Étiquette : Syméon le Nouveau Théologien

  • Désirer la vraie lumière

    La lumière nous conduit par la main, nous fortifie, nous enseigne, se montrant et fuyant lorsque nous avons besoin d’elle. Ce n’est pas quand nous le voulons – ceci appartient aux parfaits – mais c’est lorsque nous sommes embarrassés et complètement épuisés qu’elle vient à notre secours.

    Elle apparaît de loin et me donne de la ressentir dans mon cœur. Je crie à m’en étrangler tant je veux la saisir, mais tout est nuit, et vides sont mes pauvres mains. J’oublie tout, je m’assieds et je pleure, désespérant de la voir ainsi une autre fois. Quand j’ai bien pleuré et consenti à m’arrêter, alors, venue mystérieusement, elle me prend la tête, et je fonds en larmes sans savoir qui est là illuminant mon esprit d’une douce lumière.

    Mais lorsque je l’ai reconnue, elle s’envole rapidement, laissant en moi le feu de son divin désir. Peu à peu celui-ci s’allume et, attisé par l’attente, il devient une grande flamme qui atteint les cieux, mais s’éteint par le relâchement, l’embarras des affaires et les soucis de la vie.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

  • « Tous nous avons eu part à sa plénitude. »

    Si tu prétends, toi, reconnaître [Dieu] “par la foi” et juges que “par la foi” tu es fils de Dieu, alors, que l’incarnation de Dieu, elle aussi, soit “par la foi” : ne dis plus qu’Il est “en réalité” devenu homme ni qu’il a été mis au monde de façon sensible ! Mais s’il est véritablement devenu fils de l’homme, alors c’est en réalité qu’il te fait fils de Dieu ; si ce n’est pas en apparence qu’il est devenu corps, alors nous non plus nous ne devenons pas esprit en idée ; aussi vrai que le Verbe a été fait chair, il nous transforme de façon ineffable et nous fait vraiment enfant de Dieu.

    Demeurant immuable dans sa divinité, le Verbe est devenu homme en assumant la chair : conservant l’homme immuable en sa chair et son âme, il m’a fait tout entier dieu ; il a assumé ma chair condamnée et m’a revêtu de la divinité tout entière, car, baptisé, j’ai revêtu le Christ, non de façon sensible, certes, mais spirituelle ; et comment ne sera-t-il pas dieu par grâce et par adoption, dans le sentiment, la connaissance et la contemplation, celui qui a revêtu le Fils de Dieu ?

    Si c’est inconsciemment que le Dieu Verbe est devenu homme, alors, que moi aussi je devienne dieu inconsciemment, il est permis, il est naturel de le supposer ; mais si c’est sciemment, effectivement et consciemment que Dieu a pris la condition humaine totale, je suis devenu dieu tout entier, par la communion à Dieu, sensiblement et sciemment, non par essence mais par participation. De même, en effet, que sans changement Dieu est né homme dans un corps et s’est montré à tous, de même ineffablement, spirituellement, il m’engendre et me fait, demeurant homme, devenir Dieu.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

  • « Prends pitié de moi. Accorde-moi la lumière ! »

    Nous savons l’amour que tu nous as donné, sans limite, inexprimable, que rien ne peut contenir ; il est lumière, lumière inaccessible, lumière qui agit en tout. (…) Que ne fait-elle pas, en effet, cette lumière, et que n’est-elle pas ? Elle est charme et joie, douceur et paix, miséricorde sans compter, abîme de compassion. Quand je la possède, je ne la remarque pas ; je la vois seulement lorsqu’elle s’en va ; je me précipite pour la saisir, et elle s’envole tout entière. Je ne sais que faire et j’épuise mes forces. J’apprends à demander et à chercher avec larmes en grande humilité, et à ne pas considérer comme possible ce qui dépasse la nature, ni comme l’effet de ma puissance ou de l’effort humain, ce qui vient de la compassion de Dieu et de sa miséricorde infinie. (…)

    Cette lumière nous conduit par la main, nous fortifie, nous enseigne, se montrant et puis fuyant lorsque nous avons besoin d’elle. Ce n’est pas quand nous le voulons ; ceci appartient aux parfaits ; mais c’est lorsque nous sommes dans l’embarras et complètement épuisés qu’elle vient à notre secours. Elle apparaît de loin et me donne de la ressentir dans mon cœur. Je crie à m’en étrangler tant je veux la saisir, mais tout est nuit, et vides sont mes pauvres mains. J’oublie tout, je m’assieds et je pleure, désespérant de la voir ainsi une autre fois. Quand j’ai bien pleuré et consenti à m’arrêter, alors, venue mystérieusement, elle me prend la tête, et je fonds en larmes sans savoir qui est là illuminant mon esprit d’une très douce lumière.   

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022) 

  • Seigneur, tu es lumière !

    Qui pourra, Seigneur, parler de toi ? Absolument incompréhensibles et insaisissables sont tes œuvres, ta gloire et ta connaissance. Pourtant, nous avons l’espérance, nous possédons la foi et nous savons l’amour que tu nous as donné, sans limite, indicible, que rien ne peut contenir ; il est lumière, lumière inaccessible, lumière qui agit en tout.

    Que ne fait-elle pas, en effet, cette lumière, et que n’est-elle pas ? Elle est charme et joie, douceur et paix, miséricorde sans nombre, abîme de compassion. Invisible, on la voit ; et on la comprend sans pouvoir la contenir. Intouchable, impalpable, elle peut être saisie par mon esprit. Quand je la possède, je ne la remarque pas ; je la vois seulement lorsqu’elle s’en va ; je me précipite pour la saisir, et elle s’envole tout entière. Je ne sais que faire et je me consume. J’apprends à demander et à chercher avec larmes en grande humilité, et à ne pas considérer comme possible ce qui dépasse la nature, ni comme l’effet de ma puissance ou de l’effort humain, ce qui vient de la compassion de Dieu et de sa miséricorde infinie. (…)

    La lumière invite au silence et elle enseigne l’humilité toute puissante. Quand donc je l’acquiers et deviens humble, dès ce moment, elle aussi demeure avec moi inséparablement, elle s’unit à moi et m’éclaire ; elle me regarde et je la regarde. Elle est dans mon cœur et elle se trouve au ciel ; elle me révèle les Écritures, m’apporte la connaissance et m’enseigne des mystères que je ne puis exprimer.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

     

  • « Qu’ils contemplent ma gloire ! » (Jn 17,24)

    Toi qui es là-haut avec le Père et qui te trouves avec nous, (…)
    tu nous as montré la lumière de ta gloire immaculée,
    donne-la moi, oui, maintenant encore, qu’elle ne me quitte plus !
    donne-moi de toujours te contempler en elle, ô Verbe,
    de saisir telle qu’elle est ta beauté inaccessible
    qui, demeurant absolument insaisissable,
    frappe et foudroie mon intelligence, transporte mon esprit
    et allume en mon cœur le feu de ton amour !

    C’est cette lumière qui, se déployant en flamme du désir divin,
    me fait voir plus distinctement ta gloire, ô mon Dieu ;
    cette gloire, en t’adorant je t’en supplie, Fils de Dieu, accorde-moi,
    dès maintenant et dans l’avenir, de la posséder inamissible
    et par elle de te contempler, Dieu, éternellement ! (…)

    Oui, Pasteur compatissant, bon et doux,
    qui veux le salut de tous ceux qui croient en toi,
    aie pitié, exauce cette prière que je t’adresse :
    Ne t’irrite pas, ne détourne pas de moi ton visage,
    mais enseigne-moi à accomplir ta volonté,
    car je ne cherche pas à ce que ma volonté à moi se fasse,
    mais la tienne, afin de te servir, Miséricordieux !

    Je t’en conjure, aie pitié, toi qui es naturellement pitoyable,
    et fais ce qui est utile à mon âme misérable,
    parce que toi, toi seul es le Dieu ami de l’homme,
    incréé, sans fin, tout-puissant, véritablement,
    vie et lumière de ceux qui t’aiment
    et sont par toi, Ami de l’homme, tellement aimés !
    Range-moi parmi eux, Maître, et de ta gloire divine
    rends-moi participant, fais-moi cohéritier,
    car à toi, Père, avec le Fils coéternel
    et l’Esprit divin, appartient la gloire dans les siècles de siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Sur ceux qui habitaient dans l’ombre, une lumière s’est levée. »

    Ta lumière m’environne, elle me donne la vie, ô mon Christ, car ta vue est source de vie, ta vue est résurrection. Dire les opérations de ta lumière, c’est ce que je ne saurais faire, et pourtant, ce que j’ai connu en réalité et que je connais, mon Dieu, c’est que, même dans la maladie, Maître, même dans les afflictions et les chagrins, que je sois retenu dans les liens, dans la faim, dans la prison, que je sois en proie aux mille souffrances, ô mon Christ, ta lumière, en brillant, dissipe tout cela comme les ténèbres, et c’est dans le repos, la lumière et la jouissance de la lumière que m’établit soudainement ton Esprit divin. (…)

    De même en effet qu’au coucher du soleil la nuit se fait et l’obscurité, et que toutes les bêtes fauves sortent chercher leur nourriture, de même, ô mon Dieu, quand ta lumière cesse de me couvrir, aussitôt l’obscurité de cette vie et la mer des pensées m’enveloppent, les bêtes des passions me dévorent, et toutes les pensées me criblent de leur traits.

    Mais lorsque de nouveau tu me prends en pitié, lorsque tu fais miséricorde, lorsque tu prêtes l’oreille à mes gémissements plaintifs, que tu écoutes mes lamentations et accueille mes larmes, que tu daignes jeter les yeux sur mon humiliation à moi, chargé de péchés inexpiables, ô mon Christ, tu te fais voir de loin, comme une étoile qui se lève, tu t’agrandis peu à peu – non que par toi-même, par là, tu te modifies, mais c’est l’esprit de ton serviteur que tu ouvres pour qu’il puisse voir.

    Progressivement, tu te fais voir davantage, tel le soleil, car, à mesure que l’obscurité s’enfuit et disparaît, c’est toi que je crois voir arriver, toi le partout présent, et lorsque tu m’enveloppes tout entier, comme par le passé, Sauveur, quand tout entier tu me recouvres, tout entier tu m’entoures, je suis libéré de mes maux, affranchi de l’obscurité.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Il s’approcha et pansa ses blessures. » (Lc 10, 34)

    Je me suis éloigné, Ami de l’homme, j’ai séjourné dans le désert,
    je me suis caché de toi, mon doux Maître,
    plongé dans la nuit des soucis de la vie
    où j’ai subi mainte morsure et mainte blessure,
    d’où je remonte, l’âme marquée de mainte plaie,
    et je crie dans ma douleur et la souffrance de mon cœur :
    Aie pitié de moi, fais-moi miséricorde, à moi le pécheur !

    Médecin qui seul aime les âmes, seul aime la miséricorde,
    qui guéris gratuitement les malades et les blessés,
    sois le médecin de mes meurtrissures, de mes blessures !
    Distille l’huile de ta grâce, mon Dieu,
    étends-la sur mes plaies, étanche mes ulcères,
    cicatrise et revigore mes membres
    déliquescents, et efface-en toutes les cicatrices, Sauveur,
    redonne-moi totale et parfaite santé, comme auparavant. (…)

    Je me suis relâché, Maître, pour avoir compté sur moi-même ;
    je me suis laissé entraîner par le souci des choses sensibles
    et j’ai succombé, malheureux, à la préoccupation des choses de la vie.
    Comme le fer une fois refroidi, je suis devenu noir
    et, à force de traîner par terre, j’ai contracté la rouille.

    Voilà pourquoi je crie vers toi, pour être à nouveau purifié,
    je t’en prie, Ami de l’homme, et pour être ramené
    à ma beauté première, et jouir de ta lumière
    maintenant et toujours et dans tous les siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. »

    Malheur à ceux qui gardent leur richesse en dépôt !
    Malheur à ceux qui veulent recevoir leur gloire des hommes !
    Malheur à ceux qui se faufilent parmi les riches
    au lieu de désirer la gloire de Dieu, la richesse de Dieu,
    de désirer être unis avec lui et rien d’autre,
    car vain est le monde et tout ce qui est dans le monde,
    tout ne sera que vanités des vanités. (…)
    Malheur, mon âme, à ceux qui désirent la gloire des hommes,
    car alors ils seront privés de la gloire de Dieu !
    Malheur, mon âme, à ceux qui gardent leur richesse entassée,
    car là-bas ils soupireront après une goutte d’eau !
    Malheur, mon âme, à ceux qui mettent dans l’homme leur espérance,
    car l’homme mourra, et avec lui leurs espoirs,
    et alors ils se trouveront dénués de tout espoir !
    Malheur, mon âme, à ceux qui trouvent ici-bas leur repos,
    car là-bas ils trouveront éternellement l’affliction !

    Dis-moi, mon âme, pourquoi es-tu triste, que recherches-tu des biens de cette vie !
    réponds-moi et je t’enseignerai de chacun l’utilité,
    laisse-toi instruire, apprends ce qu’il y a de bon en chacun.
    Veux-tu être glorifiée, dis-moi, veux-tu être louée ?
    Écoute donc ce qu’est l’honneur et ce qu’est le déshonneur.
    L’honneur, c’est d’honorer tous les êtres, mais Dieu plus qu’eux tous,
    de gagner pour toute richesse ses commandements
    et pour eux de souffrir les injures, pour eux les insultes,
    pour eux de supporter les outrages de toute sorte.
    Lorsqu’en effet, mon âme, tu t’es efforcée en quelque occasion
    d’honorer Dieu, de le glorifier, et pour cela tu as été outragée, méprisée,
    c’est alors que tu as obtenu l’honneur et la gloire qui demeurent,
    car la gloire de Dieu ne manquera pas de venir sur toi ;
    c’est alors que tous les anges te loueront,
    car tu auras honoré Dieu, Dieu qu’ils chantent eux-mêmes.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Le maître leur demanda des comptes. »

    La créature, que peut-elle bien connaître sans son créateur ? ce qu’elle a reçu de connaissance, il faudra bien qu’elle en rende compte, et de son action et de son activité, en toute justice et équité. En effet, pioche, faux, serpe et scie, hache, bâton, lance, dague et arc, javelot et tous les autres outils de l’existence, chacun possède sa propre opération ; mais ce n’est pas de lui-même qu’il la tient, c’est de nous bien sûr, et l’artisan fait travailler chacun de ces instruments dans les règles de l’art, pour ce qu’il a choisi de faire. (…) C’est bien ainsi, crois-moi, que Dieu nous a faits pour agir, chacun, fidèlement dans les actions de la vie. (…)

    Remarque-le (…), pas plus qu’il n’est possible, jamais, à un seul des outils nommés plus haut, de se mouvoir lui-même pour agir, ou de réaliser quelque chose sans la main de l’homme pour le prendre et, avec lui, fabriquer quelque chose, pas davantage l’homme ne peut, sans la main divine, concevoir quelque chose de bon ou le réaliser. Remarque-le : le Verbe artisan m’a fabriqué tel qu’il l’a voulu, il m’a placé dans le monde. Comment donc, dis-moi, pourrais-je penser ou réaliser, comment pourrais-je opérer quoi que ce soit sans la force divine ?

    Celui qui m’a fait don de l’intelligence, telle qu’il l’a voulue naturellement, c’est lui aussi qui me donne de penser tout ce qu’il sait m’être utile et qui m’accorde le pouvoir d’opérer ce qu’il veut. Si donc c’est cela que je fais, à coup sûr il me donnera davantage et m’accordera des pensées plus parfaites, dans son amour ; mais si je néglige même ce peu qui m’a été confié, à juste titre je subirai le châtiment d’en être pour de bon privé par Dieu qui me l’avait donné, et je me retrouverai inefficace, outil inutile, pour n’avoir pas voulu mettre en pratique les commandements du Créateur et m’être abandonné à la paresse et à la nonchalance. Voilà pourquoi j’ai été rejeté des mains du Maître.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • Jésus le toucha et lui dit :  » Je le veux ; sois purifié ! « 

    Avant que brille la lumière divine,
    je ne me connaissais pas moi-même.
    Me voyant alors dans les ténèbres et en prison,
    enfermé dans un bourbier,
    couvert de saleté, blessé, ma chair enflée (…),
    je suis tombé aux pieds de celui qui m’avait illuminé.
    Et celui qui m’avait illuminé touche de ses mains
    mes liens et mes blessures ;
    là où touche sa main et où son doigt s’approche,
    aussitôt tombent mes liens,
    les blessures disparaissent, et toute saleté.
    La souillure de ma chair disparaît (…)
    si bien qu’il la rend semblable à sa main divine.
    Merveille étrange : ma chair, mon âme et mon corps
    participent à la gloire divine.

    Dès que j’ai été purifié et débarrassé de mes liens,
    le voici qui me tend une main divine,
    il me retire du bourbier entièrement,
    il m’embrasse, il se jette à mon cou,
    il me couvre de baisers (Lc 15,20).
    Et moi qui étais totalement épuisé
    et qui avais perdu mes forces,
    il me prend sur ses épaules (Lc 15,5),
    et il m’emmène hors de mon enfer. (…)

    C’est la lumière qui m’emporte et me soutient ;
    elle m’entraîne vers une grande lumière. (…)
    Il me donne à contempler par quel étrange remodelage
    lui-même m’a repétri (Gn 2,7) et m’a arraché notre nature périssable.
    Il m’a fait don d’une vie immortelle
    et m’a revêtu d’une robe immatérielle et lumineuse
    et m’a donné des sandales, un anneau et une couronne
    impérissables et éternels (Lc 15,22; 1Co 9,25).

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)