Auteur/autrice : fred

  • Le bon Samaritain

    Le bon Samaritain

    « C’est là mon bien-aimé, c’est là mon ami, filles de Jérusalem » (Ct 5,16). L’Épouse du Cantique montre celui qu’elle cherchait en disant : « Voici celui que je cherche, celui qui pour devenir notre frère est monté du pays de Juda. Il est devenu l’ami de celui qui était tombé aux mains des brigands : il a guéri ses plaies avec de l’huile, du vin et des pansements ; il l’a fait monter sur sa propre monture ; il l’a fait reposer dans l’hôtellerie ; il a donné deux pièces d’argent pour son entretien ; il a promis de donner à son retour ce qui aurait été dépensé en plus pour accomplir ses ordres ». Chacun de ces détails a une signification bien évidente.

    Le docteur de la Loi tentait le Seigneur et voulait se montrer au-dessus des autres ; dans son orgueil il faisait fi de toute égalité avec les autres, disant : « Qui est mon prochain ? » Le Verbe alors lui expose, sous forme d’un récit, toute l’histoire sainte de la miséricorde : il raconte la descente de l’homme, l’embuscade des brigands, l’enlèvement du vêtement incorruptible, les blessures du péché, l’envahissement par la mort de la moitié de notre nature (puisque notre âme est restée immortelle), le passage inutile de la Loi (puisque ni le prêtre ni le lévite n’ont soigné les plaies de celui qui était tombé aux mains des brigands).

    « Il était en effet impossible que le sang des taureaux et des boucs efface le péché » (He 10,4) ; seul pouvait le faire celui qui a revêtu toute la nature humaine — des Juifs, des Samaritains, des Grecs — en un mot, de toute l’humanité. Avec son corps, qui est la monture, il s’est rendu dans le lieu de la misère de l’homme. Il a guéri ses plaies, l’a fait reposer sur sa propre monture, et il a fait pour lui de sa miséricorde une hôtellerie, où tous ceux qui peinent et ploient sous le fardeau trouvent le repos (Mt 11,28).

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

  • Produire du fruit

    Produire du fruit

    « La vigne du Seigneur Sabaot, dit le prophète, c’est la maison d’Israël » (Is 5,7). Or cette maison, c’est nous…, et puisque nous sommes Israël, nous sommes la vigne. Prenons donc bien garde que ne naisse pas de nos sarments, au lieu du raisin de la douceur, celui de la colère (Ap 14,19), pour qu’on ne nous dise pas… : « J’attendais de beaux raisins ; elle donna des raisins sauvages » (Is 5,4). Quelle terre ingrate ! Celle qui aurait dû offrir à son maître les fruits de la douceur l’a transpercé de ses épines aiguës. Ainsi ses ennemis, qui auraient dû accueillir le Sauveur avec toute la dévotion de leur foi, l’ont couronné des épines de la Passion. Pour eux cette couronne signifiait bien outrage et injure, mais aux yeux du Seigneur, c’était la couronne des vertus…

    Prenez garde, frères, que l’on ne dise pas à votre sujet : « Il attendait de beaux raisins, elle n’a donné que des épines sauvages » (Is 5,2)… Prenons garde que nos mauvaises actions n’écorchent la tête du Seigneur comme des ronces. Il y a des épines du cœur qui ont blessé même la parole de Dieu, comme le dit le Seigneur dans l’évangile quand il raconte que le grain du semeur est tombé parmi les épines, qui ont poussé et étouffé ce qui avait été semé (Mt 13,7)… Veillez donc à ce que votre vigne ne porte pas d’épines au lieu de raisins ; que votre vendange ne produise pas du vinaigre au lieu de vin. Quiconque fait la vendange sans en distribuer aux pauvres recueille du vinaigre au lieu de vin ; et celui qui engrange ses moissons sans en distribuer aux indigents ne met pas de côté le fruit de l’aumône, mais les chardons de l’avarice.

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

  • Espérer le bonheur du Ciel

    Espérer le bonheur du Ciel

    Mes frères, si la foi nous découvre partout Dieu présent, l’espérance nous fait faire tout ce que nous faisons dans la seule vue de plaire au bon Dieu, par la pensée heureuse d’une récompense éternelle. Puisque, mes frères, cette vertu adoucit tant nos maux, voyons tous ensemble en quoi consiste cette belle et précieuse vertu d’espérance.

    Si, mes frères, nous avons le bonheur de connaître par la foi, qu’il y a un Dieu qui est notre Créateur, notre Sauveur et notre souverain Bien, qui ne nous a créés que pour le connaître, l’aimer, le servir et le posséder ; l’espérance nous apprend que, quoique indignes de ce bonheur, nous pouvons l’espérer par les mérites de Jésus-Christ. Pour rendre, mes frères, nos actions dignes d’être récompensés, il faut trois choses, que voici : la foi, qui nous y fait voir Dieu présent ; l’espérance, qui nous les fait faire dans la seule vue de lui plaire, et l’amour, qui nous attache à lui comme à notre souverain Bien. Oui, mes frères, nous ne connaîtrons jamais le degré de gloire que chaque action nous procurera dans le ciel, si nous la faisons bien purement pour le bon Dieu ; les saints mêmes qui sont dans le ciel ne le comprennent pas. (…)

    Mais, me direz-vous, que veut dire ce mot : espérer ? Le voici, mes frères. C’est soupirer après quelque chose qui doit nous rendre heureux dans l’autre vie ; c’est désirer ardemment la délivrance des maux de cette vie, et désirer la possession de toutes sortes de biens capables de nous contenir pleinement. (…) Je dis qu’il faut que notre espérance soit universelle, c’est-à-dire, qu’il faut avoir recours au bon Dieu dans tout ce qui peut nous arriver.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Fête des Sts Anges Gardiens

    Fête des Sts Anges Gardiens

    « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins » (Ps 90,11). Quel n’est pas le respect que cette parole doit susciter en toi, la ferveur qu’elle doit faire naître, la confiance qu’elle doit t’inspirer ! Le respect à cause de leur présence, la ferveur à cause de leur bienveillance, la confiance à cause de leur vigilance… Ils sont donc là, à tes côtés, non seulement avec toi, mais pour toi. Ils sont présents pour te protéger, pour te secourir. Que rendrais-tu au Seigneur pour tout ce qu’il t’a donné ? (Ps 115,3). C’est à lui seul qu’on doit rendre gloire et honneur pour ce secours ; c’est lui qui leur en a donné l’ordre. « Tout don parfait » (Jc 1,17) ne peut venir que de lui. Mais on ne peut pour autant manquer de reconnaissance à l’égard des anges, en raison de la si grande charité avec laquelle ils obéissent et du besoin si grand que nous avons de leur aide.

    Soyons donc pleins de respect et de reconnaissance pour une telle vigilance de leur part ; aimons-les en retour et honorons-les autant que nous le pouvons, autant que nous le devons… En Dieu aimons ses anges, dans la conscience qu’ils seront un jour nos cohéritiers et que d’ici là le Père dispose et ordonne qu’ils soient pour nous des guides et des éducateurs. Car « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu » bien que cela ne paraisse pas encore clairement (1Jn 3,2), puisque nous sommes encore des enfants soumis à des intendants et à des éducateurs, et nous semblons pour le moment ne différer en rien de serviteurs.

    Pourtant si petits que nous soyons et si longue et dangereuse que soit la route qui nous reste à parcourir, qu’aurions-nous à craindre sous une si bonne garde ? … Les anges sont fidèles, ils sont sages, ils sont puissants ; qu’aurions-nous à craindre ? Suivons-les seulement, attachons-nous à eux, et nous demeurerons sous la protection du Dieu du ciel.

    Saint Bernard (1091-1153)

  • Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

    Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

    Le Christ laisse à accomplir par son Épouse, dans la suite des temps, une partie de la prière qu’il a récitée au moment d’offrir son sacrifice. Bien que cette prière soit d’une efficacité infinie, Notre-Seigneur veut que nous y unissions la nôtre. Un jour notre divin Sauveur considérant, de son regard divin, la multitude des âmes à racheter, disait à ses apôtres qu’il allait envoyer prêcher l’Évangile : « Priez le Maître de la moisson d’y envoyer des ouvriers » (Lc 10,2). Les apôtres auraient pu répondre : « Seigneur, pourquoi nous dites-vous de prier ? Votre prière ne suffit-elle pas ? » Non, elle ne suffit pas : « Priez » vous aussi. Le Christ Jésus veut avoir besoin de nos prières comme de celles de ses apôtres. (…)

    Pensons, aux instants où nous nous recueillons, que (…) du fond du tabernacle, le Christ va nous dire : « Prêtez-moi vos lèvres et vos cœurs pour que je puisse prolonger ma prière ici-bas pendant que là-haut j’offre mes mérites au Père. La prière d’abord : les ouvriers ne viendront qu’ensuite et leur œuvre ne sera féconde que dans la mesure où mon Père, attentif à votre prière qui est la mienne, fera descendre sur terre la rosée céleste de sa grâce ». (…)

    Au souvenir du sacrifice qui a racheté le monde entier, se sentant puissante de la puissance même du Sauveur, l’Église, de son regard de mère, parcourt les séries diverses des âmes qui ont besoin du secours d’en haut et offre pour chacune d’elles de spéciales supplications. Imitons cet exemple de notre mère et présentons-nous devant Dieu avec confiance, car à ce moment, nous sommes « la bouche de toute l’Église ».

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

  • « Je te suivrai partout où tu iras. »

    « Je te suivrai partout où tu iras. »

    De nombreux décrets interdisent d’entrer en Chine… Mais en dehors des périls de la prison et de la maltraitance, il en existe d’autres, bien plus grands, qui passent inaperçus pour les gens du pays…

    En premier lieu, la perte de l’espoir et de la confiance en Dieu, quand c’est pour son amour et son service que nous allons faire connaître sa Loi et Jésus Christ son Fils, notre Rédempteur et Seigneur, comme il le sait bien. Puisque, par sa sainte miséricorde, il nous a communiqué ces désirs, manquer maintenant de confiance en sa miséricorde et son pouvoir, vu les périls que nous pouvons courir pour son service, est un péril incomparablement supérieur aux maux que peuvent nous causer tous les ennemis de Dieu. Si cela importe à son plus grand service, Dieu nous gardera de tous les périls de cette vie… C’est pourquoi, nous avons pour sécurité la parole du Seigneur : « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra, et celui qui la perdra pour Dieu la trouvera » (Jn 12,25). Et cette autre, semblable : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas apte au Royaume de Dieu ».

    Pour nous, considérant ces périls de l’âme, très supérieurs à ceux du corps, nous trouvons plus sûr et plus certain d’affronter les périls corporels… Ainsi, de quelque manière que ce soit, nous sommes déterminés à aller en Chine.

    Saint François Xavier (1506-1552)

  • Fête des saints Michel, Gabriel et Raphaël, archanges

    Fête des saints Michel, Gabriel et Raphaël, archanges

    Grand, puissant en ses dons, admirable ; tel est le Saint-Esprit. (…) Tu as vu sa puissance étendue, étendue au monde entier. Ne reste plus désormais sur terre, mais élève-toi vers le ciel. Monte par la pensée au premier ciel et là, vois les innombrables myriades d’anges. Efforce-toi de te hausser par tes réflexions, si tu peux, plus haut encore. Vois aussi les archanges, vois aussi les esprits ; vois les Vertus, vois les Dominations. De tous ces esprits, le chef, de la part de Dieu, le Maître et le sanctificateur, c’est le Paraclet.

    Élie, Élisée, Isaïe, chez les hommes, ont besoin de lui ; Michel et Gabriel, chez les anges, ont besoin de lui. Il n’y a aucune créature qui l’égale en honneur ; car les diverses catégories d’anges et toutes leurs armées rassemblées ne soutiennent pas la comparaison avec le Saint-Esprit ; la puissance toute bonne du Paraclet éclipse tous ces êtres. Eux sont envoyés pour un ministère, lui scrute même les profondeurs de Dieu, comme dit l’Apôtre, « car l’Esprit scrute toutes choses, même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2,10). Qui des hommes en effet connaît ce qui concerne l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi également personne ne connaît ce qui concerne Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • « Celui entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est grand. »

    « Celui entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est grand. »

    « Venez, dit le Christ à ses disciples, et apprenez de moi », non pas certes à chasser les démons par la puissance du ciel, ni à guérir les lépreux, ni à rendre la lumière aux aveugles, ni à ressusciter les morts…; mais, dit-il, « Apprenez de moi ceci : que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29). Voilà, en effet, ce qu’il est possible à tous d’apprendre et de pratiquer. Mais de faire des signes et des miracles, cela n’est pas toujours nécessaire, ni avantageux à tous, et n’est pas accordé non plus à tous.

    C’est donc l’humilité qui est la maîtresse de toutes les vertus, le fondement inébranlable de l’édifice céleste, le don propre et magnifique du Sauveur. Celui qui la possède pourra faire, sans péril d’élèvement, tous les miracles que le Christ a opérés, parce qu’il cherche à imiter le doux Seigneur, non dans la sublimité de ses prodiges, mais dans la vertu de patience et d’humilité. Par contre, pour celui qui est impatient de commander aux esprits immondes, de rendre la santé aux malades, de montrer aux foules quelque signe merveilleux, il peut bien invoquer le nom du Christ au milieu de toute son ostentation ; mais il est étranger au Christ, parce que son âme orgueilleuse ne suit pas le maître de l’humilité.

    Sur le point de retourner à son Père, voici le legs que le Seigneur a fait à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » ; et il ajoute aussitôt : « C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,34-35). Il est bien certain qu’à moins d’être doux et humble, on n’observera pas cet amour.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

  • L’obéissance, base de toutes les œuvres divines !

    L’obéissance, base de toutes les œuvres divines !

    [Sainte Hildegarde présente une vision où vice et vertu se répondent :]

    – Désobéissance : « Pourquoi respecter les préceptes des autres ? En faisant cela, nous méconnaissons ce que nous sommes. Nous sommes des philosophes crédibles et nous en savons plus que les autres. Comment ne ferions-nous pas ce que nous savons ? Ce que je décide en moi-même, je sais combien c’est juste, utile et secourable… ce que je vois, ce que je touche et que je comprends dans ma tête, c’est cela que je dois faire. »

    – Obéissance : « Moi qui obéis, je suis reliée à lui : quand Dieu, par son Verbe, a tout fait, qu’il a dit : Fiat, j’étais l’œil de la création et sur l’ordre de Dieu, j’ai veillé. Ainsi tout a été créé. Mais quand le premier ange a commencé à vivre, il s’est rapidement opposé à Dieu, et j’ai dit que ses œuvres ne vivraient pas, puisqu’il a voulu être différent ; il a même essayé de m’attaquer et de me mordre, mais il n’a pas eu le dessus. Je suis à la base de tous les œuvres divines, comme l’âme pour le corps. Comme la volonté de l’homme accomplit ce qu’il désire, moi je suis la volonté de Dieu, achevant tout ce que Dieu entreprend… Je ne touche, je ne veux, je ne désire rien qui ne soit en Dieu… Toi, tu ressembles aux feuilles mortes, tu seras balayée comme elles… »

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • Recevoir et annoncer la Passion de notre Rédempteur

    Recevoir et annoncer la Passion de notre Rédempteur

    C’est bien sans la moindre iniquité de sa main qu’a souffert « celui qui n’a pas commis de faute et sur les lèvres de qui ne s’est pas trouvé de fourberie » (1P 2,22) ; et pourtant il a supporté la souffrance de la croix pour notre rédemption. Lui seul, le seul au monde, il a fait monter des prières pures vers Dieu, puisque dans la souffrance même de sa passion, il a prié pour ses persécuteurs en disant : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Lc 23,34) Que peut-on dire, que peut-on imaginer de plus pur dans la prière que d’accorder la miséricorde de son intercession aux responsables mêmes de la souffrance que l’on supporte ? (…)

    « Terre, ne couvre pas mon sang, et qu’en toi mon cri ne trouve pas un seul lieu où il serait caché » (Jb 16,19 Vg). (…) Cette terre, nous le savons, ne cache pas le sang de notre rédempteur, puisque, en recevant le prix de sa rédemption, chaque pécheur le confesse et le chante et s’évertue à le faire connaître à son prochain. Et le la terre n’a pas couvert son sang, puisque la sainte Église a déjà prêché le mystère de sa Rédemption dans toutes les parties du monde. (…)

    Si nous voulons donc que le sacrement de la passion du Seigneur ne soit pas en nous sans rien nous apporter, nous avons le devoir d’imiter ce que nous recevons et d’annoncer aux autres ce que nous vénérons. Son cri, en effet, trouve en nous un lieu où il demeure caché si notre langue tait ce que notre âme a cru. Mais pour qu’en nous son cri ne demeure pas caché, il reste que chacun, dans toute la mesure de ses moyens, doit faire connaître à ceux qui l’entourent le mystère de sa régénération.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)