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Archive pour le mot-clef ‘St Bernard’

« Restez éveillés et priez en tout temps. »

samedi 1 décembre 2018

Celui qui veut prier en paix ne tiendra pas seulement compte du lieu, mais du temps. Le moment du repos est le plus favorable et lorsque le sommeil de la nuit établit partout un silence profond, la prière se fait plus libre et plus pure. « Lève-toi la nuit, au commencement des vigiles, et épanche ton cœur comme de l’eau devant le Seigneur ton Dieu » (Lm 2,19). Avec quelle sûreté la prière monte dans la nuit, quand Dieu seul en est témoin, avec l’ange qui la reçoit pour aller la présenter à l’autel céleste ! Elle est agréable et lumineuse, teinte de pudeur. Elle est calme, paisible, lorsqu’aucun bruit, aucun cri ne viennent l’interrompre. Elle est pure et sincère, quand la poussière des soucis terrestres ne peut pas la salir. Il n’y a pas de spectateur qui puisse l’exposer à la tentation par ses éloges ou ses flatteries.

C’est pourquoi l’Épouse [du Cantique des Cantiques] agit avec autant de sagesse que de pudeur lorsqu’elle choisit la solitude nocturne de sa chambre pour prier, c’est-à-dire pour chercher le Verbe, car c’est tout un. Tu pries mal si en priant tu cherches autre chose que le Verbe, la Parole de Dieu, ou si tu ne demandes pas l’objet de ta prière par rapport au Verbe. Car tout est en lui : les remèdes à tes blessures, les secours dont tu as besoin, l’amendement de tes défauts, la source de tes progrès, bref tout ce qu’un homme peut et doit souhaiter. Il n’y a aucune raison de demander au Verbe autre chose que lui-même, puisqu’il est toutes choses. Si, comme il est nécessaire, nous paraissons demander certains biens concrets, et si, comme nous le devons, nous les souhaitons par rapport au Verbe, c’est moins ces choses elles-mêmes que nous demandons, que celui qui est la cause de notre prière.

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

 

 

 

« Les neuf autres, où sont-ils ? »

mercredi 14 novembre 2018

De nos jours, on voit beaucoup de gens qui prient, mais hélas, on n’en voit pas qui reviennent sur leurs pas et rendent grâce à Dieu… « N’ont-ils pas été guéris tous les dix ? Où sont donc les neuf autres ? » Vous vous rappelez, je pense, que c’est en ces termes que le Sauveur se plaignait de l’ingratitude des neuf autres lépreux. Nous lisons qu’ils savaient bien « prier, supplier et demander », car ils ont élevé la voix pour s’écrier : « Jésus, fils de David, ayez pitié de nous ». Mais il leur a manqué une quatrième chose que réclame l’apôtre Paul : « l’action de grâce » (1Tm 2, 1), car ils ne sont pas revenus sur leurs pas et n’ont pas rendu grâce à Dieu.

Nous voyons bien encore de nos jours un certain nombre de personnes qui demandent à Dieu avec instance ce qui leur manque, mais on n’en voit qu’un petit nombre qui semblent reconnaissants des bienfaits qu’ils ont reçus. Il n’y a pas de mal à demander avec instance, mais ce qui fait que Dieu ne nous exauce pas, c’est qu’il trouve que nous manquons de gratitude. Après tout, peut-être est-ce encore un acte de clémence de sa part de refuser aux ingrats ce qu’ils demandent, pour qu’ils ne soient pas jugés d’autant plus rigoureusement à cause de leur ingratitude… C’est donc par miséricorde que Dieu retient parfois sa miséricorde…

Vous voyez donc que tous ceux qui se trouvent guéris de la lèpre du monde, je veux dire des désordres évidents, ne profitent pas de leur guérison. Plusieurs, en effet, sont atteints secrètement d’un ulcère pire que la lèpre, d’autant plus dangereux qu’il est plus intérieur. C’est pourquoi c’est avec raison que le Sauveur du monde demande où sont les neuf autres lépreux, car les pécheurs s’éloignent du salut. C’est ainsi qu’après son péché, Dieu a demandé au premier homme : « Où es-tu ? » (Gn 3,9)

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

 

 

 

« C’est à cause de son grand amour. »

jeudi 20 septembre 2018

« Qu’il me donne un baiser de sa bouche. » (Ct 1,2) Qui parle ainsi ? L’épouse [du Cantique des cantiques]. Et qui est cette épouse ? L’âme assoiffée de Dieu. Et à qui parle-t-elle ? À son Dieu… On ne saurait trouver de noms plus tendres, pour exprimer la tendresse réciproque de Dieu et de l’âme, que ceux d’Époux et d’épouse. Tout leur est commun, ils ne possèdent rien en propre ni à part. Unique est leur héritage, unique leur table, unique leur maison, unique même la chair qu’ensemble ils constituent (Gn 2,24)… Si donc le mot aimer convient spécialement et en premier lieu aux époux, ce n’est pas sans de bonnes raisons qu’on donne le nom d’épouse à l’âme qui aime Dieu. La preuve qu’elle aime, c’est qu’elle demande à Dieu un baiser. Elle ne souhaite ni la liberté, ni une récompense, ni un héritage, ni même un enseignement, mais un baiser, à la manière d’une chaste épouse, soulevée par un saint amour et incapable de cacher la flamme dont elle brûle… Oui, son amour est chaste puisqu’elle désire seulement celui qu’elle aime, et non quelque chose qui serait à lui. Son amour est saint, puisqu’elle aime non pas dans un désir lourd de la chair mais dans la pureté de l’esprit. Son amour est ardent, puisqu’enivrée de cet amour même, elle en oublie la grandeur de Celui qu’elle aime. N’est-ce pas lui, en effet, qui d’un regard fait trembler la terre ? (Ps 103,32) Et c’est à lui qu’elle demande un baiser ? N’est-elle pas ivre ? Oui, elle est ivre d’amour pour son Dieu… Quelle force dans l’amour ! Quelle confiance et quelle liberté dans l’Esprit ! Comment manifester plus clairement que « l’amour parfait bannit la crainte » ? (1Jn 4,18)

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

 

 

 

 

« Les foules le cherchaient… Mais il leur dit : ‘Il faut que j’aille aussi dans les autres villes.’. »

mercredi 5 septembre 2018

Que chaque âme qui cherche Dieu sache qu’elle a été devancée par lui, qu’il l’a cherchée le premier… « Durant les nuits, j’ai cherché celui que mon cœur aime » (Ct 3,1). L’âme cherche le Verbe mais c’est le Verbe qui d’abord l’a cherchée… Laissée à elle-même, notre âme ne serait plus qu’un souffle qui s’en va au hasard et ne revient plus. Écoutez les plaintes et les supplications de celle qui erre et qui a perdu sa route : « J’ai erré comme une brebis perdue ; cherche ton serviteur » (Ps 118,176). Ô homme, tu veux revenir, mais si cela dépendait de ta seule volonté, pourquoi demanderais-tu le secours ?… Il est évident que notre âme veut revenir mais ne peut pas ; elle n’est qu’un souffle errant et qui d’elle-même ne reviendra jamais… Mais d’où lui vient cette volonté ? De ce que déjà le Verbe l’a visitée et cherchée. Cette recherche n’a pas été vaine, puisqu’elle a suscité la volonté sans laquelle il n’y a pas de retour possible. Mais il ne suffit pas d’être ainsi cherchée une fois ; l’âme est trop alanguie, et la difficulté du retour est trop grande… « La volonté est en moi, dit saint Paul, mais je ne parviens pas à faire le bien » (Rm 7,18). Que demande donc l’âme, dans le psaume que je citais ? Rien que d’être cherchée ; car elle ne chercherait pas si elle n’était pas cherchée, et elle ne recommencerait pas à chercher, si on l’avait assez cherchée.

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

 

 

 

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, patronne principale de la France

mercredi 15 août 2018

Aujourd’hui la Vierge Marie monte, glorieuse, dans le ciel. Elle met le comble à la joie des anges et des saints. C’est elle, en effet, dont la simple parole de salutation a fait exulter l’enfant encore enfermé dans le sein maternel (Lc 1,44). Quelle a dû être l’exultation des anges et des saints, lorsqu’ils ont pu entendre sa voix, voir son visage, et jouir de sa présence bénie ! Et pour nous, frères bien-aimés, quelle fête dans son Assomption glorieuse, quelle cause d’allégresse et quelle source de joie aujourd’hui ! La présence de Marie illumine le monde entier, tellement le ciel resplendit, irradié par l’éclat de la Vierge toute sainte. C’est donc à bon droit que résonne dans les cieux l’action de grâce et la louange. Mais nous…, dans la mesure où le ciel exulte de la présence de Marie, n’est-il pas raisonnable que notre monde d’ici-bas pleure son absence ? Mais non, ne nous plaignons pas, car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente (He 13,14) ; nous cherchons celle où la Vierge Marie est parvenue aujourd’hui. Si nous sommes déjà inscrits au nombre des habitants de cette cité, il convient aujourd’hui de nous souvenir d’elle…, de partager sa joie, de participer à cette allégresse qui réjouit aujourd’hui la cité de Dieu ; elle retombe aujourd’hui en rosée sur notre terre. Oui, elle nous a précédés, notre reine, elle nous a précédés et elle a été reçue avec tant de gloire que nous pouvons, nous ses humbles serviteurs, suivre notre souveraine en toute confiance en criant [avec l’Épouse du Cantique des Cantiques] : « Entraîne-nous à ta suite. Nous courrons à l’odeur de tes parfums ! » (Ct 1,3-4 LXX) Voyageurs sur la terre, nous avons envoyé en avant notre avocate…, mère de miséricorde, pour plaider efficacement notre salut.

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

 

 

 

« C’est votre intérêt que je m’en aille. »

mardi 8 mai 2018

L’Esprit Saint a couvert la Vierge Marie de son ombre (Lc 1,35) et, le jour de la Pentecôte, il a fortifié les apôtres ; pour elle, c’était en vue d’adoucir l’effet de la venue de la divinité en son corps virginal et, chez eux, en vue de les « revêtir de la force d’en haut » (Lc 24,49), c’est-à dire de la charité la plus ardente… Comment, dans leur faiblesse, auraient-ils pu remplir leur mission de triompher de la mort sans cet « amour aussi fort que la mort » et de ne pas laisser « les portes de l’enfer prévaloir contre eux » sans cet « amour aussi inflexible que l’enfer » ? (Mt 16,18; Ct 8,6) Or, en voyant ce zèle, certains les croyaient ivres (Ac 2,13). Effectivement, ils étaient ivres, mais d’un vin nouveau…, celui que la « vraie vigne » avait laissé couler du haut du ciel, celui « qui réjouit le cœur de l’homme » (Jn 15,1; Ps 103,15)… C’était un vin nouveau pour les habitants de la terre, mais au ciel il se trouvait en abondance…, il coulait à flot dans les rues et sur les places de la cité sainte, où il répandait la joie du cœur…

Ainsi, il y avait au ciel un vin particulier que la terre ignorait. Mais la terre avait aussi quelque chose qui lui était propre et qui faisait sa gloire — la chair du Christ -– et les cieux avaient une grande soif de la présence de cette chair. Qui pourrait empêcher cet échange si sûr et si riche en grâce entre le ciel et la terre, entre les anges et les apôtres, de sorte que la terre possède l’Esprit Saint et le ciel la chair du Christ ?… « Si je ne m’en vais pas, dit Jésus, le Défenseur ne viendra pas à vous. » C’est-à-dire, si vous ne laissez pas partir ce que vous aimez, vous n’obtiendrez pas ce que vous désirez. « C’est votre intérêt que je m’en aille » et que je vous transporte de la terre au ciel, de la chair à l’esprit ; car le Père est esprit, le Fils est esprit, et l’Esprit Saint est aussi esprit… Et le Père « qui est esprit, recherche des adorateurs qui l’adorent en esprit et en vérité » (Jn 4,23-24).

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
3ème sermon pour la Pentecôte

 

 

« La maison fut remplie par l’odeur du parfum. »

lundi 26 mars 2018

« L’arôme de tes parfums est exquis » lit-on dans le Cantique des Cantiques (1,3). J’en distingue plusieurs espèces… Il y a le parfum de la contrition, et celui de la piété ; il y a aussi celui de la compassion… Il y a donc un premier parfum que l’âme compose à son propre usage lorsque, prise au filet de nombreuses fautes, elle commence à réfléchir sur son passé. Elle rassemble alors dans le mortier de sa conscience, pour les agglomérer et les broyer, les multiples péchés qu’elle a commis ; et dans la marmite de son cœur brûlant, elle les fait cuire au feu de la pénitence et de la douleur… Tel est le parfum dont l’âme pécheresse doit couvrir les débuts de sa conversion et oindre ses plaies récentes ; car le premier sacrifice qu’il faut offrir à Dieu, c’est celui d’un cœur repentant. Tant que l’âme, pauvre et misérable, ne possède pas de quoi composer un onguent plus précieux, elle ne doit pas négliger de préparer celui-là, même s’il se fait avec des matières bien viles. Dieu ne méprisera pas un cœur qui s’humilie dans la contrition (Ps 50,19)…

Ce parfum invisible et spirituel ne pourra pas d’ailleurs nous sembler vulgaire, si nous comprenons qu’il est symbolisé par le parfum que, selon l’Évangile, la pécheresse a répandu sur les pieds du Seigneur. Nous lisons, en effet, que « toute la maison fut remplie de cette odeur »… Souvenons-nous du parfum qui envahit toute l’Église par la conversion d’un seul pécheur ; tout pénitent qui se repent devient pour une foule d’autres une odeur de vie qui les éveille à la vie. L’arôme de la pénitence monte jusqu’aux demeures célestes puisque, selon l’Écriture, « le repentir d’un seul pécheur est une grande joie pour les anges de Dieu » (Lc 15,10).

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
10ème sermon sur le Cantique des Cantiques, 4-6 (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 152 rev)

 

 

« J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes de la part du Père. Pour laquelle voulez-vous me lapider ? »

vendredi 23 mars 2018

Au Christ Jésus tu dois toute ta vie, puisqu’il a donné sa vie pour ta vie, et qu’il a supporté des tourments amers pour que tu ne supportes pas de tourments éternels… Qu’est-ce qui ne te semblera pas doux, lorsque tu auras rassemblé dans ton cœur toutes les amertumes de ton Seigneur ? … Comme les cieux sont plus hauts que la terre (Is 55,9), ainsi sa vie est plus haute que notre vie, et pourtant elle a été donnée pour notre vie. Comme le néant ne peut être comparé à nulle autre chose, de même notre vie n’a pas de proportion avec la sienne…

Lorsque je lui aurai consacré tout ce que je suis, tout ce que je peux, ce sera comme une étoile comparée au soleil, une goutte d’eau à un fleuve, une pierre à une tour, un grain de sable à une montagne. Je n’ai rien sinon deux petites choses, et même très menues : mon corps et mon âme, ou plutôt une seule petite chose : ma volonté. Et je ne la donnerais pas à celui qui a prévenu de tant de bienfaits un être aussi petit que moi, à celui qui, en se donnant tout entier, m’a racheté tout entier ? Autrement, si je garde pour moi ma volonté, avec quel visage, avec quels yeux, avec quel esprit, avec quelle conscience irais-je me réfugier près du cœur de la miséricorde de notre Dieu ? Oserais-je percer ce rempart très fort qui garde Israël, et faire couler pour prix de mon rachat, non pas quelques gouttes, mais les flots de ce sang qui coule des cinq parties de son corps ?

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
Sermons divers, n° 22, 5-6 (trad. Brésard, 2000 ans, p.104 rev)

 

 

 

« Qu’il me soit fait selon ta parole. »

mercredi 20 décembre 2017

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Écoutons tous la réponse de celle qui a été choisie pour être la Mère de Dieu et qui cependant n’a pas perdu son humilité : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole »… En disant ces mots, Marie exprime la vivacité de son désir plutôt qu’elle n’en demande la réalisation à la façon de quelqu’un qui garderait des doutes. Rien n’interdit toutefois de voir une prière dans ce « fiat », ce « qu’il me soit fait ». Car…Dieu veut que nous lui demandions même les choses qu’il nous promet. C’est sans doute pourquoi il commence par nous promettre bien des choses qu’il a résolu de nous donner : la promesse éveille notre ferveur, et la prière nous fait mériter ce que nous allions recevoir gratuitement…

La Vierge l’a compris, puisqu’au don de la promesse gratuite elle joint le mérite de sa prière : « ‘Qu’il me soit fait selon ta parole.’ Que la Parole éternelle fasse de moi ce que dit ta parole aujourd’hui. Que la Parole qui dès l’origine était auprès de Dieu (Jn 1,1) se fasse chair de ma chair selon ta parole… Que cette Parole ne soit pas seulement perceptible à mes oreilles, mais visible à mes yeux, palpable à mes mains, et que je puisse la porter dans mes bras. Que ce soit non une parole écrite et muette, mais la Parole incarnée et vivante ; non pas ces signes inertes tracés sur un parchemin desséché, mais une Parole à forme humaine, imprimée vivante dans mes entrailles… ‘Jadis, Dieu a parlé souvent et de bien des manières aux patriarches et aux prophètes’ (He 1,1) ; sa parole leur a été donnée à entendre, à proclamer ou à pratiquer… Quant à moi je demande qu’elle soit mise dans mes entrailles… J’appelle la Parole insufflée en moi dans le silence, incarnée dans une personne, corporellement mêlée à ma chair… Qu’elle se fasse en moi pour le monde tout entier ».

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
Louanges de la Vierge Marie, 4,11 (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 956)

 

 

 

Un commerce bien précieux

mercredi 22 novembre 2017

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Le Verbe du Père, le Fils unique de Dieu, le Soleil de justice (Ml 3,20), est le grand négociant nous a apporté le prix de notre rédemption. C’est un commerce bien précieux, qu’on n’estimera jamais assez, que celui où un Roi, le fils du Roi suprême, est devenu le change, où l’or a payé le plomb, le juste est donné pour le pécheur. Miséricorde vraiment gratuite, amour parfaitement désintéressé, bonté surprenante…, commerce tout à fait disproportionné où le Fils de Dieu est livré pour le serviteur, le Créateur est mis à mort pour celui qu’il a créé, le Seigneur est condamné pour son esclave.

Ô Christ, ce sont là tes œuvres, toi qui es descendu de la clarté du ciel dans nos ténèbres d’enfer pour illuminer notre prison obscure. Tu es descendu de la droite de la majesté divine dans notre misère humaine, pour racheter le genre humain ; tu es descendu de la gloire du Père dans la mort de la croix, pour triompher de la mort et de son auteur. Tu es le seul, et il n’y en a pas d’autre que toi qui ait été attiré par sa propre bonté à nous racheter…

Que tous les négociants de Téman (Ba 3,23) se retirent de ce lieu… : ce n’est point eux que [tu as] choisis, mais Israël [ton] bien-aimé, toi qui caches ces mystères aux sages et aux prudents, et les révèles à tes petits et humbles serviteurs (Lc 10,21)… Seigneur, volontiers j’embrasse ce commerce, car c’est là mon affaire ! Je me rappellerai tout ce que tu as fait, toi qui veux que je m’en entretienne… Je ferai donc profiter ce talent que tu m’as remis jusqu’à ton retour, et j’irai avec grande joie au-devant de toi. Dieu veuille que j’entende alors ces douces paroles : « Courage, bon serviteur ! Entre dans la joie de ton Maître » (Mt 25,21).

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
Sermons divers, n°42 « Les Cinq Négoces » (trad. rev. Tournay)