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Archive pour le mot-clef ‘St Bonaventure’

Saint François renonce à tout pour suivre le Christ

mercredi 7 novembre 2018

Le père de François voulait le faire comparaître devant l’évêque pour qu’il renonce à tous ses droits d’héritier et lui restitue tout ce qu’il possédait encore. François, en véritable amant de la pauvreté, se prête volontiers à la cérémonie, se présente au tribunal de l’évêque et, sans attendre un moment ni hésiter en quoi que ce soit, sans attendre un ordre ni demander une explication, enlève aussitôt tous ses habits et les rend à son père… Rempli de ferveur, emporté par l’ivresse spirituelle, il quitte jusqu’à ses chausses et, complètement nu devant toute l’assistance, déclare à son père : « Jusqu’ici je t’ai appelé père sur la terre ; désormais, je puis dire avec assurance : ‘Notre Père qui es aux cieux’, puisque c’est à lui que j’ai confié mon trésor et donné ma foi. »

L’évêque, un homme saint et très digne, pleurait d’admiration à voir les excès où le portait son amour de Dieu ; il s’est levé, a attiré le jeune homme dans ses bras, l’a couvert de son manteau et a fait apporter de quoi l’habiller. On lui a donné le pauvre manteau de bure d’un fermier au service de l’évêque. François l’a reçu avec reconnaissance et, ramassant ensuite sur le chemin un morceau de gypse, y a tracé une croix ; ce vêtement signifiait bien cet homme crucifié, ce pauvre à moitié nu. C’est ainsi que le serviteur du Grand Roi a été laissé nu pour marcher à la suite de son Seigneur attaché nu à la croix.

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

« Mon ami, prête-moi trois pains. »

jeudi 11 octobre 2018

« Si l’un d’entre vous ayant un ami s’en va le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : “Mon ami, prête-moi trois pains, car l’un de mes amis est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui offrir” » : Selon l’intelligence spirituelle, par cet ami, on entend le Christ. « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis » (Cf. Jn 15, 15). Il faut aller vers cet ami, de nuit, c’est-à-dire dans le silence de la nuit, comme vint Nicodème au sujet duquel il est dit « qu’il vint trouver Jésus de nuit » (Cf. Jn 3,2). Et en premier lieu parce que dans le silence secret de la nuit, il faut frapper par la prière, selon Isaïe : « La nuit, mon âme te désire » (Is 26,9). Ou bien dans la nuit, c’est-à-dire dans la tribulation, selon Osée : « Dans leurs tribulations, ils se lèveront dès le matin » (Os 5,15 Septante). En effet, l’ami qui arrive de voyage, c’est notre esprit qui revient à nous aussi souvent qu’il s’est éloigné par les biens temporels. Le plaisir fait s’éloigner cet ami, mais la tribulation le ramène, comme il est dit plus loin, en Luc , au sujet du fils prodigue qui s’est éloigné à cause de la luxure et qui est revenu à cause de la misère (Cf Lc 15,11-32). Celui qui revient rentre en lui-même, mais il se trouve vide de la consolation des nourritures spirituelles. Pour cet ami affamé, il faut donc demander à l’ami véritable trois pains, c’est-à-dire l’intelligence de la Trinité, soit le nom des trois personnes, afin qu’il trouve sa nourriture dans la connaissance du Dieu unique. Ou bien ces trois pains sont la foi, l’espérance et la charité, par lesquelles est nommée une triple vertu dans l’âme. À leur sujet, au livre des Rois, [on lit] : « Quand tu arriveras au chêne de Tabor, tu y rencontreras trois hommes montant vers Dieu à Béthel, l’un portant trois chevreaux, l’autre trois miches de pain et le dernier portant une outre de vin » (1R 10,3 Septante =1S 10,3), afin qu’en cela soient comprises l’unité de la grâce et la trinité des vertus par lesquelles l’image de Dieu est formée dans l’âme.

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

 

 

La pauvreté du Christ

lundi 20 août 2018

La pauvreté est une vertu qui fait corps avec la perfection, au point que nul absolument ne peut sans elle être parfait ; témoin la parole du Seigneur dans l’Évangile : « si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres. » Notre-Seigneur Jésus Christ fut si pauvre dans sa naissance qu’il n’eut ni habitation, ni vêtement, ni nourriture, mais une étable pour demeure, un misérable petit morceau d’étoffe pour se couvrir et un lait virginal pour aliment. Il s’est encore donné à nous en exemple de pauvreté par sa manière de vivre en ce monde. Il fut pauvre au point que, parfois, il ne put trouver de logis et qu’il dut dormir avec ses Apôtres hors la ville et même hors des maisons à la campagne. Non seulement le Seigneur des Anges fut pauvre dans sa naissance et pauvre dans son genre de vie, mais il fut encore extrêmement pauvre dans sa mort, afin de nous embraser d’amour pour la pauvreté. Ô vous tous, qui avez voué la pauvreté, considérez et voyez combien l’opulent Roi des Cieux fut pauvre à cause de nous dans l’instant de sa mort. Il fut, en effet, dépouillé de tout ce qu’il pouvait avoir : de ses vêtements, par ses bourreaux, qui « se partagèrent et tirèrent au sort sa robe » (Cf. Mt 27,35) ; de son corps et de son âme, quand son âme fut arrachée violemment de son corps ; de la gloire divine, quand par les souffrances d’une très douloureuse mort, au lieu de le glorifier comme Dieu, on le traita comme un malfaiteur, selon la plainte de Job : « ils m’ont dépouillé de ma gloire » (Jb 19,9). Ô Dieu, riche pour tous les hommes, ô bon Seigneur Jésus ! Qui peut dignement exprimer de bouche, concevoir en son cœur, décrire de sa main la gloire céleste que vous avez promis de donner à vos pauvres ? Par leur pauvreté volontaire, ils méritent de contempler la gloire de leur Créateur, d’entrer dans les puissances du Seigneur, dans les tabernacles éternels et dans les demeures de lumière. Ils méritent de devenir les habitants de la cité dont Dieu est l’architecte et le fondateur. Vous-même, Seigneur, vous leur avez fait cette promesse de votre bouche bénie : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux » (Cf. Mt 5,2). Ce Royaume des cieux n’est pas autre chose que Vous-même, Seigneur Jésus-Christ, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs. Vous vous donnerez vous-même à eux pour être leur salaire, leur récompense et leur joie. Ils jouiront de Vous, seront heureux de Vous, se rassasieront de Vous ! Amen !

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

 

La perle de grande valeur

mercredi 1 août 2018

Parmi les dons spirituels reçus de la générosité de Dieu, François a obtenu en particulier celui de toujours enrichir son trésor de simplicité grâce à son amour de la très grande pauvreté. Voyant que celle qui avait été la compagne habituelle du Fils de Dieu était devenue désormais l’objet d’une aversion universelle, il a eu à cœur de la prendre pour épouse et lui a voué un amour éternel. Non content de « quitter pour elle son père et sa mère » (Gn 2,24), il a distribué aux pauvres tout ce qu’il pouvait avoir (Mt 19,21). Personne n’a gardé son argent aussi jalousement que François a gardé sa pauvreté ; jamais personne n’a surveillé son trésor avec plus de soin qu’il n’en a mis à garder cette perle dont parle l’Évangile. Rien ne le blessait autant que de rencontrer chez ses frères quelque chose qui ne soit pas parfaitement conforme à la pauvreté des religieux. Du début de sa vie religieuse jusqu’à sa mort, lui-même n’a eu pour toutes richesses que sa tunique, une corde comme ceinture, des caleçons ; il ne lui fallait rien de plus. Il lui arrivait souvent de penser en pleurant à la pauvreté du Christ Jésus et de sa Mère : « Voici, disait-il, pourquoi la pauvreté est la reine des vertus ; c’est à cause de l’éclat dont elle a brillé chez le Roi des rois (1Tm 6,15) et la Reine sa mère ». Quand les frères lui demandaient un jour quelle est la vertu qui nous rend le plus ami du Christ, il a répondu, leur ouvrant pour ainsi dire le secret de son cœur : « Sachez, frères, que la pauvreté spirituelle est le chemin privilégié du salut, car elle est la sève de l’humilité et la racine de la perfection ; ses fruits sont innombrables bien que cachés. Elle est ce ‘trésor enfoui dans un champ’ pour l’achat duquel, dit l’Évangile, il faut tout vendre et dont la valeur doit nous pousser à mépriser tout autre chose ».

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église

 

 

 

 

« Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. »

jeudi 12 juillet 2018

[Le jeune] François assistait dévotement à la messe en l’honneur des apôtres ; l’évangile était celui où le Christ envoie ses disciples prêcher et leur enseigne la façon évangélique de vivre : « ni or ni argent, pas de monnaie dans la ceinture, pas de sac de voyage, pas de tunique de réserve, pas de chaussures, pas de bâton ». Dès qu’il eut compris et retenu ce texte, le voilà amoureux de cette pauvreté des apôtres et il s’écrie, transporté de joie : « Voilà ce que je veux ! Voilà ce que toute mon âme désire ! » Et sans attendre il ôte ses chaussures, laisse tomber son bâton de marche, abandonne besace et argent comme objets d’horreur, ne garde qu’une tunique, jette sa ceinture qu’il remplace par une corde : il met tout son cœur à réaliser ce qu’il vient d’entendre et à se conformer en tout à ce code de perfection donné aux apôtres.

Un élan communiqué par Dieu le pousse dès lors à la conquête de la perfection évangélique et à une campagne de pénitence. Quand il parlait…, ses paroles étaient tout imprégnées de la force de l’Esprit Saint : elles pénétraient jusqu’au plus profond des cœurs et plongeaient ses auditeurs dans la stupéfaction. Toute sa prédication était une annonce de paix, et il commençait chacun de ses sermons par cette salutation au peuple : « Que le Seigneur vous donne la paix ! » C’est une révélation du Seigneur, déclara-t-il plus tard, qui lui avait appris cette formule…

On parlait de plus en plus de l’homme de Dieu, de son enseignement si simple, de sa vie, et quelques-uns, à son exemple, étaient saisis par cet esprit de pénitence puis se sont joints à lui, quittant tout, et habillés comme lui, ont commencé à partager sa vie.

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3 (trad. Vorreux, Documents, p. 581 rev.)

 

 

 

Que tes œuvres sont belles, Seigneur !

samedi 23 juin 2018

La beauté des créatures, avec la variété de lumières, de dessins et de couleurs des corps, tels que les astres et les minéraux, les pierres et les métaux, les plantes et les animaux, proclame à l’évidence les attributs de Dieu.

L’ordre des êtres nous fait découvrir dans le livre de la Création la primauté, la sublimité et la dignité du Premier principe dans son infinie puissance. L’ordre des choses nous mène par la main et de toute évidence jusqu’à l’Être premier et souverain, tout-puissant, absolument sage et parfaitement bon.

Celui que tant de splendeurs créées n’illumine pas est un aveugle. Celui que tant de cris ne réveille pas est un sourd. Celui que toutes ces œuvres ne poussent pas à louer Dieu est un muet. Celui que tant de signes ne forcent pas à reconnaître le Premier principe est un sot.

Ouvre les yeux, prête l’oreille de ton âme, délie tes lèvres, applique ton cœur : toutes les créatures te feront voir, entendre, louer, aimer, servir, glorifier et adorer ton Dieu. Sans quoi prends garde que l’univers ne se dresse contre toi. Car pour cet oubli le « monde entier accablera un jour les insensés » (Sag. 5, 21, Vulg.), tandis qu’il sera une source de gloire pour le sage qui peut dire avec le prophète : « Tu m’as rempli de joie, Seigneur, par ta création ; je jubilerai devant les ouvrages de tes mains ! (Ps 91, 5) Quelle magnificence dans tes œuvres, Seigneur ! Tu as tout fait avec sagesse, la terre est remplie de tes dons ! » (Ps 103, 24).

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
Itinéraire de l’esprit vers Dieu, chap. I (Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 1967, pp.41-43 ; trad. H. Duméry, rev.)

 

 

 

Sacré-Cœur de Jésus, solennité

vendredi 8 juin 2018

Les soldats percèrent et transpercèrent non seulement les mains de Jésus mais les pieds ; la lance de leur fureur perça même le côté et, jusqu’au fond, le Cœur sacré déjà percé par la lance de l’amour.

« Vous avez blessé mon cœur, ô ma sœur, mon épouse ; vous avez blessé mon cœur !  » dit-il (Cant. 4, 9). Ô très aimant Jésus, votre épouse, votre sœur, votre amie ayant blessé votre cœur, était-il donc nécessaire que vos ennemis le blessent à leur tour ? Et vous, ses ennemis, que faites-vous ? S’il est déjà blessé, ou plutôt parce qu’il est blessé, le cœur du très doux Jésus, pourquoi lui infliger une seconde blessure ? Ignorez-vous donc qu’à la première blessure le cœur s’éteint et devient en quelque sorte insensible ?

Le cœur de mon très doux Seigneur Jésus est mort parce qu’il a été blessé ; une blessure d’amour a envahi le cœur de Jésus notre Époux, une mort d’amour l’a envahi. Comment une seconde mort entrerait-elle ? « Mais l’amour est fort comme la mort »(Cant. 8,6)  ; bien plus, il est en vérité plus fort que la mort même.

Impossible de chasser la première mort, c’est-à-dire l’amour de tant d’âmes mortes, du cœur qu’elle habite, parce que sa blessure souveraine l’a conquis. De deux adversaires également forts, dont l’un est dans la maison, l’autre dehors, qui doutera en effet que celui qui est dedans remporte la victoire ? Vois donc comme l’amour, qui habite le cœur et le tue d’une blessure d’amour, est fort, et cela est vrai non seulement de Jésus le Seigneur mais encore de ses disciples.

C’est ainsi que fut d’abord blessé et mourut le cœur du Seigneur Jésus, « égorgé pour nous, tout le jour, traité comme une brebis de tuerie »( Ps 43, 21). La mort corporelle survint cependant et triompha pour un temps mais afin d’être vaincue pour l’éternité.

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
La Vigne mystique n° 2 (Œuvres Spirituelles, tome III, pp. 131-132 ; Sté S. François d’Assise, Paris, 1932, rev.)

 

 

 

En union de prière, tous les vendredis soir, de 21h30 à 22h, à la demande de Marie Mère des hommes.

 

 

 

Le Feu de la Pentecôte

dimanche 20 mai 2018

Sept semaines après la résurrection, le cinquantième jour, « les disciples étant réunis avec les femmes et Marie la Mère de Jésus, tout à coup un bruit vint du ciel semblable au bruit d’un vent qui souffle avec force » (Cf. Ac 1,14 ; 2,1-2).

L’Esprit descendit alors sur cette troupe de cent vingt personnes et apparut sous la forme de langues de feu, parce qu’il allait donner la parole à leur bouche, la lumière à leur intelligence et l’ardeur à leur amour. Tous furent remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en diverses langues selon l’inspiration de ce même Saint-Esprit. Il leur enseigna toute vérité, les enflamma du parfait amour et les confirma en toute vertu. Aussi, aidés de sa grâce, illuminés par sa doctrine et fortifiés par sa puissance, bien que peu nombreux et simples, « ils plantèrent l’Église au prix de leur sang », [Brev. Rom.] dans le monde entier, tantôt par des discours enflammés, tantôt par de parfaits exemples, tantôt par de prodigieux miracles.

Cette Église purifiée, illuminée et amenée à perfection par la vertu de ce même Esprit-Saint, se rendit aimable à son Époux, si bien qu’elle apparut toute belle, admirable par ses ornements variés, et au contraire terrible, comme une armée rangée en bataille, à Satan et à ses anges.

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
L’Arbre de Vie, n°39 (Œuvres spirituelles, tome 3, Sté S. François d’Assise, 1932, pp.108-109 ; trad. du P. Jean de Dieu ; rev.)

 

 

Le jeudi saint

jeudi 29 mars 2018

Entre tous les souvenirs du Christ les plus dignes d’être rappelés, se place évidemment ce repas final de la très sainte Cène, où non seulement l’agneau pascal est donné à manger mais où l’Agneau immaculé, qui efface les péchés du monde, est lui-même offert en nourriture sous l’espèce d’un pain « renfermant toutes les délices et la suavité de toutes les saveurs » (cf. Sg 16,20).

En ce festin, la douceur de la bonté du Christ brille admirable : il soupe à la même table et au même plat, avec ces petits pauvres, ses disciples, et Judas, le traître.

Un admirable exemple d’humilité y resplendit lorsque le Roi de gloire, ceint d’un linge, lave avec beaucoup de soin les pieds de ces pêcheurs et même de celui qui le trahit.

Admirable aussi la générosité de sa magnificence lorsqu’il donne son Corps très saint en nourriture et son Sang véritable en breuvage à ses premiers prêtres et par suite à toute l’Église et au monde entier, afin que ce qui allait bientôt devenir un sacrifice agréable à Dieu et le prix inestimable de notre rédemption soit notre viatique et notre soutien.

Enfin l’admirable excès de son amour y brille plus que tout dans cette tendre exhortation que, « aimant les siens jusqu’au bout » (Jn 13,1), il leur adresse pour les affermir dans le bien, avertissant spécialement Pierre pour fortifier sa foi et offrant sa poitrine à Jean pour un suave et saint repos.

Que toutes ces choses sont donc admirables et remplies de douceur ! Du moins pour l’âme appelée à un repas aussi excellent et qui accourt de toute l’ardeur de son esprit, de façon à pouvoir jeter ce cri du prophète : « Comme le cerf aspire aux fontaines d’eau, ainsi mon âme soupire vers vous, ô mon Dieu ! » (Ps 41,2).

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
L’Arbre de Vie, §16 (Œuvres spirituelles, t.III, Sté S. François d’Assise, Paris, 1932, pp. 81-82, rev.)

 

 

 

Les larmes et le désir

samedi 10 mars 2018

Ô âme qui pleurez vos péchés, craignez les jugements divins, qui sont un abîme profond. Craignez, dis-je, craignez vivement, bien que vous soyez déjà quelque peu pénitente, de déplaire encore à Dieu. Craignez plus encore, même maintenant, d’offenser Dieu à nouveau. Craignez par dessus tout d’être finalement séparée de Dieu, privée pour toujours de lumière, toujours brûlée par le feu et rongée par le ver qui ne périra point. Craignez tout cela, si une pénitence vraie ne vous obtient de mourir dans la grâce finale, et chantez avec le Prophète : « Transpercez ma chair par votre crainte. Je redoute vos jugements. » (Cf. Ps 118, 120)

Néanmoins, désirez les dons célestes. Élevez-vous par la flamme du divin amour jusqu’en Dieu, qui vous a si patiemment supportée dans le péché, vous a attendue avec tant de longanimité, et ramenée à la pénitence avec tant de miséricorde, par le pardon, l’infusion de la grâce et la promesse de la couronne éternelle. Il vous demande seulement de Lui offrir, ou plutôt de recevoir de Lui-même pour le Lui offrir, « le sacrifice d’un esprit accablé, d’un cœur contrit et humilié » (Ps 50, 19) par une amère componction, par une confession sincère et une juste satisfaction.

Désirez avec ardeur que Dieu vous prouve son amour par une large communication du Saint-Esprit. Désirez avec plus d’ardeur de Lui être conforme par une fidèle imitation de Jésus crucifié. Mais, par-dessus tout, désirez de posséder Dieu dans la claire vision du Père Éternel afin que, en toute vérité, vous puissiez chanter avec le prophète : « Mon âme a soif du Dieu fort et vivant ; quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » (Ps 41, 3)

Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l’Église
Du gouvernement de l’âme (Œuvres spirituelles de Saint Bonaventure, tome II, De la vie parfaite, Société S. François d’Assise, Paris, 1931) (rev.)