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  • « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. »

    « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. »

    Mes frères, comment oser juger et condamner quelqu’un, quand même nous lui aurions vu commettre un péché ? Celui qui était hier un pécheur peut être aujourd’hui un saint pénitent. Quand nous voyons bien du mal dans notre prochain, disons au moins : « Hélas, si le bon Dieu ne m’avait pas accordé plus de grâces qu’à lui, j’aurais peut-être été encore plus loin. »

    Oui, mes frères, le jugement téméraire entraîne nécessairement avec lui la ruine et la perte de la charité chrétienne. (…) Notre-Seigneur nous dit : « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. Mon Père vous traitera de la même manière que vous aurez traité les autres ; vous serez mesurés de la même mesure dont vous vous serez servis pour mesurer les autres. » (cf. Mt 7,1-2) D’ailleurs, mes frères, qui est celui d’entre nous qui serait content qu’on jugeât mal ce qu’il fait ou dit ? Personne. Notre-Seigneur ne dit-il pas : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fît. » (cf. Mt 7,12)

    Hélas ! Mes frères, que de péchés nous commettons de cette manière ! Hélas ! qu’il y en a qui ne les connaissent pas, et qui, par conséquent, ne s’en sont jamais accusés ! Mon Dieu, que de personnes damnés, faute de se faire instruire ou de bien réfléchir sur leur manière de vivre !

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Comment le berger jugera-t-il ?

    Comment le berger jugera-t-il ?

    « Le Père ne juge absolument personne, mais il a donné au Fils tout le pouvoir de juger » (Jn 5,22), non qu’il se dépouille lui-même de son pouvoir, mais il juge par le Fils. Le Fils juge donc sur l’indication du Père. Car les indications du Père ne sont pas d’une sorte et les indications du Fils d’une autre sorte, mais une seule et même indication. Que dit donc le juge sur ta responsabilité ou ton irresponsabilité au sujet de tes œuvres ?

    « Et ils réuniront devant lui tous les peuples » car il « faut que tous plient le genou devant le Christ, habitants des cieux, de la terre et des enfers ». « Et il les séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs » (cf. Mt 25,32 ; Rm 14,10 ; Ph 2,10). Le berger, comment sépare-t-il ? Est-ce en cherchant d’après un livre quelle bête est brebis et quelle autre bouc ? Ou juge-t-il d’après ce qu’il voit ? Est-ce que la laine ne désigne pas la brebis et une toison velue et sèche le bouc ? Ainsi, si tu as été préalablement purifié de tes fautes, tes œuvres paraissent à l’extérieur comme une laine pure, et la robe d’innocence t’attend et tu diras toujours : « J’ai quitté ma tunique, comment la remettrai-je ? » (Ct 5,3). Ta toison te fait reconnaître pour une brebis. Mais si tu es trouvé velu, à l’image d’Esaü qui avait le poil épais et l’esprit léger, qui pour un mets avait sacrifié son droit d’aînesse et vendu sa prérogative, tu seras placé à gauche.

    Plaise à Dieu que nul de ceux qui sont ici ne déchoie de la grâce, et ne soit trouvé, à cause de ses mauvaises actions, dans les rangs de gauche, ceux des pécheurs.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • Aveugle et infirme, moi qui juge !

    Ô foyer d’amour ! Grâces, grâces, soient à vous, Père éternel ! À moi imparfaite et remplie de ténèbres, vous le Parfait, vous la Lumière, vous avez montré la perfection et la voie lumineuse de la doctrine de votre Fils unique.

    J’étais morte, vous m’avez rendu la vie ! J’étais malade, vous m’avez servi le remède ! Et non seulement le remède du Sang, que vous avez appliqué par votre Fils à ce malade qu’est le genre humain : mais encore vous m’avez donné contre une infirmité secrète un remède que je ne connaissais pas ; vous m’avez enseigné cette doctrine que je ne puis d’aucune manière juger la créature raisonnable et spécialement vos serviteurs ! Aveugle et infirme que j’étais ! Que de fois ne les ai-je pas jugés, sous couleur de votre honneur et du salut des âmes !

    Je vous remercie donc, ô Bonté souveraine et éternelle, de ce qu’en me découvrant votre Vérité, et les tromperies du démon, et les illusions du sens propre, vous m’avez fait connaître mon infirmité ! Je vous en supplie par votre grâce et par votre miséricorde, qu’aujourd’hui soit le terme et la fin de mes égarements ! Que je ne m’écarte plus désormais de la doctrine que votre Bonté m’a donnée, à moi et à quiconque la voudra suivre.

    Sans vous, rien ne se peut faire ! J’ai donc recours à vous, vous êtes mon refuge, Père éternel, et ce n’est pas pour moi seule que je vous implore, mais encore pour le monde entier, et particulièrement pour le corps mystique de la sainte Eglise.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Ne pas juger pour parvenir à l’imitation de Dieu

    Lors que quelqu’un sera parvenu à cet amour du bien et cette imitation de Dieu (…), il revêtira les sentiments de longanimité qui furent ceux du Seigneur, et priera aussi, comme lui, pour ses persécuteurs : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Lc 23,34)

    C’est, aussi bien, la marque évidente d’une âme non purifiée encore de la lie des vices, que les fautes du prochain ne trouvent chez elle, au lieu du sentiment de la miséricorde et de la compassion, que la censure rigide d’un juge. Comment atteindre à la perfection du cœur, si l’on n’a ce qui consomme, au dire de l’Apôtre, la plénitude de la loi : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez la loi du Christ » (Gal 6,2), si l’on ne possède cette vertu de charité qui « ne s’irrite, ni ne s’enfle, ni ne pense le mal, qui souffre tout, supporte tout » (1Co 13,4-7) ? Car « le juste a pitié des bêtes qui sont à lui, mais les entrailles des impies sont sans miséricorde. » (Pr 12,10 LXX)

    Le moine, c’est chose bien certaine, est sujet aux mêmes vices qu’il condamne chez les autres avec une sévérité rigoureuse et inhumaine. En effet, « Le roi sévère tombera dans le malheur » (Pr 13,17 LXX) ; et « Celui qui ferme l’oreille au cri du pauvre, criera lui-même, et il ne se trouvera personne qui l’écoute. » (Pr 21,13 LXX)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

  • « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » (Lc 6,37)

    « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » (Lc 6,37) Que Vous aimez les hommes, mon Dieu, Vous qui interdisez de les juger et qui Vous réservez à Vous, leur seul Père, leur seul Maître, leur seul Juge, leur jugement !… Que Vous aimez les hommes, Vous qui voulez qu’ils soient tant aimés les uns par les autres, et qui leur donnez ce commandement si propre à maintenir entre eux l’estime mutuelle, mère de l’amour et par là, à les faire aimer les uns par les autres !…

    Que Vous êtes bon, Vous qui voulez tellement les attacher à Vous, tellement développer en eux votre Amour, et qui leur donnez ce commandement si propre à établir en eux votre Amour, et parce qu’il adoucit leur cœur et l’empêche d’être amer envers les hommes, le rend par là même plus suave envers Vous (car on n’a qu’un cœur, amer pour tous ou suave pour tous), et ensuite, parce que détournant leur attention des actes des autres hommes, en leur défendant de les juger, Vous leur rendez bien plus facile d’attacher toute leur attention, tous leurs regards, toute leur contemplation, tout leur amour à Vous seul !

    Ne jugeons pas : par obéissance à cette parole de Jésus et à tant d’autres analogues… parce que nous n’avons pas droit pour cela. « Pourquoi juges-tu le serviteur d’autrui ? » (Rm 14,4) (…) Par bonté, ayons le cœur doux, suave, sans amertume ; ce cœur est indulgent, ne juge pas, détourne ses yeux du mal ; la charité ne réfléchit pas au mal : elle croit tout, espère tout (1 Co 13, 7).

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • Celui qui juge est plus coupable que celui qui est jugé

    Nous voyons que le pharisien jugeait bien témérairement le publicain d’être un voleur, parce qu’il recevait les impôts ; en disant, sans le savoir, qu’il demandait plus qu’il ne fallait et qu’il ne se servait de son autorité que pour faire des injustices. Cependant, ce prétendu voleur se retire des pieds de Dieu, justifié, et ce pharisien, qui se croyait parfait, s’en va chez lui plus coupable ; ce qui nous montre que, le plus souvent, celui qui juge est plus coupable que celui qui est jugé. (…)

    Mais ces mauvais cœurs, ces cœurs orgueilleux, jaloux et envieux, puisque ce sont ces trois vices qui engendrent tous ces jugements que l’on porte sur ses voisins… A-t-on volé quelqu’un ? A-t-on perdu quelque chose ? De suite, nous pensons que c’est peut-être bien un tel qui a fait cela, et nous le pensons sans même en avoir la moindre connaissance. Ah ! Mes frères, si vous connaissiez bien ce péché, vous verriez que c’est un des péchés les plus à craindre, qui est le moins connu et le plus difficile à corriger. Écoutez ces cœurs qui sont imbus de ce vice. Si quelqu’un exerce quelque emploi, quelque charge dans lesquels d’autres ont fait quelque injustice ; de suite, ils concluent que tous ceux qui prennent la place font de même, qu’ils ne valent pas mieux que les autres, qu’ils sont tous des voleurs et des adroits. (…)

    Ah ! mes frères, si nous avions le bonheur d’être exempts de l’orgueil et de l’envie, nous ne jugerions jamais personne, nous nous contenterions de pleurer sur nos misères spirituelles et de prier pour les pauvres pécheurs, et pas autre chose ; étant bien convaincus que le bon Dieu ne nous demandera compte que de nos actions et non de celles des autres.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés. »

    N’aie pas de fausse honte devant celui qui te dit du mal de son prochain, mais réponds-lui plutôt : « Arrête, frère ! Je tombe moi-même chaque jour dans des fautes plus graves ; dès lors, comment pourrais-je condamner celui-ci ? » Tu obtiendras ainsi un double profit : avec un unique remède, tu te guériras toi-même et tu guériras ton prochain. C’est là un des raccourcis qui conduisent au pardon des péchés, je veux dire de ne pas juger, si cette parole est vraie : « Ne jugez pas ; et vous ne serez pas jugés » (Lc 6,37). (…)

    Quand tu verrais quelqu’un commettre le péché à l’instant de sa mort, même alors ne le juge pas, car le jugement de Dieu est impénétrable pour l’homme. Certains ont commis de grandes fautes à la vue de tous, mais ils ont accompli en secret de plus grand actes de vertu. Ainsi leurs détracteurs se sont-ils trompés en ne s’attachant qu’à la fumée sans voir le soleil.

    Écoutez-moi, écoutez, vous tous, censeurs pleins de malice des actions d’autrui ! Si cette parole est vrai ‒ et elle l’est certainement ‒ : « Du jugement dont vous jugez on vous jugera » (Mt 7,2), alors tout péché, soit de l’âme, soit du corps, dont nous accuserons notre prochain, nous y tomberons nous-mêmes. La chose est sûre.

    Des censeurs hâtifs et sévères de leur prochain tombent dans cette passion parce qu’ils ne gardent pas parfaitement le souvenir et le souci constant de leurs propres péchés. En effet, si quelqu’un, débarrassé du voile de l’amour de lui-même, voyait exactement ses propres maux, il ne pourrait plus se soucier d’autre chose sa vie durant ; il estimerait que tout le temps qui lui reste ne lui suffirait pas pour s’affliger sur lui-même, vivrait-il cent ans et verrait-il toutes les eaux du Jourdain couler de ses yeux en torrents de larmes. (…)

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

     

     

     

  • « Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » (1Jn 3,18)

    Tous les frères auront soin de ne calomnier personne, d’éviter les paroles de dispute. Qu’ils essaient plutôt de garder le silence autant que Dieu leur en donnera la grâce. Ils ne se disputeront pas entre eux ni avec d’autres, mais ils s’efforceront de répondre humblement : « Nous ne sommes que des serviteurs inutiles » (Lc 17,10). Ils ne s’irriteront pas, « car celui qui se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; celui qui dit : ‘Imbécile !’ sera passible du tribunal ; celui qui dira : ‘Fou !’ sera passible de la géhenne du feu ». Ils s’aimeront les uns les autres, conformément à la parole du Seigneur : « Mon commandement est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12). Par des actes ils témoigneront de l’amour mutuel qu’ils doivent se porter, conformément à la parole de l’apôtre Jean : « Aimons non pas avec des paroles et des discours, mais véritablement et par des actes » (1Jn 3,18).

    Ils « n’outrageront personne » ; ils ne diffameront, ils ne dénigreront personne ; car il est écrit : Le Seigneur hait « les rapporteurs et les médisants » ; ils seront modestes, « animés de la plus grande douceur envers tous les hommes » (Tt 3,2; Rm 1,29-30). Ils ne doivent ni juger ni condamner, comme dit le Seigneur (Lc 6,37). Ils n’examineront pas les moindres péchés des autres, mais ils réfléchiront à leurs propres péchés dans l’amertume de leur cœur (cf Is 38,15). Ils « s’efforceront d’entrer par la porte étroite », car, dit le Seigneur, « étroite est la porte et resserrée la route qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent » (Lc 13,24; Mt 7,13-14).

    Saint François d’Assise (1182-1226)

     

     

     

     

  • « Celui qui est bien formé sera comme son maître. »

    « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître. » (…) Pourquoi juges-tu, alors que le Maître ne juge pas encore ? Car il n’est pas venu juger le monde, mais lui faire grâce (Jn 12,47). Entendue dans ce sens, la parole du Christ devient : « Si je ne juge pas, ne juge pas non plus, toi qui es mon disciple. Il se peut que tu sois coupable de fautes plus graves que celui que tu juges. Quelle ne sera pas ta honte quand tu en prendras conscience ! »

    Le Seigneur nous donne le même enseignement dans la parabole où il dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère ? » Il nous convainc par des arguments irréfutables de ne pas vouloir juger les autres, et de scruter plutôt nos cœurs. Ensuite il nous demande de chercher à nous libérer des désirs déréglés qui y sont installés, en demandant cette grâce à Dieu. C’est lui, en effet, qui guérit ceux qui ont le cœur brisé et nous délivre de nos maladies spirituelles. Car si les péchés qui t’accablent sont plus grands et plus graves que ceux des autres, pourquoi leur fais-tu des reproches sans te soucier des tiens ?

    Tous ceux qui veulent vivre avec dévotion, et surtout ceux qui ont la charge d’instruire les autres, tireront nécessairement profit de ce précepte. S’ils sont vertueux et sobres, donnant par leurs actions l’exemple de la vie vécue selon l’Évangile, ils reprendront avec douceur ceux qui ne sont pas encore résolus à agir de même.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

     

     

     

  • « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire en lui ne verra pas la vie. » (Jn 3,36)

    [Sainte Catherine a entendu Dieu dire : ] Au dernier jour du jugement, lorsque le Verbe, mon Fils, revêtu de ma majesté, viendra juger le monde avec sa puissance divine, il ne viendra pas comme ce pauvre misérable qu’il était lors de sa naissance du sein de la Vierge, dans une étable au milieu des animaux, ou tel qu’il est mort, entre deux larrons. Alors, ma puissance était cachée en lui ; je lui laissais endurer comme homme peines et tourments. Non point que ma nature divine ait été séparée de la nature humaine, mais je le laissais souffrir comme un homme pour expier vos fautes. Non, ce n’est pas ainsi qu’il viendra au moment suprême : il viendra dans toute la puissance et dans tout l’éclat de sa propre personne…

    Aux justes, il inspirera en même temps qu’une crainte respectueuse, une grande jubilation. Non pas que son visage change : son visage, en vertu de la nature divine, est immuable parce qu’il ne fait qu’un avec moi, et en vertu de la nature humaine son visage est également immuable puisqu’il a assumé la gloire de la résurrection. Aux yeux des réprouvés il apparaîtra terrible, parce que c’est avec cet œil d’épouvante et de trouble qu’ils portent au-dedans d’eux-mêmes que les pécheurs le verront.

    N’est-ce pas ce qui se passe pour un œil malade ? Dans le soleil brillant il ne voit que ténèbres, alors que l’œil sain y voit la lumière. Ce n’est pas que la lumière ait quelque défaut ; ce n’est pas le soleil qui change. Le défaut est dans l’œil aveugle. C’est ainsi que les réprouvés verront mon Fils dans les ténèbres, la haine et la confusion. Ce sera la faute de leur propre infirmité et non pas à cause de ma majesté divine avec laquelle mon Fils apparaîtra pour juger le monde.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)