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Archive pour le mot-clef ‘St Ambroise’

« Et Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra. »

mercredi 6 juillet 2022

01-enseignement

« Le Christ appela ses disciples et en choisit douze » pour les envoyer, semeurs de la foi, propager le secours et le salut des hommes dans le monde entier. Remarquez ce plan divin : ce ne sont pas des sages, ni des riches, ni des nobles, mais des pécheurs et des publicains qu’il a choisis pour les envoyer, de crainte qu’ils ne semblent avoir été entraînés par l’habileté, rachetés par les richesses, attirés à sa grâce par le prestige du pouvoir et de la notoriété. Il a fait ainsi pour que la victoire vienne du bien-fondé de la vérité, et non pas du prestige du discours.

Judas lui-même est choisi, non par mégarde mais en connaissance de cause. Quelle grandeur de cette vérité que même un serviteur ennemi ne peut pas affaiblir ! Quel trait de caractère du Seigneur, qui préfère compromettre à nos yeux son jugement plutôt que son amour ! Il s’était chargé de la faiblesse humaine et n’a pas refusé même cet aspect de la faiblesse humaine. Il a voulu l’abandon, il a voulu la trahison, il a voulu être livré par son apôtre, pour que toi, si un compagnon t’abandonne, si un compagnon te trahit, tu prennes avec calme cette erreur de jugement et la dilapidation de ta bonté.

Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
Commentaire sur l’évangile de Luc, V, 44-45 (trad. cf SC 45, p. 199)

 

 

 

« Le jour du sabbat…, il enseignait en homme qui a autorité. »

mardi 11 janvier 2022

C’est un jour du sabbat que le Seigneur Jésus commence à accomplir des guérisons, pour signifier que la nouvelle création commence au point où l’ancienne s’était arrêtée, et aussi pour marquer dès le début que le Fils de Dieu n’est pas soumis à la Loi mais supérieur à la Loi, qu’il ne détruit pas la Loi mais l’accomplit (Mt 5,17). Ce n’est pas par la Loi mais par le Verbe que le monde a été fait, comme nous le lisons : « Par la Parole du Seigneur les cieux ont été faits » (Ps 32,6). La Loi n’est donc pas détruite mais accomplie, afin de renouveler l’homme déchu. Voilà pourquoi l’apôtre Paul dit : « Débarrassez-vous de l’homme ancien ; revêtez l’homme nouveau, qui a été créé selon le Christ » (Col 3,9s).

Il est donc juste que le Seigneur commence le jour du sabbat, pour montrer qu’il est le Créateur (…), continuant l’ouvrage qu’il avait commencé jadis lui-même. Comme l’ouvrier qui s’apprête à réparer une maison, il commence, non par les fondations, mais par les toits ; il commence à démolir ce qui est délabré. (…) En délivrant le possédé, il commence par le moindre pour en venir au plus grand : même des hommes peuvent délivrer du démon — par la parole de Dieu, il est vrai — mais commander aux morts de ressusciter n’appartient qu’à la puissance de Dieu.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Faites-vous des amis avec l’argent trompeur. »

samedi 6 novembre 2021

« Abraham était assis à l’entrée de sa tente, nous dit l’Écriture, il y était assis au plus chaud du jour » (Gn 18,1). Les autres se reposaient ; lui guettait la venue d’hôtes éventuels. Il méritait bien que Dieu vienne à lui au chêne de Mambré, celui qui cherchait avec tant d’empressement à exercer l’hospitalité. (…)

Oui, l’hospitalité est bonne, elle a sa récompense particulière : elle s’attire d’abord la gratitude des hommes ; elle reçoit aussi — ce qui est plus important — un salaire de la part de Dieu. Nous sommes tous, en cette terre d’exil, des hôtes de passage. Pour un temps, nous avons à loger sous un toit ; bientôt, il faudra en déloger. Prenons garde ! Si nous avons été durs ou négligents dans l’accueil des étrangers, une fois écoulé le cours de cette vie, les saints pourraient bien, à leur tour, refuser de nous accueillir. « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, dit le Seigneur dans l’Évangile, afin qu’ils vous reçoivent dans les demeures éternelles ». (…)

D’ailleurs, sais-tu si ce n’est pas Dieu que tu reçois, alors que tu penses n’avoir affaire qu’à des hommes ? Abraham accueille des voyageurs ; en réalité il reçoit chez lui Dieu et ses anges. Toi aussi, qui accueilles un étranger, c’est Dieu que tu reçois. Le Seigneur Jésus l’atteste dans l’Évangile : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. Ce que vous avez fait à l’un de ces tout-petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35.40).

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Comme des agneaux au milieu des loups »

jeudi 30 septembre 2021

En envoyant des disciples à sa moisson, qui avait bien été semée par le Verbe du Père, mais qui demandait à être travaillée, cultivée, soignée avec sollicitude pour que les oiseaux ne pillent pas la semence, Jésus leur déclare : « Voici que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups » (…) Le Bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau ; ces disciples sont envoyés non pour être une proie, mais pour répandre la grâce. La sollicitude du Bon Pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre ces agneaux qu’il envoie. Il les envoie pour que se réalise la prophétie d’Isaïe : « Alors loups et agneaux iront paître ensemble » (Is 65,25). (…) D’ailleurs, les disciples envoyés n’ont-ils pas ordre de n’avoir même pas un bâton à la main ? (…)

Ce que le Seigneur humble a prescrit, ses disciples l’accomplissent donc aussi par la pratique de l’humilité. Car il les envoie semer la foi non par la contrainte, mais par l’enseignement ; non pas en déployant la force de leur pouvoir, mais en exaltant la doctrine de l’humilité. Et il a jugé bon de joindre la patience à l’humilité, car au témoignage de Pierre : « Quand on lui parlait mal, le Christ n’a pas répondu en mal ; quand on le frappait, il n’a pas rendu les coups » (1P 2,23).

Cela revient à dire : « Soyez mes imitateurs : laissez tomber le goût de la vengeance, répondez aux coups de l’arrogance non pas en rendant le mal mais par une patience qui pardonne. Personne ne doit imiter pour son compte ce qu’il reprend chez autrui ; la douceur répond de façon plus forte encore aux insolents ».

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

Le mardi saint

mardi 30 mars 2021

Pierre a renié une première fois et n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, et il n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois, Jésus l’a regardé, et il a pleuré, très amèrement (Lc 22,62). Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché. Cela montre que même la chute des saints peut être utile. Le reniement de Pierre ne m’a pas fait tort ; au contraire, à son repentir, j’ai gagné : j’ai appris à me garder d’un entourage infidèle (…)

Pierre a donc pleuré, et très amèrement ; il a pleuré pour arriver à laver sa faute par des larmes. Vous aussi, si vous voulez obtenir le pardon, effacez votre faute par les larmes ; au moment même, sur l’heure, le Christ vous regarde. S’il vous survient quelque chute, lui, témoin présent à votre vie secrète, vous regarde pour vous rappeler et vous faire avouer votre erreur. Faites alors comme Pierre, qui dit ailleurs par trois fois : « Seigneur, tu sais que je t’aime » (Jn 21,15). Il a renié trois fois, trois fois aussi il confesse ; mais il a renié dans la nuit, et il confesse au grand jour.

Tout cela est écrit pour nous faire comprendre que personne ne doit se vanter. Si Pierre est tombé pour avoir dit : « Même si d’autres viennent à trébucher, moi je ne tomberai pas » (Mt 26,33), quel autre serait en droit de compter sur soi-même ? (…) D’où est-ce que je te rappellerai, Pierre, pour m’apprendre tes pensées quand tu pleurais ? Du ciel où tu as déjà pris place parmi les chœurs des anges, ou encore du tombeau ? Car la mort, d’où le Seigneur est ressuscité, ne te répugne pas à ton tour. Enseigne-nous à quoi t’ont servi tes larmes. Mais tu l’as enseigné bien vite : car étant tombé avant de pleurer, tes larmes t’ont fait choisir pour conduire les autres, toi qui, d’abord, n’avais pas su te conduire toi-même.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

« Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants. »

dimanche 28 février 2021

Trois sont choisis pour gravir la montagne, deux pour apparaître avec le Seigneur (…) Pierre monte, lui qui a reçu les clés du Royaume des cieux, et Jean à qui sera confiée la Mère de Jésus, et Jacques qui montera le premier à la dignité d’évêque. Puis apparaissent Moïse et Élie, la Loi et la prophétie, avec le Verbe. (…) Nous aussi, gravissons la montagne, implorons le Verbe de Dieu pour qu’il nous apparaisse dans sa « splendeur et sa beauté », qu’il « soit fort, s’avance en majesté et règne » (Ps 99,4). (…)

Car si tu ne gravis pas la cime d’un savoir plus élevé, la Sagesse ne t’apparaît pas, la connaissance des mystères ne t’apparaît pas. Il ne t’apparaît pas quelle splendeur, quelle beauté est contenue dans le Verbe de Dieu, mais le Verbe de Dieu t’apparaît comme dans un corps « sans grâce ni beauté » (Is 53,2). Il t’apparaît comme un homme meurtri, capable de souffrir nos infirmités (v.5) ; il t’apparaît comme une parole née de l’homme, couverte du voile de la lettre, ne resplendissant pas de la force de l’Esprit (cf 2Co 3,6-17) (…)

Ses vêtements sont autres en bas de la montagne, autres là-haut. Peut-être que les vêtements du Verbe sont les paroles des Écritures, habillant pour ainsi dire la pensée divine , et comme il est apparu à Pierre, Jacques et Jean sous un autre aspect, son vêtement resplendissant de blancheur, de même, aux yeux de ton esprit, s’éclaire déjà le sens des divines Écritures. Les paroles divines deviennent donc comme neige, les vêtements du Verbe « d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir. » (…)

Une nuée survint et les prit sous son ombre. Cette ombre est celle de l’Esprit divin ; elle ne voile pas le cœur des hommes, mais révèle ce qui est caché (…) Tu le vois : non seulement pour les commençants, mais aussi pour les parfaits et même pour les habitants des cieux, la foi parfaite c’est de connaître le Fils de Dieu.

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

« Es-tu celui qui doit venir ? »

mercredi 16 décembre 2020

Le Seigneur, sachant que sans l’Évangile personne ne peut avoir une foi plénière – car si la Bible commence par l’Ancien Testament, c’est dans le Nouveau qu’elle s’accomplit – n’éclaire pas les questions qu’on lui pose sur lui-même par des paroles, mais par ses actes. « Allez, dit-il, rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les lépreux sont purifiés, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » Ce témoignage est complet car c’est de lui qu’on avait prophétisé : « Le Seigneur délie les enchaînés ; le Seigneur rend la vue aux aveugles ; le Seigneur redresse les courbés (…) Le Seigneur règne pour les siècles » (Ps 145,7s). Ce sont les marques d’un pouvoir non pas humain mais divin. (…)

Pourtant ce ne sont encore là que les moindres exemples du témoignage apporté par le Christ. Ce qui fonde la plénitude de la foi, c’est la croix du Seigneur, sa mort, son ensevelissement. Et c’est pourquoi, après la réponse que nous avons citée, il dit encore : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ». En effet, la croix pouvait provoquer la chute des élus eux-mêmes, mais il n’y a pas de témoignage plus grand d’une personne divine, rien qui paraisse davantage dépasser les forces humaines, que cette offrande d’un seul pour le monde entier. Seulement par cela le Seigneur se révèle pleinement. D’ailleurs, c’est ainsi que Jean l’a désigné : « Voici l’Agneau de Dieu ; voici celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

Son royaume est indivisible et éternel

lundi 27 janvier 2020

« Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine. » Puisqu’on disait qu’il chassait les démons par Béelzéboul, prince des démons, il voulait, par cette parole, montrer que son royaume est indivisible et éternel. C’est à bon droit qu’il a aussi répondu à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36). Donc, ceux qui ne mettent pas leur espoir dans le Christ, mais pensent que les démons sont chassés par le prince des démons, ceux-là, dit Jésus, n’appartiennent pas à un royaume éternel (…). Comment, lorsque la foi est déchirée, le royaume divisé peut-il subsister ? (…) Si le royaume de l’Église doit subsister éternellement, c’est parce que sa foi est indivise, son corps unique : « Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous » (Ep 4,5-6).

Quelle folie sacrilège ! Alors que le Fils de Dieu a pris chair pour écraser les esprits impurs et arracher son butin au prince du monde, alors qu’il a donné aussi aux hommes le pouvoir de détruire l’esprit du mal, en partageant ses dépouilles — ce qui est la marque du vainqueur —, certains appellent à leur aide la puissance du diable. Et pourtant, [comme le dit Luc], c’est « le doigt de Dieu » (Lc 11,20) ou, comme le dit Matthieu, « l’Esprit de Dieu » (Mt 12,28) qui chasse les démons. On comprend par-là que le Royaume de Dieu est indivisible comme un corps est indivisible puisque le Christ est la droite de Dieu et que l’Esprit semble être comparable à son doigt. « Car en lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2,9).

Saint Ambroise (v. 340-397)

 

 

 

« Vous n’avez qu’un seul Maître…, le Christ. » (Mt 23,8)

dimanche 22 septembre 2019

« Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres. » Non pas qu’il y en ait deux : il n’y a qu’un seul Maître. Car même s’il y a des gens qui servent l’argent, en soi il ne possède aucun droit à être maître ; ce sont eux-mêmes qui se chargent du joug de cet esclavage. En effet, l’argent n’a aucun pouvoir juste, mais constitue un esclavage injuste. C’est pourquoi Jésus dit : « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur », pour que, par notre générosité envers les pauvres, nous obtenions la faveur des anges et des saints.

Le gérant n’est pas critiqué : nous apprenons par là que nous ne sommes pas des maîtres, mais plutôt les gérants des richesses d’autrui. Bien qu’il ait fait une faute, il est loué, parce que, en remettant aux autres au nom de son maître, il s’est ménagé des appuis. Et Jésus a très bien parlé de « l’argent trompeur », parce que l’amour de l’argent tente nos penchants par ses séductions variées au point que nous acceptions d’en être les esclaves. C’est pourquoi il dit : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? » Les richesses nous sont étrangères parce qu’elles sont en dehors de notre nature ; elles ne naissent pas avec nous, elles ne nous suivent pas dans la mort. Le Christ, au contraire, est à nous parce qu’il est la vie… Ne soyons donc pas les esclaves des biens extérieurs, parce que nous ne devons reconnaître comme Seigneur que le Christ.

Saint Ambroise

 

 

 

 

Les pleurs d’une mère

mardi 17 septembre 2019

La miséricorde de Dieu se laisse vite fléchir par les pleurs de cette mère. Elle est veuve ; les souffrances ou la mort de son fils unique l’ont brisée. (…) Il me semble que cette veuve, entourée de la foule du peuple, est plus qu’une simple femme méritant par ses larmes la résurrection d’un fils, jeune et unique. Elle est l’image même de la Sainte Église qui, par ses larmes, au milieu du cortège funèbre et jusque dans le tombeau, obtient de rappeler à la vie le jeune peuple du monde. (…) Car à la parole de Dieu les morts ressuscitent (Jn 5,28), ils retrouvent la voix et la mère recouvre son fils ; il est rappelé de la tombe, il est arraché au sépulcre.

Quelle est cette tombe pour vous, sinon votre mauvaise conduite ? Votre tombeau c’est le manque de foi. (…) Le Christ vous libère de ce sépulcre ; vous sortirez du tombeau si vous écoutez la parole de Dieu. Et si votre péché est trop grave pour que les larmes de votre pénitence puissent le laver, qu’interviennent pour vous les pleurs de votre mère l’Église. (…) Elle intercède pour chacun de ses enfants, comme pour autant de fils uniques. En effet, elle est pleine de compassion et éprouve une douleur spirituelle toute maternelle lorsqu’elle voit ses enfants entraînés à la mort par le péché.

Saint Ambroise (v. 340-397)