Auteur/autrice : fred

  • « Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

    « Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

    Ô Créateur, tu connais le cœur de l’homme,

    Entends nos larmes et le cri de notre prière.

    En ce saint jeûne du Carême,

    Conduis-nous au désert, purifie-nous.

    Dans ta tendresse, Seigneur, tu scrutes nos cœurs,

    Tu connais l’infirmité de toutes nos forces,

    Donne à celui qui revient vers toi

    Le pardon et la grâce de ton amour.

    Oui, nous avons péché contre toi :

    Pardonne à ceux qui pleurent et confessent ton Nom.

    Pour la louange de ta gloire,

    Penche-toi sur nos plaies, Seigneur, guéris-nous (cf Lc 10,34).

    Que l’abstinence libère notre corps,

    Que ta grâce l’illumine en ton corps de lumière.

    Que notre esprit redevienne sobre,

    Qu’il évite tout mal et tout péché.

    Nous te prions, bienheureuse Trinité,

    Conduis-nous jusqu’aux joies des fêtes pascales.

    Et nous verrons se lever le Christ,

    Glorieux et vivant parmi les morts. Amen.

    Liturgie latine

  • « Alors ils jeûneront. »

    « Alors ils jeûneront. »

    Pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils pas leur Tête ? (Col 1,18). Si nous avons reçu les biens de cette Tête, n’en supporterions-nous pas les maux ? Voulons-nous rejeter sa tristesse et communier à ses joies ? S’il en est ainsi, nous nous montrons indignes de faire corps avec cette Tête. Car tout ce qu’il a souffert, c’est pour nous. Si nous répugnons à collaborer à l’œuvre de notre salut, en quoi nous montrerons-nous ses aides ? Jeûner avec le Christ est peu de chose pour celui qui doit s’asseoir avec lui à la table du Père. Heureux le membre qui aura adhéré en tout à cette Tête et l’aura suivie partout où elle ira (Ap 14,4). Autrement, s’il venait à en être coupé et séparé, il sera forcément privé aussitôt du souffle de vie…

    Pour moi, adhérer complètement à toi est un bien, ô Tête glorieuse et bénie dans les siècles, sur laquelle les anges aussi se penchent avec convoitise (1P 1,12). Je te suivrai partout où tu iras. Si tu passes par le feu, je ne me séparerai pas de toi, et ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi (Ps 22,4). Tu portes mes douleurs et tu souffres pour moi. Toi, le premier, tu es passé par l’étroit passage de la souffrance pour offrir une large entrée aux membres qui te suivent. Qui nous séparera de l’amour du Christ ? (Rm 8,35)… Cet amour est le parfum qui descend de la Tête sur la barbe, qui descend aussi sur l’encolure du vêtement, pour en oindre jusqu’au plus petit fil (Ps 132,2). Dans la Tête se trouve la plénitude des grâces, et d’elle nous la recevons tous. Dans la Tête est toute la miséricorde, dans la Tête le débordement des parfums spirituels, comme il est écrit : « Dieu t’a oint d’une huile de joie » (Ps 44,8)…

    Et nous, qu’est-ce que l’évangile nous demande en ce début du carême ? « Toi, dit-il, quand tu jeûnes, oins de parfum ta tête » (Mt 6,17). Admirable condescendance ! L’Esprit du Seigneur est sur lui, il en a été oint (Lc 4,18), et pourtant, pour évangéliser les pauvres, il leur dit : « Oins de parfum ta tête ».

    Saint Bernard (1091-1153)

  • « Celui qui veut marcher derrière moi … qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. »

    « Celui qui veut marcher derrière moi … qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. »

    Elle paraît dure à beaucoup, cette parole : Renonce à toi-même, prends ta croix et suis Jésus . (…) Pourquoi crains-tu de prendre la croix par laquelle on va au Royaume ? Dans la croix se trouvent le salut, la vie, la protection contre l’ennemi, la rosée de la douceur céleste, la force de l’âme, la joie de l’esprit, la somme de la vertu, la perfection de la sainteté. Il n’y a ni salut pour l’âme, ni espoir de vie éternelle, si ce n’est dans la croix. Prends donc ta croix et suis Jésus ; ainsi tu iras vers la vie éternelle. (…) Si tu meurs avec lui, tu vivras aussi avec lui. Si tu es son compagnon dans la peine, tu le seras aussi dans la gloire.

    C’est dans la croix que tout se tient. (…) Il n’y a pas d’autre voie vers la vie et la vraie paix intérieure. (…) Va où tu veux, cherche tout ce que tu voudras : tu ne trouveras pas de voie supérieure ni de chemin plus sûr que la voie de la sainte croix.

    Dispose tout selon ton vouloir et selon tes vues : il te sera impossible de ne pas trouver à chaque instant quelque chose à supporter, que tu le veuilles ou non ; et ainsi tu ne cesseras de rencontrer la croix. Ou bien tu sentiras la douleur physique, ou bien tu subiras des épreuves d’ordre spirituel. Tu te sentiras tantôt délaissé de Dieu, tantôt éprouvé par le prochain, ou, plus encore, tu seras une charge pour toi-même, sans qu’aucun remède ou aucune consolation puissent te délivrer ou te soulager. (…) Dieu veut que tu apprennes à soutenir l’épreuve pour te soumettre totalement à lui et devenir plus humble. (…) Tu dois garder toujours patience si tu veux avoir la paix intérieure et mériter la couronne éternelle.

    L’Imitation de Jésus Christ

  • Mercredi des Cendres

    Mercredi des Cendres

    Le carême marque le moment où il nous faut rentrer en nous-mêmes. C’est un temps d’intimité particulière avec Dieu dans le secret du cœur et de la conscience. C’est dans cette intimité intérieure avec Dieu que s’accomplit l’œuvre essentielle du carême : le travail de conversion.

    Et dans ce secret intérieur, dans cette intimité avec Dieu dans la pleine vérité du cœur et de la conscience, résonnent des mots comme ceux du psaume de la liturgie d’aujourd’hui, l’une des confessions les plus profondes que l’homme ait jamais faite devant Dieu : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, / dans ta grande miséricorde, efface mes torts. / Lave-moi tout entier de ma faute, / et de mon péché, purifie-moi. / Oui, je reconnais mes torts, / j’ai toujours mon péché devant moi, / Contre toi, et toi seul, j’ai péché, / ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 50,1-6).

    Ce sont des mots qui purifient, des mots qui transforment. Ils transforment l’homme de l’intérieur. Récitons-les souvent pendant le carême. Et surtout, essayons de renouveler cet esprit qui les anime, ce souffle intérieur qui a justement donné à ces mots une force de conversion. Car le carême est essentiellement une invitation à la conversion. Les œuvres de piété dont parle l’Évangile d’aujourd’hui ouvrent la route à cette conversion. Exerçons-les autant qu’il est possible. Mais en premier lieu, cherchons à rencontrer Dieu intérieurement dans toute notre vie, dans tout ce dont elle est faite, pour arriver à cette conversion en profondeur dont est plein le psaume pénitentiel de la liturgie d’aujourd’hui.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

  • « Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? »

    « Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? »

    Si nous percions le voile, et si nous étions vigilants et attentifs, Dieu se révélerait sans cesse à nous, et nous jouirions de son action en tout ce qui nous arrive. À chaque chose, nous dirions : « Dominus est, c’est le Seigneur ! » (Jn 21,7) Et nous trouverions dans toutes les circonstances que nous recevons un don de Dieu. (…) Si nous avions la foi, nous saurions bon gré à toutes les créatures ; nous les caresserions, et nous les remercierions intérieurement de ce qu’elles servent et se rendent si favorables à notre perfection, appliquée par la main de Dieu.

    La foi est la mère de la douceur, de la confiance, de la joie. (…) On ne peut avoir trop de confiance en la volonté de Dieu et trop s’y abandonner. Elle peut et veut toujours ce qui contribuera le plus à notre perfection, pourvu toutefois que nous laissions faire Dieu. La foi n’en doute pas. Plus les sens sont infidèles, révoltés, désespérés, incertains, plus la foi dit : « Cela est Dieu ! Tout va bien ! » (…) La foi passe au-delà de tout, et quelques efforts que les ombres fassent, elle les perce pour aller jusqu’à la vérité, elle l’embrasse toujours avec fermeté et ne s’en sépare jamais. (…)

    La foi est la lumière du temps. Elle seule atteint la vérité sans la voir, elle touche ce qu’elle ne sent point, elle voit tout ce monde comme s’il n’était point, voyant tout autre chose que ce qui est apparent. C’est la clef des trésors, la clef de l’abîme, la clef de la science de Dieu. (…) Quand une âme a reçu cette intelligence de la foi, Dieu lui parle par toutes les créatures. L’univers est pour elle une écriture vivante que le doigt de Dieu trace incessamment devant ses yeux.

    Jean-Pierre de Caussade (1675-1751)

  • « Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? »

    Père saint, Dieu tout-puissant, lorsque j’élève vers ton ciel la faible lumière de mes yeux, puis-je douter qu’il est ton ciel ? Quand je contemple la course des étoiles, leur retour dans le cycle de l’année, quand je vois les Pléiades, la Petite Ourse et l’Étoile du matin et que je considère comment chacune brille au poste qui lui est assigné, je comprends, ô Dieu, que tu es là, dans ces astres que je ne comprends pas. Lorsque je vois « les vagues superbes de la mer » (Ps 92,4), je ne saisis pas l’origine de ces eaux, je ne saisis même pas ce qui met en branle leurs flux et leurs reflux réguliers, et pourtant, je crois qu’il est une cause — impénétrable certes pour moi — à ces réalités que j’ignore, et là aussi je perçois ta présence.

    Si je tourne mon esprit vers la terre qui, par le dynamisme de forces cachées, décompose toutes les semences qu’elle a accueillies dans son sein, les fait lentement germer et les multiplie, puis leur donne de grandir, je ne trouve rien là que je puisse comprendre avec mon intelligence ; mais cette ignorance m’aide à te discerner, toi, puisque, si je ne connais pas la nature mise à mon service, cependant je te rencontre par le fait même qu’elle est là, pour mon usage.

    Si je me tourne vers moi, l’expérience me dit que je ne me connais pas moi-même et je t’admire d’autant plus que je suis pour moi un inconnu. En effet, même si je ne peux pas les comprendre, je fais l’expérience des mouvements de mon esprit qui juge, de ses opérations, de sa vie, et cette expérience, c’est à toi que je la dois, toi qui m’as donné en partage cette nature sensible qui fait ma joie, même si son origine est au-delà des prises de mon intelligence. Je ne me connais pas moi-même, mais en moi je te trouve et, en te trouvant, je t’adore.

    Saint Hilaire (v. 315-367)

  • Jésus Christ, parfait accomplissement de la loi

    Jésus Christ, parfait accomplissement de la loi

    C’est pourquoi après avoir dit : « Ne pensez pas que je sois venu détruire la loi » et donné plus de force à son affirmation en ajoutant : « je ne suis pas venu la détruire, mais l’accomplir, » non content de cela, Jésus insiste encore en ces termes : « Car je vous le dis en vérité, avant que le ciel et la terre passent, un seul iota, un seul trait ne passera point de la loi sans que tout s’accomplisse » (Mt 5,17-18).

    C’est la même chose que s’il eût dit : il est impossible que la loi ne soit accomplie. Il faut nécessairement qu’elle soit observée jusqu’au moindre iota. C’est ce que Jésus-Christ a fait, lui qui l’a parfaitement accomplie. Ce n’est pas sans raison qu’il fait allusion à la transformation du monde. C’est pour élever l’esprit des auditeurs et leur faire entendre que c’était avec justice qu’il voulait les faire entrer dans une voie plus parfaite, puisque toute la création était destinée à subir une transformation, et le genre humain appelé à une autre patrie et à une vie plus sublime. (…)

    Écoutez la suite : « Je vous dis que si votre justice ne surpasse pas celle des docteurs de la loi et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » (Mt 5, 20) (…) Ce n’était pas avoir une justice abondante que de faire ce que faisaient les Pharisiens. Cette abondance de justice consistait donc à ne se mettre point en colère, et à ne pas jeter un regard impur sur une femme. Mais pourquoi appelle-t-il ces préceptes petits, quoique si grands et si élevés ? C’est parce qu’il en était l’auteur. Comme il s’humiliait en tout et ne parlait jamais de lui qu’avec une grande modestie, il garde la même conduite en parlant de ses préceptes, pour nous apprendre à être humbles en toutes choses. D’ailleurs comme il pouvait être suspect d’établir de nouvelles lois, il tâche d’éloigner de lui ce soupçon, par l’humilité de ses paroles.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

  • Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l’Europe

    Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l’Europe

    Il est singulier et admirable de voir comment les deux saints Cyrille et Méthode, œuvrant dans des situations si complexes et si précaires, n’essayèrent d’imposer aux peuples slaves à qui ils devaient prêcher ni l’indiscutable supériorité de la langue grecque et de la culture byzantine, ni les usages et les comportements de la société plus avancée dans lesquels ils avaient été formés et auxquels ils restaient évidemment attachés et habitués. Poussés par le grand désir de réunir dans le Christ les nouveaux croyants, ils adaptèrent à la langue slave les textes riches et raffinés de la liturgie byzantine et harmonisèrent à la mentalité et aux coutumes des peuples nouveaux les élaborations subtiles et complexes du droit gréco-romain…

    Eux qui étaient sujets de l’Empire d’Orient et fidèles dépendant du Patriarcat de Constantinople, ils pensèrent qu’il était de leur devoir de rendre compte au Pontife romain de leur travail missionnaire et de soumettre à son jugement, pour en obtenir l’approbation, la doctrine qu’ils professaient et enseignaient, les livres liturgiques composés en langue slave et les méthodes adoptées pour l’évangélisation de ces peuples. Ayant entrepris leur mission sur le mandat de Constantinople, par la suite, ils cherchèrent, en un sens, à la faire confirmer en se tournant vers le Siège apostolique de Rome, centre visible de l’unité de l’Église…

    On peut dire que l’invocation de Jésus dans sa prière sacerdotale « ut unum sint — qu’ils soient un » (Jn 17,21) représente leur devise missionnaire, dans l’esprit des paroles du psalmiste : « Louez le Seigneur, toutes les nations, louez-le, vous tous les peuples ! » (Ps 116,1) Pour nous, les hommes d’aujourd’hui, leur apostolat exprime aussi un appel œcuménique : il invite à reconstruire, dans la paix de la réconciliation, l’unité qui a été gravement compromise après l’époque des saints Cyrille et Méthode et, en tout premier lieu, l’unité entre l’Orient et l’Occident.  

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

  • « Tout ce qu’il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

    « Tout ce qu’il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

     Il nous faut examiner de près ce qui rend l’homme sourd. Pour avoir prêté l’oreille aux insinuations de l’Ennemi, pour avoir entendu ses paroles, le premier couple de nos ancêtres sont devenus sourds les premiers. Et nous aussi après eux, en sorte que nous ne pouvons plus ni entendre ni comprendre les inspirations aimables du Verbe éternel. Pourtant nous savons bien que le Verbe éternel est au fond de notre être, si ineffablement près de nous et en nous que notre être même, notre propre nature, nos pensées, tout ce que nous pouvons nommer, dire ou comprendre, tout cela n’est pas si près de nous et ne nous est pas si intimement présent que ne l’est le Verbe éternel. Et ce Verbe parle sans cesse en l’homme. Mais l’homme n’entend pas tout cela à cause de la grande surdité dont il est atteint… Du même coup, il a été tellement atteint dans ses autres facultés qu’il en est aussi devenu muet, et qu’il ne se connaît pas lui-même. S’il voulait parler de son intérieur, il ne pourrait pas le faire, ne sachant pas où il en est et ne connaissant pas sa propre manière d’être…       

    Qu’est-ce donc que ce chuchotement nuisible de l’Ennemi ? C’est tout le désordre qu’il te fait voir sous son côté miroitant et qu’il te persuade d’accepter, en se servant de l’amour ou de la recherche des choses créées, de ce monde-ci et de tout ce qui s’y rattache : biens, honneurs, même amis et parents, voire ta propre nature, bref, tout ce que t’apporte le goût des biens de ce monde déchu. C’est de tout cela qu’est fait son chuchotement…       

    Vient alors Notre Seigneur : il met son doigt sacré dans l’oreille de l’homme, et de la salive sur sa langue, ce qui fait que l’homme retrouve la parole.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)

  • « Aussitôt elle vint se jeter à ses pieds. »

    « Aussitôt elle vint se jeter à ses pieds. »

    « Seigneur, que personne ne peut voir sinon les cœurs purs (Mt 5,8), je recherche, par la lecture et la méditation, ce qu’est la vraie pureté de cœur et comment on peut l’obtenir pour devenir capable, grâce à elle, de te connaître, si peu que ce soit. J’ai cherché ton visage, Seigneur, j’ai cherché ton visage (Ps 26,8). J’ai longtemps médité en mon cœur, et un feu s’est allumé dans ma méditation : le désir de te connaître davantage. Quand tu romps pour moi le pain de la sainte Écriture, tu m’es connu dans cette fraction du pain (Lc 24,30-35). Et plus je te connais, plus je désire te connaître, non seulement dans l’écorce de la lettre mais dans la saveur de l’expérience.

    « Je ne demande pas cela, Seigneur, en raison de mes mérites, mais à cause de ta miséricorde. J’avoue, en effet, que je suis pécheur et indigne, mais ‘les petits chiens eux-mêmes mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres’. Donne-moi donc, Seigneur, les gages de l’héritage futur, une goutte au moins de la pluie céleste pour rafraîchir ma soif, car je brûle d’amour »…

    C’est par de tels discours que l’âme appelle son Époux. Et le Seigneur, qui regarde les justes et qui non seulement écoute leur prière mais est présent dans cette prière, n’attend pas la fin de celle-ci. Il l’interrompt au milieu de son cours ; il se présente tout à coup, il se hâte de venir à la rencontre de l’âme qui le désire, ruisselant de la douce rosée du ciel comme du parfum le plus précieux. Il recrée l’âme fatiguée, il nourrit celle qui a faim, il fortifie sa fragilité, il la vivifie en la mortifiant par un admirable oubli d’elle-même, il la rend sobre en l’enivrant.

    Guigues le Chartreux (?-1188)