Recherchons, frères, comment il se fait que parfois on entende une parole désagréable et qu’on la laisse passer comme si on n’avait rien entendu, sans se troubler, et que d’autres fois on en est aussitôt troublé. Quelle est la raison d’une telle différence ? Y a-t-il à cela une ou plusieurs raisons ? Pour moi, j’en vois beaucoup, mais une seule engendre, pour ainsi dire, toutes les autres. (…)
La cause du trouble, si nous la recherchons soigneusement, c’est toujours le fait de ne pas s’accuser soi-même. De là vient que nous avons tout cet accablement et que nous ne trouvons jamais de repos. Il n’y a pas à s’étonner si tous les saints disent qu’il n’existe point d’autre voie que celle-là. Nous voyons bien que nul n’a trouvé le repos en suivant une autre route, et nous, nous pensons le trouver et suivre une voie parfaitement droite, sans jamais consentir à nous accuser nous-mêmes ! En vérité, eût-on accompli mille bonnes œuvres, si l’on ne garde pas cette voie, on ne cessera jamais de faire souffrir et de souffrir soi-même, en perdant ainsi toute sa peine (…)
Il arrive aussi qu’un frère, croyant se tenir dans la paix et la tranquillité, se trouble néanmoins d’une parole désobligeante que vient lui dire un autre, et il juge que c’est à bon droit, se disant en lui-même : « Si ce frère n’était pas venu me parler et me troubler, je n’aurais pas péché. » C’est une illusion, c’est un faux raisonnement. Celui qui lui a dit le mot, a-t-il donc mis en lui, la passion ? Il lui a simplement révélé la passion qui était en lui, pour qu’il se repente, s’il le veut.
Dorothée de Gaza (v. 500-?)
