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Archive pour le mot-clef ‘Ste Catherine de Sienne’

Dieu se donne : folie d’amour !

vendredi 6 mai 2022

Trinité éternelle, Trinité éternelle ! Ô feu ! ô abîme de charité ! Fou de ta créature ! Vérité éternelle, feu éternel ! ô éternelle sagesse ! La sagesse fut-elle seule à venir en ce monde ? Non ! Car la sagesse n’a pas été séparé de la puissance, ni celle-là de la clémence : ô sagesse, tu n’es donc pas venue isolée, mais escortée par la Divinité tout entière. Trinité éternelle ! Fou d’amour ! Quel profit retires-tu de notre rédemption ? Aucun : car tu n’as nul besoin de nous, toi, notre Dieu. Le profit échut donc à l’homme seul. Ô charité sans prix !

Tu nous as donné une première fois ta divinité et toute ton humanité. Tu t’es ensuite légué tout entier en nourriture : et tu préviens nos défaillances en nous fortifiant au cours de notre pèlerinage ici-bas. Homme, que t’a donc légué ton Dieu ? Tout lui-même : sa divinité et son humanité entière voilées sous les blanches apparences de ce pain. Ô feu d’amour ! ne te suffisait-il donc pas, après nous avoir créés à ton image et ressemblance, de nous avoir refaits surnaturellement dans le Sang de ton Fils, sans qu’il fallût encore nous donner ta divine essence en nourriture ? Ta charité l’a voulu ainsi, fou d’amour que tu es ! Non seulement tu as donné ton Verbe dans la rédemption et dans l’Eucharistie, mais aimant à la folie ta créature tu lui as donné ton essence tout entière.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

Fête de sainte Catherine de Sienne, vierge, docteur de l’Eglise, copatronne de l’Europe

vendredi 29 avril 2022

Quand Catherine voit le jour en 1347, la situation en Italie et en Europe est devenue très difficile. Déjà s’annonçait la peste noire, qui devait semer la dévastation ; la société était troublée par la Guerre de Cent Ans et des invasions de mercenaires ; les papes avaient dû quitter Rome pour Avignon ; le schisme d’Occident allait se prolonger jusqu’en 1417. Fille d’un teinturier, Catherine prend très rapidement conscience des besoins du monde qui l’entoure. Attirée par la forme de vie apostolique des dominicains, elle demande à être agrégée au tiers ordre (on appelait ces pieuses femmes les « Mantellate »). Celles-ci n’étaient pas des religieuses à proprement parler et ne vivaient pas la vie commune, mais elles portaient la robe blanche et le manteau noir des frères prêcheurs. (…)

Catherine était entourée d’une foule bigarrée de disciples, de toute classe sociale et de toute origine. Elle les attirait par la pureté de sa foi et par la liberté de son acceptation de la parole de Dieu, sans adoucissement ni compromis. (…) Elle atteignit le sommet de son progrès intérieur par les noces spirituelles (…) ; on aurait donc pu penser que sa vie s’écoulerait dans la solitude et dans la contemplation. Mais Dieu, au contraire, l’avait attachée à lui pour qu’elle lui soit unie dans l’œuvre de son Royaume. (…) Le dessein du Christ était de la lier étroitement à lui par « l’amour du prochain », c’est-à-dire aussi bien par la douceur des liens de l’âme que par les travaux extérieurs ; ce fut ce que l’on a appelé « la mystique sociale ». (…)

Après s’être appliquée à la conversion de pécheurs individuels, elle passa à la réconciliation de personnes ou de familles opposées par de mauvaises querelles, puis à la pacification des villes ou des États. (…) L’impulsion intérieure du Maître divin lui ouvrit pour ainsi dire une humanité de surcroît. C’est ainsi que cette humble fille d’artisan, illettrée, pratiquement sans études et sans culture, eut l’intelligence des besoins de son temps au point de dépasser les limites de sa cité et d’atteindre une dimension mondiale par son action.

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

 

 

 

Solennité de l’Annonciation du Seigneur

vendredi 25 mars 2022

Ô Marie, [c’est en toi] qu’apparaît aujourd’hui la force et la liberté de Dieu. Car voici qu’après la délibération du conseil divin, si grave et si grand, c’est à toi que l’ange est envoyé pour révéler le mystère de ce conseil et demander ton adhésion ; et le Verbe ne descend pas dans ton sein que tu n’aies donné ton libre consentement ; il attend à la porte de la volonté qu’il te plaise d’ouvrir à celui qui désire venir en toi. Et il n’y serait jamais entré si tu ne lui avais pas ouvert par ta réponse : « Je suis la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon ta parole ».

Preuve éclatante de la force et de la liberté de notre volonté ! Sans elle, ni bien ni mal ne peuvent se produire ; ni démon, ni créature qui puissent la contraindre au péché si elle ne veut pas ; et par ailleurs, rien qui puisse la forcer à faire le moindre bien si elle le refuse. Oui, elle est bien libre, cette volonté humaine que rien ne peut réduire ni au bien ni au mal sans son consentement. Il frappait à la porte de ta volonté, ô Marie, le Dieu éternel, et si tu n’avais pas voulu ouvrir, Dieu ne se serait pas incarné en toi.

Rougis donc, ô mon âme, en voyant aujourd’hui Dieu lui-même s’apparenter à toi en Marie ; aujourd’hui tu peux voir que, bien que créée sans que tu l’aies voulu, tu ne seras pas sauvée que tu n’y consentes, puisque Dieu frappe à la porte, il attend que Marie consente à ouvrir.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

Connaître Dieu dans les combats

jeudi 24 mars 2022

[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] C’est par la connaissance et la haine de vous-mêmes, et par la connaissance de ma Bonté que vous parvenez à la perfection ; aussi, l’âme ne connaît-elle jamais mieux si je suis en elle, qu’au moment de ces combats. Et comment ? Je vais te le dire !

Si en se voyant au milieu de ces luttes, elle prend bien conscience que ces assauts lui déplaisent, et qu’en même temps il ne dépend pas d’elle de s’en délivrer tout en refusant d’y consentir, elle peut alors connaître qu’elle n’est rien. Car, si elle était quelque chose par elle-même, elle se mettrait à l’abri de ces tentations, qu’elle voudrait ne pas subir. Ainsi, par ce moyen, elle s’humilie dans la vraie connaissance d’elle-même, et à la lumière de la très sainte Foi, elle accourt à Moi, le Dieu éternel, dont la Bonté garde sa volonté droite et sainte, pour l’empêcher au temps des multiples assauts, de céder à l’ennemi, en consentant aux tentations dont elle se sent assiégée.

Vous avez donc bien raison de vous réconforter par la doctrine de mon doux Verbe d’amour, mon Fils unique, au temps des afflictions, ou de l’adversité, ou des tentations des hommes et du démon ; car ce sont des moyens d’accroître votre vertu et de vous faire atteindre à la grande perfection.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

Cent pour un !

mardi 1 mars 2022

[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] À Pierre qui lui demandait : « Maître, nous avons tout quitté pour l’amour de vous, et nous vous avons suivi ! Que nous donnerez-vous en retour ? », ma Vérité fit cette réponse : « Je vous donnerai cent pour un et vous posséderez la vie éternelle » (cf. Mc 10, 28-30). – Comme s’il eût dit : Pierre, tu as bien fait de tout quitter ; c’était l’unique moyen de me suivre. En retour, moi, je te donnerai, en cette vie, cent pour un !

Quel est donc, très chère fille, ce centuple, que doit suivre encore la vie éternelle ? Qu’entendait et que voulait dire ma Vérité ? Parlait-elle des biens temporels ? Pas spécialement, bien que je les multiplie parfois au bénéfice de ceux qui se montrent généreux dans leurs aumônes. Et qu’est-ce donc ? ‒ Entends-le bien, celui qui donne sa volonté, me donne « une » chose : sa volonté. Et moi, pour cette unique chose, je lui donne « cent ».

Pourquoi ce nombre de « cent » ? Parce que cent est le nombre parfait, auquel on ne peut rien ajouter, à moins de recommencer à compter par un premier. La charité, elle aussi, est la plus parfaite de toutes les vertus ; l’on ne saurait s’élever à une vertu plus parfaite, et l’on ne peut ajouter à sa perfection qu’en revenant à la connaissance de soi-même pour recommencer une nouvelle centaine de mérites, mais c’est toujours au nombre « cent » que l’on arrive et que l’on s’arrête. Voilà le centuple que j’ai donné à ceux qui m’ont apporté l’un de leur volonté propre, soit par l’obéissance commune soit par l’obéissance particulière.

C’est avec ce centuple, que vous obtenez la vie éternelle (…). Ce centuple c’est le feu de la divine charité. Et parce qu’ils ont reçu de moi ce centuple, ils sont dans une merveilleuse allégresse qui prend tout leur cœur.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

 

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? »

dimanche 27 février 2022

Celui qui sera fondé sur la connaissance de la Vérité, le Christ, le doux Jésus, celui-là recevra et goûtera la paix et le repos de son âme dans l’amour de la charité. Cette charité, l’âme la reçoit par cette connaissance. Il y a deux moyens principaux de connaître cette vérité.

Il faut d’abord reconnaître que tout ce qui a l’existence doit être aimé en Dieu et pour Dieu, qui est la Vérité même, et sans lequel rien n’existe. Celui qui se séparerait de la vérité marcherait dans la voie du mensonge en suivant le démon qui en est le père. Je dis qu’il y a surtout deux moyens de connaître la vérité. Le premier est de connaître la vérité de Dieu, qui nous aime d’un amour ineffable. Il nous a aimés avant que nous fussions ; il nous a créés par amour, pour que nous ayons la vie éternelle et que nous goûtions à jamais la félicité parfaite. Telle a été, telle est la vérité. Qu’est-ce qui prouve qu’il on est ainsi ? Le sang répandu pour nous avec un si ardent amour. (…)

Nous devons enfin connaître et voir la vérité dans notre prochain, grand ou petit, serviteur ou maître. Quand nous le voyons faire une chose, et nous inviter à la faire aussi, nous devons examiner si cette chose est fondée ou non sur la vérité, et quel est le motif qui la fait entreprendre. Celui qui ne le fait pas agit comme un insensé, comme un aveugle qui suit un autre aveugle guidé par le mensonge, et il montre qu’il n’a pas en lui la vérité et qu’il ne la cherche pas. Il en est quelquefois de tellement insensés, que pour cette chose, ils vont perdre la vie de l’âme et du corps avec leurs biens temporels et ils ne s’en inquiètent pas, parce qu’ils sont aveugles et ne connaissent pas ce qu’ils devraient connaître : ils marchent dans les ténèbres.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

 

Par amour de votre miséricorde !

dimanche 20 février 2022

Ô éternelle miséricorde, qui couvrez les fautes de vos créatures ! Je ne m’étonne donc plus que vous disiez de ceux qui sortent du péché mortel pour faire retour à vous : Moi, je ne me souviens plus que vous m’ayez jamais offensé ! Ô Miséricorde ineffable, non je ne m’étonne plus que vous disiez cela à ceux qui sortent du péché, quand je vous entends dire de ceux qui vous persécutent : Je veux que vous me priiez pour eux afin que je leur fasse miséricorde. (…)

Votre miséricorde donne la vie, et elle donne la lumière qui nous fait connaître votre clémence pour toute créature, pour les justes et pour les pécheurs. Au plus haut des cieux, votre miséricorde éclate dans vos saints. Si je regarde la terre, votre miséricorde y abonde. Dans les ténèbres de l’enfer, votre miséricorde luit encore, en n’infligeant pas aux damnés un supplice aussi grand que leurs fautes. Votre miséricorde fait plus douce votre justice ! C’est par miséricorde que vous nous avez lavés dans le sang, par miséricorde que vous avez voulu converser avec vos créatures. (…)

Ô Miséricorde ! Mon cœur devient tout feu à penser à vous ! De quelque côté que mon esprit se tourne et se retourne, je ne trouve que miséricorde ! Ô Père éternel, pardonnez à mon ignorance, si je suis assez présomptueuse pour parler devant vous ! L’amour de votre miséricorde me sera une excuse devant votre Bonté.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

Réjouissez-vous et persévérez jusqu’à la fin !

dimanche 13 février 2022

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ; persévérez jusqu’à la fin, et préférez plutôt mourir que de quitter le poste où Dieu vous a appelé.

Mais embrassez la Croix par la patience, et cachez-vous dans le sein de Dieu avec vos peines ; fixez les yeux sur l’Agneau immolé pour vous, et soyez toujours content de ce que Dieu vous donne et vous destine. Nous devons faire ainsi parce que nous sommes certains que Dieu nous appelle et nous choisit ce qui peut nous rendre plus agréables à ses yeux. Vous irez ainsi de lumière en lumière, et les peines souffertes pour Jésus crucifié vous seront délicieuses, tandis que les jouissances et les consolations du monde vous deviendront amères. Vous commencerez à goûter, dès cette vie, les arrhes de la vie éternelle ; car la principale béatitude de l’âme dans le ciel, c’est d’être affermie pour toujours dans la volonté du Père. Elle goûte ainsi la douceur divine, mais elle ne la goûte jamais au ciel, si elle ne s’en est pas revêtue sur terre, où nous sommes pèlerins et voyageurs. Quand elle s’en est revêtue, elle goûte Dieu par la grâce dans ses peines ; sa mémoire s’emplit du sang de l’Agneau sans tache ; son intelligence s’ouvre et contemple l’amour ineffable que Dieu a manifesté dans la sagesse du Fils, et alors l’amour qu’elle trouve dans la bonté du Saint-Esprit chasse l’amour-propre et l’amour des choses créées, pour n’aimer que Dieu.

Ne craignez donc pas (…), mais souffrez avec joie pour vous conformer à la volonté de Dieu.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

Fête de la conversion de saint Paul, apôtre

mardi 25 janvier 2022

[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Paul, comme un vase d’argile, se laissa façonner et reformer par ma Bonté, sans aucune résistance. Quand je le frappai, il n’eut de parole que pour dire : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Dites-moi ce qu’il vous plaît que je fasse et je le ferai ! Je l’enseignai donc, en proposant à ses regards le Christ crucifié, en le revêtant de la doctrine de ma Vérité ; je l’éclairai parfaitement par la lumière d’un véritable repentir fondé sur mon amour qui effaça son péché. Dès lors, il ne connut plus d’autre doctrine que celle du Christ crucifié.

Il s’y attacha si étroitement que rien désormais ne l’en put séparer, ni les assauts du démon, ni les tentations de la chair auxquelles il demeurait en butte par une permission de ma bonté, qui par ces combats voulait le faire grandir encore en mérite et en grâce et le conserver dans l’humilité, après l’avoir fait jouir de la sublimité de ma Trinité. Jamais plus il ne dépouilla ce vêtement, jamais il ne s’en sépara ne fût-ce qu’un instant. Persécutions, supplices, tribulations, il endura tout plutôt que de renoncer à la doctrine de la Croix. Il se l’était si bien incorporée qu’il sacrifia sa vie plutôt que de s’en dépouiller et que c’est avec ce vêtement qu’il retourna à moi, le Père éternel.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

 

 

« Zachée courut et grimpa sur un sycomore. »

mardi 16 novembre 2021

Voici un doux remède lorsque le cœur est bas et petit, il faut faire comme Zachée, qui n’était pas grand, et qui monta sur un arbre pour voir Dieu. Son zèle lui mérita d’entendre cette douce parole : Zachée, allez à votre maison, car aujourd’hui j’ai besoin de manger avec vous.

Nous devons faire ainsi lorsque nous sommes bas, lorsque nous avons le cœur étroit et peu de charité ; il faut monter sur l’arbre de la très sainte Croix, et là nous verrons, nous toucherons Dieu, là nous trouverons le feu de son ineffable charité, l’amour qui l’a fait courir jusqu’aux opprobres de la Croix, qui l’a exalté, et lui a fait désirer avec l’ardeur de la faim et de la soif l’honneur de son Père et notre salut. (…) Si nous le voulons, si notre négligence n’y met pas d’obstacle, nous pourrons, en montant sur l’arbre de la Croix, accomplir en nous cette parole, sortie de la bouche de la Vérité : « Quand je serai levé en haut, j’attirerai tout à moi » (Jn 12,32). Il faudrait un cœur dur comme le diamant pour n’être pas attendri par un si grand amour. Dès que le cœur est blessé de cette flèche, il monte de toutes ses forces, et non seulement l’homme se purifie, mais l’âme, pour laquelle Dieu a fait toute chose, se dépouille de ses imperfections. (…)

Montez sur cet arbre très saint, où sont les fruits mûrs de toutes les vertus que porte le corps du Fils de Dieu ; courez avec ardeur. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)