ACCUEIL

Archive pour le mot-clef ‘St Ambroise’

Voyant leur foi, il lui pardonne

vendredi 13 janvier 2023

« Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : ‘Tes péchés sont pardonnés’. » Le Seigneur est grand : à cause des uns, il pardonne aux autres ; il accueille la prière des premiers et il pardonne aux seconds leurs péchés. Hommes, pourquoi donc croire aujourd’hui que votre compagnon d’existence ne pourrait rien faire pour vous, quand le serviteur a le droit d’intervenir auprès de son Seigneur et d’être exaucé ?

Vous qui jugez, apprenez donc à pardonner ; et vous qui êtes malades, apprenez donc à supplier. Si vous n’espérez pas le pardon direct des fautes graves, recourez alors à des intercesseurs, recourez à l’Église qui priera pour vous. Alors, par égard pour elle, le Seigneur vous accordera le pardon qu’il aurait pu vous refuser. Nous ne négligeons pas la réalité historique de la guérison du paralytique, mais nous reconnaissons avant tout la guérison en lui de l’homme intérieur, à qui ses péchés sont pardonnés. (…)

Le Seigneur veut sauver les pécheurs ; il montre sa divinité par sa connaissance des secrets et par les merveilles de ce qu’il fait. « Qu’est-ce qui est le plus facile à dire, demande-t-il donc, de dire : ‘Tes péchés te sont remis’ ou bien : ‘Lève-toi et marche’ ? » Ici il fait voir une image complète de la résurrection, puisque, guérissant la blessure de l’âme et du corps (…), l’homme tout entier est guéri.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Pourquoi pleures-tu ? » (Jn 20,13)

mercredi 2 novembre 2022

Qu’ils pleurent, ceux qui ne peuvent pas avoir l’espérance de la résurrection ; ce n’est pas la volonté de Dieu qui la leur ôte mais la dureté de ce qu’ils croient. Il faut qu’il y ait une différence entre les serviteurs du Christ et les païens. La voici : eux, ils pleurent les leurs qu’ils pensent morts pour toujours ; ils ne trouvent nulle fin à leurs larmes, n’atteignent nul repos pour leur tristesse…, tandis que pour nous la mort n’est pas la fin de notre existence mais la fin de notre vie. Puisque notre existence est restaurée par une condition meilleure, que donc l’arrivée de la mort balaie tous nos pleurs…

Combien notre consolation est plus grande, nous qui croyons que nos bonnes actions promettent des récompenses meilleures après la mort. Les païens ont leur consolation : c’est de penser que la mort est un repos pour tous nos maux. Comme ils pensent que leurs morts sont privés de jouir de la vie, ils pensent aussi qu’ils sont privés de toute faculté de sentir et libérés de la douleur des peines dures et incessantes que nous supportons dans cette vie. Mais nous, de même que nous devons avoir l’esprit plus élevé à cause de la récompense attendue, nous devons aussi mieux supporter notre douleur grâce à cette consolation… Nos morts ont été envoyés non pas loin de nous, mais avant nous — eux que la mort ne prendra pas, mais que l’éternité recevra.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Tout homme qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère…recevra beaucoup plus. » (Mt 19,29)

jeudi 20 octobre 2022

« Vous croyez que je suis venu apporter la paix sur terre ? Non, vous dis-je, mais la séparation. Car désormais dans la même maison cinq personnes seront divisées, trois prenant parti contre deux, et deux contre trois… » Dans presque tous les passages de l’Évangile le sens spirituel joue un rôle important ; mais dans ce passage surtout, pour ne pas être rebuté par la dureté d’une explication simpliste, il faut chercher dans la trame du sens la profondeur spirituelle… Comment dit-il lui-même : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix » (Jn 14,27) s’il est venu séparer les pères de leurs fils, les fils de leurs pères, en rompant leurs liens ? Comment peut-on être appelé « maudit si l’on n’honore pas son père » (Dt 27,16), et fervent si on le délaisse ?

Si nous comprenons que la religion vient en premier lieu et la piété filiale en second, nous comprendrons que cette question s’éclaire ; il faut en effet faire passer l’humain après le divin. Car si on doit rendre des devoirs aux parents, combien plus au Père des parents, à qui on doit être reconnaissant pour nos parents ? … Il ne dit donc pas qu’il faut renoncer à ceux que nous aimons, mais préférer Dieu à tous. D’ailleurs on trouve dans un autre livre : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10,37). Il t’est interdit non d’aimer tes parents, mais de les préférer à Dieu. Car les relations naturelles sont des bienfaits du Seigneur, et personne ne doit aimer les bienfaits reçus plus que Dieu, qui préserve les bienfaits qu’il donne.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? »

mardi 11 octobre 2022

« Vous voilà bien, vous les Pharisiens ! Vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat. » Vous le voyez, nos corps sont désignés ici par les noms d’objets en terre et fragiles, qu’une simple chute peut briser. Et les sentiments profonds de l’âme sont désignés par les expressions et les gestes du corps, comme ce que l’intérieur de la coupe contient se fait voir au-dehors… Vous voyez donc que ce n’est pas l’extérieur de cette coupe ou de ce plat qui nous souille mais l’intérieur.

C’est pourquoi, comme un bon maître, Jésus nous a appris comment nettoyer les taches de notre corps, en disant : « Donnez en aumône ce que vous avez, et tout en vous sera pur ». Vous voyez combien il y a de remèdes ! La miséricorde nous purifie ; la parole de Dieu nous purifie aussi, selon ce qui est écrit : « Vous êtes déjà purs, grâce à la parole que je vous ai annoncée » (Jn 15,3)…

C’est le point de départ d’un très beau passage : le Seigneur nous invite à rechercher la simplicité et il condamne l’attachement à ce qui est superflu et terre-à-terre. Les Pharisiens, qui prennent les questions de la Loi matériellement, sont comparés non sans raison à la coupe et au plat, à cause de leur fragilité : ils observent des points qui n’ont aucune utilité pour nous, et ils négligent ceux où se trouve le fruit de notre espérance. Ils commettent donc une grande faute, en dédaignant le meilleur. Et pourtant le pardon est promis même à cette faute, si vient ensuite la miséricorde de l’aumône.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »

mardi 13 septembre 2022

Même si les symptômes de la mort ont enlevé tout espoir de vie, même si les corps des défunts gisent près du tombeau, cependant, à la voix de Dieu, les cadavres déjà prêts à se décomposer se relèvent, retrouvent la parole ; le fils est rendu à sa mère, il est rappelé du tombeau, il en est arraché. Quel est ce tombeau, le tien ? Tes mauvaises habitudes, ton manque de foi. C’est de ce tombeau que le Christ te délivre, de ce tombeau que tu ressusciteras, si tu écoutes la Parole de Dieu. Même si ton péché est si grave que tu ne peux le laver toi-même par les larmes de ton repentir, l’Église, ta mère, pleurera pour toi, elle qui intervient pour chacun de ses fils comme une mère veuve pour son fils unique. Car elle compatit par une sorte de souffrance spirituelle qui lui est naturelle, lorsqu’elle voit que ses enfants sont entraînés vers la mort par des vices funestes…

Qu’elle pleure donc, cette pieuse mère ; que la foule l’accompagne ; que non seulement une foule, mais une foule considérable compatisse à cette tendre mère. Alors tu ressusciteras dans ton tombeau, tu en seras délivré ; les porteurs s’arrêteront, tu te mettras à dire des paroles de vivant, tous seront stupéfaits. L’exemple d’un seul en corrigera beaucoup et ils loueront Dieu de nous avoir accordé de tels remèdes pour éviter la mort.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Réveille-toi, toi qui dors ; relève-toi d’entre les morts. » (Ep 5,14)

dimanche 11 septembre 2022

« J’irai trouver mon père, et je lui dirai : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi.’’ » Tel est notre premier aveu, au Créateur, au maître de la miséricorde, au juge de la faute. Bien qu’il connaisse tout, Dieu attend l’expression de notre aveu ; car « la confession des lèvres obtient le salut » (Rm 10,10). (…)

Voilà ce que se disait le fils cadet ; mais ce n’est pas assez de parler, si tu ne viens pas au Père. Où le chercher, où le trouver ? « Il se leva. » Lève-toi d’abord, toi qui jusqu’ici étais assis et endormi. Voilà ce que dit l’apôtre Paul : « Debout, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts » (Ep 5,14). (…) Debout donc, cours à l’Église : là est le Père, là est le Fils, là est l’Esprit Saint. Celui qui t’entend parler dans le secret de ton âme vient à ta rencontre ; et quand tu es encore loin, il te voit et il accourt. Il voit dans ton cœur ; il accourt, pour que personne ne te retarde ; il t’embrasse aussi. (…) Il se jette à ton cou pour te relever, toi qui gisais chargé de péchés, tourné vers la terre ; il te retourne vers le ciel pour que tu puisses y chercher ton Créateur. Le Christ se jette à ton cou, pour dégager ta nuque du joug de l’esclavage et y suspendre son joug de douceur. (…) Il se jette à ton cou, lorsqu’il dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous réconforterai ; prenez sur vous mon joug » (Mt 11,28). Telle est la manière dont il t’étreint, si tu te convertis.

Et il fait apporter une robe, un anneau, des chaussures. La robe est le vêtement de la sagesse (…), l’habillement spirituel et le vêtement des noces. L’anneau est-il autre chose que le sceau d’une foi sincère et l’empreinte de la vérité ? Quant aux chaussures, c’est la prédication de la Bonne Nouvelle.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Et Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra. »

mercredi 6 juillet 2022

01-enseignement

« Le Christ appela ses disciples et en choisit douze » pour les envoyer, semeurs de la foi, propager le secours et le salut des hommes dans le monde entier. Remarquez ce plan divin : ce ne sont pas des sages, ni des riches, ni des nobles, mais des pécheurs et des publicains qu’il a choisis pour les envoyer, de crainte qu’ils ne semblent avoir été entraînés par l’habileté, rachetés par les richesses, attirés à sa grâce par le prestige du pouvoir et de la notoriété. Il a fait ainsi pour que la victoire vienne du bien-fondé de la vérité, et non pas du prestige du discours.

Judas lui-même est choisi, non par mégarde mais en connaissance de cause. Quelle grandeur de cette vérité que même un serviteur ennemi ne peut pas affaiblir ! Quel trait de caractère du Seigneur, qui préfère compromettre à nos yeux son jugement plutôt que son amour ! Il s’était chargé de la faiblesse humaine et n’a pas refusé même cet aspect de la faiblesse humaine. Il a voulu l’abandon, il a voulu la trahison, il a voulu être livré par son apôtre, pour que toi, si un compagnon t’abandonne, si un compagnon te trahit, tu prennes avec calme cette erreur de jugement et la dilapidation de ta bonté.

Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
Commentaire sur l’évangile de Luc, V, 44-45 (trad. cf SC 45, p. 199)

 

 

 

« Le jour du sabbat…, il enseignait en homme qui a autorité. »

mardi 11 janvier 2022

C’est un jour du sabbat que le Seigneur Jésus commence à accomplir des guérisons, pour signifier que la nouvelle création commence au point où l’ancienne s’était arrêtée, et aussi pour marquer dès le début que le Fils de Dieu n’est pas soumis à la Loi mais supérieur à la Loi, qu’il ne détruit pas la Loi mais l’accomplit (Mt 5,17). Ce n’est pas par la Loi mais par le Verbe que le monde a été fait, comme nous le lisons : « Par la Parole du Seigneur les cieux ont été faits » (Ps 32,6). La Loi n’est donc pas détruite mais accomplie, afin de renouveler l’homme déchu. Voilà pourquoi l’apôtre Paul dit : « Débarrassez-vous de l’homme ancien ; revêtez l’homme nouveau, qui a été créé selon le Christ » (Col 3,9s).

Il est donc juste que le Seigneur commence le jour du sabbat, pour montrer qu’il est le Créateur (…), continuant l’ouvrage qu’il avait commencé jadis lui-même. Comme l’ouvrier qui s’apprête à réparer une maison, il commence, non par les fondations, mais par les toits ; il commence à démolir ce qui est délabré. (…) En délivrant le possédé, il commence par le moindre pour en venir au plus grand : même des hommes peuvent délivrer du démon — par la parole de Dieu, il est vrai — mais commander aux morts de ressusciter n’appartient qu’à la puissance de Dieu.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Faites-vous des amis avec l’argent trompeur. »

samedi 6 novembre 2021

« Abraham était assis à l’entrée de sa tente, nous dit l’Écriture, il y était assis au plus chaud du jour » (Gn 18,1). Les autres se reposaient ; lui guettait la venue d’hôtes éventuels. Il méritait bien que Dieu vienne à lui au chêne de Mambré, celui qui cherchait avec tant d’empressement à exercer l’hospitalité. (…)

Oui, l’hospitalité est bonne, elle a sa récompense particulière : elle s’attire d’abord la gratitude des hommes ; elle reçoit aussi — ce qui est plus important — un salaire de la part de Dieu. Nous sommes tous, en cette terre d’exil, des hôtes de passage. Pour un temps, nous avons à loger sous un toit ; bientôt, il faudra en déloger. Prenons garde ! Si nous avons été durs ou négligents dans l’accueil des étrangers, une fois écoulé le cours de cette vie, les saints pourraient bien, à leur tour, refuser de nous accueillir. « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, dit le Seigneur dans l’Évangile, afin qu’ils vous reçoivent dans les demeures éternelles ». (…)

D’ailleurs, sais-tu si ce n’est pas Dieu que tu reçois, alors que tu penses n’avoir affaire qu’à des hommes ? Abraham accueille des voyageurs ; en réalité il reçoit chez lui Dieu et ses anges. Toi aussi, qui accueilles un étranger, c’est Dieu que tu reçois. Le Seigneur Jésus l’atteste dans l’Évangile : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. Ce que vous avez fait à l’un de ces tout-petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35.40).

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Comme des agneaux au milieu des loups »

jeudi 30 septembre 2021

En envoyant des disciples à sa moisson, qui avait bien été semée par le Verbe du Père, mais qui demandait à être travaillée, cultivée, soignée avec sollicitude pour que les oiseaux ne pillent pas la semence, Jésus leur déclare : « Voici que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups » (…) Le Bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau ; ces disciples sont envoyés non pour être une proie, mais pour répandre la grâce. La sollicitude du Bon Pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre ces agneaux qu’il envoie. Il les envoie pour que se réalise la prophétie d’Isaïe : « Alors loups et agneaux iront paître ensemble » (Is 65,25). (…) D’ailleurs, les disciples envoyés n’ont-ils pas ordre de n’avoir même pas un bâton à la main ? (…)

Ce que le Seigneur humble a prescrit, ses disciples l’accomplissent donc aussi par la pratique de l’humilité. Car il les envoie semer la foi non par la contrainte, mais par l’enseignement ; non pas en déployant la force de leur pouvoir, mais en exaltant la doctrine de l’humilité. Et il a jugé bon de joindre la patience à l’humilité, car au témoignage de Pierre : « Quand on lui parlait mal, le Christ n’a pas répondu en mal ; quand on le frappait, il n’a pas rendu les coups » (1P 2,23).

Cela revient à dire : « Soyez mes imitateurs : laissez tomber le goût de la vengeance, répondez aux coups de l’arrogance non pas en rendant le mal mais par une patience qui pardonne. Personne ne doit imiter pour son compte ce qu’il reprend chez autrui ; la douceur répond de façon plus forte encore aux insolents ».

Saint Ambroise (v. 340-397)