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Archive pour avril 2019

« Reste avec nous ! »

mercredi 24 avril 2019

Aux disciples d’Emmaüs qui demandaient à Jésus de rester « avec » eux, ce dernier a répondu par un don beaucoup plus grand : il a trouvé le moyen de demeurer « en » eux par le sacrement de l’eucharistie. Recevoir l’eucharistie, c’est entrer en communion profonde avec Jésus. « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15,4). Cette relation d’union intime et mutuelle nous permet d’anticiper, en quelque manière, le ciel sur la terre. N’est-ce pas là le plus grand désir de l’homme ? N’est-ce pas cela que Dieu s’est proposé en réalisant dans l’histoire son dessein de salut ? Il a mis dans le cœur de l’homme la faim de sa Parole (cf Am 8,11), une faim qui sera assouvie uniquement dans l’union totale avec lui. La communion eucharistique nous est donnée pour « nous rassasier » de Dieu sur cette terre, dans l’attente que cette faim soit totalement comblée au ciel.

Mais cette intimité spéciale, qui se réalise dans la communion eucharistique, ne peut pas être comprise d’une manière appropriée, ni pleinement vécue, hors de la communion ecclésiale… L’Église est le Corps du Christ : on chemine « avec le Christ » (v. 15) dans la mesure où on est en relation avec son Corps. Le Christ pourvoit à la création et à la promotion de cette unité grâce à l’effusion de l’Esprit Saint ; et lui-même ne cesse de la promouvoir à travers sa présence eucharistique. En effet, c’est précisément l’unique pain eucharistique qui fait de nous un seul Corps. L’apôtre Paul l’affirme : « Puisqu’il n’y qu’un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1Co 10,17).

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

 

 

 

Le mardi de Pâques

mardi 23 avril 2019

En quelle saison se réveille le Sauveur ? Dans le Cantique des Cantiques il est dit : « L’hiver est passé, la pluie a cessé, les fleurs ont apparu sur notre terre… » (2,11-12). Est-ce que la terre n’est pas actuellement pleine de fleurs… ? Comme le mois d’avril est arrivé, c’est désormais le printemps. Or, c’est en cette saison, c’est en ce premier mois du calendrier hébraïque, que l’on célèbre la Pâque, autrefois en symbole, maintenant en réalité…

Un jardin fut le lieu de la sépulture du Seigneur… Et que va dire celui qui est enseveli dans le jardin ? « J’ai récolté ma myrrhe avec mes aromates, la myrrhe et l’aloès avec tous les parfums » (Ct 5,1 ;4,14), car tout cela symbolise la sépulture. Les évangiles disent aussi : « Les femmes vinrent au tombeau apportant les aromates qu’elles avaient préparés »

(Lc 24,1)… Car, avant d’entrer dans la chambre haute en traversant les portes closes, l’Époux et le médecin des âmes avait été cherché par des femmes au cœur fort. Les saintes femmes vinrent au tombeau, et elles cherchaient celui qui était ressuscité… Marie vint, selon l’évangile, se mit à chercher et ne trouva pas, puis elle recueillit le message des anges et enfin elle vit le Christ. Ces circonstances avaient-elles été décrites elles aussi ? Oui, car Marie dit dans le Cantique : « Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon cœur aime » (3,1)… « Marie, dit l’évangile, vint alors qu’il faisait encore nuit. » (Jn 20,1) « La nuit, je l’ai cherché ; je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé. » Et dans l’évangile Marie dit : « Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l’ont mis. » Mais les anges survinrent alors : « Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? » (Lc 24,5)… Marie ne le reconnaissait pas, et c’est en son nom que le Cantique des Cantiques disait : « N’avez-vous pas vu celui que mon cœur aime ? » « À peine avais-je croisé les gardes (il s’agit des deux anges), j’ai trouvé celui que mon cœur aime. Je l’ai saisi et ne l’ai pas lâché. » (3,3-4)

Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

 

 

 

Le lundi de Pâques

lundi 22 avril 2019
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Toi qui as été pleuré à l’aube
Par les femmes porteuses d’aromates,
Accorde à mon cœur aussi de verser
Des larmes brûlantes à cause de ton ardent amour.
 
Et grâce à la bonne nouvelle de l’ange
Qui clamait du haut du rocher (Mt 28,2),
Fais-moi entendre le son
De la trompette finale annonçant la résurrection.
 
Du tombeau neuf et vierge
Tu es ressuscité avec ton corps né de la Vierge ;
Tu es devenu pour nous les prémices
Et le premier-né d’entre les morts.
 
Et moi que l’Ennemi a lié
Avec le mal du péché corporel,
Daigne me délivrer de nouveau,
Comme tu l’as fait pour les âmes du séjour des morts (1P 3,19).
 
Tu t’es manifesté dans le jardin
À Marie Madeleine,
Mais tu n’as pas permis de s’approcher
À celle qui était encore de la race d’Ève.
 
Manifeste-toi à moi aussi le huitième jour
À la grande et dernière aube ;
Et à ce moment-là veuille permettre
À mon âme indigne de s’approcher de toi.

Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

 

 

Jour de la résurrection, jour de notre joie

dimanche 21 avril 2019

« Voici le jour que le Seigneur a fait ; passons-le dans la joie et dans l’allégresse ! » (Ps 117,24) Pourquoi ? Parce que le soleil n’est plus obscurci, mais tout s’illumine ; le voile du Temple n’est plus déchiré, mais l’Église est révélée ; nous ne tenons plus des rameaux de palmier, mais nous entourons les nouveaux baptisés.

« Voici le jour que le Seigneur a fait »… Voici le jour au sens propre, le jour triomphal, le jour consacré à fêter la résurrection, le jour où l’on se pare de grâce, le jour où l’on partage l’Agneau spirituel, le jour où l’on abreuve de lait ceux qui viennent de naître, le jour où se réalise le plan de la Providence en faveur des pauvres. « Passons ce jour dans la joie et dans l’allégresse »…

Voici le jour où Adam a été libéré, où Ève a été délivrée de sa peine, où la mort sauvage a frémi, où la puissance des pierres a été brisée, où les verrous des tombeaux ont été arrachés…, où les lois immuables des puissances des enfers ont été abrogées, où les cieux se sont ouverts quand le Christ, notre Maître, est ressuscité. Voici le jour où, pour le bien des hommes, la plante verdoyante et fertile de la résurrection a multiplié ses rejetons dans tout l’univers comme dans un jardin, où les lys des nouveaux baptisés se sont épanouis…, où la foule des croyants se réjouissent, où les couronnes des martyrs reverdissent. « Voici le jour que le Seigneur a fait ; passons-le dans la joie et dans l’allégresse. »

Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

 

 

 

Samedi Saint (Veillée Pascale)

samedi 20 avril 2019

Nous les mortels, nous devons dormir pour réparer nos forces et donc interrompre notre vie par cette image de la mort, qui nous laisse au moins des bribes de vie. Ainsi, tous ceux qui veillent dans la chasteté, l’innocence et la ferveur se préparent sans nul doute à la vie des anges ; contre ce fardeau de mort, ils trouvent grâce dans l’éternité… Maintenant, mes frères, écoutez les quelques mots que je vais dire sur la veille que nous accomplissons cette nuit…

Notre Seigneur Jésus Christ est ressuscité d’entre les morts le troisième jour : nul chrétien n’a de doute là-dessus. Les saints évangiles attestent que l’événement s’est produit en cette nuit… Ce n’est pas de la lumière aux ténèbres mais des ténèbres à la lumière que nous nous efforçons de monter. L’apôtre Paul nous y engage : « La nuit est bien avancée ; le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12)… Nous veillons donc en cette nuit où le Seigneur est ressuscité et où il a commencé en sa propre chair la vie dont je vous parlais à l’instant, qui ne connaît ni mort ni sommeil. Et cette chair qu’il a relevée du tombeau ne mourra plus, et ne retombera plus sous la loi de la mort.

Les femmes qui l’aimaient sont venues à l’aube visiter son tombeau ; au lieu de trouver son corps, elles entendirent des anges leur annoncer la résurrection. Il est donc clair qu’il est ressuscité la nuit qui précédait cette aube. Ainsi, celui dont nous célébrons la résurrection en nos veilles prolongées, celui-là nous donnera de régner avec lui dans une vie sans fin. Et quand bien même, à l’heure où nous veillons, son corps soit encore dans la tombe et qu’il ne soit pas encore ressuscité, notre veille garderait tout son sens : car il a dormi pour que nous veillions, Lui qui est mort pour que nous vivions.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Vendredi Saint : Célébration de la Passion du Seigneur

vendredi 19 avril 2019

« Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu. » (Jn 1,1) Il est identique à lui-même ; ce qu’il est, il l’est toujours ; il ne peut changer, il est l’être. C’est le nom qu’il fit connaître à son serviteur Moïse : « Je suis celui qui suis » et « Tu diras : Celui qui est, m’a envoyé » (Ex 3,14)… Qui peut le comprendre ? Ou qui pourra parvenir à lui –- à supposer qu’il dirige toutes les forces de son esprit pour atteindre tant bien que mal celui qui est ? Je le comparerai à un exilé, qui de loin voit sa patrie : la mer l’en sépare ; il voit où aller, mais n’a pas le moyen d’y aller. Ainsi nous voulons parvenir à ce port définitif qui sera nôtre, là où est celui qui est, car lui seul est toujours le même, mais l’océan de ce monde nous coupe la voie…

Pour nous donner le moyen d’y aller, celui qui nous appelle est venu de là-bas ; il a choisi un bois pour nous faire traverser la mer : oui, nul ne peut traverser l’océan de ce monde que porté par la croix du Christ. Même un aveugle peut étreindre cette croix ; si tu ne vois pas bien où tu vas, ne la lâche pas : elle te conduira d’elle-même. Voilà mes frères ce que j’aimerais faire entrer dans vos cœurs : si vous voulez vivre dans l’esprit de piété, dans l’esprit chrétien, attachez-vous au Christ tel qu’il s’est fait pour nous, afin de le rejoindre tel qu’il est, et tel qu’il a toujours été. C’est pour cela qu’il est descendu jusqu’à nous, car il s’est fait homme afin de porter les infirmes, de leur faire traverser la mer et de leur faire aborder dans la patrie, où il n’est plus besoin de navire parce qu’il n’y a plus d’océan à passer. À tout prendre, mieux vaudrait ne pas voir par l’esprit celui qui est, mais embrasser la croix du Christ, que le voir par l’esprit et mépriser la croix. Puissions-nous, pour notre bonheur, à la fois voir où nous allons et nous cramponner au navire qui nous emporte… ! Certains y ont réussi, et ils ont vu ce qu’il est. C’est parce qu’il l’a vu que Jean a dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était face à Dieu, et le Verbe était Dieu. » Ils l’ont vu ; et pour parvenir à ce qu’ils voyaient de loin, ils se sont attachés à la croix du Christ, ils n’ont pas méprisé l’humilité du Christ.

Saint Augustin (354-430)

 

 

 

Jeudi Saint

jeudi 18 avril 2019

Dieu est charité (1 Jn 4, 8). Et celui qui entreprendrait de le définir serait un aveugle voulant compter les grains de sable de la mer.

La charité quant à sa nature, est une ressemblance avec Dieu, pour autant qu’il est possible aux mortels de lui ressembler ; quant à son activité, c’est une ivresse de l’âme ; quant à sa vertu propre, c’est la source de la foi, un abîme de patience, un océan d’humilité.

La charité est avant tout le rejet de toute pensée d’inimitié, car la charité ne pense pas le mal. La charité, l’impassibilité et l’adoption filiale ne se distinguent que par le nom. Comme la lumière, le feu et la flamme concourent à un seul effet, il en est de même pour ces trois réalités.

Celui qui a parfaitement uni à Dieu sa sensibilité profonde est initié par lui au mystère de ses paroles ; mais sans cette union, il est difficile de parler de Dieu.

Si le visage d’un être aimé produit dans tout notre être un changement manifeste et nous rend joyeux, gais et insouciants, que ne fera pas la face du Seigneur dans une âme pure quand il viendra y demeurer.

Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

 

 

 

 

 

Mercredi Saint

mercredi 17 avril 2019

Lorsqu’il s’est séparé de sa mère, Jésus s’est choisi des amis humains — les douze apôtres — comme s’il avait désiré mettre en eux sa sympathie. Il les a choisis, dit-il, pour être « non pas des serviteurs, mais des amis » (Jn 15,15). Il en a fait ses confidents ; il leur a confié des choses qu’il n’a pas dites aux autres. C’était sa volonté de les favoriser, de leur montrer toute sa générosité, comme un père envers des enfants préférés. Par ce qu’il leur a révélé, il les a comblés plus que les rois, les prophètes, les sages de l’Ancienne Alliance. Il les a appelés « ses petits enfants » (Jn 13,33) ; pour leur conférer ses dons, il les a préférés « aux sages et aux savants » de ce monde (Mt 11,25). Il a manifesté sa joie et il les a loués de ce qu’ils sont restés avec lui dans ses épreuves (Lc 22,28), et comme signe de reconnaissance, il leur annonce qu’ils siégeront un jour sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël (v. 30). Il a trouvé un réconfort dans leur amitié à l’approche de son épreuve suprême.

Il les a rassemblés autour de lui à la dernière Cène, comme pour être soutenu par eux à cette heure solennelle. « J’ai désiré d’un grand désir, leur dit-il, manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22,15). Il y avait donc entre le Maître et ses disciples un échange d’affection, une sympathie profonde. Mais c’était sa volonté que ses amis l’abandonnent, le laissent seul — une volonté vraiment digne d’adoration. L’un l’a trahi ; l’autre l’a renié ; le reste s’est enfui, le laissant aux mains de ses ennemis… Il a donc été seul quand il a foulé le pressoir. Oui, Jésus tout-puissant et bienheureux, envahi dans son âme par la pleine gloire de la nature divine, a voulu soumettre son âme à toutes les infirmités de notre nature. Comme il s’était réjoui de l’amitié des siens, il a accepté la désolation de leur abandon. Et quand il l’a voulu, il a choisi de se priver de la lumière de la présence de Dieu.

Bienheureux John Henry Newman (1801-1890)

 

 

 

Mardi Saint

mardi 16 avril 2019

Bon pasteur qui as donné ta vie pour tes brebis (Jn 10,11), hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau…

Après le repas, le Christ a dit : « Mes enfants, mes chers disciples, cette nuit vous me renierez tous et vous me fuirez » (cf Jn 16,32). Et comme tous étaient saisis d’une même stupeur, Pierre s’est exclamé : « Quand bien même tous renieraient, moi je ne renie pas. Je serai avec toi ; avec toi je mourrai en te criant : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau.

« Que dis-tu, Maître ? Moi, te renier ? Moi, t’abandonner et m’enfuir ? Et ton appel, et l’honneur que tu m’as fait, je ne m’en souviendrais plus ? Je me rappelle encore comment tu m’as lavé les pieds, et tu dis : ‘Tu me renieras’ ? Je te revois t’approcher en portant un bassin, toi qui soutiens la terre et portes le ciel. De ces mains dont j’ai été façonné, mes pieds viennent d’être lavés, et tu déclares que je tomberai et que je ne te crierai plus : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau » ? …

Sur ces mots, le créateur de l’homme a répondu à Pierre : « Que me dis-tu, Pierre, mon ami ? Tu ne me renieras pas ? Tu ne me fuiras pas ? Tu ne me rejetteras pas ? Je le veux bien, moi aussi, mais ta foi est chancelante, et tu ne résistes pas aux tentations. Te rappelles-tu comment tu as failli te noyer si je ne t’avais pas tendu la main ? Car tu as bien marché sur la mer, comme moi-même, mais aussitôt tu as hésité et bien vite tu as succombé (Mt 14,28s). Alors j’ai accouru vers toi qui criais : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau.

« Voici, dès maintenant je te le dis : avant que chante le coq, trois fois tu me trahiras, et, laissant battre de toutes parts et submerger ton esprit comme par les vagues de la mer, trois fois tu me renieras. Toi qui alors avais crié et qui maintenant pleureras, tu ne me trouveras plus pour te donner la main comme la première fois : c’est que je m’en servirai pour écrire une lettre de rémission en faveur de tous les descendants d’Adam. De ma chair que tu vois je ferai un papier, et de mon sang de l’encre pour y inscrire le don que je distribue sans relâche à ceux qui crient : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau ! »

Saint Romanos le Mélode (?-v. 560)

 

 

 

 

 

 

Lundi Saint

lundi 15 avril 2019

Je vous ai déjà parlé de deux parfums spirituels : celui de la contrition, qui s’étend à tous les péchés –- il est symbolisé par le parfum que la pécheresse a répandu sur les pieds du Seigneur : « toute la maison fut remplie de cette odeur » ; il y a aussi celui de la dévotion qui renferme tous les bienfaits de Dieu… Mais il y a un parfum qui l’emporte de loin sur ces deux-là ; je l’appellerai le parfum de la compassion. Il se compose, en effet, des tourments de la pauvreté, des angoisses où vivent les opprimés, des inquiétudes de la tristesse, des fautes des pécheurs, bref de toute la peine des hommes, même nos ennemis. Ces ingrédients semblent indignes, et pourtant le parfum où ils entrent est supérieur à tous les autres. C’est un baume qui guérit : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde » (Mt 5,7).

Ainsi, un grand nombre de misères réunies sous un regard compatissant sont les essences précieuses… Heureuse l’âme qui a pris soin de faire provision de ces aromates, d’y répandre l’huile de la compassion et de les faire cuire au feu de la charité ! Qui est, à votre avis, « cet homme heureux qui a pitié d’autrui et qui prête son bien » (Ps 111,5), enclin à la compassion, prompt à secourir son prochain, plus content de donner que de recevoir ? Cet homme qui pardonne aisément, résiste à la colère, ne consent pas à la vengeance, et en toutes choses regarde comme siennes les misères des autres ? Quelle que soit cette âme imprégnée de la rosée de la compassion, au cœur débordant de pitié, qui se fait toute à tous, qui n’est pour elle-même qu’un vase fêlé où rien n’est jalousement gardé, cette âme si bien morte à elle-même qu’elle vit uniquement pour autrui, elle a le bonheur de posséder ce troisième parfum qui est le meilleur. Ses mains distillent un baume infiniment précieux (cf Ct 5,5), qui ne tarira pas dans l’adversité et que les feux de la persécution n’arriveront pas à dessécher. Car Dieu se souviendra toujours de ses sacrifices.

Saint Bernard (1091-1153)