ACCUEIL

Archive pour le mot-clef ‘pauvreté’

« Elle a tout donné. »

dimanche 11 novembre 2018

Au Royaume des cieux, tous ensemble, et comme un seul homme, seront un seul roi avec Dieu, car tous voudront une seule chose et leur volonté s’accomplira. Voilà le bien que, du haut du ciel, Dieu déclare mettre en vente.

Si quelqu’un se demande à quel prix, voici la réponse : il n’a pas besoin d’une monnaie terrestre, celui qui offre un Royaume dans le ciel. Personne ne peut donner à Dieu que ce qui lui appartient déjà, puisque tout ce qui existe est à lui. Et cependant, Dieu ne donne pas une si grande chose sans qu’on n’y mette aucun prix : il ne la donne pas à celui qui ne l’apprécie pas. En effet, personne ne donne ce qui lui est cher à celui qui n’y attache pas de prix. Dès lors, si Dieu n’a pas besoin de tes biens, il ne doit pas non plus te donner une si grande chose si tu dédaignes de l’aimer : il ne réclame que l’amour, sans quoi rien ne l’oblige à donner. Aime donc, et tu recevras le Royaume. Aime, et tu le posséderas… Aime donc Dieu plus que toi-même, et déjà tu commences à tenir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel.

Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l’Église

 

 

 

 

Saint François renonce à tout pour suivre le Christ

mercredi 7 novembre 2018

Le père de François voulait le faire comparaître devant l’évêque pour qu’il renonce à tous ses droits d’héritier et lui restitue tout ce qu’il possédait encore. François, en véritable amant de la pauvreté, se prête volontiers à la cérémonie, se présente au tribunal de l’évêque et, sans attendre un moment ni hésiter en quoi que ce soit, sans attendre un ordre ni demander une explication, enlève aussitôt tous ses habits et les rend à son père… Rempli de ferveur, emporté par l’ivresse spirituelle, il quitte jusqu’à ses chausses et, complètement nu devant toute l’assistance, déclare à son père : « Jusqu’ici je t’ai appelé père sur la terre ; désormais, je puis dire avec assurance : ‘Notre Père qui es aux cieux’, puisque c’est à lui que j’ai confié mon trésor et donné ma foi. »

L’évêque, un homme saint et très digne, pleurait d’admiration à voir les excès où le portait son amour de Dieu ; il s’est levé, a attiré le jeune homme dans ses bras, l’a couvert de son manteau et a fait apporter de quoi l’habiller. On lui a donné le pauvre manteau de bure d’un fermier au service de l’évêque. François l’a reçu avec reconnaissance et, ramassant ensuite sur le chemin un morceau de gypse, y a tracé une croix ; ce vêtement signifiait bien cet homme crucifié, ce pauvre à moitié nu. C’est ainsi que le serviteur du Grand Roi a été laissé nu pour marcher à la suite de son Seigneur attaché nu à la croix.

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

« Invite les pauvres. »

lundi 5 novembre 2018

C’est honorer notre Seigneur que d’entrer en ses sentiments, de les estimer, de faire ce qu’il a fait et d’exécuter ce qu’il a ordonné. Or ses sentiments les plus grands ont été le soin des pauvres pour les guérir, les consoler, les secourir et les recommander ; c’était là son affection. Et lui-même a voulu naître pauvre, recevoir en sa compagnie des pauvres, servir les pauvres, se mettre à la place des pauvres, jusqu’à dire que le bien et le mal que nous ferons aux pauvres, il le tiendra fait à sa personne divine (Mt 25,40). Quel plus tendre amour pouvait-il témoigner pour les pauvres ! Et quel amour, je vous prie, pouvons-nous avoir pour lui, si nous n’aimons pas ce qu’il a aimé ? Tant y a, c’est l’aimer de la bonne sorte que d’aimer les pauvres ; c’est le bien servir, et c’est l’honorer comme il faut que de l’imiter…

Or, si ce débonnaire Sauveur se tient honoré de cette imitation, combien plus devons-nous tenir à grand honneur de nous rendre en cela semblables à lui ! Ne vous semble-t-il pas que voilà un motif très puissant pour renouveler en vous votre première ferveur ? Pour moi, je pense que nous devons nous offrir aujourd’hui à sa divine Majesté…, en sorte que l’on puisse dire désormais de vous que c’est « la charité de Jésus Christ qui vous presse » (2Co 5,14).

Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses

 

 

 

 

« Que vais-je faire ? »

lundi 22 octobre 2018

Tous, nous n’aspirons qu’à être heureux et en paix. Nous avons été créés pour cela et ne pouvons trouver le bonheur et la paix qu’en aimant Dieu ; l’aimer nous apporte la joie et le bonheur. Beaucoup pensent, surtout en Occident, que vivre à son aise rend heureux. Je pense qu’il est plus difficile d’être heureux dans la richesse, car les préoccupations pour gagner de l’argent et le conserver nous masquent Dieu. Toutefois, si Dieu vous a confié des richesses, faites-les servir à ses œuvres : aidez les autres, aidez les pauvres, créez des emplois, donnez du travail aux autres. Ne gaspillez pas vainement votre fortune ; avoir une maison, des honneurs, la liberté, la santé, tout cela nous est confié par Dieu pour le mettre au service de ceux qui sont moins fortunés que nous. Jésus a dit : « Ce que vous ferez au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous le ferez » (Mt 25,40). Par conséquent, la seule chose qui puisse me rendre triste c’est d’offenser notre Seigneur par égoïsme ou par manque de charité envers les autres, ou bien de faire du tort à quelqu’un. En blessant les pauvres, en nous blessant les uns les autres, nous blessons Dieu. C’est à Dieu qu’il appartient de donner et de reprendre (Jb 1,21) ; partagez donc ce que vous avez reçu, y compris votre propre vie.

Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité

 

 

 

 

« Heureux, vous les pauvres… Malheureux, vous les riches. »

mercredi 12 septembre 2018

C’est avec raison que le Seigneur, en proclamant la béatitude des pauvres, ne dit pas : « Le Royaume des cieux sera » mais « est à eux »… Qu’ils sont proches du Royaume de Dieu, ceux qui déjà possèdent et portent dans leur cœur ce Roi dont on a dit que le servir, c’est régner… Que d’autres se querellent pour se partager l’héritage de ce monde : « le Seigneur est ma part d’héritage et ma coupe » (Ps 15,5). Qu’ils combattent entre eux à qui sera le plus misérable : je ne leur envie rien de tout ce qu’ils recherchent, car moi et mon âme, « nous mettrons nos délices dans le Seigneur » (Ps 103,34). Toi, l’héritage glorieux des pauvres ! Bienheureuse richesse de ceux qui n’ont rien ! Non seulement tu nous fournis tout ce dont nous avons besoin, mais encore, tu es remplie de toute gloire, tu débordes de toute joie, car tu es « la mesure surabondante versée dans notre sein » (Lc 6,38)… Que votre âme… se glorifie dans son humilité, vous les pauvres, et qu’elle regarde avec dédain toute grandeur de ce monde… Des biens éternels sont préparés, et tu leur préférerais des choses passagères, pareilles à un songe ?… Comme ils sont malheureux, ceux que la bienheureuse pauvreté rendait dignes d’être honorés par le ciel, admirés par le monde et redoutés par l’enfer, et qui ensuite, dans l’aveuglement de leur esprit, ont regardé la pauvreté comme une misère, l’humilité comme une lâcheté ; qui ont voulu devenir riches et sont tombés dans les pièges du diable, alors que toutes choses leur appartenaient !… Quant à vous, qui avez pour amie la pauvreté et trouvez douce l’humilité du cœur, la Vérité éternelle vous rend sûrs de posséder le Royaume des cieux ; il garde fidèlement pour vous ce Royaume qui vous est réservé.

Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien

 

 

 

 

 

La pauvreté du Christ

lundi 20 août 2018

La pauvreté est une vertu qui fait corps avec la perfection, au point que nul absolument ne peut sans elle être parfait ; témoin la parole du Seigneur dans l’Évangile : « si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres. » Notre-Seigneur Jésus Christ fut si pauvre dans sa naissance qu’il n’eut ni habitation, ni vêtement, ni nourriture, mais une étable pour demeure, un misérable petit morceau d’étoffe pour se couvrir et un lait virginal pour aliment. Il s’est encore donné à nous en exemple de pauvreté par sa manière de vivre en ce monde. Il fut pauvre au point que, parfois, il ne put trouver de logis et qu’il dut dormir avec ses Apôtres hors la ville et même hors des maisons à la campagne. Non seulement le Seigneur des Anges fut pauvre dans sa naissance et pauvre dans son genre de vie, mais il fut encore extrêmement pauvre dans sa mort, afin de nous embraser d’amour pour la pauvreté. Ô vous tous, qui avez voué la pauvreté, considérez et voyez combien l’opulent Roi des Cieux fut pauvre à cause de nous dans l’instant de sa mort. Il fut, en effet, dépouillé de tout ce qu’il pouvait avoir : de ses vêtements, par ses bourreaux, qui « se partagèrent et tirèrent au sort sa robe » (Cf. Mt 27,35) ; de son corps et de son âme, quand son âme fut arrachée violemment de son corps ; de la gloire divine, quand par les souffrances d’une très douloureuse mort, au lieu de le glorifier comme Dieu, on le traita comme un malfaiteur, selon la plainte de Job : « ils m’ont dépouillé de ma gloire » (Jb 19,9). Ô Dieu, riche pour tous les hommes, ô bon Seigneur Jésus ! Qui peut dignement exprimer de bouche, concevoir en son cœur, décrire de sa main la gloire céleste que vous avez promis de donner à vos pauvres ? Par leur pauvreté volontaire, ils méritent de contempler la gloire de leur Créateur, d’entrer dans les puissances du Seigneur, dans les tabernacles éternels et dans les demeures de lumière. Ils méritent de devenir les habitants de la cité dont Dieu est l’architecte et le fondateur. Vous-même, Seigneur, vous leur avez fait cette promesse de votre bouche bénie : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux » (Cf. Mt 5,2). Ce Royaume des cieux n’est pas autre chose que Vous-même, Seigneur Jésus-Christ, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs. Vous vous donnerez vous-même à eux pour être leur salaire, leur récompense et leur joie. Ils jouiront de Vous, seront heureux de Vous, se rassasieront de Vous ! Amen !

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

 

La perle de grande valeur

mercredi 1 août 2018

Parmi les dons spirituels reçus de la générosité de Dieu, François a obtenu en particulier celui de toujours enrichir son trésor de simplicité grâce à son amour de la très grande pauvreté. Voyant que celle qui avait été la compagne habituelle du Fils de Dieu était devenue désormais l’objet d’une aversion universelle, il a eu à cœur de la prendre pour épouse et lui a voué un amour éternel. Non content de « quitter pour elle son père et sa mère » (Gn 2,24), il a distribué aux pauvres tout ce qu’il pouvait avoir (Mt 19,21). Personne n’a gardé son argent aussi jalousement que François a gardé sa pauvreté ; jamais personne n’a surveillé son trésor avec plus de soin qu’il n’en a mis à garder cette perle dont parle l’Évangile. Rien ne le blessait autant que de rencontrer chez ses frères quelque chose qui ne soit pas parfaitement conforme à la pauvreté des religieux. Du début de sa vie religieuse jusqu’à sa mort, lui-même n’a eu pour toutes richesses que sa tunique, une corde comme ceinture, des caleçons ; il ne lui fallait rien de plus. Il lui arrivait souvent de penser en pleurant à la pauvreté du Christ Jésus et de sa Mère : « Voici, disait-il, pourquoi la pauvreté est la reine des vertus ; c’est à cause de l’éclat dont elle a brillé chez le Roi des rois (1Tm 6,15) et la Reine sa mère ». Quand les frères lui demandaient un jour quelle est la vertu qui nous rend le plus ami du Christ, il a répondu, leur ouvrant pour ainsi dire le secret de son cœur : « Sachez, frères, que la pauvreté spirituelle est le chemin privilégié du salut, car elle est la sève de l’humilité et la racine de la perfection ; ses fruits sont innombrables bien que cachés. Elle est ce ‘trésor enfoui dans un champ’ pour l’achat duquel, dit l’Évangile, il faut tout vendre et dont la valeur doit nous pousser à mépriser tout autre chose ».

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

 

Dieu prend soin de ceux qui prennent soin des pauvres

lundi 16 juillet 2018

Un autre moyen de rester fidèle, mes filles, c’est un détachement parfait de père, de mère, des parents et des amis, de sorte que vous ne soyez qu’à Dieu seul. Et pour avoir ce grand bien, il faut se dépouiller de tout et n’avoir rien en propre. Les apôtres avaient ce détachement. Pour un écu, vous en aurez cent ; autant de dames, autant de mères ; de sorte, mes filles, que la Providence jamais ne vous manquera. N’auriez-vous point le courage de vous donner à Dieu, qui pense tant à vous ? Ne prétendez point vous réserver quelque chose pour votre subsistance ; fiez-vous toujours en la Providence. Les riches peuvent tomber en nécessité par les accidents qui arrivent souvent, mais jamais ceux qui veulent dépendre entièrement de Dieu ne seront en pauvreté.

N’est-il pas bon de vivre ainsi, mes filles ? Qu’y a-t-il à craindre ? Car Dieu a promis que les personnes qui auront soin des pauvres ne manqueront jamais de rien. Mes filles, n’aimeriez-vous pas mieux les promesses de Dieu que les tromperies du monde ? Dieu s’est obligé à pourvoir à tous nos besoins.

Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretien aux Filles de la Charité, 31/7/1934 (Tome IX, Éd. Gabalda, 1923. Conférence du 31 juillet 1634, pp.11-12)

 

 

 

La pauvreté qui enrichit

lundi 2 juillet 2018

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3)… Après le Seigneur, les premiers qui nous ont donné l’exemple de cette pauvreté généreuse, ce sont les apôtres. Laissant là sans hésiter tous leurs biens à l’appel du divin Maître, ils se sont convertis joyeusement et ont abandonné leur pêche de poissons pour devenir pêcheurs d’hommes (Mt 4,18s). Parmi ceux-ci beaucoup leur sont devenus semblables en imitant leur foi ; chez les premiers enfants de l’Église, « tous les croyants n’avaient qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4,32). Dépouillés de toutes leurs possessions, ils étaient enrichis des biens éternels grâce à la sainte pauvreté. Accueillant la prédication des apôtres, ils se réjouissaient de ne rien avoir en ce monde et de tout posséder dans le Christ (cf 2Co 6,10).

Un jour l’apôtre saint Pierre montait au Temple. Un boiteux lui demande l’aumône : « De l’argent, dit-il, et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ de Nazareth, lève-toi et marche » (Ac 3,6)… Pierre le guérit d’une parole. N’ayant pas de monnaie à l’effigie de César, il restaure en l’homme l’image du Christ. La richesse de ce trésor a secouru non seulement celui à qui le pourvoir de marcher a été rendu, mais aussi les cinq mille hommes qui ont cru à la prédication de l’apôtre à cause de ce miracle (Ac 4,4). Et Pierre, ce pauvre qui n’avait pas de quoi donner à quelqu’un qui lui demandait l’aumône, a donné si largement la grâce divine que, non content de remettre un homme debout sur ses pieds, il a guéri le cœur de milliers d’hommes en leur donnant la foi.

Saint Léon le Grand (?-v. 461), pape et docteur de l’Église
Sermon 95, 2-3 ; PL 54, 461-462 (trad. Orval rev.)

 

 

 

Tout quitter pour le suivre

mardi 29 mai 2018

Les richesses, qu’elles soient matérielles ou spirituelles, peuvent nous asphyxier si on n’en a pas un juste usage. Car Dieu lui-même ne peut rien placer dans un cœur déjà plein à craquer. Un jour ou l’autre, inévitablement, il en ressort un appétit d’argent et une avidité de tout ce que l’argent peut procurer — la recherche du superflu, du luxe pour ce qui est de se nourrir, se vêtir ou s’amuser. Les besoins vont alors croissant, une chose appelant l’autre. Mais au terme on trouve un sentiment incontrôlable d’insatisfaction. Demeurons aussi vides que possible afin que Dieu puisse nous remplir.

Notre Seigneur en est un vivant exemple : dès le premier jour de son existence humaine, il a connu une pauvreté dont aucun être humain ne fera jamais l’expérience car, « étant riche, il se rendit lui-même pauvre » (2Co 8,9). Le Christ s’est vidé lui-même de toute sa richesse. C’est là que surgit la contradiction : si je veux être pauvre comme le Christ qui est devenu pauvre alors qu’il était riche, que dois-je faire ? Ce serait une honte pour nous d’être plus riches que Jésus qui à cause de nous a enduré la pauvreté.

Sur la croix, le Christ a été privé de tout. La croix elle-même lui avait été donnée par Pilate ; les clous et la couronne, par les soldats. Il était nu. Quand il est mort, on l’a dépouillé de la croix, on lui a retiré les clous et la couronne. Il a été enveloppé dans un morceau de toile, donné par une âme charitable, et il a été enterré dans un tombeau qui ne lui appartenait pas. Et cela, alors que Jésus aurait pu mourir comme un roi ou même s’épargner la mort. Mais il a choisi la pauvreté car il savait que c’est le vrai moyen de posséder Dieu et d’apporter son amour sur la terre.

Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love, p. 95 (trad. Il n’y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 102 rev.)