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Archive pour le mot-clef ‘miséricorde’

Tendre vers Dieu

mardi 8 octobre 2019

S’inquiétant, une fois, intérieurement de ne pouvoir éprouver un désir aussi grand qu’il conviendrait à la gloire de Dieu, Gertrude reçut cette explication divine que Dieu est pleinement satisfait quand l’homme, sans pouvoir réaliser davantage, est dans la volonté d’avoir, si possible, de grands désirs ; aussi grands qu’il les souhaite avoir, tels sont-ils devant Dieu. Dans un cœur rempli de ce désir de souhaiter avoir le désir, Dieu trouve plus de délices à demeurer que l’homme dans la floraison des plus frais printemps.

Une autre fois, par la faute de la maladie, elle avait été pendant quelques jours moins attentive à Dieu, puis, reprenant conscience de cette culpabilité, elle s’appliqua à confesser au Seigneur cette négligence avec une pieuse humilité. Et, comme elle craignait d’avoir à supporter un long délai avant de retrouver les anciennes douceurs de la présence divine, soudain, en un instant, elle sentit que la bonté de Dieu s’inclinait vers elle pour un embrassement plein d’amour, avec ces paroles : « Ma fille, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » Elle comprit, par cette réponse, que, bien que l’homme par fragilité de nature omette parfois de tendre son attention vers Dieu, celui-ci pourtant, dans sa bonté miséricordieuse ne néglige pas de se tenir toutes nos œuvres pour dignes d’une récompense éternelle, pourvu seulement que nous ne nous détournions pas délibérément de lui et que nous nous repentions souvent de tout ce que notre conscience nous reproche.

Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

 

 

 

 

« Survint une pécheresse… » (Lc 7,37)

jeudi 19 septembre 2019

Gertrude comprit que chaque fois que l’homme se recommande à Dieu, le priant de le préserver du péché, si même le secret dessein de Dieu permet qu’il tombe dans quelque faute grave, cette chute ne sera pas telle que la grâce divine ne lui soit donnée comme un bâton où s’appuyer pour revenir plus facilement à la pénitence. (…)

Elle se vit auprès du Seigneur demandant sa bénédiction. Celle-ci obtenue, il lui sembla qu’en retour le Seigneur lui demandait, à elle, de le bénir. Par quoi elle comprit que l’homme bénit le Seigneur chaque fois qu’il se repent intérieurement de toute offense commise envers son Créateur et lui demande secours pour s’en garder désormais. Sous cette bénédiction, le Seigneur des cieux s’inclina profondément avec reconnaissance, manifestant qu’elle lui était éminemment agréable, comme s’il avait tenu d’elle seule tout son propre bonheur. (…)

Une autre fois, devant la difficulté d’un certain travail, elle dit au Père : « Seigneur, je vous offre ce travail par votre Fils unique, dans la vertu de l’Esprit Saint, pour votre éternelle gloire. » Une grâce de lumière lui révéla l’efficacité de cette parole au point que toute offrande faite dans une telle intention prenait magnifiquement une haute qualité dépassant toute valeur humaine et devenant agréable à Dieu le Père. Comme tout objet apparaît vert quand on le regarde à travers un carreau vert et apparaît rouge si le carreau est rouge, et ainsi de suite ; pareillement rien n’est plus infiniment doux et agréable à Dieu le Père que ce qui lui est offert par son Fils unique.

Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

 

 

 

 

 

Dieu à la recherche de l’homme égaré

dimanche 15 septembre 2019

Comme la faiblesse des hommes ne sait pas garder une démarche ferme en ce monde glissant, le bon médecin te montre les remèdes contre l’égarement, et le juge miséricordieux ne refuse pas l’espoir du pardon. Ce n’est pas sans motif que saint Luc a proposé trois paraboles à la suite : la brebis qui s’était égarée et qui a été retrouvée, la pièce d’argent qui était perdue et que l’on a retrouvée, le fils qui était mort et qui est revenu à la vie. C’est pour que ce triple remède nous engage à soigner nos blessures. (…) La brebis fatiguée est ramenée par le pasteur ; la pièce égarée est retrouvée ; le fils rebrousse chemin et revient vers son père dans le repentir de son égarement. (…)

Réjouissons-nous donc de ce que cette brebis qui s’était égarée en Adam soit relevée dans le Christ. Les épaules du Christ sont les bras de la croix ; c’est là que j’ai déposé mes péchés, c’est sur ce gibet que j’ai trouvé mon repos. Cette brebis est unique dans sa nature, mais non dans ses personnes, car nous tous nous formons un seul corps, mais nous sommes beaucoup de membres. C’est pourquoi il est écrit : « Vous êtes le corps du Christ et membres de ses membres » (1Co 2,27). « Le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10), c’est-à-dire tous les hommes puisque « tous meurent en Adam de même que tous revivent dans le Christ » (1Co 15,22). (…)

Il n’est pas non plus indifférent que cette femme se réjouisse d’avoir retrouvé la pièce de monnaie : ce n’est pas peu que cette monnaie où figure l’image d’un prince. De la même façon l’image du Roi est le bien de l’Église. Nous sommes des brebis : prions donc le Seigneur de nous conduire à l’eau du repos (Ps 22,2). Nous sommes des brebis : demandons les pâturages. Nous sommes la pièce de monnaie : gardons notre valeur. Nous sommes fils : courons au Père.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

mardi 26 mars 2019

En quoi consiste la miséricorde humaine ? Surtout à prêter attention aux misères des pauvres. Et en quoi consiste la miséricorde divine ? Sans aucun doute à accorder le pardon des péchés…

C’est Dieu qui en ce monde souffre du froid et de la faim en tous les pauvres, comme il le dit lui-même (Mt 25,40)… Quelle sorte de gens sommes-nous donc, nous qui voulons recevoir lorsque Dieu donne, et lorsqu’il demande, nous ne voulons pas donner ? Quand le pauvre a faim, c’est le Christ qui est dans le besoin, comme il le dit lui-même : « J’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger » (v. 42). Ne méprise donc pas la misère des pauvres, si tu veux espérer avec confiance le pardon de tes péchés… Ce qu’il reçoit sur la terre, il le rend dans le ciel.

Je vous le demande, mes frères, que voulez-vous, que cherchez-vous quand vous venez à l’église ? Quoi donc, sinon la miséricorde ? Donnez celle de la terre, et vous recevrez celle du ciel. Le pauvre te demande, et tu demandes à Dieu : il demande une bouchée de pain, et toi, la vie éternelle… C’est pourquoi, lorsque vous venez à l’église, faites l’aumône aux pauvres, selon vos ressources.

Saint Césaire d’Arles (470-543)

 

 

 

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »

lundi 18 mars 2019

À mes yeux, la miséricorde [de Dieu], c’est l’amour qui œuvre avec douceur et plénitude de grâce, dans une compassion surabondante. Elle est à l’œuvre pour nous garder ; elle est à l’œuvre pour que toutes choses tournent pour notre bien. Elle permet, par amour, que nous défaillions, dans une certaine mesure. Autant nous défaillons, autant de fois nous tombons ; autant nous tombons, autant nous mourons… Cependant, l’œil doux de la pitié et de l’amour ne se détache jamais de nous ; l’œuvre de la miséricorde ne cesse pas.

J’ai vu quel est le propre de la miséricorde et j’ai vu quel est le propre de la grâce : ce sont deux aspects de l’œuvre d’un seul amour. La miséricorde est un attribut de compassion, provenant de la tendresse maternelle ; la grâce est un attribut de gloire, provenant de la puissance royale du Seigneur dans le même amour. La miséricorde œuvre pour garder, supporter, vivifier, et guérir : en tout cela elle est tendresse d’amour. La grâce fait œuvre pour élever et récompenser, infiniment au-delà de ce que méritent notre désir et notre labeur ; elle répand et manifeste la largesse que Dieu, notre souverain Seigneur, nous prodigue en sa merveilleuse courtoisie. Tout cela vient de l’abondance de son amour. Car la grâce change notre défaillance terrible en une consolation abondante et sans fin, la grâce change notre chute honteuse en un relèvement sublime et glorieux, la grâce change notre triste mourir en une vie sainte et bienheureuse.

Je l’ai vu en vérité : chaque fois que notre perversité nous conduit ici-bas à la douleur, la honte et l’affliction, au ciel la grâce, au contraire, nous conduit au réconfort, la gloire et la félicité. Et avec une telle surabondance qu’en arrivant là-haut pour y recevoir la récompense que la grâce y a préparée pour nous, nous remercierons et bénirons notre Seigneur, nous réjouissant sans fin d’avoir souffert de telles adversités. Et cet amour bienheureux sera de telle nature que nous connaîtrons en Dieu des choses que nous n’aurions jamais pu connaître sans être passés par ces épreuves.

Julienne de Norwich (1342-après 1416)

 

 

 

« Moi je vous dis : … priez pour ceux qui vous persécutent. »

samedi 16 mars 2019

Vous entendez souvent dire que nous vivons un temps merveilleux, un temps de grands hommes… Il est facile de comprendre pourquoi on souhaite que se lève un chef fort et capable… Cette espèce de néo-paganisme [le nazisme] considère toute la nature comme une émanation du divin… ; il estime une race plus noble et plus pure qu’une autre… De là vient le culte de la race et du sang, le culte des héros de son propre peuple.

En partant d’une idée aussi erronée, cette manière de voir peut conduire à des erreurs capitales. Il est triste de voir combien d’enthousiasme, combien d’efforts sont mis au service d’un tel idéal faux et sans fondement ! Cependant, nous pouvons apprendre de notre ennemi. De sa philosophie mensongère, nous pouvons apprendre comment purifier notre propre idéal et l’améliorer ; nous pouvons apprendre comment développer un grand amour pour cet idéal ; comment susciter un immense enthousiasme, et même une disponibilité à vivre et mourir pour lui ; comment affermir le courage pour l’incarner en nous-mêmes et dans les autres…

Quand nous parlons de la venue du Règne et que nous prions pour qu’il vienne, nous ne pensons pas à une discrimination par la race ou par le sang, mais à la fraternité de tous les hommes, puisque tous les hommes sont nos frères — sans exclure ceux-là même qui nous haïssent et nous attaquent — dans un lien étroit avec celui qui fait se lever le soleil sur les bons comme sur les méchants (Mt 5,45).

Bienheureux Titus Brandsma

 

 

« Par sa croix, en sa personne, il a tué la haine » (Ep 2,16)

vendredi 15 mars 2019

Le Christ a donné sa vie pour toi et tu continues à détester celui qui est un serviteur comme toi ? Comment peux-tu t’avancer vers la table de la paix ? Ton Maître n’a pas hésité à endurer pour toi toutes les souffrances, et tu refuses même de renoncer à ta colère ?… « Un tel m’a gravement offensé, dis-tu, il a été tant de fois injuste envers moi, il m’a même menacé de mort ! » Qu’est-ce que cela ? Il ne t’a pas encore crucifié comme ses ennemis ont crucifié le Seigneur.

Si tu ne pardonnes pas les offenses de ton prochain, ton Père qui est dans les cieux ne te pardonnera pas non plus tes fautes (Mt 6,15). Que dit ta conscience quand tu prononces ces paroles : « Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié » et ce qui suit ? Le Christ n’a pas fait de différence : il l’a versé son sang aussi pour ceux qui ont versé le sien. Pourrais-tu faire quelque chose de semblable ? Lorsque tu refuses de pardonner à ton ennemi, c’est à toi que tu causes du tort, pas à lui… ; ce que tu prépares, c’est un châtiment pour toi-même au jour du jugement…

Écoute ce que dit le Seigneur : « Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande »… Car le Fils de l’homme est venu dans le monde pour réconcilier l’humanité avec son Père. Comme Paul le dit : « Maintenant Dieu a réconcilié avec lui toutes choses » (Col 1,22) ; « par la croix, en sa personne, il a tué la haine » (Ep 2,16).

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

Le Prince de la Paix

jeudi 14 mars 2019

Lancez votre âme sur les flots de la confiance et de l’abandon, et pensez que tout ce qui la trouble et la jette dans la crainte ne vient pas du Bon Dieu, car Il est le Prince de la Paix et Il l’a promise « aux hommes de bonne volonté » (Lc 2,14). Lorsque vous craignez d’avoir abusé de ses grâces, c’est alors le moment de redoubler de confiance car, dit encore l’Apôtre, « où le péché abonde, la grâce surabonde » (Rm 5,20), et plus loin : « je me glorifie dans mes faiblesses car alors la force de Jésus-Christ habite en moi. » (2Co 12,9) « Il est riche en miséricorde, notre Dieu, à cause de son immense amour. » (Ep 2,4)

Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906)

 

 

 

Dans l’Église, le Christ nous appelle à la conversion

mercredi 19 septembre 2018

L’Église vit d’une vie authentique lorsqu’elle professe et proclame la miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur, et lorsqu’elle conduit les hommes aux sources de la miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la dispensatrice. Dans ce cadre, la méditation constante de la parole de Dieu, et surtout la participation consciente et réfléchie à l’eucharistie et au sacrement de pénitence ou de réconciliation ont une grande signification. L’eucharistie nous rapproche toujours de cet « amour plus fort que la mort » (Ct 8,6) : en effet « chaque fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons cette coupe », non seulement « nous annonçons la mort » du Rédempteur, mais aussi « nous proclamons sa résurrection, dans l’attente de sa venue dans la gloire » (Missel romain; cf 1Co 11,26). La liturgie eucharistique, célébrée en mémoire de celui qui, dans sa mission messianique, nous a révélé le Père par sa parole et par sa croix atteste l’amour inépuisable en vertu duquel il désire toujours s’unir à nous et ne faire qu’un avec nous, allant à la rencontre de tous les cœurs humains. C’est le sacrement de la pénitence ou de la réconciliation qui « aplanit la route » (Lc 3,3; Is 40,3) de chacun, même quand il est accablé par de lourdes fautes. Dans ce sacrement, tout homme peut expérimenter de manière unique la miséricorde, c’est-à-dire l’amour qui est plus fort que le péché.

Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape

 

 

 

 

« Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

jeudi 6 septembre 2018

En cette nuit de lumière [de Noël, à quatorze ans] commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du ciel… Comme ses apôtres, je pouvais dire : « Seigneur, j’ai pêché toute la nuit sans rien prendre ». Plus miséricordieux encore pour moi qu’il ne le fut pour ses disciples, Jésus prit lui-même le filet, le jeta et le retira rempli de poissons. Il fit de moi un pêcheur d’âmes ; je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs… Le cri de Jésus sur la croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : « J’ai soif ! » (Jn 19,28) Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive. Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes… Afin d’exciter mon zèle le Bon Dieu me montra qu’il avait mes désirs pour agréables. J’entendis parler d’un grand criminel qui venait d’être condamné à mort pour des crimes horribles, tout portait à croire qu’il mourrait dans l’impénitence. Je voulus à tout prix l’empêcher de tomber en enfer… Je sentais au fond de mon cœur la certitude que [ces] désirs seraient satisfaits, mais afin de me donner du courage pour continuer à prier pour les pécheurs, je dis au Bon Dieu que j’étais bien sûre qu’il pardonnerait au pauvre malheureux Pranzini, que je le croirais même s’il ne se confessait pas et ne donnait aucune parole de repentir, tant j’avais de confiance en la miséricorde infinie de Jésus, mais que je lui demandais seulement « un signe » de repentir pour ma simple consolation. Ma prière fut exaucée à la lettre !… Ah ! depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour ; il me semblait entendre Jésus me dire comme à la Samaritaine : « Donne-moi à boire ! » (Jn 4,7) C’était un véritable échange d’amour ; aux âmes je donnais le sang de Jésus, à Jésus j’offrais ces mêmes âmes rafraîchies par sa rosée divine. Ainsi il me semblait le désaltérer et plus je lui donnais à boire, plus la soif de ma pauvre petite âme augmentait, et c’était cette soif ardente qu’il me donnait comme le plus délicieux breuvage de son amour.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église