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« Enfin du grain est tombé dans la bonne terre. »

18 septembre 2021

C’est à Marie, me semble-t-il, que s’adresse le bienheureux prophète Joël lorsqu’il s’écrie : « Ne crains pas, toi, la terre, chante et réjouis-toi, parce que le Seigneur a réalisé en toi de grands desseins » (2,21). Car Marie est une terre : cette terre sur laquelle l’homme de Dieu Moïse a reçu l’ordre d’enlever sa sandale (Ex 3,5), image de la Loi dont la grâce viendra prendre la place. Elle est encore cette terre sur laquelle, par l’Esprit Saint, s’est établi celui dont nous chantons qu’il « établit la terre sur ses bases » (Ps 103,5). C’est une terre qui, sans avoir été ensemencée, fait éclore le fruit qui donne à tout être sa nourriture (Ps 135,25). Une terre sur laquelle l’épine du péché n’a nullement poussé : bien au contraire, elle a donné le jour à celui qui l’a arrachée jusqu’à la racine. Une terre, enfin, non pas maudite comme la première, aux moissons remplies d’épines et de chardons (Gn 3,18), mais sur laquelle repose la bénédiction du Seigneur, et qui porte en son sein un « fruit béni » comme dit la parole sacrée (Lc 1,42). (…)

Réjouis-toi, Marie, maison du Seigneur, terre que Dieu a foulée de ses pas. (…) Réjouis-toi, paradis plus heureux que le jardin d’Éden, toi le jardin où a germé toute vertu et a poussé l’arbre de Vie.

Saint Théodore le Studite (759-826)

 

 

 

« Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes. »

17 septembre 2021

Il est particulièrement émouvant de méditer sur l’attitude de Jésus envers la femme. Il a fait preuve d’une audace surprenante pour son temps : dans le paganisme, la femme était considérée comme un objet de plaisir, une marchandise, un capital de travail ; dans le judaïsme, elle était marginalisée, avilie. Jésus a toujours manifesté la plus grande estime, le plus grand respect pour la femme, pour toute femme ; et il a été particulièrement sensible à sa souffrance. Passant outre aux barrières religieuses et sociales de son temps, il a rétabli la femme dans sa pleine dignité de personne humaine, devant Dieu et devant les hommes.

Comment ne pas rappeler ses rencontres avec Marthe et Marie, avec la Samaritaine, avec la veuve de Naïm, avec la femme adultère, avec la femme qui souffrait d’hémorragies, avec la pécheresse dans la maison de Simon le Pharisien ? Le seul rappel de ces rencontres fait vibrer le cœur d’émotion. Et comment ne pas rappeler surtout que Jésus a voulu associer certaines femmes aux Douze, elles qui l’accompagnaient, qui le servaient, qui ont été pour lui un réconfort sur la route douloureuse jusqu’au pied de la croix ? Et après sa résurrection, Jésus apparaît aux saintes femmes et à Marie Madeleine, en la chargeant d’annoncer sa Résurrection aux disciples. Lorsqu’il s’est incarné et qu’il est entré dans notre histoire humaine, Jésus a voulu avoir une mère, la très sainte Vierge Marie ; il a ainsi élevé la femme à l’admirable et suprême dignité de Mère du Dieu Incarné, Reine immaculée du ciel et de la terre, montée au ciel.

C’est pourquoi vous, les femmes chrétiennes, comme Marie Madeleine et les autres femmes de l’Évangile, vous devez annoncer, témoigner que le Christ est vraiment ressuscité, qu’il est notre vraie et unique consolation. Veillez donc sur votre vie intérieure.

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

(Références bibliques : Lc 10,38-42; Jn 4,1-42; Lc 7,11-17; Jn 8,3-9; Mt 9,20-22; Lc 7,36-50; Lc 8,2-3; Mt 28,8)

« Ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés. »

16 septembre 2021

Parce que le péché existe dans ce monde que « Dieu a tant aimé qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16), Dieu qui « est amour » (1Jn 4,8) ne peut se révéler autrement que comme miséricorde. Cela correspond non seulement à la vérité la plus profonde de cet amour qu’est Dieu, mais aussi à la vérité intérieure de l’homme et du monde qui est sa patrie temporaire. (…) C’est pourquoi l’Église annonce la conversion et y appelle. La conversion à Dieu consiste toujours dans la découverte de sa miséricorde, c’est-à-dire de cet amour « patient et doux » (cf 1Co 13,4) comme l’est Dieu Créateur et Père : l’amour auquel « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (2Co 1,3) est fidèle jusqu’à ses conséquences extrêmes dans l’histoire de l’alliance avec l’homme : jusqu’à la croix, la mort et la résurrection de son Fils. La conversion à Dieu est toujours le fruit du retour au Père « riche en miséricorde » (Ep 2,4).

La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde, Dieu de l’amour bienveillant, est une force de conversion constante et inépuisable, non seulement comme acte intérieur d’un instant, mais aussi comme disposition permanente, comme état d’âme. Ceux qui arrivent à connaître Dieu ainsi, ceux qui le voient ainsi, ne peuvent pas vivre autrement qu’en se convertissant à lui continuellement. Ils vivent donc « en état de conversion » ; et c’est cet état qui constitue la composante la plus profonde du pèlerinage de tout homme sur la terre « en état de cheminement ».

Il est évident que l’Église professe la miséricorde de Dieu révélée dans le Christ crucifié et ressuscité non seulement par les paroles de son enseignement, mais surtout par la pulsation la plus intense de la vie de tout le peuple de Dieu. Grâce à ce témoignage de vie, l’Église accomplit sa mission propre de Peuple de Dieu, mission qui participe à la mission messianique du Christ lui-même et qui, en un certain sens, la continue.

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

 

 

Notre Dame des Douleurs

15 septembre 2021

« Femme, voici ton fils. Voici ta mère. » De quel droit le disciple que Jésus aimait est-il fils de la mère du Seigneur ? De quel droit celle-ci est-elle sa mère ? C’est qu’elle avait mis au monde, sans douleur alors, la cause du salut de tous, lorsqu’elle avait donné naissance dans sa chair au Dieu fait homme. Maintenant c’est avec une grande douleur qu’elle enfante, debout au pied de la croix.

À l’heure de sa Passion, le Seigneur lui-même avait justement comparé les apôtres à une femme qui enfante, en disant : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de son angoisse, parce qu’un être humain est né dans le monde » (Jn 16,21). Combien plus un tel fils a-t-il pu comparer une telle mère, cette mère debout au pied de la croix, à une femme qui enfante ? Que dis-je, comparer ? Elle est vraiment femme et vraiment mère et, en cette heure, elle a de vraies douleurs d’enfantement. Elle n’avait pas eu la peine d’enfanter dans la douleur comme les autres femmes lorsque son enfant lui était né ; c’est maintenant qu’elle souffre, qu’elle est crucifiée, qu’elle a de la tristesse comme celle qui enfante, parce que son heure est venue (cf Jn 13,1 ; 17,1). (…)

Quand cette heure aura passé, quand ce glaive de douleur aura entièrement traversé son âme qui enfante (Lc 2,35), alors elle non plus « elle ne se souviendra plus de son angoisse, parce qu’un homme sera né dans le monde » — l’homme nouveau qui renouvelle tout le genre humain et règne sans fin sur le monde entier, vraiment né, au-delà de toute souffrance, immortel, premier né d’entre les morts. Si, dans la Passion de son fils unique, la Vierge a ainsi mis au monde notre salut à tous, elle est bien notre mère à tous.

Rupert de Deutz (v. 1075-1130)

 

 

Fête de la Croix Glorieuse

14 septembre 2021

(…) Devenu homme par amour des hommes,
Il fit don de la plénitude de sa vie humaine
aux âmes qu’Il s’est choisies.

Lui qui a formé chaque cœur humain
veut un jour manifester
le sens secret de l’être de chacun
par un nom nouveau que seul comprend celui qui le reçoit (Ap 2,17).

Il s’est uni chacun des élus
d’une manière mystérieuse et unique.
Puisant de la plénitude de sa vie humaine,
Il nous fit don de la croix.

Qu’est-ce que la croix ?
Le signe du plus grand opprobre.
Celui qui entre en contact avec elle
est rejeté d’entre les hommes.

Ceux qui un jour L’ont acclamé
se détournent de Lui avec effroi et ne Le connaissent plus.
Il est livré sans défense à ses ennemis.

Sur terre il ne lui reste rien d’autre
que les souffrances, les tourments et la mort.

Qu’est-ce que la croix ?
Le signe qui indique le ciel.
Bien au-dessus de la poussière et des brumes d’ici-bas
elle se dresse haut, jusqu’en la pure lumière.

Abandonne donc ce que les hommes peuvent prendre,
ouvre les mains, serre-toi contre la croix :
elle te porte alors
jusqu’en la lumière éternelle.

Lève les yeux vers la croix :
elle étend ses poutres
à la manière d’un homme qui ouvre les bras
pour accueillir le monde entier.

Venez tous, vous qui peinez sous le poids du fardeau (Mt 11,28)
et vous aussi qui n’avez qu’un cri, sur la croix avec Lui.
Elle est l’image du Dieu qui, crucifié, devint livide.

Elle s’élève de la terre jusqu’au ciel,
comme Celui qui est monté au ciel
et voudrait nous y emporter tous ensemble avec Lui.

Enlace seulement la croix, et tu le possèdes, Lui,
le Chemin, la Vérité, la Vie (Jn 14,6).
Si tu portes ta croix, c’est elle qui te portera,
elle te sera béatitude.

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

 

 

Jésus trouve la foi chez un centurion romain

13 septembre 2021

Ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont ordonnés de façons diverses au Peuple de Dieu. D’abord, le peuple qui reçut les alliances et les promesses et dont le Christ est né selon la chair (Rm 9,4-5) ; peuple élu de Dieu et qui lui est très cher en raison de ses ancêtres, car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance (Rm 11,28-29). Mais le dessein de salut englobe aussi ceux qui reconnaissent le Créateur, et parmi eux d’abord les musulmans qui, en déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, qui jugera les hommes au dernier jour.

Quant à ceux qui cherchent le Dieu inconnu sous des ébauches et des préfigurations, Dieu lui-même n’est pas loin d’eux non plus, puisqu’il donne à tous la vie, le souffle et toutes choses (Ac 17,25), et que le Sauveur veut le salut de tous les hommes (1Tm 2,4). En effet ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église et cependant cherchent Dieu d’un cœur sincère et qui, sous l’influence de la grâce, s’efforcent d’accomplir dans leurs actes sa volonté qu’ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel. Et la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires au salut à ceux qui ne sont pas encore parvenus, sans qu’il y ait de leur faute, à la connaissance claire de Dieu et s’efforcent, avec l’aide de la grâce divine, de mener une vie droite. En effet, tout ce que l’on trouve chez eux de bon et de vrai, l’Église le considère comme un terrain propice à l’Évangile et un don de celui qui éclaire tout homme, pour qu’il obtienne finalement la vie.

Mais bien souvent les hommes, trompés par le Malin, se sont abandonnés à la vanité de leurs pensées et ont échangé la vérité divine pour le mensonge. (…) C’est pourquoi, en vue de promouvoir la gloire de Dieu et le salut de tous ces hommes, l’Église se souvient du commandement du Seigneur qui dit : « Prêchez l’Évangile à toute créature » (Mc 16,15).

Concile Vatican II

 

 

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi…, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive ! »

12 septembre 2021

Comment exprimer ce que mon âme a ressenti quand, de la bouche d’un saint prélat, elle a entendu ce qui est déjà ma folie, ce qui me rend absolument heureux dans mon exil…, l’amour de la Croix ! (…) Qui me donnerait le langage du roi David pour pouvoir exprimer les merveilles de l’amour à la Croix ? (…)

Oh, la Croix du Christ !… que peut-on dire de plus ? Je ne sais pas prier, je ne sais pas ce qu’est être bon…, je n’ai pas l’esprit religieux, car je suis plein du monde… Je ne sais qu’une chose, une chose qui remplit mon âme de joie, tout en me voyant si pauvre en vertus et si riche en misères ; je sais seulement que j’ai un trésor que ne changerais pour rien ni pour personne…, ma Croix, la Croix de Jésus, cette Croix qui est mon seul repos ! Comment expliquer cela ? Celui qui ne l’a pas expérimenté ne peut nullement soupçonner de quoi il s’agit.

Ah, si tous les hommes aimaient la croix du Christ !… Si le monde savait ce que c’est que d’embrasser pleinement, vraiment, sans réserve, en folie d’amour, la Croix du Christ ! (…) Combien de temps perdu en causeries, dévotions et exercices qui sont saints et bons, mais ne sont pas la Croix de Jésus, ne sont pas ce qu’il y a de meilleur ! (…)

Pauvre homme qui n’es bon à rien, qui ne sers à rien, (…) qui traînes ta vie, suivant comme tu peux les austérités de la Règle, te contentant de cacher en silence tes ardeurs, aime à la folie ce que le monde méprise parce qu’il ne le connaît pas, adore en silence cette Croix, qui est ton trésor, sans que personne s’en aperçoive ! Médite en silence devant elle les grandeurs de Dieu, les merveilles de Marie, les misères de l’homme (…) Continue ta vie toujours en silence, aimant, adorant et t’unissant à la Croix… Que veux-tu de plus ? Savoure la Croix, comme a dit ce matin Monseigneur l’évêque… Savourer la Croix !…

Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938)

 

 

Poser ses fondations sur le roc

11 septembre 2021

La prédication de l’Église présente à tous égards une inébranlable solidité ; elle demeure identique à elle-même et bénéficie du témoignage des prophètes, des apôtres et de tous leurs disciples, témoignage qui englobe « le commencement, le milieu et la fin », la totalité du dessein de Dieu infailliblement ordonnée au salut de l’homme et fondant notre foi. Dès lors, cette foi que nous avons reçue de l’Eglise, nous la gardons avec soin. (…) C’est à l’Église en effet qu’a été confié le « don de Dieu » (Jn 4,10) — comme le souffle avait été confié au premier ouvrage que Dieu avait modelé, Adam (Gn 2,7) — afin que tous les membres de l’Église puissent y avoir part et par là être vivifiés. C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes du don de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu : « Dans l’Église, écrit saint Paul, Dieu a placé des apôtres, des prophètes, ceux qui sont chargés d’enseigner » et tout le reste, par l’action de l’Esprit (1Co 12,28.11).

Car là où est l’Église, là aussi est l’Esprit de Dieu et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. Et l’Esprit est Vérité (1Jn 5,6). C’est pourquoi ceux qui s’excluent de lui ne se nourrissent pas non plus aux mamelles de leur Mère pour recevoir la vie et n’ont point part à la source limpide qui coule du corps du Christ (Jn 7,37), mais « ls se creusent des citernes fissurées » (Jr 2,13). (…) Devenus étrangers à la vérité, il est fatal qu’ils roulent dans l’erreur et soient ballottés par elle, qu’ils (…) n’aient jamais de doctrine fermement établie, puisqu’ils veulent être raisonneurs de mots plutôt que disciples de la vérité. Car ils ne sont pas fondés sur le Roc unique, mais sur le sable.

Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

 

 

 

La paille et la poutre

10 septembre 2021

« Comment vas-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter la paille de ton œil, alors qu’il y a une poutre dans le tien ? Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil et alors tu verras clair pour enlever la paille de l’œil de ton frère », c’est-à-dire : Chasse d’abord loin de toi la haine : ensuite tu pourras corriger celui que tu aimes. Et il dit justement « hypocrite ». Tancer les vices doit être le propre d’hommes justes et bienveillants. À le faire, les méchants usurpent un rôle ; ils font penser aux comédiens qui cachent derrière un masque leur identité. (…)

Quand il nous faut blâmer ou corriger, veillons avec un souci scrupuleux à poser la question : N’avons-nous jamais commis cette faute ; en sommes-nous guéris ? Même si nous ne l’avons jamais commise, rappelons-nous que nous sommes humains et que nous aurions pu la commettre. Si par contre nous l’avons commise dans le passé, souvenons-nous de notre fragilité pour que la bienveillance et non la haine nous dicte reproche ou blâme. Que le coupable en devienne meilleur ou pire — car le résultat est incertain —, nous sommes du moins assurés que notre regard est demeuré pur. Mais si dans notre introspection, nous découvrons en nous le même défaut que nous prétendons reprendre, au lieu de le réprimander, pleurons avec le coupable ; ne lui demandons pas de nous obéir mais de partager notre effort.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

L’amour des ennemis

9 septembre 2021

« Vous avez appris qu’il a été dit : Vous aimerez votre ami et vous haïrez votre ennemi. Pour moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5,43-44). Sans doute, au Carmel on ne rencontre pas d’ennemis, mais enfin il y a des sympathies ; on se sent attirée vers telle sœur au lieu que telle autre vous ferait faire un long détour pour éviter de la rencontrer. Ainsi sans même le savoir, elle devient un sujet de persécution. Eh bien, Jésus me dit que cette sœur, il faut l’aimer, qu’il faut prier pour elle, quand même sa conduite me porterait à croire qu’elle ne m’aime pas : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car les pécheurs aiment aussi ceux qui les aiment ».

Et ce n’est pas assez d’aimer, il faut le prouver. On est naturellement heureux de faire un présent à un ami, on aime surtout à faire des surprises, mais cela, ce n’est point de la charité car les pécheurs le font aussi. Voici ce que Jésus m’enseigne encore : « Donnez à quiconque vous demande ; et si l’on prend ce qui vous appartient, ne le redemandez pas ». Donner à toutes celles qui demandent, c’est moins doux que d’offrir soi-même par le mouvement de son cœur. (…) Si c’est difficile de donner à quiconque demande, ce l’est encore bien plus de laisser prendre ce qui appartient sans le redemander. Ô ma Mère, je dis que c’est difficile, je devrais plutôt dire que cela semble difficile, car le joug du Seigneur est suave et léger (Mt 11,30). Lorsqu’on l’accepte, on sent aussitôt sa douceur et l’on s’écrie avec le psalmiste : « J’ai couru dans la voie de vos commandements depuis que vous avez dilaté mon cœur » (Ps 118,32). Il n’y a que la charité qui puisse dilater mon cœur, ô Jésus. Depuis que cette douce flamme le consume, je cours avec joie dans la voie de votre commandement nouveau (Jn 13,34).

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)