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Se convertir aux appels de Jean Baptiste, qui prépare la voie du Seigneur

15 décembre 2020

C’est une joie pour moi, frères, d’évoquer avec vous cette voie du Seigneur (…) dont Isaïe fait un si bel éloge : « Il y aura (…) dans la terre aride et déserte, un chemin et une route (…) Cette route sera appelée voie sacrée » (Is 35,7-8), parce qu’elle est la sanctification des pécheurs et le salut de ceux qui sont perdus. (…)

« Aucun impur n’y passera. » Cher Isaïe, ceux qui sont impurs passeront donc par une autre voie ? Ah non ! Que tous viennent plutôt à cette route-ci, qu’ils y avancent ! C’est surtout pour les impurs que le Christ l’a tracée, lui qui « est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10). (…) Alors l’impur va passer par la voie sacrée ? À Dieu ne plaise ! Aussi souillé qu’il soit en l’abordant, il ne le sera plus quand il y passera ; car dès qu’il y aura mis le pied, sa souillure disparaîtra. La voie sacrée, en effet, est ouverte à l’homme impur, mais dès qu’elle l’accueille, elle le purifie en effaçant tout le mal qu’il a commis. (…) Elle ne le laisse pas passer avec sa souillure, car elle est la « voie resserrée » et pour ainsi dire, le « trou d’aiguille » (Mt 7,14 ; 19,24). (…)

Si donc tu es déjà sur la route, ne t’en écarte pas ; sinon, le Seigneur te laisserait « errer dans la voie de ton propre cœur » (Is 57,17). (…) Si tu trouves la route trop étroite, considère le terme où elle te conduit. (…) Mais si ton regard ne va pas jusque-là, fais confiance à Isaïe, le voyant. Lui qui distinguait à la fois l’étroitesse et le terme de la route, il ajoutait : « Sur ce chemin marcheront les libérés, les rachetés du Seigneur ; ils arriveront à Sion avec des clameurs de joie. Un bonheur sans fin transfigurera leur visage. Ils obtiendront allégresse et joie. Douleurs et plainte prendront la fuite » (35,9-10).

Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157)

 

 

Le témoin de Dieu

14 décembre 2020

Toute créature est faite pour rendre témoignage à Dieu puisque toute créature est comme une preuve de sa bonté. La grandeur de la création témoigne à sa manière de la force et de la toute-puissance divines, et sa beauté témoigne de la divine sagesse. Certains hommes reçoivent de Dieu une mission spéciale : ils rendent témoignage à Dieu non seulement à un point de vue naturel, par le fait qu’ils existent, mais bien plutôt de manière spirituelle, par leurs bonnes œuvres. (…) Cependant ceux qui, non contents de recevoir les dons divins et de bien agir par la grâce de Dieu, communiquent ces dons à d’autres par la parole, les encouragements et les exhortations, ceux-là sont plus spécialement encore des témoins de Dieu. Jean est un de ces témoins ; il est venu pour répandre les dons de Dieu et annoncer ses louanges.

Cette mission de Jean, ce rôle de témoin est d’une grandeur incomparable, car nul ne peut rendre témoignage à une réalité que dans la mesure où il y participe. Jésus disait : « Nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu » (Jn 3,11). Rendre témoignage à la vérité divine, cela suppose que l’on connaît cette vérité. C’est pourquoi le Christ, lui aussi, a eu ce rôle de témoin. « Je suis venu en ce monde et je suis né pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Mais le Christ et Jean avaient ce rôle de manière différente. Le Christ possédait cette lumière en lui-même ; bien plus, il était cette lumière ; tandis que Jean y participait seulement. C’est pourquoi le Christ rend un témoignage complet, il manifeste parfaitement la vérité. Jean et les autres saints ne le font que dans la mesure où ils reçoivent cette vérité.

Mission sublime de Jean : elle implique sa participation à la lumière de Dieu et sa ressemblance avec le Christ qui s’est acquitté, lui aussi, de cette mission.

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

 

 

« Il est venu pour rendre témoignage à la Lumière. »

13 décembre 2020

Comment le Christ est-il venu ? Il est apparu en homme. Parce qu’il était homme à ce point que Dieu était caché en lui, un homme remarquable a été envoyé devant lui pour faire reconnaître qu’il était plus qu’un homme, lui, le Christ. (…) Qui était-il, celui qui devait ainsi rendre témoignage à la Lumière ? Un être remarquable, ce Jean, un homme d’un haut mérite, d’une grâce éminente, d’une grande élévation. Admire-le, mais comme on admire une montagne : la montagne reste dans les ténèbres tant que la lumière ne vient pas l’envelopper : « Cet homme n’était pas la Lumière ». Ne prends pas la montagne pour la lumière ; ne va pas te briser contre elle, bien loin d’y trouver du secours.

Et que faut-il admirer alors ? La montagne, mais comme montagne. Élève-toi jusqu’à celui qui éclaire cette montagne qui est dressée pour recevoir, la première, les rayons du soleil, afin de les renvoyer à tes yeux. (…) De nos yeux, on dit aussi qu’ils sont des lumières ; et pourtant si on n’allume pas de lampe la nuit ou si le soleil ne se lève pas durant le jour, nos yeux s’ouvrent en vain. Jean lui-même était ténèbres avant d’être illuminé ; il n’est devenu lumière que par cette illumination. S’il n’avait pas reçu les rayons de la Lumière, il serait demeuré ténèbres comme les autres. (…)

Et la Lumière elle-même, où est-elle ? « la Lumière véritable qui illumine tout homme en venant dans ce monde » ? (Jn 1,9) S’il illumine tout homme, il illuminait aussi Jean, par qui il voulait être manifesté. (…) Il venait pour des intelligences infirmes, pour des cœurs blessés, pour des âmes aux yeux malades (…), des gens incapables de le voir directement. Il a couvert Jean de ses rayons. En proclamant qu’il avait été lui-même illuminé, Jean a fait connaître Celui qui illumine, Celui qui éclaire, Celui qui est la source de tout don.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Le Nouvel Élie

12 décembre 2020

Point final de l’Ancien Testament, le baptême est aussi le début du Nouveau. En effet, il eut pour promoteur Jean le Baptiste, « qu’aucun enfant de la femme ne surpassait » (Mt 11,11). Jean achevait la série des prophètes, « car tous les prophètes ainsi que la Loi ont parlé jusqu’à Jean » (Mt 11,13). Et il ouvre l’ère de l’Évangile, comme il est écrit : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ (…) Jean parut au désert, proclamant un baptême » (Mc 1, 1.4).

Lui opposerais-tu Élie le Thisbite qui a été enlevé au ciel ? Il n’est pourtant pas supérieur à Jean. Énoch a été transporté au ciel, mais il n’est pas plus grand que Jean. Moïse a été un très grand législateur en Israël. Tous les prophètes ont été admirables, mais ils n’étaient pas plus grands que Jean. Il ne s’agit pas de comparer prophètes à prophètes ; mais leur Maître, notre Maître, le Seigneur Jésus a déclaré : « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,11). La comparaison est établie entre le grand serviteur et ses compagnons de service, mais la supériorité et la grâce du Fils en face des serviteurs ne souffre pas de comparaison.

Vois-tu donc quel homme Dieu a choisi comme premier bénéficiaire de cette grâce ? Un pauvre, un ami du désert, sans être pour autant un ennemi des hommes. En mangeant des sauterelles, il donnait des ailes à son âme. Nourri de miel, il prononçait des paroles plus douces et plus utiles que le miel. Portant un vêtement de poils de chameau, il montrait en sa personne l’exemple de l’effort. C’est que dès le sein de sa mère, il avait été sanctifié par l’Esprit Saint (Lc 1,15). Jérémie avait été sanctifié, mais il n’avait pas prophétisé dès le sein maternel. Seul Jean, dans la prison du sein de sa mère, a tressailli de joie (Lc 1,44) ; sans voir encore de ses yeux de chair, sous l’action de l’Esprit, il a reconnu le Maître. La grandeur de la grâce du baptême exigeait un grand chef de file.

Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

 

 

 

Répondre aux appels de Dieu, pour accueillir le Sauveur

11 décembre 2020

« Feu toujours brûlant, dirons-nous avec Saint Augustin, enflamme nos âmes. » Verbe incarné, tu t’es fait homme pour allumer dans nos cœurs le feu de l’amour divin : comment as-tu pu rencontrer en nous tant d’ingratitude ? Tu n’as rien épargné pour te faire aimer ; tu es allé jusqu’à sacrifier ton sang et ta vie. D’où vient que les hommes demeurent insensibles à tant de bienfaits ? Peut-être les ignorent-ils ? Non, ils connaissent, ils croient que, par amour pour eux, tu es venu du ciel revêtir la chair humaine et te charger de leurs misères ; ils savent que, par amour pour eux, tu as voulu mener une vie de souffrances continuelles et subir une mort ignominieuse. Après cela, comment expliquer qu’ils vivent dans un oubli complet de ta bonté extrême ? Ils aiment leurs parents, ils aiment leurs amis, ils aiment les bêtes même (…) ; c’est envers toi seulement qu’ils sont sans amour et sans reconnaissance ! Mais que dis-je ? En accusant les autres d’ingratitude, je me condamne moi-même, puisque ma conduite envers toi a été pire que la leur. Toutefois, ta miséricorde me rend le courage ; je sais qu’elle m’a supporté si longtemps, afin de me pardonner et de m’embraser de ton amour, à la seule condition que je veuille me repentir et t’aimer.

Oui, mon Dieu, je veux me repentir (…) ; je veux t’aimer de tout mon cœur. Je vois bien que mon cœur (…) t’a délaissé pour aimer les choses de ce monde ; mais je vois aussi que, malgré cette trahison, tu le réclames encore. C’est pourquoi, de toute la force de ma volonté, je te le consacre et te le donne. Daigne donc l’enflammer tout entier de ton saint amour ; fais que désormais il n’aime plus autre chose que toi (…). Je t’aime, mon Jésus ; je t’aime, mon souverain Bien ! Je t’aime, unique amour de mon âme.

Marie, ma mère, tu es « la mère du bel amour » (Si 24,24 Vulg), obtiens-moi la grâce d’aimer mon Dieu ; c’est de toi que je l’espère.

Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

 

 

Accomplissons ce qui est juste et saint !

10 décembre 2020

La vie éternelle s’offre à nous, mes enfants, le royaume des cieux nous est préparé et l’héritage du Christ nous attend : la jouissance de biens nombreux et inconcevables, le bonheur d’une grande allégresse et de l’immortalité, un excès de gloire et d’honneur et de tous les autres biens, en si grand nombre qu’une langue d’homme ne suffirait pas à en exposer la grâce et la miséricorde (cf. Sg 3,9) !

Courons désormais avec une vigueur accrue, et vous surtout les paresseux, les indociles, les cœurs appesantis, les amis du murmure qui, si vous ne vous corrigez pas, ressemblez au figuier maudit ; nous l’entourons de fumier (cf. Lc 13,8) et il ne prend nullement racine, nous vous arrosons de paroles et il n’en résulte aucune croissance ! « Déjà, dit l’Écriture, la cognée se trouve à la racine des arbres » (Lc 3,9), et je tairai la suite. Recherchons les combats, versons vaillamment notre sueur, emparons-nous des couronnes, gagnons les louanges, amassons comme un trésor « ce que l’œil n’a pas vu, que l’oreille n’a pas entendu et qui n’est pas monté au cœur de l’homme » (1 Co 2,9).

Réglons notre vie sur celle de nos pères, celle qui remonte à l’origine, suivons pas à pas leurs vertus, aimons leurs actions droites, faisons de notre genre de vie une image du leur. (…) Oui, travaillons avec eux ! Oui ! Agissons avec eux ! Oui ! Suivons les pas à pas ! Oui ! Accomplissons, nous aussi, ce qui est juste et saint ! Ainsi nous aurons part à leur gloire, nous serons couronnés et avec eux nous bondirons dans le royaume des cieux, dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.

Saint Théodore le Studite (759-826)

 

 

« Venez à moi…, car je suis doux et humble de cœur. »

9 décembre 2020

Le troisième avènement du Christ appartient encore à l’avenir. Il aura lieu, soit au Jugement, soit à l’heure de la mort. (…)

Le jugement du Christ est équitable car il est le Fils de l’homme et la sagesse du Père, à laquelle appartient tout jugement. Tous les cœurs en effet lui sont transparents et manifestes, au ciel, sur terre et aux enfers. (…) Le mode que le Christ, notre époux et juge, emprunte lors de ce jugement, consiste à récompenser et à punir selon la justice, car il donne à chacun selon ses mérites. À tout homme bon, et pour chaque œuvre bonne produite en Dieu, il accorde la récompense sans mesure qu’il est lui-même et qu’aucune créature ne saurait mériter. En effet, puisqu’il collabore à chaque œuvre de la créature, c’est grâce à la puissance de celui-ci que la créature mérite le Christ lui-même en récompense, et cela en toute équité. (…)

Le premier avènement, en lequel Dieu s’est fait homme, a vécu en humilité et est mort par amour pour nous, il nous faut le suivre au-dehors avec les mœurs parfaites des vertus, au-dedans avec la charité et une vraie humilité. Le deuxième avènement, qui est actuel et en lequel Dieu vient avec la grâce en tout cœur qui aime, il nous faut le désirer et le demander tous les jours, afin de demeurer debout et de croître en nouvelles vertus. Le troisième avènement, qui est celui du Jugement ou de l’heure de notre mort, il nous faut l’attendre et le désirer, avec confiance et respect, pour être délivrés de l’exil présent et pénétrer dans la demeure de la gloire.

Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381)

 

 

 

Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie

8 décembre 2020

Si la foi, comme dit l’Apôtre, n’est autre chose que « le fondement des choses à espérer » (Eb 11, 1), on conviendra aisément que puisque l’Immaculée Conception de Marie confirme notre foi, elle ravive aussi en nous l’espérance. D’autant plus que si la Vierge a été affranchie de la tache originelle, c’est parce qu’elle devait être la Mère du Christ : or, elle fut Mère du Christ afin que nos âmes pussent revivre à l’espérance.

Et maintenant, pour omettre ici la charité à l’égard de Dieu, qui ne trouverait dans la contemplation de la Vierge immaculée un stimulant à observer religieusement le précepte de Jésus Christ, celui qu’il a déclaré sien par excellence, à savoir que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a aimés ? « Un grand signe est apparu dans le ciel : une femme, revêtue du soleil, ayant sous ses pieds la lune, et, autour de sa tête, une couronne de douze étoiles » (Ap 12,1). Or, nul n’ignore que cette femme signifie la Vierge Marie, qui, sans atteinte pour son intégrité, engendra notre Chef.

Et l’Apôtre de poursuivre : « Ayant un fruit en son sein, l’enfantement lui arrachait de grands cris et lui causait de cruelles douleurs » (Ap 12,2). Saint Jean vit donc la très sainte Mère de Dieu au sein de l’éternelle béatitude et toutefois en travail d’un mystérieux enfantement. Quel enfantement ? Le nôtre assurément, à nous qui, retenus encore dans cet exil, avons besoin d’être engendrés au parfait amour de Dieu et à l’éternelle félicité. Quant aux douleurs de l’enfantement, elles marquent l’ardeur et l’amour avec lesquels Marie veille sur nous du haut du ciel, et travaille, par d’infatigables prières, à porter à sa plénitude le nombre des élus.

C’est notre désir que tous les fidèles s’appliquent à acquérir cette vertu de charité, et profitent surtout pour cela des fêtes (…) en l’honneur de la Conception immaculée de Marie.

Saint Pie X

 

 

« Aujourd’hui nous avons vu des choses extraordinaires. »

7 décembre 2020

Le Verbe, la Parole de Dieu, est venu habiter dans l’homme ; il s’est fait « Fils de l’homme » pour habituer l’homme à recevoir Dieu et pour habituer Dieu à habiter dans l’homme, comme il a plu au Père. Voilà pourquoi le signe de notre salut, l’Emmanuel né de la Vierge, a été donné par le Seigneur lui-même (Is 7,14). C’est en effet le Seigneur lui-même qui sauve les hommes, puisque ceux-ci ne peuvent pas se sauver par eux-mêmes. (…) Le prophète Isaïe a dit : « Affermissez-vous, mains affaiblies et genoux chancelants ! Ranimez votre courage, cœurs défaillants ; affermissez-vous, ne craignez plus ! Voici notre Dieu qui rend le jugement ; il viendra lui-même, il va nous sauver » (35,3-4). Car c’est seulement par le secours de Dieu, et non par nous-mêmes, que nous pouvions être sauvés.

Voici un autre texte où Isaïe a prédit que celui qui devait nous sauver ne serait ni simplement un homme, ni un être incorporel, comme les anges : « Ce n’est pas un messager, ce n’est pas un ange, mais c’est le Seigneur lui-même qui sauvera son peuple. Parce qu’il l’aime, il lui pardonnera ; lui-même, il le délivrera » (63,9). Mais ce Sauveur, le Verbe, serait aussi vraiment un homme visible : « Voici, cité de Sion, tes yeux verront notre Sauveur » (cf 33,20). (…) Un autre prophète a dit : « Lui-même il se retournera vers nous, nous fera miséricorde, et jettera nos péchés au fond de la mer » (Mi 7,19). (…) Le Fils de Dieu, qui est aussi Dieu, devait venir du pays de Juda, de Bethléem (Mi 5,1), pour répandre sa louange sur toute la terre. (…) Dieu donc s’est bien fait homme et le Seigneur lui-même nous a sauvés en nous donnant le signe de la Vierge.

Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

 

 

Deuxième dimanche de l’Avent

6 décembre 2020

[« Jésus vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : ‘C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi !’ » (Mt 3,13-14)] En ta présence, Seigneur Jésus, je ne peux pas me taire, car « je suis la voix, la voix qui crie à travers le désert : Préparez le chemin du Seigneur. C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (…) Tu étais au commencement, tu étais auprès de Dieu, et tu étais Dieu (Jn 1,1) ; toi qui es le reflet resplendissant de la gloire du Père, toi qui es l’expression du Père parfait (He 1,3) ; toi qui es la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jn 1,9) ; toi qui, lorsque tu étais dans le monde, es venu là où tu étais déjà ; toi qui t’es fait chair, mais qui habites en nous (Jn 1,14; 14,23), et qui t’es fait voir de tes serviteurs dans la condition de serviteur (Ph 2,7) ; toi qui as uni la terre et le ciel par ton saint nom comme par un pont : c’est toi qui viens à moi ? Toi qui es si grand, vers le pauvre que je suis ? Le roi vers le précurseur, le Seigneur vers le serviteur. (…)

Je sais quel est l’abîme qui sépare la terre et le Créateur. Je sais quelle est la différence entre le limon de la terre et celui qui l’a modelé (Gn 2,7). Je sais combien ton soleil de justice l’emporte sur moi qui ne suis que la lampe de ta grâce (Ml 3,20; Jn 5,35). Et, bien que tu sois revêtu par la nuée très pure de ton corps, moi, pourtant, je reconnais ma condition servile, je proclame ta magnificence. « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de tes sandales. » Et comment oserai-je toucher le sommet immaculé de ta tête ? Comment étendrai-je la main sur toi « qui as déployé les cieux comme une tenture » et qui as « affermi la terre sur les eaux ? » (Ps 103,2; 135,6) (…) Quelle prière vais-je faire sur toi, qui accueilles même les prières de ceux qui t’ignorent ?

Homélie attribuée à saint Grégoire le Thaumaturge (v. 213 – v. 270)