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Le Christ nous appelle à voir la lumière sur nous-même

23 août 2021

Averti par mes lectures à faire un retour sur moi-même, je suis entré dans le fond de mon cœur, sous ta conduite. Je l’ai pu parce que tu t’es fait mon soutien. J’y suis entré, et j’ai vu, de je ne sais quel œil, plus haut que ma pensée, une lumière immuable. Ce n’était pas la lumière ordinaire que perçoivent les yeux du corps, ni une lumière du même genre mais plus puissante, plus éclatante, remplissant tout de son immensité. Non, ce n’était pas cela, mais une lumière différente, très différente de tout cela.

Elle n’était pas non plus au-dessus de ma pensée comme l’huile surnage au-dessus de l’eau, ni comme le ciel s’étend au-dessus de la terre. Elle était au-dessus parce que c’est elle-même qui m’a fait ; et moi au-dessous, parce que je suis son ouvrage. Pour la connaître, il faut connaître la vérité ; et celui qui la connaît, connaît l’éternité ; c’est la charité qui la connaît. Ô éternelle vérité, vraie charité, chère éternité ! Tu es mon Dieu, et je soupire après toi jour et nuit.

Quand j’ai commencé à te connaître, tu m’as élevé vers toi pour me montrer que j’avais encore bien des choses à comprendre et combien j’en étais encore incapable. Tu m’as fait voir la faiblesse de mes regards, en lançant sur moi ta splendeur, et j’ai frémi d’amour et d’effroi. J’ai découvert que j’étais loin de toi, dans la région de la dissemblance, et ta voix me venait, comme des hauteurs : « Je suis le pain des grands ; grandis, et tu me mangeras. Et ce n’est pas toi qui me changeras en toi, comme cela se passe pour la nourriture de ta chair ; mais toi, tu seras changé en moi ».

Saint Augustin (354-430)

 

 

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » (Jn 6,54)

22 août 2021

Celui qui se nourrit du Christ dans l’eucharistie n’a pas besoin d’attendre l’au-delà pour recevoir la vie éternelle : il la possède déjà sur terre, comme prémices de la plénitude à venir, qui concernera l’homme dans sa totalité. Dans l’eucharistie en effet, nous recevons également la garantie de la résurrection des corps à la fin des temps : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). Cette garantie de la résurrection à venir vient du fait que la chair du Fils de l’homme, donnée en nourriture, est son corps dans son état glorieux de Ressuscité. Avec l’eucharistie, on assimile pour ainsi dire le « secret » de la résurrection. C’est pourquoi saint Ignace d’Antioche définit avec justesse le pain eucharistique comme « remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir ».

La tension eschatologique suscitée dans l’eucharistie exprime et affermit la communion avec l’Église du ciel. Ce n’est pas par hasard que, dans les anaphores orientales ou dans les prières eucharistiques latines, on fait mémoire avec vénération de Marie, toujours vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus Christ, des anges, des saints apôtres, des glorieux martyrs et de tous les saints. C’est un aspect de l’eucharistie qui mérite d’être souligné : en célébrant le sacrifice de l’Agneau, nous nous unissons à la liturgie céleste, nous associant à la multitude immense qui s’écrie : « Le salut est donné par Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau » (Ap 7,10). L’eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s’ouvre sur la terre. C’est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin.

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

 

 

« Vous êtes tous frères. »

21 août 2021

« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, dit Jésus, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). (…) Mais qu’est-ce que je vois ? Des chrétiens qui servent sous le même étendard, sous le même chef, se dévorent et se déchirent : les uns pour un peu d’or, d’autres pour la gloire, certains sans aucun motif, d’autres pour le plaisir d’un bon mot ! (…) Parmi nous, le nom de frères est un vain mot. (…)

Respectez cette table sainte où nous sommes tous convoqués ; respectez le Christ immolé pour nous ; respectez le sacrifice qui y est offert. (…) Après avoir eu part à une telle table et avoir communié à un tel aliment, nous prendrions les armes les uns contre les autres alors que nous devrions nous armer tous ensemble contre le démon ! (…) Nous oublions cet adversaire pour tourner nos flèches contre nos frères ? —Quelles flèches, direz-vous ? — Ceux que lancent la langue et les lèvres. Il n’y a pas que les flèches aux pointes de fer qui blessent : certaines paroles causent des blessures bien plus profondes.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

« Le grand, le premier commandement »

20 août 2021

Pour pouvoir beaucoup aimer Dieu dans le ciel, il faut d’abord l’aimer beaucoup sur la terre. Le degré de notre amour pour Dieu à la fin de notre vie sera la mesure de notre amour de Dieu pendant l’éternité. Voulons-nous acquérir la certitude de ne plus nous séparer de ce souverain Bien dans la vie présente ? Étreignons-le de plus en plus par les liens de notre amour, en lui disant avec l’Épouse du Cantique des Cantiques : « J’ai trouvé celui que mon cœur aime : je l’ai saisi et je ne le lâcherai pas » (3,4). Comment l’Épouse sacrée a-t-elle saisi son Bien-Aimé ? « Avec les bras de la charité », répond Guillaume (…) ; « c’est avec les bras de la charité que l’on saisit Dieu », reprend saint Ambroise. Heureux donc qui pourra s’écrier avec saint Paulin : « Que les riches possèdent leurs richesses, que les rois possèdent leurs royaumes : notre gloire, notre richesse et notre royaume à nous, c’est le Christ ! » Et avec saint Ignace : « Donne-moi seulement ton amour et ta grâce, je suis assez riche ». Fais que je t’aime et que je sois aimé de toi ; je ne désire pas et n’ai pas à désirer autre chose.

Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

 

 

« Venez au repas de noce ! »

19 août 2021

Les femmes ne sont pas aussi étroitement unies à leurs maris que l’Église au Fils de Dieu. Quel autre époux que notre Seigneur est jamais mort pour son épouse, et quelle épouse a jamais choisi comme époux un crucifié ? Qui a jamais donné son sang en présent à son épouse, sinon celui qui est mort sur la croix et a scellé son union nuptiale par ses blessures ? Qui a-t-on jamais vu mort, gisant au banquet de ses noces, avec, à son côté, son épouse qui l’étreint pour être consolée ? À quelle autre fête, à quel autre banquet, a-t-on distribué aux convives, sous la forme du pain, le corps de l’époux ?

La mort sépare les épouses de leurs maris, mais ici elle unit l’Épouse à son Bien-aimé. Il est mort sur la croix, a laissé son corps à sa glorieuse Épouse, et maintenant, à sa table, chaque jour, elle le prend en nourriture. (…) Elle s’en nourrit sous la forme du pain qu’elle mange et sous la forme du vin qu’elle boit, afin que le monde reconnaisse qu’ils ne sont plus deux, mais un seul.

Saint Jacques de Saroug (v. 449-521)

 

 

L’homme de la onzième heure : « Les derniers seront premiers. »

18 août 2021

Qu’a donc fait le larron, pour recevoir en partage le paradis après la croix ? (…) Alors que Pierre reniait le Christ, le larron, du haut de la croix lui rendait témoignage. Je ne dis pas cela pour accabler Pierre ; je le dis pour mettre en évidence la grandeur d’âme du larron. (…) Ce larron, alors que toute une populace se tenait autour de lui, grondant, vociférant, les abreuvant de blasphèmes et de sarcasmes, ne tint pas compte d’eux. Il n’a même pas considéré l’état misérable de la crucifixion qui était en évidence devant lui. Il parcourut tout cela d’un regard plein de foi. (…) Il se tourna vers le Maître des cieux et se remettant à lui, il dit : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu iras dans ton Royaume » (Lc 23,42). N’éludons pas avec désinvolture l’exemple du larron, et n’ayons pas honte de le prendre pour maître, lui que notre Seigneur n’a pas rougi d’introduire le premier dans le paradis. (…)

Il ne lui a pas dit, comme à Pierre : « Viens, suis-moi, et je ferai de toi un pêcheur d’hommes » (Mt 4,19). Il ne lui a pas dit non plus comme aux Douze : « Vous siégerez sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Mt 19,28). Il ne l’a gratifié d’aucun titre ; il ne lui a montré aucun miracle. Le larron ne l’a pas vu ressusciter un mort, ni chasser des démons ; il n’a pas vu la mer lui obéir. Le Christ ne lui a rien dit du Royaume, ni de la géhenne. Et pourtant il lui a rendu témoignage devant tous, et il a reçu en héritage le Royaume.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

L’esprit de propriété ou la pauvreté dans l’Esprit ?

17 août 2021

SAINT-JEAN-DE-LA-CROIXN’ayez pas d’autre désir que celui d’entrer seulement par amour du Christ dans le détachement, le vide et la pauvreté par rapport à tout ce qui existe sur la terre. Vous n’éprouverez pas d’autres besoins que ceux auxquels vous aurez ainsi soumis votre cœur. Le pauvre en esprit (Mt 5,3) n’est jamais plus heureux que lorsqu’il se trouve dans l’indigence ; celui dont le cœur ne désire rien est toujours à l’aise.

Les pauvres dans l’Esprit donnent avec une grande générosité tout ce qu’ils possèdent. Leur plaisir est de savoir s’en passer en l’offrant par amour pour Dieu et pour le prochain (Mt 22,37s)… Non seulement les biens, les joies et les plaisirs de ce monde nous encombrent et nous retardent dans la voie vers Dieu, mais les joies et les consolations spirituelles sont elles-mêmes un obstacle à notre marche en avant si nous les recevons ou les recherchons avec un esprit de propriété.

Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l’Église
Avis et maximes, n°355-357, 362, éd. de 1693 (trad. P. Grégoire de saint Joseph, Oeuvres, Seuil 1945, p. 1233 rev.)

 

paysage

 

« Tu auras un trésor dans le ciel. »

16 août 2021

Après la mort de ses parents, alors qu’Antoine avait entre dix-huit et vingt ans (…), un jour, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux ». Antoine a eu l’impression que cette lecture avait été faite pour lui. Il est sorti aussitôt et a donné aux gens du village ses propriétés familiales. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il a distribué aux pauvres tout l’argent qu’il en avait retiré, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il a entendu le Seigneur dire dans l’Évangile : « Ne vous faites pas de souci pour demain » (Mt 6,34). Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il a distribué cela aussi aux plus pauvres. Il a confié sa sœur à des vierges connues et fidèles, qui vivaient ensemble dans une maison, pour y être éduquée. Et il s’est désormais consacré, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère. (…)

Il travaillait de ses mains, car il avait entendu cette parole : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2Th 3,10). Il achetait son pain avec une part de ce qu’il gagnait et il distribuait le reste aux indigents. Il priait sans cesse, parce qu’il avait appris qu’il faut « prier sans relâche » (Lc 21,36) en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout ; dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. Tous les habitants du village et les gens de bien qui le fréquentaient habituellement, en le voyant vivre ainsi, l’appelaient ami de Dieu. Les uns l’aimaient comme leur fils, et les autres comme leur frère.

Saint Athanase (295-373)

 

 

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, patronne principale de la France

15 août 2021

Si sainte Marie-Madeleine — qui a été pécheresse et de qui le Seigneur a expulsé sept démons — a mérité d’être glorifiée par lui au point que sa louange demeure toujours dans l’assemblée des saints, qui pourra mesurer à quel point « les justes jubilent devant la face de Dieu et dansent de joie » au sujet de sainte Marie, qui n’a pas connu d’homme ? (…) Si l’apôtre saint Pierre — qui non seulement n’a pas été capable de veiller une heure avec le Christ, mais qui est même allé jusqu’à le renier — a obtenu par la suite une telle grâce que les clés du Royaume des cieux lui ont été confiées, de quels éloges sainte Marie n’est-elle pas digne, elle qui a porté dans son sein le roi des anges en personne, que les cieux ne peuvent contenir ? Si Saul, qui « ne respirait que menaces et carnages à l’égard des disciples du Seigneur » (…), a été l’objet d’une telle miséricorde (…) qu’il a été ravi « jusqu’au troisième ciel, soit en son corps soit hors de son corps », il n’est pas étonnant que la sainte Mère de Dieu — qui a demeuré avec son fils dans les épreuves qu’il a endurées dès le berceau — ait été enlevée au ciel, même en son corps, et exaltée au-dessus des chœurs angéliques.

S’il y a de la « joie au ciel devant les anges pour un seul pécheur qui fait pénitence », qui dira quelle louange joyeuse et belle s’élève devant Dieu au sujet de sainte Marie, qui n’a jamais péché ? (…) Si vraiment ceux qui « jadis ont été ténèbres » et sont devenus par la suite « lumière dans le Seigneur » « brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père », qui sera en mesure de raconter « le poids éternel de gloire » de sainte Marie, qui est venue en ce monde « comme une aurore qui se lève, belle comme la lune, choisie comme le soleil », et de qui est née « la lumière véritable qui illumine tout homme venant en ce monde » ? Par ailleurs, puisque le Seigneur a dit : « Celui qui me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur », où pensons-nous que soit sa mère, elle qui l’a servi avec tant d’empressement et de constance ? Si elle l’a suivi et lui a obéi jusqu’à la mort, nul ne s’étonnera qu’à présent, plus que quiconque, elle « suive l’Agneau partout où il va ».

Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

(Références bibliques : Lc 8,2; Ps 149,1; Ps 67,4; Lc 1,34; Mt 26,40.70; Mt 16,19; Ac 9,1; 1Co 7,25; 2Co 12,2; Lc 22,28; Lc 15,7; Ep 5,8; Mt 13,43; 2Co 4,17; Ct 6,9; Jn 1,9; Jn 12,26; Ap 14,4)

 

 

 

« Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi. »

14 août 2021

Dieu est la source et l’origine de tout ; et parce que c’est en lui, comme il est écrit, que « nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28), c’est de lui, assurément, que nous tenons aussi toute l’affection par laquelle nous aimons nos enfants. Tout l’univers et tout le genre humain sont les enfants de leur Créateur, et ainsi, par l’affection qui nous fait aimer nos enfants, il a voulu que nous comprenions combien il aime ses enfants. Puisqu’il est écrit que « les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les œuvres de Dieu, ce qui est invisible en lui » (Rm 1,20), il a voulu ainsi nous faire comprendre son amour envers nous, par l’amour qu’il nous a donné d’avoir envers nos œuvres. Et comme il est écrit qu’il « a voulu que toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom de lui » (Ep 3,15), ainsi a-t-il voulu que nous reconnaissions en lui l’affection d’un père à notre égard.

Et que dis-je, d’un père ? Son amour est bien plus grand que celui d’un père. C’est ce que prouvent ces paroles du Sauveur dans l’Évangile : « Dieu a tellement aimé ce monde qu’il a donné son Fils unique pour la vie du monde » (Jn 3,16). Et l’apôtre Paul dit aussi : « Dieu n’a pas épargné son Fils mais l’a livré pour nous tous. Comment ne nous a-t-il pas donné, avec lui, toutes choses ? » (Rm 8,32)

Salvien de Marseille (v. 400-v. 480)