Auteur/autrice : fred

  • Prier dans l’Esprit par des gémissements ineffables

    Prier dans l’Esprit par des gémissements ineffables

    Celui qui demande à Dieu la seule chose qui importe et la recherche (cf. Ps 26,4), peut le faire avec certitude et confiance. (…) Ce bien unique est la paix qui surpasse tout entendement, nous ne savons pas le demander comme il faut dans nos prières. Car ce que nous pouvons imaginer dans sa réalité, nous ne le connaissons pas véritablement ; et d’autre part, tout ce qui nous vient à la pensée et que nous rejetons, refusons et réprouvons, nous savons que ce n’est pas l’objet de notre recherche, même si nous ignorons encore ce que représente réellement cet objet.

    Il y a donc en nous ce que j’appellerais une docte ignorance, instruite par l’Esprit de Dieu qui soutient notre faiblesse. Car, après avoir dit : « Si nous ne voyons pas ce que nous espérons, nous l’attendons avec patience », l’Apôtre ajoute : « Nous ne savons pas ce que nous devons demander, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements ineffables. Et celui qui scrute les cœurs connaît l’aspiration de l’Esprit : il sait qu’il intercède pour les saints » (cf. Rm 8,25-27).

    Ceci ne doit pas s’entendre de façon à nous faire croire que l’Esprit Saint de Dieu, qui est Dieu immuable en la Trinité et un seul Dieu avec le Père et le Fils, intercède pour les saints comme quelqu’un qui n’est pas Dieu. On dit qu’il prie pour les saints parce qu’il fait prier les saints. Il les fait donc prier par des gémissements ineffables en leur inspirant le désir de ce grand bien encore inconnu que nous attendons avec patience.

    Saint Augustin (354-430)

  • « Maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai…, et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. »

    « Maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai…, et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. »

    « Vous êtes devenus les imitateurs du divin Maître », dit Paul. Comment cela ? « En recevant la parole au milieu des épreuves, dans la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6). Ce n’est pas seulement dans l’épreuve, c’est au milieu des épreuves, parmi des souffrances sans nombre. Vous pouvez le constater dans les Actes des Apôtres. On y voit de quelle façon la persécution a été excitée contre eux, comment leurs ennemis les ont dénoncés aux magistrats et ont soulevé la ville. Ils étaient dans l’épreuve, et on ne peut pas dire qu’ils sont restés fidèles avec peine, en gémissant ; non, ils l’étaient avec une grande joie. Les apôtres leur avaient donné l’exemple : « Se réjouissant d’avoir été jugés dignes de subir les affronts pour le nom du Christ » (Ac 5,41).       

    Voilà ce qu’il y a de vraiment admirable ! C’est déjà beaucoup de souffrir l’épreuve avec patience ; mais s’en réjouir, c’est se montrer supérieur à la nature humaine et n’avoir plus, pour ainsi dire, qu’un corps impassible. Mais comment ont-ils été les imitateurs du Christ ? En ce que lui-même a souffert sans pousser une plainte, avec joie ; car c’est de sa propre volonté qu’il se trouvait en de pareilles épreuves. C’est pour nous qu’il s’est anéanti, allant au devant des crachats, des soufflets, de la croix même ; et il s’en réjouissait tellement qu’il appelait cela sa gloire : « Père, disait-il, glorifie-moi » (Jn 17,5).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

  • Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

    Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

    À l’achèvement des quarante jours
    Après la résurrection de la Sainte Pâques,
    Tu as fait monter sur le Mont des Oliviers
    Le Groupe que Tu as choisi : les Onze.

    Et la promesse du Père, l’Esprit,
    Tu promettais de la leur accorder,
    Et, en les bénissant, Seigneur,
    Tu T’es élevé auprès du Père dans le ciel.

    Et notre nature humaine,
    Que le Mauvais avait rendu infernale,
    Tu l’as élevée au-dessus
    De la nature des êtres de feu.

    Tu T’es assis à la droite de Celui qui T’a engendré,
    Conformément au Prophète qui l’avait prédit ;
    Tu as été adoré par les armées des Anges
    Avec le Père et avec l’Esprit.

    Et moi qui suis inerte pour le bien,
    Emmène-moi avec Toi dans le ciel ;
    Mes membres pourris, terrestres,
    Joins-les de nouveau à ta Tête.

    Bien que je sois le dernier en tout
    Comme la plante des pieds,
    Cependant parmi les saints membres
    Que je sois compté avec la multitude !

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

  • Le Christ nous a donné l’Esprit Saint

    Le Christ nous a donné l’Esprit Saint

    Courage, mes Frères, ne nous laissons abattre ni par le péché commis, ni par aucune illusion, aucune tentation du démon. La route a beau être rude et fangeuse, le Christ, notre médecin, nous a donné un remède pour toutes nos infirmités, un baptême de sang et de feu, dans lequel l’âme purifie et lave tous ses péchés, consume et détruit toutes les tentations et les illusions du démon. (…)

    L’homme, tant qu’il vit dans la prison corruptible de son corps, éprouve une loi perverse, qui l’invite et le sollicite toujours au péché, la douce bonté de Dieu lui a donné un remède continuel, qui fortifie sa raison et sa liberté. Ce remède continuel est le feu du Saint-Esprit, qui ne s’éteint jamais, et répand toujours sa grâce et ses bienfaits, tellement que chaque jour nous pouvons nous appliquer ce doux baptême, qui nous est donné par grâce et non par mérite.

    Ainsi donc, quand l’âme regarde et voit en elle ce trésor et ce feu de l’Esprit Saint, elle s’enivre tellement de l’amour de son Créateur, qu’elle se renonce entièrement. (…) Elle voit et considère seulement son néant et la bonté de Dieu à son égard ; elle voit que cette Bonté infinie ne veut autre chose que son bien, et alors son amour devient parfait envers Dieu. Elle n’a pas d’autre pensée, d’autre affection, et elle ne peut retenir l’élan de son désir ; mais elle court sans fardeau et sans lien, car elle s’est délivrée de tous les obstacles qui pouvaient l’arrêter.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »

    « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »

    Quand le Seigneur donnait à ses disciples le pouvoir de faire renaître les hommes en Dieu, il leur disait : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit » (Mt 28,19). En effet, il avait promis par les prophètes de répandre cet Esprit dans les derniers temps sur ses serviteurs et ses servantes, afin qu’ils prophétisent (Jl 3,1)… Ainsi notre Seigneur a promis à la Samaritaine « une eau vive », « afin qu’elle n’ait plus jamais soif », et qu’elle ne soit plus astreinte à boire une eau puisée péniblement mais qu’elle ait en elle-même une eau « jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4,10-14). Il s’agit de pouvoir boire ce que le Seigneur a reçu lui-même du Père, et qu’il donne à son tour à ceux qui demeurent en lui, en envoyant l’Esprit Saint sur la terre entière…       

    Gédéon avait prophétisé que sur toute la terre se répandrait la rosée, qui est l’Esprit de Dieu (Jg 6,36-40). C’est précisément cet Esprit qui était descendu sur le Seigneur : « Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science et de piété, Esprit de crainte de Dieu » (Is 11,2-3). A son tour, le Seigneur a donné cet Esprit à l’Église, en envoyant des cieux le Défenseur sur toute la terre –- là où « Satan avait été précipité comme l’éclair », selon la parole du Seigneur (Lc 10,18). C’est pourquoi cette rosée de Dieu  nous est nécessaire pour que nous ne soyons pas consumés et rendus stériles et pour que là où nous avons un Accusateur (Ap 12,10), nous ayons aussi un Défenseur.       

    Car le Seigneur a confié à l’Esprit Saint l’homme, son propre bien, qui était tombé entre les mains des bandits (Lc 10,30). Le Seigneur a « été saisi de pitié, il a pansé ses plaies » ; il a donné « deux pièces d’argent » (v. 35) à l’effigie du roi pour que, après avoir reçu par l’Esprit « l’effigie et l’inscription » (Lc 20,23) du Père et du Fils, nous fassions fructifier cette pièce d’argent qui nous a été confiée et la rendions au Seigneur multipliée (cf Mt 25,14s).

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

  • « Vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. »

    « Vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. »

    « Moi, [dit Dieu] je suis éloigné de toutes les créatures, mais quand je suis devenu créature, moi le Créateur de tout, par la chair, je me suis contenté de devenir semblable aux hommes, assumant une âme et une intelligence semblable aux leurs ; mais je ne les ai pas tous, du même coup, à ce moment, rendus dieux, eux les hommes : c’est moi qui suis devenu homme, de mon côté, et c’est par la foi, par l’observation de mes commandements, ainsi que par le baptême, dans la divine communion à mes redoutables mystères, qu’à tous j’accorde la vie. Et quand je dis : la vie, je désigne mon Esprit divin.

    Toutefois qu’ils sachent cela, comme l’a dit Paul : ceux qui possèdent mon Esprit dans leur cœur, ils le possèdent qui brille et qui crie vers mon Père, et par eux il me dit : Oh, abba ! mon Père ! Car ils sont devenus enfants de Dieu, et, avec confiance ils me reconnaissent, me regardent et m’appellent Père (cf. Rm 8,15-16 ; Gal 4, 6), et Lui, dit à chacun de ceux qui le possèdent actuellement en eux-mêmes, en toute vérité : Ne craignez pas, mes enfants ! c’est moi ! Vous le voyez, je suis au-dedans de vous, avec vous, et, de la corruption et de la mort, une fois pour toutes, je vous libère et vous fait voir de qui je vous ai fait devenir, vous, oui, les enfants et les amis ! Réjouissez-vous dans le Seigneur ! » (…)

    ‒ Tout cela est digne de foi, ô mon Christ, digne d’amour. À ceux que tu as connu d’avance, bien connus, ceux à qui tu as donné de devenir conformes à ton image dans l’Esprit divin, tout cela est à leur portée, parce qu’ils ont été appelés par toi-même à la joie ineffable pour les siècles.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

  • « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. »

    « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. »

    Si, en passant de l’incroyance à la foi, nous sommes « passés de la mort à la vie » (Jn 5,24), ne soyons pas étonnés que le monde nous hait. Car tous ceux qui ne sont pas passés de la mort à la vie, mais qui demeurent dans la mort, ne peuvent pas aimer ceux qui sont passés de la demeure ténébreuse de la mort (…) aux « édifices faits de pierres vivantes » (1P 2,5) où règne la lumière de la vie. (…)     

    Pour nous chrétiens voici venu le temps de nous glorifier, car il est dit : « Nous nous glorifions dans nos épreuves, car nous savons que l’épreuve produit la persévérance, la persévérance produit la valeur éprouvée, la valeur éprouvée produit l’espérance, et l’espérance ne trompe pas. Que seulement l’amour de Dieu soit répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5,3-5). (…)     

    « De même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même, par le Christ, nous sommes largement consolés » (2Co 1,5). Accueillons donc avec une grande ferveur les souffrances du Christ ; qu’elles nous soient largement accordées, si nous voulons être largement consolés, puisque tous « ceux qui pleurent seront consolés » (Mt 5,5). (…) Ceux qui participent aux souffrances participeront aussi à la consolation en proportion des souffrances qui les font participer au Christ. Apprenez-le de l’apôtre qui a dit avec confiance : « Nous le savons : puisque vous connaissez comme nous la souffrance, vous obtiendrez comme nous la consolation » (2Co 1,7).

    Origène (v. 185-253)

  • « Je vous appelle mes amis… » (Jn 15, 15)

    « Je vous appelle mes amis… » (Jn 15, 15)

    Parmi les valeurs humaines, il n’est rien de plus saint à désirer, rien de plus utile à rechercher, rien de plus difficile à trouver, rien de plus doux à expérimenter, rien de plus fructueux à posséder que l’amitié. Elle donne son fruit dans la vie présente, celle d’aujourd’hui, comme dans la vie future ; sa douceur assaisonne toutes les vertus ; sa force pourfend les vices ; elle tempère l’adversité et modère la prospérité. (…)

    Quelle joie, quelle sécurité, quel charme d’avoir quelqu’un avec qui parler sans crainte, comme à soi-même ; à qui se confesser sans peur si l’on a fauté ; à qui révéler sans rougir ses progrès spirituels, à qui confier tous les secrets de son cœur, et découvrir ses desseins ! (…)

    Il n’y a pas de remède plus énergétique, plus efficace, plus excellent pour nos blessures, en tout ce qui nous arrive ici-bas, que d’avoir quelqu’un qui vienne compatir à toutes nos déconvenues et accoure nous congratuler dans nos réussites : deux amis, comme dit l’Apôtre (cf. Ga 6,2), s’épaulent l’un l’autre, portent leurs fardeaux mutuellement ou mieux, chacun trouve le sien plus léger que celui de son ami. (…)

    L’amitié est un proche degré vers la perfection qui consiste en l’amour et la connaissance de Dieu : un homme, dès qu’il est l’ami d’un autre homme, devient l’ami de Dieu, selon cette parole du Sauveur dans l’Évangile : Voici que « je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis » (Jn 15,15).

    Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

  • « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète. »

    « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète. »

    Je t’en prie, mon Dieu, fais que je te connaisse, fais que je t’aime pour que ma joie soit en toi. Et si ce n’est pas pleinement possible en cette vie, fais du moins que j’y progresse tous les jours, jusqu’à parvenir à la plénitude. Qu’en cette vie ta connaissance grandisse en moi, et qu’elle soit achevée au dernier jour ; que grandisse en moi ton amour et qu’il soit parfait dans la vie à venir, pour que ma joie, déjà grande ici-bas en espérance, soit alors achevée dans la réalité.

    Seigneur Dieu, par ton Fils tu nous as donné l’ordre, ou mieux, le conseil, de demander ; et tu as promis que nous serions exaucés, afin que notre joie soit parfaite (Jn 16,24). Je te fais, Seigneur, la prière que tu nous suggères par celui qui est notre « Conseiller admirable » (Is 9,5). Puissé-je recevoir ce que tu as promis par celui qui est ta Vérité, pour que ma joie soit parfaite. Dieu vrai, je te fais cette prière ; exauce-moi pour que ma joie soit parfaite.

    Que désormais ce soit la méditation de mon esprit et la parole de mes lèvres. Que ce soit l’amour de mon cœur et le discours de ma bouche, que ce soit la faim de mon âme, la soif de ma chair et le désir de tout mon être, jusqu’à ce que j’entre dans la joie du Seigneur (Mt 25,21), Dieu unique en trois Personnes, béni pour les siècles. Amen.

    Saint Anselme (1033-1109)