Auteur/autrice : fred

  • « Cherchez d’abord le royaume de Dieu ! »

    « Cherchez d’abord le royaume de Dieu ! »

    Avec harmonie, l’amour donne à toute chose sa juste mesure… Pour le véritable amour, tout entier divin, il existe un bien plus précieux, plus désirable que tout. Tous ceux qui le cherchent, il les attire, les rassemble autour de lui. Dans sa justice, il apprécie les mérites des désirs célestes, ceux des plaintes spirituelles, dont l’inspiration est divine, tout autant que les œuvres de celui qui se fortifie dans l’amour de Dieu. Ceci est évident pour ceux qui aiment Dieu d’un amour parfait : « Moi, Dieu, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon sa conduite, selon le fruit de ses œuvres. » (Jr 17,10)

    Les vrais amants de Dieu ne doivent chercher personne d’autre que lui, sous de faux prétextes. Ils refusent toute insinuation de leur concupiscence qui les porterait vers un autre objet. Hélas, bien souvent, l’homme recherche et réalise ses propres volontés, comme l’a montré la tentation d’Adam. Pourtant, il ne peut servir à la fois Dieu et le diable, puisque le diable déteste ce que Dieu aime, et réciproquement. Ainsi en va-t-il de l’homme : la chair se réjouit dans les péchés alors que l’âme est altérée de justice, c’est pourquoi la lutte qui les oppose est violente. L’œuvre de l’homme, en ce combat, s’épuise, car le serviteur est contraint de servir son maître. Soit la chair soumet l’âme pour le péché, soit l’âme subjugue la chair et accomplit le bien.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • « Si vous ne vous convertissez pas… »

    « Si vous ne vous convertissez pas… »

    Efforçons-nous d’être trouvés associés à la résurrection du Christ et de passer de la mort à la vie tandis que nous sommes encore en ce corps. Car, pour tout homme, passer par une conversion, de quelque nature qu’elle soit, passer d’un état à un autre, signifie la fin de quelque chose — n’être plus ce qu’on était — et le commencement d’une autre — être ce qu’on n’était pas. Mais il est important de savoir pour qui on meurt et pour qui on vit, car il y a une mort qui fait vivre et une vie qui fait mourir.

    Et c’est justement dans ce monde éphémère que l’on recherche l’une et l’autre ; c’est de la qualité de nos actions ici-bas que dépendra la différence des rétributions éternelles. Mourons donc au diable et vivons pour Dieu ; mourons au péché pour ressusciter à la justice ; que disparaisse l’être ancien pour que se lève l’être nouveau. Puisque, selon la parole de la Vérité, « Personne ne peut servir deux maîtres » (Mt 6,24), prenons pour maître non celui qui fait trébucher ceux qui sont debout pour les mener à la ruine, mais celui qui relève ceux qui sont tombés pour les conduire à la gloire.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

  • « Le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? »

    « Le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? »

    Comment se peut-il qu’étant continuellement avertis que tout ce qui se passe dans le monde n’est qu’une ombre, qu’une figure, que mystère de foi, nous nous conduisions toujours humainement et par le sens naturel des choses, qui n’est qu’énigme ? Nous donnons toujours dans le piège, comme des insensés, au lieu de lever les yeux et de remonter au principe, à la source, à l’origine des choses où tout est surnaturel, divin, sanctifiant, où tout est partie de la plénitude de Jésus Christ, où tout est pierre de la Jérusalem céleste (Ap 21,14s), où tout entre et fait entrer dans cet édifice merveilleux. (…)

    La foi est la lumière du temps (…) ; elle ôte le voile et découvre la vérité éternelle (cf 2Co 3,16). Quand une âme a reçu cette intelligence de la foi, Dieu lui parle par toutes les créatures ; l’univers est pour elle une écriture vivante que le doigt de Dieu trace incessamment devant ses yeux. L’histoire de tous les moments qui coulent est une histoire sainte ; les Livres saints que l’Esprit de Dieu a dictés ne sont pour elle que le commencement des divines instructions. Tout ce qui arrive et qui n’est point écrit est pour elle la suite de l’écriture. Ce qui est écrit est le commentaire de ce qui ne l’est pas. La foi juge de l’un par l’autre.

    Jean-Pierre de Caussade (1675-1751)

  • « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. » (Jn 14,27)

    « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. » (Jn 14,27)

    « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? » C’est comme si le Christ disait : « Ne pensez pas que je sois venu donner aux hommes la paix selon la chair et ce monde-ci, la paix sans aucune règle, qui les ferait vivre en bonne entente dans le mal et qui leur assurerait la prospérité sur cette terre. Non, je vous le dis, je ne suis pas venu apporter une paix de ce genre mais la division, une bonne et très salutaire séparation des esprits et même des corps. Ainsi, parce qu’ils aiment Dieu et recherchent la paix intérieure, ceux qui croient en moi se trouveront naturellement en désaccord avec les méchants ; ils se sépareront de ceux qui tentent de les détourner du progrès spirituel et de la pureté de l’amour divin, ou s’efforcent de leur créer des difficultés ».

    Donc, la paix spirituelle, la paix intérieure, la bonne paix, c’est la tranquillité de l’âme en Dieu, et la bonne entente selon l’ordre juste. Le Christ est venu apporter cette paix avant toutes choses… La paix intérieure a sa source dans l’amour. Elle consiste en une joie inaltérable de l’âme qui est en Dieu. On l’appelle la paix du cœur. Elle est le commencement et un certain avant-goût de la paix des saints qui sont dans la patrie, de la paix de l’éternité.

    Denys le Chartreux (1402-1471)

  • « Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. »

    « Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. »

    Seigneur très aimé, fais que je puisse te voir aujourd’hui et chaque jour dans la personne de tes malades et, en les soignant, te servir. Si tu te caches sous la figure déplaisante du coléreux, du mécontent, de l’arrogant, fais que je puisse encore te reconnaître et dire : « Jésus, toi mon patient, comme il est doux de te servir ». Seigneur, donne-moi cette foi qui voit clair, et jamais alors ma tâche ne sera monotone, toujours la joie jaillira quand je me prêterai aux caprices et répondrai aux désirs de tous les pauvres souffrants…

    Mon Dieu, puisque tu es Jésus mon patient, daigne aussi être pour moi un Jésus de patience, indulgent avec mes fautes et tenant compte de l’intention, car elle est de t’aimer et de te servir dans la personne de chacun de tes malades. Seigneur, augmente ma foi (Lc 17,5), bénis mes efforts et ma tâche, maintenant et à jamais.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

  • « Veillez, car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

    « Veillez, car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

    Ces mots signifient : vous devez être éveillés et vigilants, car vous ne savez pas le temps où le Seigneur viendra des noces… Car, dès qu’un sentiment d’orgueil, de complaisance en soi-même ou de volonté propre entre en l’homme, aussitôt l’Ennemi est là et lui coupe la bourse précieuse de toutes ses bonnes œuvres. Mes enfants ! Combien en verrez-vous de ces gens qui auront fait de grandes œuvres et auront ainsi acquis grand renom, mais la présomption les aura dépouillés de tout. On les rangera après les autres hommes, pauvres, simples, que personne n’apprécie en raison de leur extérieur et de leurs œuvres. Parce qu’ils s’abaissent avec humilité, ces derniers seront placés au-dessus des autres. Veillez donc avec une âme vigilante et, de vos yeux ouverts, vous verrez la vérité pure. (…)

    « Que vos reins soient ceints d’une tenue de service et vos lampes allumées. » Il y a ici trois points à noter. Premièrement : les reins doivent être ceints comme quelqu’un qu’on attache solidement avec une corde pour pouvoir le conduire contre sa volonté, ou encore comme un cheval bridé(…); ces reins sont les plaisirs des sens qu’on doit lier et refréner. (…) Deuxièmement : vous devez porter dans vos mains des lampes allumées, c’est-à-dire des œuvres d’amour. Vos mains ne doivent jamais cesser de faire l’œuvre de la charité vraie et brûlante. (…) Troisièmement : vous devez attendre le Seigneur quand il reviendra des noces : « Le Seigneur les établira sur tous ses biens ; il se ceindra et les servira. » Ces noces, d’où le Seigneur vient, ont lieu au plus intime de l’âme, dans son fond, là où se trouve la noble image. Quel contact intime l’âme a avec Dieu dans ce fond et Dieu avec elle, et quelle œuvre merveilleuse Dieu fait là ! Quelle jouissance et quelle joie il y trouve ! Cela dépasse tout sentiment et toute intelligence, et pourtant l’homme n’en sait rien et n’en éprouve rien.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)

  • « Les biens de Dieu me contentent car je mets ma confiance en lui. »

    « Les biens de Dieu me contentent car je mets ma confiance en lui. »

    [Sainte Hildegarde présente une vision où vice et vertu se répondent :]

    – Avarice : « Je ne suis pas bête… je m’empare de tout, je rassemble tout en moi et plus je rassemble, plus je possède. Il vaut mieux pour moi posséder tout ce qui m’est nécessaire que de supplier les autres. Ce n’est pas une faute que de s’emparer de ce qui a été accumulé par celui qui a plus que le nécessaire. Quand j’aurai tout que je veux, je n’aurai plus le souci de demander quoi que ce soit à autrui. Et quand je verrai en ma possession tout ce que j’ai voulu, je serai comblé de tout ce que j’aime. Alors je ne craindrai personne et je vivrai heureuse, je n’aurai pas besoin de demander l’aumône. Car dans ma dureté, j’ai un savoir astucieux : je réclame tout pour moi et nul ne peut me tromper. Que risquerai-je alors face aux menaces ? Nul ne pourra me nuire. Je ne suis ni voleur ni brigand, mais je prends tout ce que je veux grâce à mon habileté. »

    – Pur contentement : « Ruse de l’ennemi ! Rapide comme un loup pour le pillage, tu dévores comme un vautour ! Tu vis dans la dureté et en toutes chose tu oublies Dieu parce que tu n’as pas confiance en lui. Tu es dure, rude et sans pitié, tu ne veux pas le succès d’autrui. Tu tires ta substance de ce qui appartient aux autres, car rien ne te suffit. Moi, au contraire, tous les biens de Dieu me contentent, je me réjouis car je mets ma confiance en lui. J’embrasse le soleil, car il fait ma joie, la lune, car je l’aime, et ce qu’ils font pousser me suffit, pourquoi désirerai-je plus que ce qu’il me faut ? J’éprouve de la pitié pour tous, je suis doux et utile à tous. Je participe au festin du roi, car je suis fils de roi. »

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • « De qui est cette image ? » : en se faisant homme, Dieu restaure en nous l’image de la Trinité

    « De qui est cette image ? » : en se faisant homme, Dieu restaure en nous l’image de la Trinité

    Éternel Amour…, je te le demande en grâce, fais miséricorde à ton peuple, au nom de la charité éternelle qui t’a poussé à créer l’homme à ton image et à ta ressemblance (Gn 1,26)… Tu n’as fait cela, Trinité éternelle, que parce que tu voulais faire participer l’homme à tout toi-même. C’est pourquoi tu lui as donné la mémoire, afin qu’il se souvienne de tes bienfaits et qu’il participe ainsi à ta puissance, Père éternel. C’est pourquoi tu lui as donné l’intelligence pour qu’il puisse comprendre ta bonté et qu’il participe ainsi à la sagesse de ton Fils unique. C’est pourquoi tu lui as donné la volonté, afin qu’il puisse aimer ce qu’il voit et connaît de ta vérité, et qu’il participe ainsi à l’amour de ton Esprit Saint. Qui t’a poussé à donner une si grande dignité à l’homme ? L’amour inépuisable avec lequel tu as regardé en toi-même ta créature…

    [Mais] à cause du péché, elle a perdu cette dignité… Toi alors, poussé par ce même feu avec lequel tu nous avais créés…, tu nous as donné le Verbe, ton Fils unique… Il a accompli ta volonté, Père éternel, quand tu l’as revêtu de notre humanité, à l’image et ressemblance de notre nature. Ô abîme de charité ! Quel est le cœur qui peut se défendre de ne pas céder à ton amour en voyant le Très-Haut rejoindre la bassesse de notre humanité ? Nous sommes ton image et toi, tu es la nôtre, par cette union que tu as consommée dans l’homme en voilant ta divinité de l’argile d’Adam (Gn 2,7)… Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ? L’amour ! Toi, Dieu, tu t’es fait homme, et l’homme est devenu Dieu. Par cet amour indicible, je t’en prie, fais miséricorde à tes créatures.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée. » (Rm 8,18)

    « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée. » (Rm 8,18)

    Armez-vous de cette patience qui opère tant de merveilles dans les saints. (…) Réfléchissons, et nous verrons que nos souffrances de cette vie sont sans proportion avec la grandeur des souffrances du Christ, avec la gravité de nos péchés, l’horreur des tourments de l’enfer et avec la récompense céleste. Aussi nos Pères se réjouissaient pour les jours d’humiliation et les années d’épreuves que le Seigneur leur ménageait. (…) La patience est un diamant : par elle l’âme résiste à toute adversité ; un remède : elle guérit toute blessure ; un bouclier : elle protège contre toute attaque. Jamais personne ne pourra nous atteindre si nous avons commencé à livrer intérieurement combat contre nous-mêmes. (…)

    Dans la construction d’un édifice on frappe, on taille et on sculpte la pierre destinée à une place d’honneur. Ainsi en est-il de nous-mêmes : nous sommes pressurés en ce monde afin d’entrer dans le temple céleste, où l’on n’entend plus résonner aucun coup de marteau. La joie ne doit venir qu’après la tristesse rendue nécessaire pour le paiement de nos fautes passées, pour notre perfection spirituelle et l’accroissement de notre gloire éternelle. Ô labeur fécond, ô précieuse douleur, ô bienheureuses larmes que le Tout-Puissant lui-même essuiera des yeux de ses élus éprouvés ! Jésus a dit que le Royaume des cieux est particulièrement l’apanage de ceux qui souffrent persécution pour la justice (Mt 5,10).

    Bienheureux Humbert de Romans (v.1200-1277)

  • « Même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte. »

    « Même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte. »

    Notre très aimable Sauveur nous assure en divers lieux de ses saintes Écritures, qu’il est dans un soin et dans une vigilance continuelle au regard de nous ; qu’il nous porte et qu’il nous portera toujours lui-même dans son sein, dans son cœur et dans ses entrailles…

    Prenons bien garde à ne nous appuyer point, ni sur le pouvoir ou la faveur de nos amis, ni sur nos biens, ni sur notre esprit, ni sur notre science, ni sur nos forces, ni sur nos bons désirs et résolutions, ni sur nos prières, ni même sur la confiance que nous sentons avoir en Dieu, ni sur les moyens humains, ni sur aucune chose créée, mais sur la seule miséricorde de Dieu. Ce n’est pas qu’il ne faille employer les choses susdites, et apporter de notre côté tout ce que nous pouvons pour vaincre le vice, pour nous exercer en la vertu et pour conduire et accomplir les affaires que Dieu nous a mises en main, et nous acquitter des obligations qui sont attachées à notre condition. Mais nous devons renoncer à tout l’appui et à toute la confiance que nous pourrions avoir sur ces choses-là, et nous appuyer sur la pure bonté de notre Seigneur. De sorte que nous devons prendre autant de soin et travailler de notre côté, comme si nous n’attendions rien de la part de Dieu : et néanmoins nous ne devons non plus nous appuyer sur notre soin et travail, que si nous ne faisions rien du tout, mais attendre tout de la seule miséricorde de Dieu.

    Saint Jean Eudes (1601-1680)