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Archive pour le mot-clef ‘St Jean de la Croix’

C’est dans le silence de l’âme qu’elle se fait entendre.

jeudi 6 décembre 2018

Le Père céleste a dit une seule parole : c’est son Fils. Il l’a dit éternellement et dans un éternel silence. C’est dans le silence de l’âme qu’elle se fait entendre.

Parlez peu, et ne vous mêlez pas des choses sur lesquelles vous n’êtes pas interrogé.

Ne vous plaignez de personne ; ne faites jamais de questions ou, s’il le faut absolument, que ce soit en peu de mots.

Veillez à ne contredire personne, et ne vous permettez jamais une parole qui ne soit pas pure.

Quand vous parlez, que ce soit de façon à n’offenser personne, et ne dites que des choses que vous puissiez sans crainte dire devant tout le monde.

Ayez toujours la paix intérieure ainsi qu’une attention amoureuse pour Dieu, et quand il faudra parler, que ce soit avec le même calme et la même paix.

Gardez pour vous ce que Dieu vous dit, et souvenez-vous de cette parole de l’Écriture : « Mon secret est à moi » (Is 24,16)…

Pour avancer dans la vertu, il est important de se taire et d’agir, car en parlant on se distrait, tandis qu’en gardant le silence et en travaillant, on se recueille.

Dès que l’on a appris de quelqu’un ce qu’il faut pour l’avancement spirituel, il ne faut pas lui demander d’en dire davantage ni continuer à parler, mais se mettre à l’œuvre sérieusement et en silence, avec zèle et humilité, avec charité et mépris de soi.

Avant toutes choses, il est nécessaire et convenable de servir Dieu dans le silence des tendances désordonnées, comme de la langue, afin de n’entendre que des paroles d’amour.

Saint Jean de la Croix (1542-1591)

carme, docteur de l’Église

 

 

 

« Dieu fait aussi l’intérieur… Alors tout sera pur pour vous. »

mardi 16 octobre 2018

Prière de l’âme embrasée d’amour : Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé ! Si le souvenir de mes péchés t’empêche de m’accorder la grâce que je sollicite, accomplis ta volonté, car c’est là ce que je préfère. Et cependant, j’ose t’en supplier : donne lieu à ta bonté, à ta miséricorde, de resplendir dans le pardon que tu m’accorderas. Si ce sont mes œuvres que tu attends pour m’accorder l’objet de ma requête, donne-les-moi en les opérant toi-même en moi. Joins-y les peines que tu voudras bien accepter, et qu’elles viennent… Qui pourra, mon Dieu, s’affranchir des modes et des termes vulgaires, si tu ne l’élèves toi-même jusqu’à toi en pureté d’amour ? Comment montera jusqu’à toi l’homme engendré, nourri dans les bassesses, si tu ne l’élèves, Seigneur, de cette même main qui l’a formé ? Tu ne retireras point, mon Dieu, ce que tu m’as une fois donné en me donnant ton Fils unique, Jésus Christ, en qui tu m’as donné tout ce que je peux désirer. Aussi je veux me réjouir, car tu ne tarderas pas, si je t’espère véritablement. Et toi, qu’attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans ton cœur ? Les cieux sont à moi et la terre est à moi. À moi les nations, à moi les justes, à moi les pécheurs. Les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi. Tout est à moi. Dieu est à moi et pour moi, puisque le Christ est à moi et tout entier pour moi (cf 1Co 3,22-23). Après cela, que demandes-tu et que cherches-tu, mon âme ? Tout est à toi et entièrement pour toi. Sois fière et ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père. Sors et glorifie-toi de ta gloire. Réjouis-toi, et tu obtiendras ce que ton cœur demande (Ps 36,4).

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église

 

 

 

« Dieu, crée pour moi un cœur pur. » (Ps 50,12)

mercredi 7 février 2018

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La pureté du cœur correspond au degré d’amour et de grâce de Dieu ; aussi quand notre Sauveur appelle bienheureux ceux qui ont le cœur pur (Mt 5,8), il parle de ceux qui sont remplis d’amour, car la béatitude nous est donnée selon le degré de notre amour.
Celui qui aime vraiment Dieu ne rougit point devant le monde de ce qu’il fait pour Dieu, et il ne le cache pas avec confusion, alors même que le monde entier viendrait à le condamner.
Celui qui aime vraiment Dieu regarde comme un gain et une récompense la perte de toutes les choses créées, et la perte de lui-même par amour pour Dieu…

Celui qui travaille pour Dieu avec un amour pur, non seulement ne s’inquiète pas d’être vu des hommes, mais n’agit même pas pour être vu de Dieu…
C’est une grande chose que de s’exercer beaucoup dans le saint amour, car l’âme arrivée à la perfection et à la consommation de l’amour, ne tarde pas, soit en cette vie, soit en l’autre, à voir la face de Dieu.
Celui qui a le cœur pur profite également de l’élévation et de l’abaissement pour devenir toujours plus pur, tandis que le cœur impur ne s’en sert que pour produire encore des fruits d’impureté.
Le cœur puise en toutes choses une connaissance de Dieu savoureuse, chaste, pure, spirituelle, pleine de joie et d’amour.

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
Avis et maximes (161-168 in trad. Seuil 1945, p. 1202)

 

 

 

« Jésus étendit la main et le toucha. »

jeudi 11 janvier 2018

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Ô Vie divine, tu ne touches pas pour tuer, mais pour donner la vie ; tu ne blesses pas, sinon afin de guérir. Quand tu châties, tu touches légèrement, et cela suffit pour consumer le monde. Quand tu caresses, tu poses ta main fort à propos, la douceur de ta caresse n’a point de mesure. Ô Main divine, tu m’as blessé pour me guérir ; tu fais mourir en moi ce qui me prive de la vie de Dieu, en qui maintenant je me vois vivant. Et tu fais cela par ta grâce généreuse, moyennant la touche de celui qui est « la splendeur de ta gloire, la figure de ta substance » (He 1,3), ton Fils unique, ta Sagesse en qui « tu atteins puissamment d’un bout du monde à l’autre » (Sg 8,1). Lui, ton Fils unique, Main miséricordieuse du Père, il est la touche délicate avec laquelle tu m’as touché, blessé et brûlé intérieurement.

Ô touche délicate, Verbe Fils de Dieu, tu pénètres subtilement notre âme par la délicatesse de ton être divin ; tu la touches si délicatement que tu l’absorbes toute entière en toi, d’une manière si divine et si douce « qu’on n’en a jamais entendu parler en Canaan, qu’on ne l’a jamais vu au pays de Témân » (Ba 3,22). Ô touche délicate du Verbe, d’autant plus délicate à mon égard qu’ayant renversé les montagnes et brisé les rochers de la montagne de l’Horeb par l’ombre de ta puissance qui allait devant toi, tu t’es fait sentir si doucement, si fortement au prophète Élie « dans le délicat murmure de l’air » (1R 19,12). Comment es-tu brise légère et subtile ? Dis-moi comment tu touches si légèrement et si délicatement, ô Verbe, Fils de Dieu, toi qui es si puissant et si terrible ? Heureuse, mille fois heureuse l’âme que tu touches si délicatement ! … « Tu les caches dans le secret de la face, c’est-à-dire ton Verbe, ton Fils, à l’abri du trouble des hommes. » (Ps 30,21)

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
La Vive Flamme d’amour, strophe 2 (trad. Grégoire de Saint Joseph, Seuil 1947,1995, rev Tournay)

 

 

 

Fête des saints Michel, Gabriel et Raphaël, archanges

vendredi 29 septembre 2017

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Les anges sont nos pasteurs ; non seulement ils portent à Dieu nos messages, mais ils nous apportent aussi ceux de Dieu. Ils nourrissent nos âmes de leurs douces inspirations et des communications divines ; en bons pasteurs, ils nous protègent et nous défendent contre les loups, c’est-à-dire contre les démons.
Par leurs secrètes inspirations, les anges procurent à l’âme une connaissance plus haute de Dieu ; ils l’embrasent ainsi d’une plus vive flamme d’amour pour lui ; ils vont même jusqu’à la laisser toute blessée d’amour…

La lumière de Dieu illumine l’ange en le pénétrant de sa splendeur et en l’embrasant de son amour, car l’ange est un pur esprit tout disposé à cette participation divine, mais d’ordinaire elle n’éclaire l’homme que d’une manière obscure, douloureuse et pénible, parce que l’homme est impur et faible…
Quand l’homme est devenu vraiment spirituel et transformé par l’amour divin qui le purifie, il reçoit l’union et l’amoureuse illumination de Dieu avec une suavité semblable à celle des anges…

Rappelez-vous combien il est vain, périlleux et funeste de se réjouir d’autre chose que du service de Dieu, et considérez quel malheur ce fut pour les anges qui se sont réjouis et complus dans leur beauté et leurs dons naturels, puisque c’est pour cela que certains sont tombés, privés de toute beauté, au fond des abîmes.

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
Avis et maximes (n°220-226 in trad. Seuil 1945, p. 1212 rev.)

 

 

 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur…, de toute ta force. »

jeudi 8 juin 2017

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La force de l’âme est dans ses puissances, ses passions et ses facultés. Si la volonté les tourne vers Dieu et les tient à l’écart de tout ce qui n’est pas Dieu, l’âme garde pour Dieu toute sa force ; elle l’aime vraiment de tout son pouvoir, comme le Seigneur lui-même le commande.
Se rechercher soi-même en Dieu, c’est rechercher les douceurs et les consolations de Dieu, et cela est contraire au pur amour de Dieu.
C’est un grand mal d’avoir en vue les biens de Dieu plutôt que Dieu lui-même, l’oraison et le détachement.

Il y en a beaucoup qui cherchent en Dieu leurs consolations et leurs goûts, et désirent que sa Majesté les comble de ses faveurs et de ses dons ; mais le nombre de ceux qui prétendent lui plaire et lui donner quelque chose à leurs dépens, en méprisant leur propre intérêt, est très petit.
Il y a peu d’hommes spirituels, même parmi ceux que l’on regarde comme très avancés dans la vertu, qui acquièrent une parfaite détermination pour le bien. Ils n’arrivent jamais à se renoncer entièrement sur quelque point de l’esprit du monde ou de la nature, ni à mépriser ce qu’on dira ou ce qu’on pensera d’eux, quand il s’agit d’accomplir par amour pour Jésus Christ des œuvres de perfection et de détachement…

Celui qui ne veut que Dieu seul ne marche pas dans les ténèbres, quelque pauvre et privé de lumière qu’il puisse être à ses propres yeux…
L’âme qui, au milieu des sécheresses et des délaissements, conserve toujours son attention et sa sollicitude pour servir Dieu, pourra avoir de la peine et craindre de ne pas réussir ; mais, en réalité, elle offrira à Dieu un sacrifice de très agréable odeur (Gn 8,21).

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
Avis et maximes (121-143 in trad. Seuil 1945, p. 1199)

 

 

 

 

« Il leur reprocha leur incrédulité. »

samedi 22 avril 2017

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Là où il y a une abondance de signes et de témoignages, il y a moins de mérite à croire… C’est pourquoi Dieu n’opère des œuvres merveilleuses que lorsqu’elles sont absolument nécessaires pour amener les hommes à croire. Pour ce motif et afin que ses disciples ne soient pas privés du mérite de la foi s’ils avaient expérimenté par eux-mêmes sa résurrection, avant de leur apparaître, il a disposé les choses pour qu’ils croient sans le voir lui-même.

À Marie-Madeleine il a montré d’abord le tombeau vide ; ensuite il l’a fait instruire par les anges, parce que « la foi naît de ce qu’on entend » comme dit saint Paul (Rm 10,17). Ainsi, il voulait qu’elle croie en entendant et avant de voir ; et quand elle l’a vu, c’était sous la forme d’un jardinier, afin d’achever de l’instruire dans la foi.

Aux disciples il a envoyé d’abord les saintes femmes pour leur dire qu’il était ressuscité. Aux pèlerins d’Emmaüs, il a enflammé d’abord le cœur par la foi avant de se découvrir à eux. Finalement, il a repris tous ses disciples de n’avoir pas cru. Quant à Thomas, qui avait voulu toucher ses plaies, il lui a dit : « Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20,29).

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
La Montée du Carmel, 3,31 (trad. OC, Cerf 1990, p. 869 rev.)

 

 

 

« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu. »

jeudi 16 février 2017

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La profondeur de la sagesse et de la science de Dieu est immense, à tel point que l’âme, bien qu’elle en connaisse les merveilles dans une certaine mesure, peut toujours pénétrer plus avant encore. À la vue de ces richesses incalculables, saint Paul jetait ce cri d’admiration : « Ô profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ! » (Rm 11,33) L’âme souhaite ardemment s’enfoncer chaque jour davantage dans ces divines profondeurs, dans cet abîme inscrutable des jugements et des voies de Dieu ; les connaître est une jouissance inestimable et qui surpasse tout sentiment… Oh ! si l’on comprenait combien il est impossible de… posséder ces immenses trésors sans passer par des souffrances. Avec quelle ardeur l’âme désirerait la grâce de souffrir des croix ; avec quelle consolation, quelle joie elle les accueillerait pour pouvoir entrer dans les secrets de cette sagesse divine ! … Car la porte qui introduit dans les trésors de la sagesse est d’autant plus étroite (Mt 7,13) qu’elle n’est autre que la croix elle-même. Un grand nombre d’âmes, il est vrai, aspirent à jouir des délices qu’elle procure ; mais il y en a bien peu qui désirent passer par la seule porte qui y conduise.

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
Cantique spirituel, 36-37 (trad. Mame 1936)

 

 

 

« La parole que vous entendez n’est pas à moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. »

lundi 4 mai 2015

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La raison principale pour laquelle sous la Loi ancienne il était permis d’interroger Dieu et qu’il convenait aux prophètes et aux prêtres de désirer des visions et des révélations divines, c’est que la foi n’était pas encore fondée, ni la Loi évangélique promulguée… Mais maintenant…, il n’y a plus lieu d’interroger Dieu de cette manière, pour qu’il parle et réponde comme autrefois. Car en nous donnant son Fils comme il l’a fait, son Fils qui est son unique Parole (Jn 1,1) car il n’en a pas d’autre, Dieu nous a tout dit en une fois et par cette seule Parole : il n’a plus rien à dire. C’est le sens du passage où saint Paul dit aux Hébreux… : « Dieu a parlé à nos pères par les prophètes, souvent et de bien des manières ; dans les derniers temps, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par le Fils » (He 1,1)…

Voilà pourquoi celui qui voudrait interroger Dieu maintenant ou demander des visions ou des révélations non seulement ferait une sottise mais offenserait Dieu, parce qu’il cesserait de fixer les yeux sur le Christ et voudrait quelque chose d’autre ou de nouveau. Dieu pourrait lui répondre : « Puisque je t’ai dit tout ce que j’avais à dire par la Parole qui est mon Fils, il ne me reste plus rien à te révéler ou à te répondre. Fixe les yeux sur lui seul, car en lui j’ai tout déposé, en lui j’ai tout dit, tout révélé ; en lui tu trouveras bien plus que tout ce que tu peux désirer et demander… Depuis le jour où je suis descendu sur lui avec mon Esprit au mont Thabor, en disant : ‘ Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour : écoutez-le ‘ (Mt 17,5), j’ai mis fin à tout autre enseignement, à toute autre réponse… Écoutez-le, parce que je n’ai plus rien à révéler, plus rien à manifester. Si j’ai parlé autrefois, c’était pour vous promettre le Christ. Quand on m’adressait des questions, elles concernaient l’espérance du Christ, en qui vous trouverez tout bien, comme le proclame maintenant la doctrine exposée par les évangélistes et les apôtres ».

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
La Montée du Carmel, livre 2, ch. 22

 

 

 

L’esprit de propriété ou la pauvreté dans l’Esprit ?

mardi 19 août 2014

SAINT-JEAN-DE-LA-CROIXN’ayez pas d’autre désir que celui d’entrer seulement par amour du Christ dans le détachement, le vide et la pauvreté par rapport à tout ce qui existe sur la terre. Vous n’éprouverez pas d’autres besoins que ceux auxquels vous aurez ainsi soumis votre cœur. Le pauvre en esprit (Mt 5,3) n’est jamais plus heureux que lorsqu’il se trouve dans l’indigence ; celui dont le cœur ne désire rien est toujours à l’aise.

Les pauvres dans l’Esprit donnent avec une grande générosité tout ce qu’ils possèdent. Leur plaisir est de savoir s’en passer en l’offrant par amour pour Dieu et pour le prochain (Mt 22,37s)… Non seulement les biens, les joies et les plaisirs de ce monde nous encombrent et nous retardent dans la voie vers Dieu, mais les joies et les consolations spirituelles sont elles-mêmes un obstacle à notre marche en avant si nous les recevons ou les recherchons avec un esprit de propriété.

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
Avis et maximes, n°355-357, 362, éd. de 1693 (trad. P. Grégoire de saint Joseph, Oeuvres, Seuil 1945, p. 1233 rev.)

 

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