Catégorie : Prière des âmes

  • « La lumière est venue dans le monde. »

    Splendeur de la gloire du Père,
    Lumière née de la Lumière,
    Source vive de clarté,
    Jour illuminant le jour,

    Vrai soleil éclatant, descends sur nous,
    Brille d’un éclat sans fin,
    Fais luire dans nos cœurs
    Les rayons de l’Esprit divin.

    Qu’il nous donne de chanter le Père,
    Père de gloire éternelle,
    Père de grâce puissante,
    Qui éloigne notre faute.

    Qu’il donne force à nos actes,
    Qu’il terrasse l’ennemi
    Et qu’il nous donne dans les épreuves
    La grâce pour agir.

    Qu’il dirige notre intelligence,
    Qu’il garde notre corps,
    Que notre foi soit ardente,
    Qu’elle soit simple et sans détour.

    Que le Christ soit notre nourriture,
    La foi notre breuvage,
    Que la sobre ivresse de l’Esprit
    Soit la joie de ce jour.

    Que ce jour s’écoule joyeux,
    Son matin c’est la pureté,
    Qu’à midi brille la foi,
    Qui vaincra les ombres du soir.

    Comme le soleil brille à nos yeux,
    Avec l’aurore viennent vers nous
    Le Fils, tout entier dans le Père
    Et le Père, tout entier dans le Fils.

    Liturgie latine

     

     

     

  • Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

    « Venez, venez, venez » :
    Je viens, je viens, je viens à toi, Jésus très aimant, toi que j’ai aimé, que j’ai recherché, que j’ai désiré. À cause de ta douceur, de ta compassion et de ta charité, t’aimant de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force, je me rends à ton appel. Ne me confonds pas, mais agis avec moi selon ta mansuétude et selon l’immensité de ta miséricorde.

    À moi qui implore ton secours, Seigneur, à moi qui désire être fortifiée par le mystère de ta bénédiction, accorde-moi le secours de ta protection et de ta direction. Qu’il y ait en moi, Seigneur, par le don de ton Esprit, une prudente modestie, une sage bonté, une grave douceur, une chaste liberté. Fervente dans la charité, que je n’aime rien en-dehors de toi ; que ma vie soit digne d’être louée ; que je ne désire pas la louange. Que je te glorifie dans la sainteté de mon corps et la pureté de mon âme ; que par amour je t’aime, que par amour je te serve. Toi, sois ma gloire, toi ma joie, toi mes délices, toi ma consolation dans la peine, toi mon conseil dans l’incertitude. Sois ma défense contre l’injustice, ma patience dans la tribulation, mon abondance dans la pauvreté, ma nourriture dans le jeûne, mon repos dans les veilles, mon remède dans l’infirmité.

    Qu’en toi je possède toute chose, toi que je désire aimer par-dessus toute chose.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  •  » Alors leurs yeux s’ouvrirent. » (Lc 24, 31)

    Le même jour du Dimanche
    Sur le chemin d’Emmaüs,
    Avec Cléophas et son compagnon de route
    Tu T’es mis à converser.

    Tu T’es fait connaître dans la demeure,
    Lorsque Tu as rompu le Pain sacré ;
    Dès que Tu as disparu à leurs yeux,
    Leurs cœurs brûlants étaient plongés dans la perplexité.

    À moi aussi fais connaître l’Ineffable :
    Ta vue cachée si désirable ;
    Et que mon cœur se consume en moi
    Par le souvenir de ton amour céleste.

    De cette vallée de tristesses,
    Place des marches dans mon cœur pour monter au ciel,
    Où Tu nous as promis, ô Fils unique,
    Ton Royaume d’en haut.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Le jeudi saint

    Le mystère salvifique de la Croix,
    Tu l’as révélé et montré le soir ;
    Et ton corps, source de vie,
    Tu l’as distribué et donné comme la Coupe.

    Daigne avec la sainte Assemblée
    Me rendre moi aussi participant à la Table,
    À ton Pain de Vie dont je suis affamé,
    Et à ton Breuvage dont je suis altéré.

    Tu as lavé dans le bassin
    Avec tes mains pures leurs pieds,
    Et Tu as enseigné l’humilité
    D’abord en parole, à cette heure-là en acte.

    Lave aussi la fange de mes méchancetés
    Par les supplications de la sainte Compagnie
    Et dirige la marche de mes pieds
    Par la voie de l’humilité vers le Ciel.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

     

  • « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! »

    La troisième demande des fils [dans la prière du “Notre Père”] est celle-ci : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » Souhaiter que la terre mérite d’être égalée au ciel : on ne saurait porter plus haut sa prière. De dire, en effet : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », n’est-ce point autant que si l’on demandait que les hommes soient semblables aux anges, et que, comme ces esprits bienheureux font au ciel la volonté divine, ainsi les hommes l’accomplissent tous sur la terre, et non point la leur ?

    Et voilà encore une prière que celui-là seul pourra faire du fond du cœur qui croit que Dieu dispose toutes choses en ce monde pour notre avantage, joies et infortunes, et qu’il veille avec plus de sollicitude au salut et aux intérêts de ceux qui sont à lui, que nous n’en avons pour nous-mêmes.

    On peut entendre aussi cette demande en ce sens que la volonté de Dieu est que tous soient sauvés, selon la parole bien connue de Saint Paul : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité. » (1Tm 2,4) Le prophète Isaïe parle de cette même divine volonté, lorsqu’il dit, parlant au nom de Dieu le Père : « Ma volonté se fera toute entière. » (Is 46,10) Lorsque nous disons : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est faire, en d’autres termes, cette prière : Comme ceux qui sont dans le ciel, que tous ceux qui sont sur la terre, ô Père, soient sauvés par la connaissance de votre nom !

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Appelés à faire vos volontés

    Quand ceux que nous aimons nous demandent quelque chose,
    nous les remercions de nous le demander.

    S’il vous plaisait, Seigneur, de nous demander une seule chose
    dans toute notre vie,
    nous en resterions émerveillés,
    et d’avoir fait cette seule fois votre volonté
    serait l’évènement de notre destinée.

    Mais, parce que chaque jour, chaque heure, chaque minute,
    vous mettez dans nos mains un tel honneur,
    nous trouvons cela si naturel que nous en sommes blasés,
    que nous en sommes lassés.

    Et pourtant, si nous comprenions à quel point est impensable votre mystère,
    nous resterions stupéfaits
    de pouvoir savoir ces étincelles de votre vouloir
    que sont nos minuscules devoirs.
    Nous serions éblouis de connaître,
    dans cette immense ténèbre qui nous revêt,
    les innombrables,
    précises,
    les personnelles
    lumières de vos volontés.

    Le jour où nous comprendrions cela, nous irions dans la vie
    comme des sortes de prophètes,
    comme des voyants de vos petites providences,
    comme les agents de vos interventions.
    Rien ne serait médiocre, car tout serait voulu par vous.
    Rien ne serait lourd, car tout serait voulu de vous.
    Rien ne serait ennuyeux, car tout serait amour de vous.

    Nous sommes tous des prédestinés à l’extase,
    tous appelés à sortir de nos pauvres combinaisons,
    pour surgir, heure après heure, dans votre plan.
    Nous ne sommes jamais de lamentables laissés pour compte,
    mais de bienheureux appelés,
    appelés à savoir ce qu’il vous plaît de faire,
    appelés à savoir ce que vous attendez à chaque instant de nous :
    des gens qui vous sont un peu nécessaires,
    des gens dont les gestes vous manqueraient
    si nous refusions de les faire.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

  • « Navré de l’endurcissement de leurs cœurs »

    Jésus, Vérité éternelle, notre Vie, j’implore et je mendie ta miséricorde pour les pauvres pécheurs. Très doux Cœur de mon Seigneur, rempli de pitié et de miséricorde inexprimable, je te supplie pour les pauvres pécheurs. Ô Cœur Sacré, source de miséricorde dont les rayons de grâces inconcevables se répandent sur tout le genre humain, je t’en supplie, donne la lumière aux pauvres pécheurs. Ô Jésus, souviens-toi de ta Passion amère et ne permets pas que périssent les âmes rachetées au prix de ton sang très saint.

    Jésus, lorsque je contemple le don de ton sang, je me réjouis de sa valeur inestimable, car une goutte aurait suffi pour tous les pécheurs. Bien que le péché soit un abîme du mal et de l’ingratitude, le prix donné pour nous est sans commune mesure — c’est pourquoi, que chaque âme ait confiance en la Passion du Seigneur, qu’elle mette son espérance dans sa miséricorde. Dieu ne refusera à personne sa miséricorde. Le ciel et la terre peuvent changer, mais la miséricorde de Dieu ne s’épuisera jamais (cf Mt 24,35). Oh, quelle joie brûle dans mon cœur, quand je vois ta bonté inconcevable, ô mon Jésus. Je désire amener tous les pécheurs à tes pieds, pour qu’ils louent ton amour infini, pendant les siècles sans fin.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « L’homme se leva et le suivit. »

    Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle ; tard je t’ai aimée. Voici que tu étais au dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi-même. C’est au dehors que je te cherchais ; je me ruais disgracieusement sur les belles choses de ta création. Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi ; j’étais retenu loin de toi par ces choses qui n’existeraient pas si elles n’étaient pas en toi. Tu as appelé, et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré, et voici que j’aspire à toi. Je t’ai goûté, et j’ai faim de toi, j’ai soif de toi ; tu m’as touché, et j’ai brûlé du désir de la paix que tu donnes.

    Lorsque je serai uni à toi de tout mon être, il n’y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera alors la vraie vie. Celui que tu remplis, tu l’allèges ; maintenant, puisque je ne suis pas encore plein de toi, je suis un poids pour moi-même… Seigneur, prends pitié de moi ! Mes tristesses mauvaises luttent avec mes bonnes joies ; sortirais-je victorieux de ce combat ? Prends pitié de moi, Seigneur ! Le pauvre être que je suis ! Voici mes blessures, je ne te les cache pas. Tu es le médecin, je suis malade. Tu es miséricorde, je suis misère.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Bien avant l’aube…, Jésus alla dans un endroit désert, et là il priait. »

    La prière unit l’âme à Dieu. Même si notre âme est toujours semblable à Dieu par sa nature, restaurée qu’elle est par la grâce, de fait elle lui est souvent dissemblable par suite du péché. La prière témoigne alors que l’âme devrait vouloir ce que Dieu veut ; elle réconforte la conscience ; elle rend apte à recevoir la grâce. Dieu nous enseigne ainsi à prier avec une confiance ferme que nous recevrons ce pour quoi nous prions ; car il nous regarde avec amour et veut nous associer à sa volonté et à son action bienfaisantes. Il nous incite donc à prier pour ce qu’il lui plaît de faire (…) ; il semble nous dire : « Qu’est-ce qui pourrait me plaire davantage que de me supplier avec ferveur, sagesse et insistance afin d’accomplir mes desseins ? » Par la prière donc, l’âme s’accorde avec Dieu.

    Mais lorsque par sa grâce et sa courtoisie, notre Seigneur se révèle à notre âme, alors nous obtenons ce que nous désirons. À ce moment-là, nous ne voyons plus ce que nous pourrions demander d’autre. Tout notre désir, toute notre force sont fixés entièrement en lui pour le contempler. C’est une haute prière, impossible à sonder, il me semble. Tout l’objet de notre prière est d’être uni, par la vision et par la contemplation, à celui que nous prions, avec une joie merveilleuse et une crainte respectueuse, dans une si grande douceur et délice que nous ne pouvons plus prier en ces moments que comme il nous conduit. Je le sais, plus Dieu se révèle à l’âme, plus elle a soif de lui, par sa grâce. Mais lorsque nous ne le voyons pas, alors nous ressentons le besoin et l’urgence de prier Jésus, à cause de notre faiblesse et de notre incapacité.

    Julienne de Norwich (1342-après 1416)

     

     

     

     

  • Viens loger dans la maison de mon âme !

    Comme Zachée le publicain
    Je me suis pas élevé de cette terre vile
    Sur l’arbre élevé de la sagesse,
    Pour ta contemplation divine.

    La courte taille du spirituel
    N’a pas grandi en moi par de bonnes œuvres,
    Tout au contraire elle a diminué sans cesse
    Jusqu’à me faire retourner au lait des enfants.

    De nouveau en prenant la parabole au rebours,
    Je suis monté sur l’arbre du corps pervers,
    En vue de l’amour terrestre au goût suave,
    Comme Zachée aussi sur le figuier.

    De là, grâce à ta parole puissante
    Fais-moi descendre en hâte comme lui ;
    Viens loger dans la maison de mon âme,
    Et, avec Toi, le Père et le Saint-Esprit.

    Fais que le corps qui a causé du tort à mon âme
    Lui rende le quadruple en service,
    Et donne la moitié des biens corporels
    À mon libre arbitre appauvri,

    Afin que selon ta parole salvatrice à lui adressée,
    Je sois digne d’entendre ta voix,
    En étant moi aussi fils d’Abraham,
    Suivant la foi du Patriarche.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)