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Archive pour le mot-clef ‘St Jean Chrysostome’

Le sel de la terre

mardi 7 juin 2022

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« Vous êtes le sel de la terre » dit le Sauveur ; il leur montre par là combien sont nécessaires tous les préceptes qu’il vient d’énoncer. « Ma parole, leur dit-il, ne sera pas seulement pour votre propre vie, mais elle vous est confiée pour le monde entier. Je ne vous envoie pas à deux villes, à dix ou à vingt, ni à un seul peuple, comme autrefois les prophètes. Je vous envoie à la terre, à la mer, à toute la création (Mc 16,15), partout où abonde le mal. »

En effet, en leur disant : « Vous êtes le sel de la terre », il leur a indiqué que toute la nature humaine est affadie, corrompue par le péché ; c’est par leur ministère que la grâce de l’Esprit Saint régénèrera et conservera le monde. C’est pourquoi il leur enseigne les vertus des Béatitudes, celles qui sont les plus nécessaires, les plus efficaces chez ceux qui ont la charge de la multitude. Celui qui est doux, modeste, miséricordieux, juste ne renferme pas en lui-même les bonnes actions qu’il accomplit ; il a soin que ces belles sources coulent aussi pour le bien des autres. Celui qui a le cœur pur, qui est artisan de paix, qui souffre persécution pour la vérité, voilà la personne qui consacre sa vie au bien de tous.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
Sermons sur saint Matthieu, n° 15

 

 

 

Accueillir le Christ

lundi 21 mars 2022

La veuve de Sarepta accueille le prophète Élie en toute générosité et épuise toute sa pauvreté en son honneur, quoiqu’elle soit une étrangère de Sidon. Elle n’avait jamais entendu ce que disent les prophètes sur le mérite de l’aumône, et moins encore la parole du Christ : « Vous m’avez vu ayant faim, et vous m’avez donné à manger » (Mt 25,35).

Quelle sera notre excuse, si après de telles exhortations, après la promesse de si grandes récompenses, après la promesse du Royaume des cieux et de son bonheur, nous ne parvenons pas au même degré de bonté que cette veuve ? Une femme de Sidon, une veuve, chargée du soin d’une famille, menacée par la famine et voyant venir la mort, ouvre sa porte pour accueillir un homme inconnu et lui donne le peu de farine qui lui reste. (…) Mais nous, qui avons été instruits par les prophètes, qui avons entendu les enseignements du Christ, qui avons la possibilité de réfléchir sur les choses à venir, qui ne sommes pas menacés par la famine, qui possédons bien plus que cette femme, serons-nous excusables, si nous n’osons pas toucher à nos biens pour en donner ? Négligerons-nous notre propre salut ? (…)

Manifestons donc envers les pauvres une grande compassion, afin d’être rendus dignes de posséder pour l’éternité les biens à venir, par la grâce et l’amour pour les hommes de notre Seigneur Jésus Christ.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

« Désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

dimanche 6 février 2022

Je n’ai pas persuadé aujourd’hui mon auditeur, mais peut-être le ferai-je demain, peut-être dans trois ou quatre jours ou dans quelques temps. Le pêcheur qui a jeté inutilement ses filets pendant un jour entier, prend quelquefois sur le soir, au moment de partir, le poisson qu’il n’avait pu prendre pendant le jour. Le laboureur ne laisse pas de cultiver ses terres, quoiqu’il n’ait pas eu de bonne récolte pendant plusieurs années ; et, à la fin, une seule année répare souvent et abondamment toutes les pertes antérieures. Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler ; or, notre travail ne sera pas moins récompensé parce qu’on ne nous aura pas écoutés.

Il y a plus : le diable cesse-t-il de tenter chacun des fidèles, parce qu’il prévoit que plusieurs seront sauvés ? Voyez avec quels soins, quelle infernale persévérance, quelle détestable sollicitude il poursuit l’âme jusqu’à ce qu’on ait rendu le dernier soupir : jusque-là il ne désespère pas, et vous croyez, que votre évêque ne fera pas pour sauver votre âme ce le diable fait pour la rendre ? Le Christ savait bien que Judas ne se convertirait pas et pourtant jusqu’à la fin il voulut tenter sa conversion, lui reprochant sa faute dans le termes les plus touchants : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » (Mt 26,50) Or, si le Christ, le modèle des pasteurs a travaillé jusqu’à la fin à la conversion d’un homme désespéré, que ne devons-nous pas faire pour ceux à l’égard desquels il nous est donné d’espérer ?

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

 

Fête de saint André, apôtre

mardi 30 novembre 2021

« Qu’il est agréable et doux pour des frères de vivre dans l’unité » (Ps 132,1)… André, après avoir demeuré auprès de Jésus (Jn 1,39) et avoir beaucoup appris, n’a pas gardé ce trésor pour lui : il se hâte de courir auprès de son frère Simon-Pierre pour partager avec lui les biens qu’il a reçus. (…) Considère ce qu’il dit à son frère : « Nous avons trouvé le Messie, c’est-à-dire le Christ » (Jn 1,41). Vois-tu le fruit de ce qu’il venait d’apprendre en si peu de temps ? Cela démontre à la fois l’autorité du Maître qui a enseigné ses disciples et, dès le début, leur zèle de le connaître.

L’empressement d’André, son zèle à répandre tout de suite une aussi bonne nouvelle, suppose une âme qui brûlait de voir l’accomplissement de tant de prophéties concernant le Christ. C’est montrer une amitié vraiment fraternelle, une affection profonde et un naturel plein de sincérité, que de partager ainsi les richesses spirituelles. (…) « Nous avons trouvé le Messie » dit-il ; non pas un messie, un messie quelconque, mais bien « le Messie, celui que nous attendions ».

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

« Ta majesté suprême est proclamée par la bouche des enfants, des tout petits. » (Ps 8,3)

mercredi 22 septembre 2021

« La folie de Dieu est plus sage que tous les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que tous les hommes » (1Co 1,25). Oui, la croix est une folie, une faiblesse — apparente seulement (…). La doctrine de la croix a gagné les esprits au moyen de prédicateurs ignorants, et cela dans le monde entier. Elle a ouvert une école où il ne s’agissait pas de questions banales, mais de Dieu et de la vraie foi, de la vie selon l’Évangile, de la résurrection et du jugement futur. La croix a donc transformé en philosophes des gens simples et illettrés. Voilà comment la folie de la croix est plus sage que la sagesse des hommes. (…)

Comment est-elle plus forte ? Parce qu’elle s’est répandue dans le monde entier, qu’elle a soumis tous les hommes à son pouvoir et qu’elle a résisté aux innombrables adversaires qui voulaient faire disparaître le nom du Crucifié. Au contraire, ce nom s’est répandu avec plus d’éclat. (…) Ses ennemis ont péri, ont disparu ; les vivants qui combattaient un mort ont été réduits à l’impuissance (…) En effet, ce que des publicains et des pêcheurs ont pu réussir par la grâce de Dieu, les philosophes, les orateurs, les rois, bref la terre entière, dans toute son étendue, n’a même pas été capable de l’imaginer. (…) C’est en pensant à cela que l’apôtre Paul disait : « La faiblesse de Dieu est plus forte que toute la sagesse des hommes ». Autrement, comment ces douze pêcheurs, pauvres et ignorants, auraient-ils pu imaginer une telle entreprise ?

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

 

« Vous êtes tous frères. »

samedi 21 août 2021

« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, dit Jésus, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). (…) Mais qu’est-ce que je vois ? Des chrétiens qui servent sous le même étendard, sous le même chef, se dévorent et se déchirent : les uns pour un peu d’or, d’autres pour la gloire, certains sans aucun motif, d’autres pour le plaisir d’un bon mot ! (…) Parmi nous, le nom de frères est un vain mot. (…)

Respectez cette table sainte où nous sommes tous convoqués ; respectez le Christ immolé pour nous ; respectez le sacrifice qui y est offert. (…) Après avoir eu part à une telle table et avoir communié à un tel aliment, nous prendrions les armes les uns contre les autres alors que nous devrions nous armer tous ensemble contre le démon ! (…) Nous oublions cet adversaire pour tourner nos flèches contre nos frères ? —Quelles flèches, direz-vous ? — Ceux que lancent la langue et les lèvres. Il n’y a pas que les flèches aux pointes de fer qui blessent : certaines paroles causent des blessures bien plus profondes.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

L’homme de la onzième heure : « Les derniers seront premiers. »

mercredi 18 août 2021

Qu’a donc fait le larron, pour recevoir en partage le paradis après la croix ? (…) Alors que Pierre reniait le Christ, le larron, du haut de la croix lui rendait témoignage. Je ne dis pas cela pour accabler Pierre ; je le dis pour mettre en évidence la grandeur d’âme du larron. (…) Ce larron, alors que toute une populace se tenait autour de lui, grondant, vociférant, les abreuvant de blasphèmes et de sarcasmes, ne tint pas compte d’eux. Il n’a même pas considéré l’état misérable de la crucifixion qui était en évidence devant lui. Il parcourut tout cela d’un regard plein de foi. (…) Il se tourna vers le Maître des cieux et se remettant à lui, il dit : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu iras dans ton Royaume » (Lc 23,42). N’éludons pas avec désinvolture l’exemple du larron, et n’ayons pas honte de le prendre pour maître, lui que notre Seigneur n’a pas rougi d’introduire le premier dans le paradis. (…)

Il ne lui a pas dit, comme à Pierre : « Viens, suis-moi, et je ferai de toi un pêcheur d’hommes » (Mt 4,19). Il ne lui a pas dit non plus comme aux Douze : « Vous siégerez sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Mt 19,28). Il ne l’a gratifié d’aucun titre ; il ne lui a montré aucun miracle. Le larron ne l’a pas vu ressusciter un mort, ni chasser des démons ; il n’a pas vu la mer lui obéir. Le Christ ne lui a rien dit du Royaume, ni de la géhenne. Et pourtant il lui a rendu témoignage devant tous, et il a reçu en héritage le Royaume.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

« Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2,7)

jeudi 1 juillet 2021

« Et voilà qu’on lui apportait un paralysé. » Saint Matthieu dit simplement que ce paralytique a été apporté à Jésus. D’autres évangélistes racontent qu’il a été descendu par une ouverture dans le toit, et présenté au Sauveur sans formuler aucune demande, le laissant juger lui-même de la guérison…

L’Évangile dit « voyant la foi de ceux qui portaient le paralytique », c’est-à-dire de ceux qui l’avaient amené à Jésus. Considérez comment parfois le Christ ne fait aucun cas de la foi du malade : peut-être qu’il n’en est pas capable, étant inconscient ou possédé par un esprit mauvais. Ici cependant ce paralytique avait une grande confiance en Jésus ; autrement est-ce qu’il aurait permis qu’on le descende devant lui ? Le Christ répond à cette confiance par un prodige extraordinaire. Avec le pouvoir de Dieu lui-même, il pardonne les péchés de cet homme. Il montre ainsi qu’il est l’égal du Père, vérité qu’il avait déjà montré quand il a dit au lépreux : « Je le veux, sois guéri » (Mt 8,3)…et quand, par un seul mot, il avait calmé la mer déchaînée (Mt 8,26), ou quand, en tant que Dieu, il avait chassé les démons, qui reconnaissent en lui leur souverain et leur juge (Mt 8,32). Or ici, il montre à ses adversaires, à leur grand étonnement, qu’il est l’égal du Père.

Et le Sauveur montre ici, encore une fois, combien il repousse tout ce qui est spectaculaire ou source de vaine gloire. La foule le presse de tous côtés, mais il ne s’empresse pas d’opérer un miracle visible en guérissant la paralysie extérieure de cet homme… Il commence par un miracle invisible, guérissant l’âme de cet homme. Cette guérison-là est infiniment plus avantageuse pour lui –- et, en apparence, moins glorieuse pour le Christ.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

« Il guérit beaucoup de malades. »

samedi 26 juin 2021

« Le soir venu, on lui amena beaucoup de possédés ; par sa parole il en chassa les esprits, et guérit tous ceux qui étaient malades. » Vois-tu comme la foi de la foule grandit peu à peu ? Malgré l’heure avancée, ils n’ont pas voulu quitter le Seigneur ; ils ont pensé que le soir permettait de lui amener des malades. Songe au nombre de guérisons que les évangélistes laissent de côté ; ils ne les racontent pas toutes une à une, mais en une seule phrase ils nous font voir un océan infini de miracles. Pour que la grandeur du prodige ne nous entraîne pas à l’incrédulité, pour qu’on ne soit pas troublé à la pensée d’une telle foule frappée de maux si divers et guérie en un moment, l’évangile apporte le témoignage du prophète, aussi extraordinaire et aussi surprenant que les faits eux-mêmes : « Ainsi devait s’accomplir l’oracle du prophète Isaïe : Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (53,4). Il ne dit pas : « Il a détruit », mais : « Il a pris » et « Il s’est chargé », marquant ainsi, à mon avis, que le prophète parle plus du péché que des maladies du corps, ce qui est conforme à la parole de Jean Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir la Loi et les Prophètes. »

mercredi 9 juin 2021

Voulez-vous savoir comment, loin de détruire la Loi et les prophètes, Jésus Christ vient plutôt les confirmer et les compléter ? Quant aux prophètes, d’abord c’est en confirmant par ses œuvres ce qu’ils avaient annoncé. De là cette expression qui revient constamment chez St Matthieu : « Afin que cette parole du prophète soit accomplie »…

Pour la Loi, il l’a accomplie de trois manières. Premièrement, en n’omettant aucune des prescriptions légales. Il déclare à Jean Baptiste : « C’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice » (Mt 3,15) ; aux juifs, il disait : « Quel est celui d’entre vous qui me convaincra de péché ? » (Jn 8 46)…

Il l’accomplit en second lieu, parce qu’il a voulu s’y soumettre pour notre salut. Ô prodige ! En s’y soumettant, il nous a communiqué la grâce de l’accomplir à notre tour. St Paul nous l’enseigne en ces termes : « La fin de la Loi, c’est le Christ pour la justice de tous ceux qui croient » (Rm 10,4). Il dit aussi que le Sauveur a condamné le péché dans la chair « pour que la justification de la Loi se réalise en nous qui ne marchons pas selon la chair » (Rm 8,4). Il dit aussi : « Est-ce que nous détruisons la Loi par la foi ? A Dieu ne plaise ! Nous confirmons plutôt la Loi » (Rm 3,31). En effet, la Loi tendait à rendre l’homme juste, mais elle n’en avait pas la force ; le Christ est venu alors, lui la fin de la Loi, et il nous a montré le chemin qui conduit à la justice, c’est à dire la foi. Ainsi, il a rempli les intentions de la Loi. La lettre de la Loi ne pouvait pas justifier le pécheur ; la foi en Jésus Christ le justifiera. Voilà pourquoi il peut dire : « Je ne suis pas venu détruire la Loi ».

En y regardant de plus près, on aperçoit un troisième mode d’accomplissement. Quel est ce mode ? Il consiste dans les préceptes même que le Christ devait donner ; loin de renverser ceux de Moïse, ils en sont la juste conséquence et le complément naturel.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)