucher de si près cette pâte à misère dont il ne sait jamais si elle est lui-même ou autrui, pour rien au monde il ne voudrait changer de tâche,
car il trouve sa joie à voisiner avec cet inlassable feu
qui démontre indéfiniment la dilection de Dieu.

Et nous avons si bien pris l’habitude de cette présence de feu,
que nous allons, spontanément, chercher tout ce qui peut lui permettre de brûler,
tout ce qui est petit et faible,
tout ce qui geint et pâtit,
tout ce qui pèche et rampe et tombe,
tout ce qui a besoin d’être guéri.
Et nous donnons en communion à ce feu qui brûle en nous tous ces gens douloureux que drainent nos rencontres, pour qu’il les touche et les guérisse.

Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

 

 

Revenez à moi et vivez !

samedi 20 février 2021

Voulez-vous donner au Dieu qui vous aime une marque d’intime confiance dont il sera extrêmement touché ? Quand vous commettez quelque faute, n’hésitez point à courir aussitôt vous jeter à ses pieds pour lui demander pardon.

Comprenez-le bien, Dieu est si enclin à pardonner que, si les pécheurs s’obstinent à vivre loin de lui privés de la vie de sa grâce, il gémit sur leur perdition et leur fait entendre ces appels de sa tendresse : « Pourquoi voulez-vous mourir, maison d’Israël, ô mon peuple ? Revenez à moi et vivez » (cf. Ez 18, 31-32). Il promet d’accueillir l’âme fugitive, dès qu’elle vient se jeter dans ses bras : « Revenez à moi et je reviendrai à vous » (Za 1,3).

Oh ! Si les pauvres pécheurs comprenaient avec quelle bonté Notre Seigneur les attend pour leur pardonner ! « Le Seigneur attend le moment d’avoir pitié de vous » (Is 30,18). S’ils comprenaient qu’il a hâte, non de les châtier, mais de les voir convertis, afin de les embrasser et de les serrer sur son cœur ! Écoutons sa déclaration solennelle : « Par ma vie, dit le Seigneur Dieu, je ne veux pas la mort de l’impie, mais que l’impie se détourne de sa voie et qu’il vive » (Ez 33,11). (…) Enfin, Dieu l’a déclaré formellement, quand une âme se repent de l’avoir offensé, il perd jusqu’au souvenir de ses péchés : « De toutes ses iniquités je ne me souviendrai pas » (cf. Ez 18,22).

Ainsi donc, dès que vous êtes tombé en quelque faute, levez les yeux vers Dieu, offrez-lui un acte d’amour, et, confessant votre péché, comptez fermement sur son pardon.

Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

 

 

Quel bonheur de savoir que la miséricorde de Dieu est infinie !

jeudi 5 novembre 2020

La conduite que Jésus Christ tenait pendant sa vie mortelle nous montre la grandeur de sa miséricorde pour les pécheurs. Nous voyons qu’ils viennent tous lui tenir compagnie ; et lui, bien loin de les rebuter ou du moins de s’éloigner d’eux, au contraire, il prend tous les moyens possibles pour se trouver parmi eux, afin de les attirer à son Père. Il les va chercher par les remords de conscience, il les ramène par sa grâce et les gagne par ses manières amoureuses. Il les traite avec tant de bonté, qu’il prend même leur défense contre les scribes et les pharisiens qui veulent les blâmer, et qui semblent ne pas vouloir les souffrir auprès de Jésus Christ.

Il va encore plus loin, il veut se justifier de la conduite qu’il tient à leur égard, par une parabole qui leur dépeint, comme l’on ne peut pas mieux, la grandeur de son amour pour les pécheurs, en leur disant : « Un bon pasteur qui avait cent brebis, en ayant perdu une, laisse toutes les autres… ». Il ajoute encore cette parabole d’une femme qui, ayant dix drachmes et en ayant perdu une, allume sa lampe pour la chercher dans tous les coins de sa maison, et l’ayant retrouvée, elle invite toutes ses amies pour s’en réjouir. (…) Nous voyons que Jésus Christ s’applique lui-même ces vives images de la grandeur de sa miséricorde envers les pécheurs.

Ah ! quel bonheur pour nous de savoir que la miséricorde de Dieu est infinie ! Quel violent désir ne devons-nous pas sentir naître en nous d’aller nous jeter aux pieds d’un Dieu qui nous recevra avec tant de joie ! Non, si nous nous damnons, nous n’aurons point d’excuses, quand Jésus Christ nous montrera lui-même que sa miséricorde a toujours été assez grande pour nous pardonner de quelque manière que nous soyons coupables. (…) Ô mon Dieu ! comment peut-on consentir à être damné, puisqu’il en coûte si peu pour se sauver et que Jésus Christ désire tant notre salut ?..

Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

 

 

 

 

 

« Ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés. »

jeudi 17 septembre 2020

L’amour de Dieu, sorti à la recherche des pécheurs, nous est proclamé par une femme pécheresse. Car en appelant celle-ci, c’est notre race tout entière que le Christ invitait à l’amour ; et en sa personne, ce sont tous les pécheurs qu’il attirait à son pardon. Il parlait à elle seule ; mais il conviait à sa grâce la création tout entière. (…)

Qui ne serait touché par la miséricorde du Christ, lui qui, pour sauver une pécheresse, accepta l’invitation d’un pharisien ? À cause de celle qui est affamée de pardon, il veut lui-même avoir faim de la table de Simon le pharisien, alors que, sous l’apparence d’une table de pain, il avait préparé à la pécheresse une table de repentance. (…)

Afin qu’il en soit ainsi pour toi, prends conscience que ton péché est grand, mais que désespérer de ton pardon, parce que ton péché te semble trop grand, c’est blasphémer contre Dieu et te faire du tort à toi-même. Car s’il a promis de pardonner tes péchés quel que soit leur nombre, vas-tu lui dire que tu ne peux pas le croire et lui déclarer : « Mon péché est trop grand pour que tu le pardonnes. Tu ne peux pas me guérir de mes maladies » ? Là, arrête-toi et crie avec le prophète : « J’ai péché contre toi, Seigneur » (Ps 50,6). Aussitôt il te répondra : « Moi, j’ai passé par-dessus ta faute ; tu ne mourras pas ». À lui, la gloire par nous tous, dans les siècles. Amen

Un auteur syriaque anonyme du 6e siècle

 

 

 

Le Christ appelle tous les hommes à s’ouvrir au pardon de Dieu

mercredi 26 août 2020

Vous pourriez me dire : l’Église est formée de pécheurs, nous le voyons chaque jour. Et cela est vrai, nous sommes une Église de pécheurs ; et nous, pécheurs, sommes appelés à nous laisser transformer, renouveler, sanctifier par Dieu. Certains au cours de l’histoire ont été tentés d’affirmer : l’Église est seulement l’Église des purs, de ceux qui vivent de façon totalement cohérente, et les autres en sont exclus. Ce n’est pas vrai ! C’est une hérésie ! L’Église, qui est sainte, ne rejette pas les pécheurs ; elle ne nous rejette pas. Elle ne rejette pas parce qu’elle appelle chacun de nous, elle nous accueille, elle est ouverte aussi à ceux qui sont le plus éloignés. Elle nous appelle tous à nous laisser envelopper par la miséricorde, par la tendresse et par le pardon du Père, qui offre à tous la possibilité de le rencontrer, de marcher vers la sainteté. (…)

Dans l’Église, le Dieu que nous rencontrons n’est pas un juge impitoyable, mais il est comme le père de la parabole évangélique (Lc 15,11s). Tu peux être comme le fils qui a quitté la maison, qui a touché le fond de l’éloignement de Dieu. Lorsque tu as la force de dire : je veux rentrer à la maison, tu trouveras la porte ouverte. Dieu vient à ta rencontre parce qu’il t’attend toujours. Dieu t’attend toujours, Dieu te prend dans ses bras, il t’embrasse, et se réjouit. Ainsi est le Seigneur, ainsi est la tendresse de notre Père qui est aux cieux.

Le Seigneur veut que nous fassions partie d’une Église qui sait ouvrir ses bras pour accueillir tout le monde, qui n’est pas la maison d’un petit nombre, mais la maison de tous, où tous puissent être renouvelés, transformés, sanctifiés par son amour, les plus forts et les plus faibles, les pécheurs, les indifférents, ceux qui se sentent découragés et perdus

Pape François

 

 

 

« Soixante-dix fois sept fois »

jeudi 13 août 2020

Que le Seigneur te bénisse ! Je vais t’expliquer comme je le puis ton cas de conscience. Des soucis ou des gens — frères ou autres personnes — t’empêchent d’aimer le Seigneur Dieu ? Eh bien ! même si, en plus, ils allaient jusqu’à te battre, tu devrais tenir cela pour une grâce. (…) Aime ceux qui te causent ces ennuis. N’exige pas d’eux, sauf si le Seigneur t’indique le contraire, un changement d’attitude à ton égard. C’est tels qu’ils sont que tu dois les aimer (…).

Voici à quoi je reconnaîtrai que tu aimes le Seigneur, et que tu m’aimes, moi, son serviteur et le tien : si n’importe quel frère au monde, après avoir péché autant qu’il est possible de pécher, peut rencontrer ton regard, demander ton pardon, et te quitter pardonné. S’il ne demande pas pardon, demande-lui, toi, s’il veut être pardonné. Et même si après cela il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m’aimes, et cela pour l’amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux. Et quand l’occasion s’en présentera, fais savoir aux gardiens [de nos communautés] ta ferme résolution d’agir ainsi

Saint François d’Assise (1182-1226)