Catégorie : Prières et Chants

  • « Lorsque vous priez… » (Mt 6,7)

    « Lorsque vous priez… » (Mt 6,7)

    Suivant le commandement de la prière,
    Je ne suis pas entré en esprit dans la chambre du cœur,
    Ni non plus dans un coin de la place publique,
    Pour avoir au moins une récompense humaine.

    Mais moi, j’ai été négligent dans les deux cas :
    Pour les apparences et la réalité ;
    Car ma paresse a triomphé de l’espérance,
    Et terrestre et céleste !

    À présent, Celui qui par nature est ton Père au ciel,
    Que Tu nous as donné par ta grâce,
    Accorde-moi d’invoquer parfaitement
    D’un cœur pur son Nom,

    Que le Royaume du Seigneur
    Arrive pour régir mon âme ;
    Et sur cette terre-ci en moi soit accomplie
    Sa volonté, ainsi qu’au ciel.

    Le pain de chaque jour et le Pain qui toujours est,
    Remède de mon corps et Remède de l’âme,
    Qu’il veuille me les donner abondamment, à moi indigent :
    Aussi bien le spirituel que le matériel.

    Qu’il me remette mes fautes, à moi débiteur,
    Comme moi aussi je remets à celui qui me doit ;
    Ou bien surtout qu’Il fasse remettre
    Des deux côtés, pour qu’il me soit remis.

    Et qu’il ne permette pas au Tentateur
    De me tenter, moi poltron, tel un intrépide ;
    Mais qu’Il veuille me garder de son épée ;
    Que Lui-même combatte contre le Mauvais !

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

  • « Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

    « Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

    Ô Créateur, tu connais le cœur de l’homme,

    Entends nos larmes et le cri de notre prière.

    En ce saint jeûne du Carême,

    Conduis-nous au désert, purifie-nous.

    Dans ta tendresse, Seigneur, tu scrutes nos cœurs,

    Tu connais l’infirmité de toutes nos forces,

    Donne à celui qui revient vers toi

    Le pardon et la grâce de ton amour.

    Oui, nous avons péché contre toi :

    Pardonne à ceux qui pleurent et confessent ton Nom.

    Pour la louange de ta gloire,

    Penche-toi sur nos plaies, Seigneur, guéris-nous (cf Lc 10,34).

    Que l’abstinence libère notre corps,

    Que ta grâce l’illumine en ton corps de lumière.

    Que notre esprit redevienne sobre,

    Qu’il évite tout mal et tout péché.

    Nous te prions, bienheureuse Trinité,

    Conduis-nous jusqu’aux joies des fêtes pascales.

    Et nous verrons se lever le Christ,

    Glorieux et vivant parmi les morts. Amen.

    Liturgie latine

  • « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

    « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

    Que je ne désire rien en dehors de toi… Donne-moi souvent de porter mon cœur vers toi et, quand je faiblis, de peser ma faute avec douleur, avec un ferme propos de me corriger. Donne-moi, Seigneur Dieu, un cœur vigilant que nulle pensée curieuse n’entraîne loin de toi ; un cœur noble que nulle affection indigne n’abaisse ; un cœur droit que nulle intention équivoque ne dévie ; un cœur ferme que nulle adversité ne brise ; un cœur libre que nulle passion violente ne domine.

    Accorde-moi, Seigneur mon Dieu, une intelligence qui te connaisse, un empressement qui te cherche, une sagesse qui te trouve, une vie qui te plaise, une persévérance qui t’attende avec confiance et une confiance qui te possède à la fin. Accorde-moi par la pénitence d’être affligé de ce que tu as enduré, d’user en chemin de tes bienfaits par la grâce, de jouir de tes joies surtout dans la patrie par la gloire. Ô toi qui, étant Dieu, vis et règnes dans tous les siècles. Amen.

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

  • Nativité du Seigneur Jésus-Christ

    « Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit était au milieu de son cours rapide. Alors ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal » (Sg 18,14-15). Ce texte de l’Écriture désigne le temps très saint où la Parole toute-puissante de Dieu est venue jusqu’à nous pour nous parler de notre salut. Partant du secret le plus intime du Père, elle est descendue dans le sein d’une mère… La Parole de Dieu vient donc à nous de son trône royal ; elle s’abaisse pour nous élever ; elle s’appauvrit pour nous enrichir ; elle se fait homme pour nous diviniser.

    Cette Parole avait dit : Que le monde soit, et le monde a été fait ; elle avait dit : Que l’homme soit, et l’homme a été fait. Mais ce qu’elle avait créé, la Parole ne l’a pas recréé aussi facilement. Elle a créé par son commandement, mais elle a recréé par sa mort. Elle a créé en commandant, mais elle a recréé en souffrant. « Vous m’avez donné bien de la peine », dit-elle (cf Ml 2,17). L’univers, dans toute sa complexité, ne m’a donné aucune peine pour l’organiser et le gouverner, car « je déploie ma vigueur d’un bout du monde à l’autre et je gouverne l’univers avec douceur » (Sg 8,1). Seul l’homme, violateur de ma loi, m’a donné de la peine, avec ses péchés. C’est pourquoi, venant du trône céleste, je n’ai pas refusé de me renfermer dans le sein d’une vierge et de m’unir en une seule personne avec l’humanité déchue. Dès ma naissance on m’enveloppe de langes, on me couche dans une mangeoire parce qu’il n’y a pas de place à l’auberge pour le Créateur du monde…

     Toutes choses étaient plongées au milieu du silence, c’est-à-dire entre les prophètes qui ne parlaient plus et les apôtres qui parleront plus tard… Que la parole du Seigneur vienne encore maintenant vers ceux qui font silence. Écoutons ce que le Seigneur nous dit au fond de nous-mêmes. Que les mouvements et les cris malencontreux de notre chair se taisent, que les images désordonnées de notre spectacle intérieur fassent silence, pour que nos oreilles attentives écoutent librement ce que dit l’Esprit, pour qu’elles écoutent la voix qui est au-dessus du firmament.

    Julien de Vézelay (v. 1080-v. 1160)

  • Justifie-moi avec le Publicain !

    Le Pharisien de la Loi,
    En sa prière au Temple,
    Mettait en avant le bien qu’il avait accompli
    Devant tes yeux qui voient tout.

    L’âme insensée s’enorgueillissait
    En se comparant au genre humain lointain
    Et au proche Publicain
    Qui, en même temps que lui, priait.

    Non seulement il n’obtint pas ce qu’il demandait
    À cause de sa langue grandiloquente,
    Mais encore ses œuvres antérieures de justice,
    Il les perdit à cause de son discours vaniteux.

    Mais alors, que ferai-je à mon âme
    Qui aime le vice totalement,
    Très négligente pour les bonnes actions,
    Active pour amasser les mauvaises ?

    Car je n’accomplis pas les bonnes actions
    Pour lesquelles s’est glorifié le Pharisien ;
    Et je suis bien supérieur à lui
    Dans le vice de la gloriole et de l’orgueil.

    Mais donne la voix du Publicain
    À mon âme guérie, chef des Publicains,
    Pour clamer avec ses propres mots :
    « Mon Dieu, pardonne-moi mes péchés ! »

    Justifie-moi avec lui,
    Comme Tu l’as fait pour lui par une seule parole ;
    Humilie mon esprit au-dedans,
    Pour que je sois exalté par ta grâce.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

  • « Père, que ton nom soit sanctifié ! »

    L’expression “Dieu le Père” n’avait jamais été révélée à personne. Lorsque Moïse lui-même demanda à Dieu qui il était, il entendit un autre nom. À nous, ce nom a été révélé dans le Fils. Car ce nom implique le nom nouveau de Père. « Je suis venu au nom de mon Père » (Jn 5,43). Et ailleurs : « Père, glorifie ton nom » (Jn 12,28) ; et plus explicitement encore : « J’ai manifesté ton nom aux hommes » (Jn 17,6). Nous lui demandons donc : « Que ton nom soit sanctifié ».

    Non point qu’il convienne à l’homme de faire des vœux pour Dieu, comme si on pouvait lui souhaiter quelque chose, ou qu’il manquât, sans nos vœux. Mais nous devons bénir Dieu en tout temps et en tout lieu, pour acquitter l’hommage de reconnaissance que tout homme doit à ses bienfaits. La bénédiction remplit cet office. D’ailleurs, comment le nom de Dieu ne serait-il pas toujours saint et sanctifié en lui-même, puisqu’il sanctifie les autres. Et l’armée des anges qui l’entoure ne cesse de dire : « Saint, Saint, Saint ». Et nous, qui aspirons à partager la béatitude des anges, nous nous associons dès maintenant à leurs voix, et nous répétons le rôle de notre dignité future. Voilà pour ce qui regarde la gloire de Dieu.

    Quant à la prière que nous formulons pour nous, lorsque nous disons : « Que ton nom soit sanctifié », nous demandons qu’il soit sanctifié en nous, qui sommes en lui, mais aussi dans les autres que la grâce de Dieu attend encore, afin de nous conformer au précepte qui nous oblige de prier pour tous, même pour nos ennemis. Voilà pourquoi ne pas dire expressément : « Que ton nom soit sanctifié » en nous, c’est demander qu’il le soit dans tous les hommes.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

  • « Les souffrances du Messie et la gloire qui suivrait sa Passion » (1P 1,11)

    À l’approche de sa mort, le Sauveur s’écriait : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils » (Jn 17,1). Or, sa gloire, c’est la croix. Comment donc pourrait-il avoir cherché à éviter ce qu’il avait demandé à un autre moment ? Que sa gloire soit la croix, l’Évangile nous l’enseigne en disant : « L’Esprit Saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jn 7,39). Voici le sens de cette parole : la grâce n’avait pas encore été donnée, parce que le Christ n’était pas encore monté sur la croix pour réconcilier Dieu et les hommes. En effet, c’est la croix qui a réconcilié les hommes avec Dieu, qui a fait de la terre un ciel, qui a réuni les hommes aux anges. Elle a renversé la citadelle de la mort, détruit la puissance du démon, délivré la terre de l’erreur, posé les fondements de l’Église. La croix, c’est la volonté du Père, la gloire du Fils, la jubilation de l’Esprit Saint. Elle est l’orgueil de saint Paul : « Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil » (Ga 6,14).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

  • Accorde-moi de toujours parler avec ton verbe !

    Jour après jour, ton ordre
    Je l’entends par mon ouïe corporelle,
    De ne pas jurer du tout,
    Ni par les choses de la terre, ni par le ciel.

    Quant à moi, bouchant les oreilles de mon âme,
    Je ne laisse pas y entrer la Parole ;
    Mais je me conduis d’une manière opposée,
    Et je désobéis au Commandement. (…)

    Mais Toi qui as donné comme outil de la parole
    La pensée et la langue, souffle éthéré,
    Ouvre ma bouche par ton Esprit,
    Remplis-la de la bénédiction spirituelle,

    Pour que je parle de la Loi divine,
    De la Bonne Nouvelle du Nouveau Testament,
    De la sagesse de la théorie
    Et du mystère de la pratique.

    Éloigne de moi la parole qui divise,
    Le blasphème irrémissible,
    Et la plainte avec la calomnie,
    Le murmure avec la détraction.

    La tromperie envers le prochain,
    Et la trahison du perfide,
    Le serment du parjure,
    Le mensonge qui est le propre du Mauvais ; (…)

    La loquacité diabolique,
    Et la jactance du présomptueux ;
    Et en général tous les flots de paroles
    Qui, une fois prononcées, sont regrettées.

    Et accorde-moi le verbe, ô Toi, Verbe incarné,
    Pour parler toujours avec ton verbe,
    Pour le donner comme grâce à mon auditeur,
    Pour l’édification de l’âme démolie.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

  • La prière du fils perdu

    À présent, je Te supplie, moi avec lui :
    « Père, j’ai péché contre Toi, contre le Ciel ;
    Je ne suis pas digne d’être appelé fils,
    Fais donc de moi le dernier des journaliers. »

    Rends-moi digne du plus pur
    Et saint baiser de ton Père si bon.
    Sous le toit de la salle des Noces
    Veuille me recevoir de nouveau.

    Et la robe première,
    Dont me dépouillèrent les brigands,
    Veuille m’en revêtir encore,
    Comme ornement de l’Épouse parée.

    L’anneau royal,
    Signe d’autorité,
    Fais que je le porte en ma main droite,
    Pour ne plus désormais obliquer à gauche.

    Et comme protection contre le Serpent
    Donne des chaussures à mes pieds
    Pour qu’ils ne heurtent pas la ténèbre,
    Mais que sa tête soit écrasée.

    À l’immolation du veau gras,
    Qui est le sacrifice sur la Croix,
    Et au sang sorti du Côté par la lance,
    D’où jaillit pour nous le ruisseau de Vie,

    Fais-moi communier à nouveau,
    Suivant la parabole de l’Enfant Prodigue,
    Pour manger le pain vivifiant,
    Pour boire ta coupe céleste.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! »

    La troisième demande des fils [dans la prière du “Notre Père”] est celle-ci : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » Souhaiter que la terre mérite d’être égalée au ciel : on ne saurait porter plus haut sa prière. De dire, en effet : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », n’est-ce point autant que si l’on demandait que les hommes soient semblables aux anges, et que, comme ces esprits bienheureux font au ciel la volonté divine, ainsi les hommes l’accomplissent tous sur la terre, et non point la leur ?

    Et voilà encore une prière que celui-là seul pourra faire du fond du cœur qui croit que Dieu dispose toutes choses en ce monde pour notre avantage, joies et infortunes, et qu’il veille avec plus de sollicitude au salut et aux intérêts de ceux qui sont à lui, que nous n’en avons pour nous-mêmes.

    On peut entendre aussi cette demande en ce sens que la volonté de Dieu est que tous soient sauvés, selon la parole bien connue de Saint Paul : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité. » (1Tm 2,4) Le prophète Isaïe parle de cette même divine volonté, lorsqu’il dit, parlant au nom de Dieu le Père : « Ma volonté se fera toute entière. » (Is 46,10) Lorsque nous disons : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est faire, en d’autres termes, cette prière : Comme ceux qui sont dans le ciel, que tous ceux qui sont sur la terre, ô Père, soient sauvés par la connaissance de votre nom !

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)