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Archive pour le mot-clef ‘bienheureux Charles de Foucauld’

« Si quelqu’un entre en passant par moi, il pourra trouver un pâturage. » (Jn 10,9)

lundi 9 mai 2022

Je pousse telle âme vers la douleur de mes douleurs, telle autre vers la joie de mes joies, telle vers l’imitation de ma pauvreté et de mon abjection, telle vers l’imitation de mon zèle pour les âmes ; je suis le Pasteur et dans le champ de mon amour il pousse des herbages infinis. Je nourris chaque âme de l’herbe que je vois qu’il lui faut…

Ainsi vous, ne cherchez pas tant à exciter dans votre âme ou dans celle des autres tel sentiment qui vous paraît très parfait, qui l’est réellement, et qui est en effet très réel, de l’amour, tâchez plutôt d’être fidèle et de rendre les âmes des autres fidèles aux sentiments que moi-même je fais naître en vous et en eux ; ne choisissez pas les herbes qui croissent dans le champ de mon amour, ni pour vous ni pour les autres, mais appliquez-vous plutôt à bien manger, vous et eux, à bien digérer celles que je choisis moi-même soit pour vous, soit pour eux, et à en profiter pour faire les uns et les autres non pas telle chose qui vous plaît à vous, mais ce qui me plaît à moi, le bien particulier que je veux voir faire à vous et à eux et en vue duquel je vous présente telles ou telles herbes : c’est à moi à faire des âmes ce que je juge bon, moi qui les ai faites, qui seul les connais, qui seul sais à quoi je les destine…

Votre travail ne consiste pas du tout à les destiner à telle ou telle chose, mais à voir à tout moment de quelle herbe je les nourris.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

Tout donner parce que le Christ a tout donné

lundi 22 novembre 2021

Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre celui qui, vous aimant de tout son cœur, ne pourra souffrir d’être plus riche que son Bien-aimé. Comme il sera vite pauvre celui qui, songeant que tout ce qu’on fait à un de ces petits on vous le fait, que tout ce qu’on ne leur fait pas on ne vous le fait pas (Mt 25,40.45), soulagera toutes les misères à sa portée. Comme il sera vite pauvre celui qui recevra avec foi vos paroles : « Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres. Bienheureux les pauvres. Quiconque aura quitté ses biens pour moi recevra ici-bas cent fois plus et au ciel la vie éternelle » (Mt 19,21.29; 5,3) et tant d’autres.

Mon Dieu, je ne sais s’il est possible à certaines âmes de vous voir pauvre et de rester volontiers riches, de se voir tellement plus grandes que leur maître, que leur Bien-aimé, de ne pas vouloir vous ressembler en tout, autant qu’il dépend d’elles, et surtout en vos abaissements. (…) En tout cas moi, je ne puis concevoir l’amour sans un besoin impérieux de conformité, de ressemblance, et surtout de partage de toutes les peines, de toutes les difficultés, de toutes les duretés de la vie. Être riche, à mon aise, vivre doucement de mes biens, quand vous avez été pauvre, gêné, vivant péniblement d’un rude labeur, pour moi je ne le puis, mon Dieu ; je ne puis aimer ainsi.

Il ne convient pas que « le serviteur soit plus grand que le maître » (Jn 13,16), ni que l’épouse soit riche quand l’Époux est pauvre. (…) Pour moi, il m’est impossible de comprendre l’amour sans la recherche de la ressemblance (…), sans le besoin de partager toutes les croix.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

La miséricorde du divin Samaritain

lundi 4 octobre 2021

Que vous avez été bon, ô divin Samaritain, de ramener ce monde blessé si lamentablement tombé sur le chemin, enseveli dans une telle fange, et si indigne de vos bontés !

Plus le monde est mauvais, plus éclate votre miséricorde : être infiniment bon pour les bons est mille fois moins admirable que d’être infiniment bon pour des êtres qui bien que comblés de grâces ne sont qu’ingratitude, infidélité, perversité. Plus nous sommes mauvais, plus brille et rayonne la merveille de votre infinie miséricorde. Ceci à soi seul suffit pour expliquer le grand bien que produit le péché sur la terre et expliquer que vous le permettiez. Il donne lieu à un bien incomparablement plus grand, l’exercice et la manifestation de votre divine miséricorde. Cet attribut divin ne pourrait pas s’exercer sans lui ; la bonté pourrait s’exercer et se montrer sans le péché, il faut le mal pour que la miséricorde puisse s’exercer. Mon Seigneur et mon Dieu, que vous êtes bon, que vous êtes miséricordieux ! La miséricorde c’est pour ainsi dire l’excès de votre bonté, ce qu’il y a de passionné dans votre bonté, le poids par lequel votre bonté l’emporte sur votre justice. Que vous êtes divinement bon ! (…)

Soyons bons pour les pécheurs, puisque Dieu est si bon pour nous ; prions pour eux, aimons-les. (…) « Soyons miséricordieux comme notre Père est miséricordieux » (cf. Lc 6,36). Dieu « aime la miséricorde plus que les sacrifices » (cf. Mt 12,7).

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

 

Fête de la Visitation de la Vierge Marie

lundi 31 mai 2021

Marie ma mère, c’est à la fois une de vos fêtes et une des fêtes de Jésus aujourd’hui : comme la Purification qui est surtout la Présentation de Jésus, la Visitation est une de vos très douces fêtes, mais c’est plus encore la fête de notre Seigneur, car c’est lui qui agit en vous et par vous. La Visitation c’est « la charité du Christ vous pressant » (2Co 5,14), c’est Jésus qui, à peine est-il entré en vous, a soif de faire d’autres saints et d’autres heureux. Par l’Annonciation, il s’est manifesté et donné à vous, il vous a sanctifiée merveilleusement. Cela ne lui suffit pas : dans son amour pour les hommes, il veut tout de suite se manifester et se donner par vous à d’autres, il veut en sanctifier d’autres, et il se fait porter par vous chez saint Jean Baptiste. (…)

Ce que va faire la sainte Vierge dans la Visitation, ce n’est pas une visite à sa cousine pour se consoler et s’édifier mutuellement par le récit des merveilles de Dieu en elles ; c’est encore moins une visite de charité matérielle pour aider sa cousine dans les derniers mois de sa grossesse et dans ses couches. C’est bien plus que cela : elle part pour sanctifier saint Jean, pour lui annoncer la bonne nouvelle (…), non par ses paroles, mais en portant en silence Jésus auprès de lui. (…)

Ainsi font les religieux et religieuses voués à la contemplation dans les pays de mission. (…) Ô ma mère, faites que nous soyons fidèles à notre mission, à notre si belle mission, que nous portions fidèlement au milieu de ces pauvres âmes plongées « dans l’ombre de la mort » (Lc 1,79) le divin Jésus.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

« Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. » (Jn 15,20)

samedi 8 mai 2021

Quand nous serons abandonnés de tous les hommes, tentés par le diable, que Dieu se voilera de nous, se cachera à nous, que nous souffrirons toutes les douleurs du corps et de l’âme, alors remercions Dieu, alors « réjouissons-nous et tressaillons de joie » (Lc 6,23), car c’est alors que nous marchons la main dans la main de Jésus (…).

Quand nous prierons jour et nuit, que nous serons dans l’obscurité, la douleur, la souffrance amère, que nous prierons pour des motifs pour lesquels il faut prier et que nous ne sommes pas exaucés, que le mal, le mal moral, le péché continue à inonder hors de nous et en nous, alors remercions Dieu, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus…

Quand nous sommes méprisés de tous, le dernier des hommes, quand on nous jette la pierre au propre et au figuré, quand les inconnus nous raillent et que ceux qui nous connaissent nous jouent et nous dédaignent, quand on nous calomnie, nous méprise, alors remercions Dieu de tout notre cœur, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus (…).

Quand on se moquera de nous, qu’on nous dira des injures dans les rues, qu’en passant près de nous on nous tournera en ridicule et qu’on dira des paroles railleuses ou grossières, alors remercions Dieu avec une reconnaissance et une joie profondes, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

« L’œuvre de Dieu c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »

lundi 19 avril 2021

Les sens sont curieux : la foi ne veut rien connaître, elle (…) voudrait passer toute sa vie immobile au pied du tabernacle. Les sens aiment la richesse et l’honneur ; la foi les a en horreur (…) : « Bienheureux les pauvres » (Mt 5,3). Elle adore la pauvreté et l’abjection dont Jésus se couvrit toute sa vie comme d’un vêtement qui fut inséparable de lui (…) Les sens s’effraient de ce qu’ils appellent les dangers, de ce qui peut amener la douleur ou la mort ; la foi ne s’effraie de rien, elle sait qu’il ne lui arrivera que ce que Dieu voudra — « tous les cheveux de votre tête sont comptés » (Mt 10,30) — et que ce que Dieu voudra sera toujours pour son bien — « Tout ce qui arrive est pour le bien des élus » (Rm 8,28). Ainsi, quoi qu’il puisse arriver, peine ou joie, santé ou maladie, vie ou mort, elle est contente d’avance et n’a peur de rien (…) Les sens sont inquiets du lendemain, se demandent comment on vivra demain ; la foi est sans nulle inquiétude (…)

La foi éclaire tout d’une lumière nouvelle, autre que la lumière des sens, ou plus brillante ou différente. Ainsi celui qui vit de foi a l’âme pleine de pensées nouvelles, de goûts nouveaux, de jugements nouveaux ; ce sont des horizons nouveaux qui s’ouvrent devant lui, horizons merveilleux qui sont éclairés d’une lumière céleste et beaux de la beauté divine. Enveloppé de ces vérités toutes nouvelles dont le monde ne se doute pas, il commence nécessairement une vie toute nouvelle, opposée au monde à qui ses actes semblent une folie. Le monde est dans les ténèbres, dans une nuit profonde. L’homme de foi est en pleine lumière, le chemin lumineux où il marche n’apparaît pas aux yeux des hommes ; il leur semble vouloir marcher dans le vide comme un fou.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

« Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères. » (Mt 23,8)

mardi 2 mars 2021

« Vous n’avez tous qu’un Père qui est Dieu : vous êtes tous des frères. » Vous nous le dites nettement, mon Seigneur Jésus : tous les hommes forment une grande famille ; tous sont frères, Dieu est le Père commun : tous doivent avoir les uns pour les autres les pensées, les paroles, les actes qu’un bon père veut que ses enfants aient entre eux.

L’amour que le meilleur des pères veut voir régner entre ses enfants, voilà l’amour que nous devons à tous les hommes, à chacun des hommes, sans exception. Et notre modèle, Jésus, nous en donne l’exemple : c’est Dieu qui vient sur la terre nous montrer sous la forme humaine comment il veut que chaque homme aime les autres hommes. Que fait Jésus ? Il vit trente-quatre ans et il donne son sang au milieu des plus affreux tourments pour la sanctification et le salut de tous les hommes, non seulement de tous en général mais de chacun en particulier, en sorte qu’il n’est aucun homme dont on ne doive dire : cet homme, Jésus est mort pour le sauver et le sanctifier. Après le précepte de l’amour fraternel, voici l’exemple comme l’a donné Jésus. Comme le dit S. Paul, « c’est votre frère, que le Christ a racheté à si grand prix ! » (cf. 1 Co 6, 20)

Tout homme est notre vrai frère en Dieu, et tout homme a été tant aimé et estimé si haut par Jésus qu’il est mort pour lui. Tout homme doit nous apparaître comme un frère, et un frère couvert comme d’un manteau du Sang de Jésus.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

Appelés à louer Dieu !

mardi 1 décembre 2020

Mon Dieu que vous êtes bon de nous appeler à vous louer ! Quoi de plus doux que de louer le bien-aimé ! (…) Louons Dieu !

Dieu lui-même nous en donne le précepte et l’exemple. Que de psaumes sont des psaumes de louanges ! « Que tout esprit loue le Seigneur » (Ps 150,6), « Louez le Seigneur, toutes les nations » (Ps 116,1)… Que de fois notre Seigneur s’écrie : « Je vous loue, mon Père, de ce que… ! » (Lc 10,1), combien de fois il lui donne ces noms de louange : « Père saint… Père juste… » (Jn 17,11.25) Et quand il nous apprend à prier, que nous fait-il dire ? « Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié » (Mt 6,9) c’est à-dire : soit glorifié aussi bien par les paroles que par les pensées et les actions de tous les hommes. (…)

La louange d’ailleurs est un besoin de l’amour, et même si Dieu ne nous donnait ni le précepte ni l’exemple de le louer, il serait pour nous obligatoire de le faire, par cela seul qu’il nous dit : « Votre premier commandement est de m’aimer ». L’admiration fait partie fondamentale de tout véritable amour : elle en est le fondement, la cause ; le motif du véritable amour, c’est le bien, la perfection qui est dans l’être aimé ; ce bien, cette perfection excitent l’admiration ; à la suite de l’admiration, et à peine distinct d’elle vient l’amour. Or la louange n’est autre chose que l’expression de l’admiration ; donc elle se trouve nécessairement (…) partout où est le véritable amour.

Louons donc Dieu, et intérieurement par les louanges muettes d’une amoureuse contemplation, et extérieurement par les paroles d’admiration que l’admiration de ses perfections mettra sur nos lèvres.

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

Tout âme peut devenir la première dans le Royaume

mardi 27 octobre 2020

Que vous êtes bon, mon Dieu, d’appeler toutes les nations au salut. (…) Et non seulement toutes les nations en général par vos apôtres et leurs successeurs, mais chaque homme en particulier et à tout moment, par l’action incessante de votre grâce ! Et non seulement au salut et au ciel, mais à « la première place » dans le ciel, puisque vous êtes sans cesse « à la porte de chaque âme, frappant » par votre grâce, et qu’il dépend de toute âme, en acceptant une grâce à un moment quelconque, en y étant fidèle, d’en recevoir aussitôt après une plus grande, et de voir ainsi la grâce croître, augmenter en elle de moment en moment, et prendre bientôt des développements immenses, si elle est fidèle à la recevoir continuellement.

Soyons fidèles à la grâce, avec constance, à partir de n’importe quel moment de notre vie, et elle deviendra en nous, en peu de temps, comme le grain de sénevé, un arbre où pourront venir se reposer les oiseaux du ciel, qui par la communion des saints, par l’application de ses mérites, la puissance de ses prières et de ses exemples rapportera une grande gloire à Dieu, non seulement par lui-même mais en aidant à la sanctification de beaucoup d’autres !.. Oh ! mon Dieu ! quelle destinée vous nous faites à tous ! Toute âme peut devenir un soleil, un grand arbre, « la première dans le royaume de Dieu », toute âme peut recevoir des torrents de grâce ; vous offrez sans cesse tout cela à chacun de nous : il nous suffit pour cela d’être constamment fidèle à la grâce à partir de n’importe quel instant de notre vie. Que le moment présent soit pour moi ce bienheureux instant

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

 

 

 

 

« Ta foi t’a sauvée »

lundi 6 juillet 2020

La foi, c’est ce qui fait que nous croyons du fond de l’âme (…) toutes les vérités que la religion nous enseigne, le contenu de la Sainte Écriture par conséquent et tous les enseignements de l’Évangile, tout ce qui nous est proposé par l’Église enfin. Le juste vit vraiment de cette foi (Rm 1,17), car elle remplace pour lui la plupart des sens de la nature. Elle transforme tellement toutes choses qu’à peine les anciens sens peuvent-ils servir à l’âme ; elle ne perçoit par eux que de trompeuses apparences ; la foi lui montre les réalités.

L’œil lui montre un pauvre ; la foi lui montre Jésus (cf Mt 25,40). L’oreille lui fait entendre des injures et des persécutions ; la foi lui chante : « Réjouissez-vous et jubilez de joie » (cf Mt 5,12). Le toucher nous fait sentir des coups de pierre reçus ; la foi nous dit : « Soyez dans une grande joie d’avoir été jugés dignes de souffrir quelque chose pour le nom du Christ » (cf Ac 5,41). Le goût nous fait sentir l’encens ; la foi nous dit que le véritable encens « sont les prières des saints » (Ap 8,4).

Les sens nous séduisent par les beautés créées ; la foi pense à la beauté incréée et prend en pitié toutes les créatures qui sont un néant et une poussière à côté de cette beauté-là. Les sens ont horreur de la douleur ; la foi la bénit comme la couronne de mariage qui l’unit à son Bien-aimé, comme la marche avec son Époux, la main dans sa main divine. Les sens se révoltent contre l’injure ; la foi la bénit : « Bénissez ceux qui vous maudissent » (Lc 6,28) (…); elle la trouve douce car c’est partager le sort de Jésus. (…) Les sens sont curieux ; la foi ne veut rien connaître : elle a soif de s’ensevelir et voudrait passer toute sa vie immobile au pied du tabernacle

Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)