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Archive pour le mot-clef ‘St Jérome’

Le bon grain et l’ivraie, mêlés dans l’Église jusqu’au Jour du Seigneur

samedi 27 juillet 2019

Dans l’Église n’habitent pas que des brebis et ne volent pas que des oiseaux purs. Le froment est semé dans le champ et, « au milieu de splendides cultures, l’emportent les bardanes et les ronces, ainsi que les folles avoines. » (Virgile, Géorgiques) Que doit faire le paysan ? Va-t-il arracher l’ivraie ? Mais la moisson entière sera en même temps saccagée !

Chaque jour l’habileté paysanne chasse les oiseaux par le bruit, les effraie par des épouvantails (…). Cependant font incursion, soit les rapides chevreuils, soit l’onagre folâtre ; d’un côté, les campagnols amassent le froment dans leurs greniers souterrains, de l’autre, les fourmis, en une fébrile colonne, ravagent la récolte ; C’est ainsi ! Personne n’est exempt de souci quand il possède un champ.

Pendant le sommeil du père de famille, l’ennemi a semé l’ivraie ; comme les disciples se hâtaient d’aller la déraciner, le Seigneur les en a empêchés, se réservant à Lui-même de séparer la paille et le froment. (…) Personne, avant le jour du Jugement ne se peut s’approprier la pelle à vanner du Christ, personne ne peut juger qui que ce soit.

Saint Jérôme (347-420)

La pureté de la foi

lundi 8 juillet 2019

Penses-tu que, lorsque viendra le Fils de l’Homme, Il trouvera la foi sur la terre ? (Lc 18, 8) Que ceux qui avancent cette sentence de l’Évangile sachent que la foi mentionnée ici est celle dont le Seigneur disait : « Ta foi t’a sauvée » (Mt 9,22). Et ailleurs, à propos du centurion : « Je n’ai pas trouvé pareille foi en Israël » (Mt 8, 10). (…) Ni le centurion, ni cette pauvre femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans (Mc 5,25), ne croyaient au mystère de la Trinité, qui a été manifesté aux Apôtres après la résurrection du Christ, (…) mais c’est la simplicité de leur cœur et leur âme donnée à leur Dieu qui sont approuvées ici. « Elle disait en effet dans son cœur : si je touche la frange de son vêtement, je serai sauvée ! » (Mt 9, 21) Voilà la foi dont le Seigneur a dit qu’elle se trouve rarement ! Voilà la foi qui, même chez ceux qui croient, est difficilement parfaite ! « Qu’il te soit fait, dit le Seigneur, selon ta foi ! » (Mt 8,13).

Cette parole, moi, je désire ne pas l’entendre ! En effet, pour peu qu’il me soit fait selon ma foi, je périrai. Certes, « je crois en Dieu le Père, je crois en Dieu le Fils, je crois à l’Esprit Saint qui est Dieu, je crois en un seul Dieu », et cependant je ne veux pas qu’il me soit fait « selon ma foi ». Souvent, en effet, survient l’homme ennemi et, au milieu de la moisson du Seigneur, il sème l’ivraie. (…)

En réalité, bien des fois, dans ma prière, je flâne à travers les rues, je calcule des intérêts, ou bien, emporté par une songerie honteuse, je m’occupe de ce que je rougirais de dire. Où est la foi ? À chacun d’interroger son propre cœur et, dans la vie, il verra combien il est rare de découvrir une âme fidèle au point de ne rien faire par désir de gloire ni rien pour le ‘qu’en-dira-t-on’. (…) En effet, les vices voisinent avec les vertus. Il est difficile de se contenter d’avoir Dieu seul pour juge.

Saint Jérôme (347-420)

 

 

 

« C’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint. »

jeudi 3 janvier 2019

« Un rameau sortira de la souche de Jessé (père de David), un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur » (Is 11,1-2). Toute cette prophétie concerne le Christ… Le rameau et la fleur qui sortent de la souche de Jessé, les juifs les interprètent du Seigneur lui-même : pour eux le rameau est le symbole du sceptre royal ; la fleur, celui de sa beauté. Nous les chrétiens, nous voyons dans le rameau issu de la souche de Jessé la sainte Vierge Marie, à qui nul ne s’est uni pour la rendre féconde. C’est elle que désignait plus haut le même prophète : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils » (7,14). Et dans la fleur nous reconnaissons le Seigneur notre Sauveur qui dit dans le Cantique des cantiques : « Je suis la fleur des champs et le lys des vallées » (Ct 2,1)…

Sur cette fleur qui jaillit soudain de la souche et de la racine de Jessé par la Vierge Marie, va reposer l’Esprit du Seigneur, car « Dieu s’est plu à faire habiter en lui corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2,9). Non d’une manière fragmentaire, comme sur les autres saints, mais… selon ce qu’on lit dans l’évangile de Matthieu : « Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui je me complais. Je ferai reposer sur lui mon esprit. Aux nations, il fera connaître le jugement » (Mt 12,18; Is 42,1). Nous appliquons cette prophétie au Sauveur sur qui l’Esprit du Seigneur a reposé, ce qui veut dire qu’il établit en lui sa demeure éternelle… Comme en témoigne Jean Baptiste, il descend pour demeurer sans cesse sur lui : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint’ »… Cet Esprit est appelée « Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science, de piété et de crainte du Seigneur » (Is 11,2)… Il est l’unique et même source de tous les dons.

Saint Jérôme (347-420)

 

 

 

 

Jésus, cause de division entre les hommes

jeudi 25 octobre 2018

Le Christ annonce maintenant ce qui va suivre sa prédication. Face au christianisme, le monde entier s‘est divisé, les uns se sont dressés contre les autres. Chaque maison eut ses incroyants, ses croyants ; une guerre bonne fut apportée pour rompre une paix mauvaise. Il est écrit dans la Genèse que Dieu procéda à peu près ainsi contre les hommes rebelles qui, venus de l’Orient, élevaient hâtivement une tour pour pénétrer dans les hauteurs du ciel (Cf. Gn 11,1-9): Il mit chez eux la guerre. D’où la prière de David : disperse, Seigneur, les peuples qui veulent la guerre (Cf. Ps 67(68),31).

L’ordre est nécessaire en toute affection. Aime ton père, aime ta mère, aime tes fils après Dieu. S’il devient inévitable de mettre en balance l’amour de ses parents et de ses enfants avec l’amour de Dieu sans qu’il soit possible de les conserver tous les deux, alors, ne pas préférer les siens est piété envers Dieu.

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église

 

 

 

Le fardeau léger de la loi du Christ

jeudi 19 juillet 2018

« Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. » Le péché est un fardeau, comme l’atteste le psalmiste lorsqu’il dit : « Mes péchés se sont appesantis sur moi comme un fardeau. » Le Sauveur s’est chargé de ce fardeau pour nous, nous enseignant ainsi par son exemple ce que nous devons faire nous-mêmes. Car Lui-même porte le fardeau de nos péchés, Il souffre pour nous (Is 53, 4), et Il invite ceux qui sont accablés sous le lourd fardeau de la loi et de leurs péchés à porter le fardeau léger de la vertu, lorsqu’Il dit : « Mon joug est doux, et mon fardeau léger. » Mt 11,30).

Celui donc qui, ne désespérant pas du salut de son frère, tend la main à celui qui implore son appui, pleure avec celui qui pleure, est faible avec les faibles, et regarde les péchés d’autrui comme les siens propres, celui-là accomplit par la charité la loi du-Christ. Quelle est cette loi du Christ ? «  Le commandement que Je vous donne est que vous vous aimiez les uns les autres » (Jn 13, 34). Quelle est la loi du Fils de Dieu ? « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés » Comment le Fils de Dieu nous a-t-Il aimés ? « Personne ne peut témoigner un plus grand amour qu’en donnant sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13)

Celui qui n’a pas de clémence, qui ne s’est pas revêtu des entrailles de la miséricorde et des larmes, quelque élevé qu’il soit en spiritualité, celui-là n’accomplit pas la loi du Christ.

Celui qui vient au secours du pauvre accablé sous le poids de l’indigence et se fait des amis avec l’argent inique (Lc 16,), celui-là porte les nécessités de son frère. C’est à lui que Jésus dira après la résurrection générale : « Venez à moi, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde. Car J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, J’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. » (Mt 25,34-35)

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
Commentaire de l’Épître aux Galates, L3 ch 6 (Œuvres complètes de Saint Jérôme, Tome 10, trad.abbé J. Bareille, rev.)

 

 

 

Tout quitter pour tout recevoir

mercredi 11 juillet 2018

Nous avons reçu plus que nous n’avons donné ; nous quittons de petites choses et nous trouvons des biens immenses. Le Christ rend au centuple ce qu’on fait pour lui : « Si tu veux être parfait, va, vends tout et donnes-en le prix aux pauvres. Puis, viens et suis-moi ». « Si tu veux être parfait » — les grandes choses sont toujours laissées à notre libre choix. De même l’apôtre Paul ne fait pas un commandement de la virginité (1Co 7), car Jésus a dit : « L’observe qui pourra ! Ce don vient de la miséricorde de Dieu » (cf Mt 19,12). « Si tu veux être parfait » ; on ne vous l’impose pas, afin que le sacrifice étant volontaire, le mérite en devienne plus grand. Et cependant, pour arriver à la perfection, il ne suffit pas simplement de mépriser les richesses et de donner ses biens, de se libérer de ce qu’on peut perdre et acquérir en un moment. Cela, les philosophes l’ont fait ; un chrétien doit faire plus qu’eux.

Il ne suffit pas de quitter les biens terrestres, il faut suivre le Christ. Mais suivre le Christ, qu’est-ce que c’est ? C’est renoncer à tout péché, et adhérer à toute vertu. Le Christ, c’est la Sagesse éternelle, ce trésor qu’on trouve en un champ (Mt 13,44), dans le champ des Saintes Écritures. C’est la perle précieuse pour laquelle il en faut sacrifier beaucoup d’autres (Mt 13,46). Le Christ, c’est encore la sainteté, la sainteté sans laquelle personne ne verra la face de Dieu. Le Christ est notre rédemption, notre rédempteur ; il est notre rançon (1 Tm 2,6). Le Christ est tout : celui donc qui acceptera de tout quitter pour lui retrouvera tout en lui. Celui-là pourra dire : « Ma part d’héritage, c’est le Seigneur » (Ps 15,5)… Ne donnez pas seulement votre argent, si vous voulez suivre Jésus Christ. Donnez-vous vous-même à lui ; imitez le Fils de l’Homme qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mc 10,45).

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
Lettre (trad. rev. Tournay)

 

« Je te le dis, lève-toi ! »

dimanche 1 juillet 2018

« Il ne laissa personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques ». On pourrait se demander pourquoi Jésus emmène toujours ces disciples-là et pourquoi il laisse les autres. Ainsi, lorsqu’il a été transfiguré sur la montagne, ces trois-là l’accompagnaient déjà… Sont choisis Pierre, sur qui l’Église a été bâtie, ainsi que Jacques, le premier apôtre qui ait reçu la palme du martyre, et Jean, le premier à prôner la virginité…

« Et il pénètre là où était l’enfant, et tenant l’enfant par la main, il lui dit : Talitha koum.  Et aussitôt, la fillette se tint debout, et elle marchait. » Souhaitons que Jésus nous touche nous aussi, et aussitôt nous marcherons. Que nous soyons paralytiques ou que nous commettions de mauvaises actions, nous ne pouvons pas marcher ; nous sommes peut-être couchés sur le lit de nos péchés comme sur notre lit véritable. Dès que Jésus nous aura touchés, nous serons aussitôt guéris. La belle-mère de Pierre souffrait de fortes fièvres ; Jésus lui a pris la main, elle s’est relevée et aussitôt elle les servait (Mc 1,31)… « Et il leur dit de lui donner à manger. » De grâce, Seigneur, touche-nous la main, à nous qui sommes couchés, relève-nous du lit de nos péchés, fais-nous marcher. Lorsque nous aurons marché, ordonne qu’on nous donne à manger. Gisants, nous ne pouvons pas marcher, et si nous ne sommes pas debout, nous ne pouvons pas recevoir le corps du Christ, à qui appartient la gloire, avec le Père et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles.

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
Commentaire sur l’évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 55)

 

 

 

Le Christ, annoncé par la Loi et les prophètes, unique Sauveur du genre humain.

dimanche 25 février 2018

« Et Pierre répondit à Jésus : Rabbi il est bon que nous soyons ici. » Quand je lis les Écritures et que je comprends spirituellement quelque enseignement sublime, moi aussi je ne veux pas descendre de là, je ne veux pas descendre à des réalités plus humbles : je veux faire dans mon cœur une tente pour le Christ, la Loi et les prophètes. Mais Jésus qui est venu pour sauver ce qui était perdu, qui n’est pas venu pour sauver ceux qui sont saints mais ceux qui se portent mal, sait que, s’Il reste sur la montagne, s’Il ne redescend sur terre, le genre humain ne sera pas sauvé.

« Et aussitôt regardant tout autour d’eux, ils ne virent personne. » Quand je lis l’Évangile et que j’y vois des témoignages de la Loi et des prophètes, c’est le Christ seul que je considère : je n’ai vu Moïse, je n’ai vu les prophètes, que pour comprendre qu’ils parlaient du Christ. Lorsqu’enfin j’arrive à la splendeur du Christ et que j’aperçois en quelque sorte la lumière resplendissante du soleil éclatant, je ne peux voir la lumière d’une lanterne. Si l’on allume une lanterne en plein jour, peut-elle éclairer ? SI le soleil brille, la lumière d’une lanterne est invisible : ainsi, en présence du Christ, la Loi et les prophètes, en comparaison, sont totalement invisibles. Je ne critique pas la Loi et les prophètes, bien plutôt je les loue parce qu’ils annoncent le Christ ; mais je lis la Loi et les prophètes sans vouloir m’enfermer dans la Loi et les prophètes, mais afin de parvenir, à travers la Loi et les prophètes, au Christ. À Lui, avec le Père et l’Esprit Saint, gloire et majesté pour l’infinité des siècles des siècles. Amen.

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
Homélies sur Marc, n°6, SC 494 (p. 165,167,161,172, trad. SC)

 

 

L’amour du prochain : support mutuel et bienveillance ; puiser à la source de la Bonté divine

samedi 24 février 2018

« Ainsi donc, tant que nous en avons le temps, pratiquons le bien à l’égard de tous, et surtout de nos frères dans la Foi. » (Ga 6, 10) Le temps présent, celui du cours de la vie, est le temps des semailles. Durant cette vie, nous pouvons semer ce que nous voulons. Quand cette vie sera écoulée, le temps d’agir nous sera ôté. C’est pourquoi le Sauveur dit : « Travaillez tant qu’il fait jour. La nuit viendra, où nul ne pourra plus travailler. » (Jn 9, 4)

Que nous soyons malades ou bien-portants, humbles ou puissants, pauvres ou riches, affamés ou rassasiés, faisons tout au nom du Seigneur, avec patience et égalité d’âme ; alors s’accomplira en nous ce que dit l’Écriture : « Toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8, 28). La colère elle-même, la passion, l’outrage reçu qui demande vengeance, deviennent pour moi, si je me maîtrise, si je garde le silence pour Dieu, si à travers chaque piqûre blessante et sous la pression des vices, je pense à Dieu qui me regarde d’En-Haut, autant d’occasions de triomphe.

Ne disons-pas, lorsque nous distribuons des dons : celui-ci est un ami, celui-là, je l’ignore ; celui-ci a droit à recevoir, celui-là doit être méprisé. Imitons notre Père, « qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (cf. Mt 5, 45) La source de sa Bonté est ouverte à tous. Esclave et homme libre, plébéien et roi, riche et pauvre, tous y boivent pareillement. La lampe allumée dans la maison éclaire tous sans distinction.

Saint Jean l’Évangéliste à la fin de sa vie, alors qu’il ne pouvait exprimer sa pensée par un discours suivi, ne proférait d’autre parole que celle-ci : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. » (Cf. Jn 13,34) À la fin, ses disciples lui dirent : « Maître, pourquoi nous dîtes-vous toujours cela ? » Jean répondit par cette sentence digne de lui : « Parce que c’est le précepte du Seigneur ; que seulement on l’accomplisse, et cela suffit. »

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
Commentaire de l’Épître aux Galates, L3 ch 6 (Œuvres complètes de Saint Jérôme, Tome 10, trad.abbé J. Bareille, rev.)

 

 

 

« Ils partirent derrière lui. »

dimanche 21 janvier 2018

Jesus-appelle-ses-disciples

« Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Heureuse mutation de la pêche : Simon et André sont la pêche de Jésus… Ces hommes sont assimilés à des poissons, pêchés par le Christ, avant d’aller eux-mêmes pêcher d’autres hommes. « Et aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. » Une foi véritable ne connaît pas de délai ; dès qu’ils l’ont entendu, ils ont cru, l’ont suivi et sont devenus pêcheurs. « Aussitôt, laissant leurs filets. » Je pense qu’à travers ces filets, ce sont tous les vices de la vie de ce monde qu’ils ont quittés…

« Et quelques pas plus loin, il vit Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, son frère… Aussitôt, il les appela ; et, laissant leur père dans la barque avec ses employés, ils partirent à sa suite. » On me dira : la foi est audacieuse. Quel indice avaient-ils, quelle marque sublime avaient-ils remarquée pour le suivre dès qu’il les a appelés ? Nous réalisons que de toute évidence quelque chose de divin émanait du regard de Jésus, de l’expression de son visage, qui incitait ceux qui regardaient Jésus à se tourner vers lui… Pourquoi dis-je tout cela ? C’est pour vous montrer que la parole du Seigneur agissait, et qu’à travers le moindre de ses mots, il travaillait à son œuvre : « Lui commanda, eux furent créés » (Ps 148,5) ; avec la même simplicité, lui a appelé, eux ont suivi… : « Écoute, ma fille, regarde et tend l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père ; alors le roi désirera ta beauté » (Ps 44,11-12).

Écoute bien, frère, et suis la trace des apôtres ; écoute la voix du Sauveur, ignore ton père par la chair, et vois le Père véritable de ton âme et de ton esprit… Les apôtres quittent leur père, quittent leur barque, quittent toutes leurs richesses d’alors ; ils abandonnent le monde et ses innombrables richesses ; ils renoncent à tout ce qu’ils possèdent. Mais ce n’est pas la masse des richesses que Dieu considère, c’est l’âme de celui qui y renonce. Eux qui ont quitté peu de chose auraient tout aussi bien renoncé, le cas échéant, à une grande fortune.

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église
Homélies sur l’évangile de St Marc ; PL 52, 125-171 (trad. Marc commenté, DDB 1986, p.42s)