Parmi les valeurs humaines, il n’est rien de plus saint à désirer, rien de plus utile à rechercher, rien de plus difficile à trouver, rien de plus doux à expérimenter, rien de plus fructueux à posséder que l’amitié. Elle donne son fruit dans la vie présente, celle d’aujourd’hui, comme dans la vie future ; sa douceur assaisonne toutes les vertus ; sa force pourfend les vices ; elle tempère l’adversité et modère la prospérité. (…)
Quelle joie, quelle sécurité, quel charme d’avoir quelqu’un avec qui parler sans crainte, comme à soi-même ; à qui se confesser sans peur si l’on a fauté ; à qui révéler sans rougir ses progrès spirituels, à qui confier tous les secrets de son cœur, et découvrir ses desseins ! (…)
Il n’y a pas de remède plus énergétique, plus efficace, plus excellent pour nos blessures, en tout ce qui nous arrive ici-bas, que d’avoir quelqu’un qui vienne compatir à toutes nos déconvenues et accoure nous congratuler dans nos réussites : deux amis, comme dit l’Apôtre (cf. Ga 6,2), s’épaulent l’un l’autre, portent leurs fardeaux mutuellement ou mieux, chacun trouve le sien plus léger que celui de son ami. (…)
L’amitié est un proche degré vers la perfection qui consiste en l’amour et la connaissance de Dieu : un homme, dès qu’il est l’ami d’un autre homme, devient l’ami de Dieu, selon cette parole du Sauveur dans l’Évangile : Voici que « je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis » (Jn 15,15).
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)
