ACCUEIL

Archive pour le mot-clef ‘St Maxime le Confesseur’

Les amis du Christ persévèrent jusqu’à la fin dans leur amour.

samedi 7 mars 2020

Veille sur toi-même. Prends garde que le mal qui te sépare de ton frère ne se trouve, non dans ton frère, mais en toi. Hâte-toi de te réconcilier avec lui (cf. Mt 5,24), afin de ne pas déchoir du commandement de l’amour. Ne méprise pas le commandement de l’amour. C’est par lui que tu seras fils de Dieu. Mais si tu le transgresses, tu te retrouveras fils de la géhenne. (…)

As-tu connu l’épreuve du fait de ton frère, et la tristesse t’a-t-elle mené à la haine ? Ne te laisse pas vaincre par la haine, mais vaincs la haine par l’amour. Voici comment tu vaincras : en priant sincèrement Dieu pour lui, en faisant droit à sa défense, ou même en l’assistant pour le justifier, en considérant que tu es toi-même responsable de ton épreuve, et en la supportant avec patience jusqu’à ce que le nuage soit passé. (…) Ne consens pas à perdre l’amour spirituel, car nulle autre voie de salut n’a été laissée aux hommes. (…) Une âme raisonnable qui nourrit de la haine contre un homme ne peut être en paix avec Dieu qui a donné les commandements. « Car, dit-il, si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, le Père céleste non plus ne pardonnera pas vos fautes » (Mt 6,14-15). Si cet homme ne veut pas être en paix avec toi, du moins garde-toi de la haine, en priant sincèrement pour lui et en ne disant à personne du mal de lui. (…)

Applique-toi autant que tu le peux à aimer tout homme. Et si tu ne le peux pas encore, au moins ne hais personne. Mais cela non plus tu ne peux pas le faire si tu ne méprises pas les choses du monde. (…) Les amis du Christ aiment vraiment tous les êtres, mais ils ne sont pas aimés de tous. Les amis du Christ persévèrent jusqu’à la fin dans leur amour. Mais les amis du monde persévèrent jusqu’à ce que le monde les porte à se heurter les uns aux autres.

Saint Maxime le Confesseur

 

 

 

L’art d’aimer comme Dieu

dimanche 23 février 2020

Bienheureux l’homme qui peut aimer tous les hommes également. Bienheureux l’homme qui ne s’attache à rien de ce qui est corruptible et passager. (…)

Celui qui aime Dieu aime aussi totalement son prochain. Un tel homme ne saurait garder ce qu’il a, mais il le dispense comme Dieu, donnant à chacun ce dont il a besoin. Celui qui fait l’aumône à l’imitation de Dieu ignore la différence entre le méchant et le bon, le juste et l’injuste (cf. Mt 5,45), dès lors qu’ils souffrent dans leur corps. Mais il donne à tous également, selon leurs besoins, même s’il préfère pour sa bonne volonté, l’homme vertueux à l’homme dépravé. De même que Dieu, qui par nature est bon et impassible, aime également tous les êtres comme ses œuvres, mais qu’il glorifie l’homme vertueux parce que celui-ci lui est uni par la connaissance, et que, dans sa bonté, il a pitié de l’homme dépravé et le fait revenir en l’instruisant dans ce siècle, de même celui qui, de son propre mouvement, est bon et impassible, aime tous les hommes également. Il aime l’homme vertueux pour sa nature et sa volonté bonne. Et il aime l’homme dépravé pour sa nature et pour la compassion, car il a pitié de lui comme d’un fou qui va dans les ténèbres.

Non seulement partager ce que l’on a révèle l’art d’aimer, mais bien plus encore transmettre la parole et servir les autres dans leur corps. (…) « Et moi je vous dis, demande le Seigneur : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui cherchent à vous nuire » (Mt 5,44).

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

 

 

 

La parole de Dieu, un grain de sénevé

vendredi 31 janvier 2020

La parole de Dieu, pareille au grain de sénevé, paraît bien petite avant d’être cultivée.

Mais quand elle a été cultivée comme il faut, elle se montre si grande que les raisons nobles des créatures sensibles et intelligibles se reposent sur elle. Car elle embrasse les raisons de tous les êtres. Mais elle-même, aucun être ne peut la contenir. C’est pourquoi celui qui a la foi comme un grain de sénevé peut, par la parole, déplacer la montagne, comme l’a dit le Seigneur (cf. Mt 17,20), c’est-à-dire chasser le pouvoir que le diable a sur nous et changer le fondement.

Le Seigneur est un grain de sénevé, semé en esprit par la foi dans les cœurs de ceux qui le reçoivent. Celui qui l’a soigneusement cultivé grâce aux vertus, déplace la montagne du souci terrestre. Puis, lorsqu’il a chassé de lui-même l’habitude du mal, si difficile à infléchir, il fait se reposer en lui les paroles des commandements et les modes d’existence ou les puissances divines, comme les oiseaux du ciel. (…) Ce n’est pas en dehors de ceux qui cherchent qu’il faut chercher le Seigneur, mais ceux qui cherchent doivent le chercher en eux-mêmes, par la foi qu’ils mettent en œuvre.

Car il est dit : « La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur » (Rm 10,8), c’est-à-dire la parole de la foi, comme le Christ lui-même : la parole de Celui qu’on cherche.

Saint Maxime le Confesseur

 

 

 

Chacun est l’intendant de sa propre grâce

vendredi 6 décembre 2019

Chacun de nous possède l’énergie manifeste de l’Esprit en proportion de la foi qui est en lui (cf. Rm 12,6). Ainsi chacun est l’intendant de sa propre grâce. Et jamais celui qui est bien disposé ne pourrait envier autre chose en celui qui est honoré par les grâces, dès lors que repose sur lui la disposition à recevoir les biens de Dieu. Ce qui fait que les biens de Dieu demeurent en nous, c’est la mesure de la foi de chacun. Car c’est dans la mesure où nous croyons, que nous est donnée la ferveur d’agir. Donc, celui qui agit révèle la mesure de sa foi en proportion de son action : il reçoit la mesure de la grâce selon ce qu’il a cru. (…)

Par les élévations partielles des vertus, nous faisons converger vers leur cause les charismes qui nous ont été partagés, avec l’aide de Dieu, afin que, nous laissant aller peu à peu à la négligence, nous ne rendions pas aveugle et sans yeux notre foi, privée des lumières que donnent les œuvres de l’Esprit, et que nous ne soyons pas châtiés justement dans les siècles infinis pour avoir aveuglé en nous-mêmes les yeux divins de la foi, autant qu’il était en notre pouvoir. (…)

Celui qui n’accomplit pas les ordres divins de la foi, a la foi aveugle. Car si les ordres de Dieu sont lumières (cf. Is 26,9 LXX), cela veut dire que celui qui n’accomplit pas les ordres de Dieu est sans lumière divine. Il laisse sans réponse l’appel divin. Il ne lui répond pas vraiment.

Saint Maxime le Confesseur

 

 

 

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. » (Lc 21,19)

dimanche 17 novembre 2019

Il n’a pas encore l’amour parfait, ni la connaissance profonde de la Providence divine, celui qui, au temps de l’épreuve, manque de patience dans les afflictions qui lui arrivent et se détache de l’amour de ses frères spirituels.

Le but de la Providence divine est d’unifier par la foi droite et l’amour spirituel ceux que de bien des manières le mal a déchirés. C’est pour cela qu’à souffert le Sauveur : rassembler dans l’unité (cf. Jn 11,52) les enfants de Dieu qui étaient dispersés. Donc, celui qui n’endure pas ce qui le gêne, qui ne supporte pas ce qui l’afflige, qui n’assume pas ce qui le peine, ne marche pas sur la voie de l’amour divin et manque le but de la Providence. Si l’amour est patient et bienveillant (cf. 1 Cor 13,4), celui qui manque de courage quand viennent les afflictions, et pour cela fait du mal à ceux qui l’ont affligé et se coupe lui-même de l’amour qu’il leur doit, comment ne déchoit-il pas du but de la Providence divine ? (…) Est patient celui qui attend la fin de l’épreuve, et qui reçoit la gloire de la persévérance.

L’homme patient a une grande sagesse (cf. Pr 14,29 LXX). Car il rapporte à la fin tout ce qui lui arrive, et il supporte les afflictions en attendant cette fin. Or la fin est la vie éternelle, selon l’Apôtre (cf. Rm 6,22). Et la vie éternelle est qu’on te connaisse, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ (cf. Jn 17,3).

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

 

 

 

 

« Une lampe pour mes pas, ta parole, une lumière sur ma route. » (Ps 118,105)

lundi 23 septembre 2019

La lampe sur le lampadaire, c’est notre Seigneur Jésus Christ, la vraie lumière du Père « qui éclaire tout homme venant au monde » (Jn 1,9). Autrement dit, c’est la Sagesse et la Parole du Père ; ayant accepté notre chair, il est réellement devenu et il a été appelé la « lampe » du monde. Il est célébré et exalté dans l’Église par notre foi et notre piété. Il se rend ainsi visible à toutes les nations et il brille pour « tous les gens de la maison », c’est-à-dire pour le monde entier, selon sa parole : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, où elle brille pour tous dans la maison » (Mt 5,15).

Comme on le voit, le Christ se nomme lui-même une lampe. Dieu par nature, il est devenu chair dans le plan du salut, une lumière contenue dans la chair comme dans un vase… C’est à cela que David pensait lorsqu’il disait : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 118,105). Comme il fait disparaître les ténèbres de l’ignorance et du mal des hommes, mon Sauveur et Dieu est appelé une lampe dans l’Écriture. Comme il est le seul à pouvoir anéantir les ténèbres de l’ignorance et à dissiper l’obscurité du péché, il est devenu pour tous la voie du salut. Il conduit auprès du Père ceux qui, par la connaissance et la vertu, marchent avec lui sur le chemin des commandements comme sur une voie de justice.

Le lampadaire, c’est la sainte Église parce que le Verbe de Dieu brille par sa prédication. C’est ainsi que les rayons de sa vérité peuvent éclairer le monde entier… Mais à une condition : ne pas la cacher sous la lettre de la Loi. Quiconque s’attache à la seule lettre de l’Écriture vit selon la chair : il met la lampe sous le boisseau. Placée au contraire sur le lampadaire, l’Église, elle éclaire tous les hommes.

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

 

 

 

 

 

La prière est une demande de ce que Dieu donne

jeudi 20 juin 2019

Comme je le disais, on trouvera que les paroles de la prière du Seigneur portent en elles la demande. Elle parle en effet du Père, du nom du Père et du Royaume. Elle montre, par ailleurs, que celui qui prie est fils de ce père dans la grâce. Elle demande que ceux qui sont dans le ciel et ceux qui sont sur la terre proviennent d’une seule volonté. Elle prescrit de demander le pain « épiousios » [quotidien]. Elle donne aux hommes la loi de la réconciliation : et, par le fait de pardonner et d’être pardonné, elle relie la nature à elle-même pour qu’elle ne soit pas coupée par la différence des volontés. Elle enseigne à s’efforcer, par la prière, de ne pas entrer dans la tentation, qui est la loi du péché. Et elle exhorte à se délivrer du malin.

Il fallait, en effet, que celui qui accomplit lui-même les biens et les donne à ceux qui croient en lui et imitent sa conduite dans la chair, soit aussi celui qui leur enseigne comme à ses disciples, et leur offre tels les fondements de cette vie, les mots de la prière, ces mots par lesquels il révélait les trésors cachés de la sagesse et de la connaissance (cf. Col 2,3) qui demeurent spécifiquement en lui, dès lors qu’il portait de toute évidence vers la jouissance de ces trésors le désir de ceux qui demandent.

C’est pourquoi, je pense, le Verbe a appelé prière cet enseignement qui porte en lui la demande des dons que, par grâce, Dieu accorde aux hommes. Ainsi nos Pères inspirés par Dieu ont exposé et défini la prière en disant que la prière est une demande de ce que Dieu donne naturellement aux hommes comme il lui convient.

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

 

 

 

« Pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. »

mercredi 5 juin 2019

L’Église porte l’empreinte et l’image de Dieu puisqu’elle a la même activité que lui… Dieu a amené toutes choses à l’existence par sa puissance infinie, il les contient, les réunit et les circonscrit. Il rattache fortement tous les êtres les uns aux autres et à lui-même, dans sa Providence…

La sainte Église apparaîtra comme opérant pour nous les mêmes effets que Dieu, dont elle est l’image. Nombreux, presque innombrables sont les hommes, les femmes, les enfants, distincts les uns des autres, infiniment différents par la naissance, les traits, la nationalité et la langue, le genre de vie et l’âge, l’habileté, les mœurs, les habitudes, la connaissance, la fortune, le caractère et les relations. Mais tous naissent en cette Église et, par son œuvre, tous renaissent à une vie nouvelle, recréés par l’Esprit Saint.

À tous, l’Église a donné… une seule forme, un seul nom divin : d’être du Christ et de porter son nom. À tous, elle donne aussi une manière d’être unique, qui ne permet pas de distinguer les nombreuses différences existant entre eux… , à cause de la réunion de tout en elle. C’est par eux, ses membres, qu’absolument personne n’est séparé de la communauté, puisque tous convergent les uns vers les autres, tous sont réunis par l’action de la puissance indivisible de la grâce et de la foi. « Tous, est-il écrit, n’ont qu’un cœur et une âme » (Ac 4,32)…; être un seul Corps formé de membres si divers est réellement digne du Christ lui-même, qui est notre vraie Tête (Col 1,18). « En lui, dit l’apôtre Paul, il n’y a plus ni homme ni femme, ni Juif ni Grec…, ni esclave ni homme libre, mais lui-même est tout en tous » (Gal 3,28)… Ainsi donc la sainte Église est à l’image de Dieu, puisqu’elle réalise entre les croyants la même union que Dieu.

Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)