Catégorie : Ecritures

  • « Dieu, crée pour moi un cœur pur. » (Ps 50,12)

    « Dieu, crée pour moi un cœur pur. » (Ps 50,12)

    La pureté du cœur correspond au degré d’amour et de grâce de Dieu ; aussi quand notre Sauveur appelle bienheureux ceux qui ont le cœur pur (Mt 5,8), il parle de ceux qui sont remplis d’amour, car la béatitude nous est donnée selon le degré de notre amour.
    Celui qui aime vraiment Dieu ne rougit point devant le monde de ce qu’il fait pour Dieu, et il ne le cache pas avec confusion, alors même que le monde entier viendrait à le condamner.
    Celui qui aime vraiment Dieu regarde comme un gain et une récompense la perte de toutes les choses créées, et la perte de lui-même par amour pour Dieu…

    Celui qui travaille pour Dieu avec un amour pur, non seulement ne s’inquiète pas d’être vu des hommes, mais n’agit même pas pour être vu de Dieu…
    C’est une grande chose que de s’exercer beaucoup dans le saint amour, car l’âme arrivée à la perfection et à la consommation de l’amour, ne tarde pas, soit en cette vie, soit en l’autre, à voir la face de Dieu.
    Celui qui a le cœur pur profite également de l’élévation et de l’abaissement pour devenir toujours plus pur, tandis que le cœur impur ne s’en sert que pour produire encore des fruits d’impureté.
    Le cœur puise en toutes choses une connaissance de Dieu savoureuse, chaste, pure, spirituelle, pleine de joie et d’amour.

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)

  • « Passons sur l’autre rive. » (Lc 8,22)

    « Passons sur l’autre rive. » (Lc 8,22)

    « Jésus a obligé les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renvoyait les foules. » Les foules ne pouvaient pas partir vers l’autre rive ; elles n’étaient pas des Hébreux au sens spirituel du mot, qui se traduit : « les gens de l’autre rive ». Cette œuvre était réservée aux disciples de Jésus : partir pour l’autre rive, dépasser le visible et le corporel, ces réalités temporaires, et arriver les premiers vers l’invisible et l’éternel… Et pourtant les disciples n’ont pas pu précéder Jésus sur l’autre rive…; il voulait peut-être leur apprendre par l’expérience que sans lui il n’était pas possible d’y arriver… Qu’est-ce que cette barque dans laquelle Jésus oblige les disciples à monter ? Ne serait-ce pas la lutte contre les tentations et les circonstances difficiles ?…

    Ensuite il a gravi la montagne, à l’écart, pour prier. Pour qui prie-t-il ? Probablement pour les foules, pour que, renvoyées après avoir mangé les pains bénis, elles ne fassent rien de contraire à ce renvoi de Jésus. Pour les disciples aussi…, pour qu’il ne leur arrive rien de mal sur la mer à cause des vagues et du vent contraire. J’ai bien envie de dire que c’est grâce à la prière que Jésus adresse à son Père que les disciples n’ont subi aucun dommage, alors que la mer, les vagues et le vent s’acharnaient contre eux…

    Et nous, si un jour nous sommes aux prises avec des tentations inévitables, souvenons-nous que Jésus nous a obligés à nous embarquer ; il n’est pas possible de parvenir à l’autre rive sans supporter l’épreuve des vagues et du vent contraire. Puis, quand nous nous verrons entourés par des difficultés nombreuses et pénibles, fatigués de naviguer au milieu d’elles avec la pauvreté de nos moyens, pensons que notre barque est alors au milieu de la mer, et que ces vagues cherchent à « nous faire naufrage dans notre foi » (1Tm 1,19)… Soyons sûrs alors que vers la fin de la nuit, quand « la nuit sera avancée et le jour tout proche » (Rm 13,12), le Fils de Dieu arrivera près de nous afin de nous rendre la mer bienveillante en marchant sur ses eaux.

    Origène (v. 185-253)

  • « Tous mangèrent à leur faim. »

    « Tous mangèrent à leur faim. »

    En voyant que le jour courait vers le couchant, les apôtres du Rédempteur se hâtèrent d’aller le trouver en s’écriant : « Maître, le jour a baissé, tout ce peuple est consumé par le jeûne ; or l’endroit est désert, tu le sais. Renvoie-les avant que vienne le soir, pour qu’ils aillent acheter du pain dans les villages. Car ces gens-là ne sont pas capables de jeûner comme nous, à qui tu as donné la force parce que tu es le pain céleste d’immortalité.

    « Tu es, par ta nature, le grand sauveur du monde, et tu as enseigné à tous la connaissance ; en nourrissant le peuple avec des paroles de vérité, tu as guidé les hommes vers le chemin du salut en leur donnant de connaître la justice. Ils ont nourri spirituellement leurs âmes, mais maintenant ils ont besoin de prendre soin de leurs corps… Renvoie-les, car nous sommes très inquiets… Tu as enseigné la compassion pour tous à tes disciples et apôtres, car tu es le pain céleste d’immortalité… »

    Quand le Christ a entendu ces paroles, il répondit : « Vous vous trompez, ne sachant pas que je suis le Créateur du monde. Mais je veille sur le monde ; je sais bien de quoi ces gens-là ont besoin, je vois bien le désert et le soleil qui s’est couché, mais c’est moi qui ai fixé au soleil sa course. Je connais l’épuisement de la foule qui est là, je sais ce que je vais faire pour elle. Je remédierai moi-même à la faim, car je suis le pain céleste d’immortalité…

    « Vous pensez : ‘Qui nourrira cette foule dans le désert ?’ Eh bien, sachez clairement qui je suis, amis : c’est moi qui ai nourri Israël dans le désert et qui leur ai donné un pain du ciel. J’ai fait sortir l’eau du rocher dans un lieu aride, et en plus de tout cela je leur ai procuré des cailles à profusion, car je suis le pain céleste d’immortalité… »

    Multiplie ainsi en nous tous, Sauveur, la multitude de tes miséricordes, et de même que tu as rassasié la multitude dans le désert par ta sagesse et l’as nourrie par ta puissance, rassasie-nous tous de la justice, en nous raffermissant dans la foi, Seigneur. Nourris-nous tous, Compatissant ; donne-nous ta grâce et le pardon de nos fautes, puisque tu es le seul Christ, le seul miséricordieux, pain céleste d’immortalité.

    Saint Romanos le Mélode (?-v. 560)

  • Hérode cherche à voir le Christ

    Hérode cherche à voir le Christ

    « Personne n’a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père l’a révélé » (Jn 1,18). Le divin est inexprimable et incompréhensible : « Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, ni le Fils si ce n’est le Père » (Mt 11,27), et le Saint Esprit semblablement connaît ce qui est de Dieu. (…) Mais après cette première et bienheureuse connaissance divine, personne n’a jamais connu Dieu si ce n’est celui auquel Dieu lui-même s’est révélé. (…)

    Pourtant, Dieu ne nous a pas laissé dans une ignorance complète, car chacun a, semée par lui, la connaissance qu’il y a un Dieu. La création elle-même, par sa cohésion et par sa direction, proclame la magnificence de la nature divine (cf Rm 1,20). Ensuite la Loi et les prophètes, puis son Fils unique, le Seigneur, « notre Dieu et Sauveur Jésus Christ » (2P 1,1), ont manifesté la connaissance de Dieu, selon ce que nous pouvons atteindre. C’est pourquoi tout ce qui nous a été transmis par la Loi et les prophètes, par les apôtres et les évangélistes, nous l’acceptons, nous le connaissons, nous y appliquons notre dévotion et nous ne cherchons pas au-delà.

    Dieu est bon ; il pourvoit à tout bien. (…) Comme il sait tout et pourvoit à ce qui convient à chacun, il nous a révélé ce qu’il nous est utile de connaître et nous a tu ce que nous ne pouvons pas porter. Contentons-nous donc de cela et demeurons-y.

    Saint Jean de Damas (v. 675-749)

  • « ‘N’est-il pas le fils du charpentier ?’… Il ne fit pas beaucoup de miracles en cet endroit, à cause de leur manque de foi. »

    « ‘N’est-il pas le fils du charpentier ?’… Il ne fit pas beaucoup de miracles en cet endroit, à cause de leur manque de foi. »

    Aussi longtemps que je jouirai du souffle de vie que tu m’as accordé, Père saint, Dieu tout-puissant, je te proclamerai Dieu éternel, mais aussi Père éternel. Jamais je ne m’établirai juge de ta toute-puissance et de tes mystères ; jamais je ne ferai passer ma connaissance limitée avant la notion vraie de ton infini ; jamais je n’affirmerai que tu as existé autrefois sans ta Sagesse, ta Puissance et ton Verbe, Dieu, l’Unique Engendré, mon Seigneur Jésus Christ. Car même si le langage humain est faible et imparfait lorsqu’il parle de toi, il ne rétrécira pas mon esprit au point de réduire ma foi au silence, faute de mots capables d’exprimer le mystère de ton être…

    Déjà dans les réalités de la nature, il y a bien des choses dont nous ne connaissons pas la cause, sans pourtant en ignorer les effets. Et, lorsque de par notre nature, nous ne savons que dire de ces choses, notre foi se teinte d’adoration. Si je contemple le mouvement des étoiles…, le flux et le reflux de la mer…, la puissance cachée dans la plus petite semence…, mon ignorance m’aide à te contempler, car si je ne comprends pas cette nature qui est à mon service, je discerne ta bonté, du fait même qu’elle est là pour me servir. Moi-même, je perçois que je ne me connais pas, mais je t’admire d’autant plus… Tu m’as donné la raison et la vie et mes sens d’homme qui me causent tant de joies, mais je n’arrive pas à comprendre quel a été mon commencement d’homme.

    C’est donc en ne connaissant pas ce qui m’entoure, que je saisis ce que tu es ; et en percevant ce que tu es, je t’adore. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de tes mystères, ne pas les comprendre n’amoindrit pas ma foi en ta toute-puissance… La naissance de ton Fils éternel dépasse la notion même d’éternité, elle est antérieure aux temps éternels. Avant tout ce qui existe, il est le Fils sorti de toi, Dieu Père ; il est vrai Dieu… Jamais tu n’as existé sans lui… Tu es le Père éternel de ton Unique Engendré, avant les temps éternels.

    Saint Hilaire (v. 315-367)

  • Imiter la patience du Seigneur

    Imiter la patience du Seigneur

    Notre Seigneur a été un modèle incomparable de patience : il a supporté un « démon » parmi ses disciples jusqu’à sa Passion (Jn 6,70). Il a dit : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé » (Mt 13,29). Comme symbole de l’Église, il a prédit que le filet ramènerait sur le rivage, c’est-à-dire jusqu’à la fin du monde, toutes sortes de poissons, bons et mauvais. Il a fait connaître de plusieurs autres manières, soit ouvertement, soit par paraboles, qu’il y aurait toujours le mélange des bons et des méchants. Et pourtant il affirme qu’il faut veiller sur la discipline de l’Église quand il dit : « Si ton frère a péché contre toi, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère » (Mt 18,15). (…)

    Mais aujourd’hui, nous voyons des hommes qui ne considèrent que les préceptes rigoureux, qui commandent de réprimer les perturbateurs, de « ne pas donner aux chiens les choses saintes », de « traiter comme un publicain » celui qui méprise l’Église, de retrancher du corps le membre scandaleux (Mt 7,6; 18,17; 5,30). Leur zèle intempestif trouble tellement l’Église qu’ils voudraient arracher l’ivraie avant le temps, et leur aveuglement les rend eux-mêmes ennemis de l’unité de Jésus Christ. (…)

    Prenons garde de ne pas laisser entrer dans notre cœur ces pensées présomptueuses, de chercher à nous séparer des pécheurs pour ne pas nous souiller à leur contact, de vouloir former comme un troupeau de disciples purs et saints. Nous ne ferions que rompre l’unité, sous le prétexte de ne pas fréquenter des méchants. Au contraire, rappelons-nous les paraboles de l’Écriture, ses paroles inspirées, ses exemples frappants, où il nous est montré que les méchants seront toujours mêlés aux bons dans l’Église, jusqu’à la fin du monde et au jour du jugement, sans que leur participation aux sacrements soit nuisible aux bons, tant que ceux-ci n’auront pas participé à leurs péchés.

    Saint Augustin (354-430)

  • « C’est un ennemi qui a fait cela. »

    « C’est un ennemi qui a fait cela. »

    Je vous écris, frères bien-aimés, pour que vous sachiez que depuis le jour où Adam a été créé jusqu’à la fin du monde, le Malin fera la guerre aux saints sans se donner de repos (Ap 13,7)… Ils sont cependant peu nombreux, ceux qui se rendent comptent que le ravageur des âmes cohabite avec eux dans leur corps, tout près de l’âme. Ils sont dans la tribulation, et il n’y a personne sur terre pour les réconforter. C’est pourquoi, ils regardent vers le ciel et y placent leur attente, afin d’en recevoir quelque chose au-dedans d’eux-mêmes. Et par cette force, et grâce à cette armure de l’Esprit (Ep 6,13), ils vaincront. C’est du ciel, en effet, qu’ils reçoivent une force, qui demeure cachée aux yeux de la chair. Tant qu’ils chercheront Dieu de tout leur cœur, la force de Dieu vient secrètement à leur aide à tout moment… C’est précisément parce qu’ils touchent du doigt leur faiblesse, parce qu’ils sont incapables de vaincre, qu’ils sollicitent ardemment l’armure de Dieu, et ainsi revêtus de l’équipement de l’Esprit pour le combat (Ep 6,13), ils deviennent victorieux…

    Sachez donc, frères bien-aimés, qu’en tous ceux qui ont préparé leur âme à devenir une bonne terre pour la semence céleste, l’ennemi se hâte de semer son ivraie… Sachez aussi que ceux qui ne cherchent pas le Seigneur de tout leur cœur ne sont pas tentés par Satan de façon aussi évidente ; c’est plutôt en cachette plus par des ruses qu’il essaie de les écarter loin de Dieu.

    Mais maintenant, frères, prenez courage et ne craignez rien. Ne vous laissez pas effrayer par des imaginations suscitées par l’ennemi. Dans la prière, ne vous livrez pas à une agitation confuse, en multipliant des cris déplacés, mais accueillez la grâce du Seigneur dans la contrition et le repentir… Prenez courage, réconfortez-vous, tenez bon, souciez-vous de vos âmes, persévérez avec zèle dans la prière… Car tous ceux qui cherchent Dieu en vérité recevront une force divine en leur âme, et en recevant cette onction céleste, tous ceux-là sentiront en eux-mêmes le goût et la douceur du monde à venir. Que la paix du Seigneur, celle qui a été avec tous les saints pères et les a gardés de toute tentation, demeure aussi avec vous.

    Homélie attribuée à saint Macaire d’Égypte (?-390)

  • Le levain du monde entier

    Le levain du monde entier

    Nous lisons dans l’Évangile : « Si le grain de blé ne tombe en terre et n’y meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Le Seigneur Jésus est le grain de blé, mais il est aussi le levain… En venant, homme et seul, dans le monde, le Seigneur Jésus a donné à tous les hommes la possibilité de devenir ce qu’il est lui-même. Tout homme qui s’unit au levain du Christ devient lui aussi du levain, utile à lui-même et profitable à tous ; il sera sauvé et il sauvera autrui.

    Avant d’être disséminé dans un monceau de farine, le levain est broyé, écrasé, émietté, il est complètement dissous — mais c’est alors qu’il rassemble en une même fermentation les grains innombrables et dispersés de la farine. Il ramène en un corps solide une substance qui, d’elle-même, était aussi inconsistante que la poussière ; il fait, enfin, une pâte utile de ce qui semblait n’être qu’un vain éparpillement.

    Ainsi le Seigneur Jésus Christ, levain du monde entier, a été brisé par beaucoup de souffrances, lacéré et détruit, et son suc, c’est à dire son précieux sang, s’est répandu pour nous, afin d’affermir, en s’y mêlant, tout le genre humain dispersé. Nous qui étions comme une farine de peuples, nous voilà rassemblés comme du levain ; nous qui gisions lamentablement par toute la terre, dispersés et broyés, nous voilà réunis au corps du Christ grâce à la puissance de sa Passion.

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

  • Les paraboles du Royaume

    Les paraboles du Royaume

    Tel est le Royaume caché de Dieu : de même qu’il est maintenant caché, ainsi sera-t-il révélé au moment voulu. Les hommes croient être les maîtres du monde et pouvoir faire ce qu’ils veulent… Actuellement, en apparence « tout reste pareil depuis le commencement », et les railleurs demandent : « Où est donc la promesse de sa venue ? » (2P 3,4) Mais au temps marqué, il y aura une « manifestation des enfants de Dieu », et les saints cachés « resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (Rm 8,19; Mt 13,43).

    Quand les anges sont apparus aux bergers, ce fut une apparition soudaine… La nuit semblait pareille à toute autre nuit, comme la nuit où Jacob a eu sa vision semblait pareille à tout autre nuit (Gn 28,11s). Les bergers veillaient sur leurs troupeaux, ils regardaient la nuit s’écouler, les étoiles suivaient leur course, c’était minuit ; ils ne pensaient pas à pareille chose quand l’ange leur est apparu. Telles sont la puissance et la vertu cachées dans le visible ; elles sont manifestées quand Dieu le veut…

    Qui pourrait concevoir deux ou trois mois avant le printemps que la face de la nature qui semblait morte puisse redevenir si splendide et si variée ?… Il en est de même pour ce printemps éternel qu’attendent tous les chrétiens ; il viendra, même s’il tarde. Attendons-le, car « il viendra sûrement, il ne tardera pas à venir » (He 10,37). C’est pourquoi nous disons chaque jour : « Que ton Règne vienne », ce qui veut dire : « Seigneur, montre-toi, manifeste-toi, toi qui es assis au milieu des chérubins. Resplendis ; réveille ta vaillance et viens à notre secours » (Ps 79,2-3). La terre que nous voyons ne nous satisfait pas ; elle n’est qu’un commencement, elle n’est qu’une promesse d’un au-delà. Même dans sa plus grande splendeur, couverte de toutes ses fleurs, quand elle montre de la façon la plus saisissante ce qu’elle cache, cela ne nous suffit pas. Nous savons qu’il y a en elle plus de choses que nous n’en voyons… Ce que nous voyons n’est que l’écorce extérieure d’un royaume éternel. C’est sur ce royaume que nous fixons les yeux de notre foi.

    Saint John Henry Newman (1801-1890)

  • « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

    « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

    Un semeur est sorti semer son grain, et une partie est tombée le long du chemin, une autre sur la bonne terre. Trois parts ont été perdues, une seule a fructifié. Mais le semeur n’a pas cessé de cultiver son champ ; il lui suffit qu’une partie soit conservée pour ne pas abandonner ses travaux. En ce moment, il est impossible que le grain que je lance au milieu d’un auditoire si nombreux ne germe pas. Si tous n’écoutent pas, un tiers écoutera ; si ce n’est pas un tiers, ce sera la dixième partie ; si même la dixième partie n’écoutait pas, pourvu qu’un seul membre de cette nombreuse assemblée écoute, je ne cesserai pas de parler.

    Ce n’est pas peu de chose que le salut même d’une seule brebis. Le Bon Pasteur a laissé les quatre-vingt-dix-neuf autres pour courir après la brebis qui s’était égarée (Lc 15,4). Je ne pourrais jamais mépriser qui que ce soit. Même s’il n’y en a qu’un, c’est toujours un homme, cet être si cher à Dieu. Même si c’est un esclave, je ne le dédaignerai pas, car je cherche, non la condition sociale, mais la valeur personnelle, non la puissance ou la servitude, mais un homme. Même s’il n’y en a qu’un, c’est toujours l’homme, celui pour qui le soleil, l’air, les sources et la mer ont été créés, les prophètes envoyés, la Loi donnée. Il est toujours cet être pour qui le Fils unique de Dieu s’est fait homme. Mon Maître a été immolé, son sang a été versé pour l’homme, et j’oserais mépriser qui que ce soit ?…

    Non, je ne cesserai pas de semer la parole, même si personne ne m’écoutait. Je suis médecin, j’offre mes remèdes. Je dois enseigner, ordre m’a été donné d’instruire, car il est écrit : « Je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël » (Ez 3,17).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)