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Archive pour le mot-clef ‘pasteur’

« M’aimes-tu ? »

vendredi 29 mai 2020

 

J’aperçois tous les bons pasteurs dans l’unique Pasteur (Jn 10,14). Les bons pasteurs, à vrai dire, ne sont pas plusieurs ; ils sont un dans un seul. S’ils étaient plusieurs, ils seraient divisés (…); si le Seigneur a confié son troupeau à Pierre, c’était pour mettre l’unité en valeur en lui. Les apôtres étaient plusieurs, mais il est dit à seulement l’un d’entre eux : « Pais mes brebis. » (…) Effectivement lorsque le Christ lui confiait ses brebis comme à un autre lui-même, il voulait qu’il ne fasse qu’un avec lui. Le Sauveur serait la Tête, Pierre représenterait le corps de l’Église (Col 1,18). (…) Que lui dit-il avant de lui confier ses brebis pour qu’il ne les reçoive pas comme un étranger ? « Pierre, m’aimes-tu ? » Et Pierre répond : « Je t’aime. » Une seconde fois : « M’aimes-tu ? », et une seconde fois : « Je t’aime. » Une troisième fois : « M’aimes-tu ? », et Pierre répond une troisième fois : « Je t’aime. » C’était fortifier l’amour, pour consolider l’unité.

C’est donc Jésus seul qui est le berger en ses pasteurs, et eux le sont en lui seul. (…) Ce n’était pas pour annoncer un temps malheureux que Dieu a dit par son prophète : « Je ferai paître mes brebis moi-même », comme s’il n’avait personne à qui les confier. Lorsque Pierre était encore vivant, lorsque les apôtres étaient encore dans cette chair et dans ce monde, cet unique Pasteur en qui sont réunis tous les pasteurs, ne disait-il pas : « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas encore de cette bergerie ; il faut que je les y amène aussi, afin qu’il n’y ait qu’un troupeau et qu’un pasteur » ? (Jn 10,16) Tous les pasteurs doivent donc être dans l’unique Pasteur ; tous ils doivent faire entendre seulement sa voix aux brebis. (…) Tous doivent tenir en lui le même langage, sans voix discordantes. « Je vous exhorte, frères, d’avoir tous le même langage et de ne pas tolérer de divisions parmi vous » (1Co 1,10). Cette voix, débarrassée de toute division, pure de toute hérésie, doit être entendue par les brebis, afin qu’elles suivent le Pasteur qui leur dit : « Mes brebis entendent ma voix et me suivent » (Jn 10,27).

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

La sollicitude du Bon Pasteur

lundi 4 mai 2020

Le bon Pasteur, (…) dans la parabole du berger et de la centième brebis perdue, cherchée avec tant de soin, enfin retrouvée et rapportée joyeusement sur ses épaules, montre en une tendre image, quels sont les soins de sa sollicitude et quelle est sa clémence pour les brebis perdues : sa parole formelle le déclare expressément : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11), ce qui est vraiment l’accomplissement de la prophétie : « Il paîtra son troupeau comme un berger » (Is 40,11).

Dans ce but, supportant travaux, soucis et faim, pièges des pharisiens et périls de toute espèce, annonçant le royaume de Dieu, parcourant les cités et les bourgades, passant les nuits dans la veille en oraison et, sans être arrêté par le murmure ou le scandale des pharisiens, se montrant affable aux publicains, Il affirma « qu’Il était venu en ce monde pour les malades » (Mt 9,12), et témoigna aux pénitents une affection paternelle, leur montrant large ouvert le sein de la miséricorde divine.

Évoquons les témoins de ces choses et citons aux yeux de tous : Matthieu, Zachée, la pécheresse prosternée à ses pieds et la femme surprise en adultère. Comme Matthieu, deviens le parfait disciple de ce pasteur si bon ; comme Zachée, donne-lui l’hospitalité ; comme la pécheresse, oins de parfum et arrose de larmes ses pieds, essuie-les de tes cheveux et caresse-les de tes baisers, afin de pouvoir entendre la sentence d’absolution, avec la femme présentée à son jugement : « Personne ne t’a condamnée ? Moi non plus, je ne te condamnerai point. Va et ne pèche plus » (Jn 8,10-11).

Saint Bonaventure (1221-1274)

 

 

 

Jésus, bon Pasteur, garde-moi !

dimanche 3 mai 2020

Que ta divine toute-puissance, ta sagesse et ta bonté, mon Dieu, mon doux amour, me bénisse ; qu’elle me fasse marcher à ta suite avec une volonté empressée, me renoncer moi-même sincèrement, et d’un cœur, d’un esprit et d’une âme très zélés, te suive en la manière la plus parfaite. (…)

« Écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » (Ps 33,12) Ah, Jésus, bon Pasteur, fais que j’entende et que je reconnaisse ta voix, me délivrant de tout ce qui m’empêche d’être à toi ; relève-moi de ton bras ; fais-moi reposer dans ton sein, moi ta brebis rendue féconde par ton Esprit. Là enseigne-moi comment te craindre ; là montre-moi comment t’aimer ; apprends-moi comment te suivre. (…)

« Celui qui habite sous la garde du Très-Haut, demeurera dans la protection du Dieu du ciel. » (Ps 90,1) Protecteur de mon âme et mon refuge au jour de malheur, défends-moi en toute tentation ; entoure-moi du bouclier de la vérité. Toi-même, sois avec moi en toutes mes tribulations : toi qui es mon espérance, de tout péril du corps et de l’âme défends-moi toujours, et protège-moi. (…) Amen.

Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

 

 

 

« Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu. »

mardi 10 décembre 2019

C’est toi, Seigneur, qui m’as fait naître de mon père, qui m’as formé dans le sein de ma mère (Ps 138,13) ; c’est toi qui m’as fait venir à la lumière comme un petit enfant tout nu, car les lois de notre nature obéissent perpétuellement à tes ordres. C’est toi qui as préparé par la bénédiction de l’Esprit Saint ma création et mon existence, non par la volonté de l’homme ou le désir de la chair (Jn 1,13), mais par ta grâce inexprimable. Tu as préparé ma naissance par une prévenance qui dépasse les lois de notre nature. Tu m’as fait venir à la lumière en m’adoptant pour ton fils (Ga 4,5), et tu m’as inscrit parmi les membres de ton Église sainte et immaculée.

C’est toi qui m’as nourri du lait spirituel, c’est-à-dire du lait de tes paroles divines. C’est toi qui m’as fortifié par un aliment solide : le corps de Jésus Christ notre Dieu, ton Fils unique, le très saint, et tu m’as enivré à la coupe divine, c’est-à-dire la coupe de son sang qui fait vivre, et qu’il a répandu pour le salut du monde entier.

Tu nous as aimés, Seigneur, et tu as donné ton Fils à notre place pour notre rachat qu’il a entrepris volontairement et sans résistance. (…) Ainsi, ô Christ, mon Dieu, tu t’es abaissé pour me porter sur tes épaules, brebis égarée (Lc 15,5), et tu m’as placé dans un pâturage verdoyant (Ps 22,2) ; tu m’as désaltéré aux sources de la vraie doctrine (ibid.) par l’intermédiaire de tes pasteurs dont tu étais toi-même le berger avant de leur confier ton troupeau.

Saint Jean de Damas (v. 675-749)

 

 

 

 

 

« Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis. »

jeudi 7 novembre 2019

Je me suis égaré dans le désert,

J’ai erré dans la région inhabitée,

Selon la parabole de la brebis,

Une parmi le groupe des cent.

 

Le méchant Ennemi l’a déchirée :

Il l’a couverte de plaies incurables ;

C’est pourquoi il n’y a pas d’autre remède à la plaie,

Sinon Toi, pour la guérir.

 

Je te supplie tout en larmes,

J’élève mes cris vers mon Sauveur :

Toi, bon Pasteur venu du ciel,

Mets-toi à la recherche du petit troupeau.

 

Cherche, Seigneur, la pièce d’argent tombée

Qui est ton image perdue (Cf. Gn 1,26),

Que j’ai enfouie dans le vice du péché

Et dans la boue fétide.

 

Lave-moi, Seigneur, de ma souillure ;

Rends mon âme pure, telle la blancheur de neige (Cf. Is 1,18).

Veuille compléter le nombre des dix pièces,

Comme tu l’as fait pour les quarante saints [de Sébaste].

 

Porte-moi sur tes épaules, Toi qui as porté la croix,

Veuille relever mon âme tombée ;

Réjouis l’armée céleste des anges

Pour le retour d’un seul pécheur.

 

Saint Nersès Snorhali

« Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue. »

vendredi 28 juin 2019

Je sens que mon Jésus se fait toujours plus proche de moi. Il a permis ces jours-ci que je tombe à la mer et que je me noie dans la considération de ma misère et de mon orgueil, pour me faire comprendre à quel point j’ai besoin de lui. Au moment où je risque d’être submergé, Jésus, marchant sur les eaux, vient à ma rencontre en souriant pour me sauver. Je voudrais lui dire avec Pierre : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » (Lc 5,8), mais je suis devancé par la tendresse de son cœur et par la douceur de ses paroles : « N’aie pas peur » (Lc 5,10).

Oh ! je ne crains plus rien à côté de vous ! Je repose tout contre vous ; pareil à la brebis perdue, j’entends les battements de votre cœur ; Jésus, je suis à vous une fois de plus, à vous pour toujours. Avec vous je suis vraiment grand ; sans vous je ne suis qu’un faible roseau, mais appuyé à vous je suis une colonne. Je ne dois jamais oublier ma misère, non pour trembler sans cesse, mais pour que, malgré mon humilité et ma confusion, je m’approche de votre cœur avec toujours plus de confiance, car ma misère est le trône de votre miséricorde et de votre amour.

Saint Jean XXIII (1881-1963)

 

 

 

 

« Sois le pasteur de mes brebis. »

vendredi 7 juin 2019

L’évêque de Rome est l’évêque de l’église qui demeure marquée par le martyre de Pierre et par celui de Paul… L’évangile de Matthieu décrit et précise la mission pastorale de Pierre dans l’Église… : « Je te dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… » (16,18). Luc fait ressortir que le Christ recommande à Pierre d’affermir ses frères, mais qu’il lui montre en même temps sa faiblesse humaine et son besoin de conversion (22,32). C’est comme si, à partir de la faiblesse humaine de Pierre, il devenait pleinement manifeste que son ministère spécifique dans l’Église est entièrement l’effet de la grâce…

Pierre, aussitôt après son investiture, est réprimandé avec une rare sévérité par le Christ qui lui dit : « Tu me fais obstacle » (Mt 16,23). Comment ne pas voir dans la miséricorde dont Pierre a besoin un lien avec le ministère de cette même miséricorde dont il fait l’expérience le premier ?… L’évangile de Jean souligne aussi que Pierre reçoit la charge de paître le troupeau en réponse à une triple profession d’amour qui correspond à son triple reniement… Quant à Paul, il peut conclure la description de son ministère par l’affirmation bouleversante qu’il lui a été donné de recueillir des lèvres du Seigneur : « Ma grâce te suffit ; car la puissance se déploie dans la faiblesse », et il peut s’écrier ensuite : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Co 12,9-10)…

Héritier de la mission de Pierre…, l’évêque de Rome exerce un ministère qui a son origine dans les multiples formes de la miséricorde de Dieu, miséricorde qui convertit les cœurs et communique la force de la grâce, là même où le disciple connaît le goût amer de sa faiblesse et de sa misère. L’autorité propre de ce ministère est toute au service du dessein miséricordieux de Dieu et il faut toujours la considérer dans cette perspective. Son pouvoir s’explique dans ce sens. Se fondant sur la triple profession d’amour de Pierre qui correspond à son triple reniement, son successeur sait qu’il doit être signe de miséricorde. Son ministère est un ministère de miséricorde, procédant d’un acte de miséricorde du Christ. Il faut sans cesse relire toute cette leçon de l’Évangile, afin que l’exercice du ministère pétrinien ne perde rien de son authenticité et de sa transparence.

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

 

 

 

« Je leur donne la vie éternelle. »

dimanche 12 mai 2019

Le Seigneur dit : « Mes brebis écoutent la voix, et moi je les connais ; elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle ». Un peu plus haut il avait dit à leur sujet : « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage » (Jn 10,9). Il entrera en venant à la foi ; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.

Les brebis du bon pasteur trouvent donc un pâturage parce que tous ceux qui le suivent avec un cœur simple sont nourris dans le pâturage des prairies éternellement vertes. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies intérieures d’un paradis à jamais verdoyant ? Car le pâturage des élus, c’est le visage de Dieu, toujours présent : puisqu’on le contemple sans interruption, l’âme se rassasie sans fin d’un aliment de vie…

Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée au ciel par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite… Réveillons donc nos âmes, mes frères ! Que notre foi se réchauffe en ce qu’elle croit, que nos désirs s’enflamment pour les biens d’en haut. Aimer ainsi c’est déjà se mettre en route. Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure, car si on désire se rendre à un endroit qu’on s’est fixé, aucune difficulté ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par des réussites flatteuses. Stupide serait le voyageur qui, au spectacle du paysage merveilleux, oublierait en chemin le but de son voyage.

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

 

 

 

« Mes brebis écoutent ma voix ; je les connais et elles me suivent. »

mardi 24 avril 2018

Bon Pasteur, Jésus, pasteur vraiment bon, pasteur plein de bienveillance et de tendresse, vers toi monte le cri d’un pasteur pauvre et misérable : pasteur fragile, pasteur maladroit, pasteur quelconque (cf Lc 17,10), mais malgré tout, pasteur de tes brebis. Oui, vers toi, Bon Pasteur, monte le cri de ce pasteur qui est loin d’être bon ; vers toi il crie, inquiet pour lui-même, inquiet pour tes brebis… Tu connais mon cœur, Seigneur : tu sais que mon souhait est de dépenser entièrement pour ceux que tu m’a confiés tout ce que tu as donné à ton serviteur…, et plus que tout, me dépenser pour eux sans compter (2Co 12,15)…

Toi-même, tu n’as pas dédaigné de te dépenser pour eux. Apprends-moi donc, Seigneur, à moi ton serviteur, apprends-moi, par ton Esprit Saint, comment me dépenser pour eux… Donne-moi, Seigneur, par ta grâce inexprimable, de supporter avec patience leurs faiblesses, d’y compatir avec bonté, de les secourir avec discrétion. Que l’enseignement de ton Esprit m’apprenne à consoler les affligés, à fortifier les craintifs, à relever ceux qui tombent, à être faible avec les faibles, à partager la brûlure de ceux qui trébuchent, à me faire tout à tous pour les gagner tous (2Co 11,29; 1Co 9,19.22). Mets sur mes lèvres une parole vraie, une parole droite, une parole juste, afin qu’ils grandissent dans la foi, l’espérance et l’amour, en chasteté et en humilité, en patience et en obéissance, en ferveur d’esprit et pureté de cœur. Puisque c’est toi qui leur as donné ce guide aveugle (Mt 15,14), cet enseignant ignorant, ce chef incapable, enseigne celui que tu as établi comme enseignant, conduis celui à qui tu as ordonné de conduire les autres.

Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Prière d’un pasteur, 1.7 (trad cf coll. Pain de Cîteaux, n°24, p. 261s)

 

 

 

« Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. »

lundi 23 avril 2018

« Moi, je suis le bon pasteur. » Il est évident que le titre de pasteur convient au Christ. Car de même qu’un berger mène paître son troupeau, ainsi le Christ restaure les fidèles par une nourriture spirituelle, son propre corps et son propre sang… D’autre part, le Christ a dit que le pasteur entre par la porte et qu’il est lui-même cette porte ; il faut donc comprendre que c’est lui qui entre, et par lui-même. C’est bien vrai : c’est bien par lui-même qu’il entre ; il se manifeste lui-même et il montre qu’il connaît le Père par lui-même, tandis que nous, nous entrons par lui, et c’est lui qui nous donne le bonheur parfait.

Personne d’autre que lui n’est la porte, parce que personne d’autre n’est « la vraie lumière, qui éclaire tous les hommes » (Jn 1,9)… C’est pourquoi aucun homme ne dit qu’il est la porte ; le Christ s’est réservé ce nom comme lui appartenant en propre. Mais le titre de pasteur, il l’a communiqué à d’autres, il l’a donné à certains de ses membres. En effet, Pierre l’a été aussi (Jn 21,15), et les autres apôtres, ainsi que tous les évêques. « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur » dit l’Écriture (Jr 3,15)… Aucun pasteur n’est bon s’il n’est uni au Christ par la charité, devenant ainsi membre du pasteur véritable.

Car le service du bon pasteur, c’est la charité. C’est pourquoi Jésus dit qu’il « donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11)… Le Christ nous a montré l’exemple : « Il a donné sa vie pour nous. Nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16).

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l’Église
Commentaire de l’évangile de Jean, 10,3 (trad. cf bréviaire)