Catégorie : Prière des âmes

  • La contagion de la paix

    À tous les tournants de rues il y a de petites guerres, comme à tous les tournants du monde il y a de grandes guerres.
    À tous les tournants de notre vie nous pouvons faire la guerre ou faire la paix.
    Et c’est pour faire la guerre que nous nous sentons dangereusement bâtis.
    Très vite notre voisin devient notre ennemi,
    s’il n’est pas notre frère. (…)

    C’est pourquoi il n’y a que les enfants de Dieu qui soient totalement des pacifiques.
    Pour eux la terre est une maison de leur Père du Ciel.
    Tout ce qui est sur la terre est à lui et le sol lui-même.
    Oui, vraiment, la terre est une petite maison de leur Père.
    Ils n’en dédaignent aucune pièce, ni aucun continent, ni aucune île minuscule, ni aucune nation, ni aucune courette, aucune de ces pièces que sont les places, les trottoirs, les bureaux, les magasins, les quais, les gares…
    Ils ont à y faire l’esprit de famille. (…)

    Les yeux des pacifiques sont bienveillants et leurs compagnons de route s’y réchauffent comme au coin du feu.
    Ils ne trouvent jamais de motif à combattre, car ils se savent comptables seulement de la paix, et la paix ne se défend pas par des batailles.
    Ils savent que la division d’un seul atome peut déclencher des guerres cosmiques.
    Ils savent aussi qu’il y a une chaîne entre les humains et que
    lorsqu’une cellule humaine se déchire dans une colère,
    une rancune, une amertume,
    le ferment de guerre peut rebondir jusqu’au bout de l’univers.

    Mais parce qu’ils croient à la diffusion de l’amour, ils savent que
    là où se fait un peu de paix s’établit une contagion de paix
    assez forte pour envahir toute la terre.
    Aussi vont-ils dans une double joie :
    celle d’un avènement de paix tout autour d’eux ;
    et celle d’écouter une voix ineffable qui dit « Père » au fond de leur cœur.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • L’âme innocente et pleine d’enfantine confiance est une adoration agréable à Dieu

    Sois adoré notre Créateur et Seigneur.
    Univers entier, loue humblement Ton Seigneur,
    Remercie ton Créateur autant que tes forces le permettent.
    Et loue Son inconcevable miséricorde divine.

    Viens toute la terre verdoyante,
    Viens aussi toi, mer insondable,
    Que ta gratitude se change en un chant agréable
    Et chante comme est grande la miséricorde divine.

    Viens beau et rayonnant soleil,
    Viens devant Lui, limpide aurore,
    Unissez-vous en un hymne, que vos voix pures
    Chantent harmonieusement la grande miséricorde divine.

    Venez, montagnes et plaines, bois bruyants et fourrés,
    Venez, ravissantes fleurs matinales,
    Que votre parfum unique
    Glorifie et adore la miséricorde divine.

    Venez, toutes les beautés de la terre,
    Dont l’homme ne s’étonnera jamais assez,
    Venez adorer Dieu en harmonie,
    Louez l’inconcevable miséricorde divine.

    Viens, beauté impérissable de toute la terre,
    Et adore très humblement ton Créateur,
    Car tout est contenu dans Sa miséricorde,
    Tout dit d’une voix puissante combien est grande la miséricorde de Dieu.

    Mais au-dessus de toutes ces beautés,
    Une âme innocente et pleine d’enfantine confiance,
    Qui par la grâce s’unit étroitement avec Lui,
    Est une adoration plus agréable à Dieu.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Toi, suis-moi. »

    Je suis tienne, pour toi je suis née,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Majesté souveraine,
    Éternelle Sagesse,
    Bonté si bonne pour mon âme,
    Toi, Dieu, Altesse, Être unique, Bonté,
    Vois mon extrême bassesse,
    Moi qui te chante aujourd’hui mon amour.
    Que veux-tu faire de moi ?
    Je suis tienne, puisque tu m’as créée,
    Tienne, puisque tu m’as rachetée,
    Tienne, puisque tu me supportes,
    Tienne, puisque tu m’as appelée,
    Tienne, puisque tu m’as attendue,
    Tienne puisque je ne suis pas perdue,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Que veux-tu donc, Seigneur très bon,
    Que fasse un si vil serviteur ?
    Quelle mission as-tu donnée
    A cet esclave pécheur ?
    Me voici, mon doux amour,
    Doux amour, me voici.
    Que veux-tu faire de moi ?
    Voici mon cœur,
    Je le dépose dans ta main,
    Avec mon corps, ma vie, mon âme,
    Mes entrailles et tout mon amour.
    Doux Époux, mon Rédempteur,
    Pour être tienne, je me suis offerte,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Donne-moi la mort, donne-moi la vie,
    La santé ou la maladie
    Donne l’honneur ou le déshonneur,
    La guerre ou la plus grande paix,
    La faiblesse ou la pleine force,
    À tout cela, je dis oui :
    Que veux-tu faire de moi ? …
    Je suis tienne, pour toi je suis née,
    Que veux-tu faire de moi ?

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • « Qu’ils contemplent ma gloire ! » (Jn 17,24)

    Toi qui es là-haut avec le Père et qui te trouves avec nous, (…)
    tu nous as montré la lumière de ta gloire immaculée,
    donne-la moi, oui, maintenant encore, qu’elle ne me quitte plus !
    donne-moi de toujours te contempler en elle, ô Verbe,
    de saisir telle qu’elle est ta beauté inaccessible
    qui, demeurant absolument insaisissable,
    frappe et foudroie mon intelligence, transporte mon esprit
    et allume en mon cœur le feu de ton amour !

    C’est cette lumière qui, se déployant en flamme du désir divin,
    me fait voir plus distinctement ta gloire, ô mon Dieu ;
    cette gloire, en t’adorant je t’en supplie, Fils de Dieu, accorde-moi,
    dès maintenant et dans l’avenir, de la posséder inamissible
    et par elle de te contempler, Dieu, éternellement ! (…)

    Oui, Pasteur compatissant, bon et doux,
    qui veux le salut de tous ceux qui croient en toi,
    aie pitié, exauce cette prière que je t’adresse :
    Ne t’irrite pas, ne détourne pas de moi ton visage,
    mais enseigne-moi à accomplir ta volonté,
    car je ne cherche pas à ce que ma volonté à moi se fasse,
    mais la tienne, afin de te servir, Miséricordieux !

    Je t’en conjure, aie pitié, toi qui es naturellement pitoyable,
    et fais ce qui est utile à mon âme misérable,
    parce que toi, toi seul es le Dieu ami de l’homme,
    incréé, sans fin, tout-puissant, véritablement,
    vie et lumière de ceux qui t’aiment
    et sont par toi, Ami de l’homme, tellement aimés !
    Range-moi parmi eux, Maître, et de ta gloire divine
    rends-moi participant, fais-moi cohéritier,
    car à toi, Père, avec le Fils coéternel
    et l’Esprit divin, appartient la gloire dans les siècles de siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • Ô mon amour, Dieu de ma vie !

    Que suis-je, ô mon Dieu, amour de mon cœur ? Hélas, hélas, que je te suis dissemblable. Voici que moi, je suis comme une infime gouttelette de ta bonté, et toi, tu es l’océan rempli de toute douceur.

    Ô amour, amour, ouvre, ouvre sur moi si petite les entrailles de ta bonté ; fais jaillir sur moi toutes les cataractes de ta très bénigne paternité ; fais sourdre sur moi toutes les sources du grand abîme de ton infinie miséricorde. Que m’engloutisse le gouffre de ta charité. Que je sois immergée dans l’abîme et l’océan de ta miséricordieuse bonté. Que je disparaisse dans le déluge de ton vivant amour, comme disparaît une goutte d’eau de la mer, dans la profondeur de son immensité. Que je meure, que je meure dans le torrent de ton immense pitié, comme meurt l’étincelle du feu dans le courant impétueux du fleuve.

    Que la rosée de ton amour m’enveloppe. Que la coupe de ton amour m’enlève la vie. Que le secret dessein de ton très sage amour opère et achève en moi la glorieuse mort d’amour, cet amour qui donne la vie. Là, je perdrai ma vie en toi, là où tu vis éternellement, ô mon amour, Dieu de ma vie. Amen.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • « Je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. »

    Ô bon Maître, Jésus Christ, j’étais sans aucun secours, je ne demandais rien, je n’y pensais même pas, et ta lumière m’a éclairé dans ma nuit… Tu as écarté de moi le fardeau qui m’écrasait, tu as repoussé ceux qui m’assaillaient, tu m’as appelé d’un nom nouveau (Ap 2,17), emprunté au tien, le nom de chrétien. J’étais accablé, tu m’as redressé. Tu m’as dit : « Confiance, je t’ai racheté, moi qui ai donné ma vie pour toi. Si tu veux t’attacher à moi, tu échapperas au mal et à l’abîme où tu cours, je te conduirai en mon Royaume… »

    Oui, Seigneur, tu as tout fait pour moi ! J’étais dans les ténèbres et je n’en savais rien…, je descendais vers le gouffre de l’injustice, j’étais tombé dans la misère du temps pour tomber plus bas encore. Et à l’heure où je me trouvais sans secours, tu m’as éclairé. Sans même que je te le demande, tu m’as illuminé. En ta lumière, j’ai vu ce qu’étaient les autres et ce que je suis… ; tu m’as donné confiance en mon salut, toi qui as donné ta vie pour moi… Je le reconnais, ô Christ, je me dois tout entier à ton amour.

    Saint Anselme (1033-1109)

     

     

     

  • Venir à la lumière

    Nous te bénissons, Père des lumières,
    Christ, Verbe de Dieu, splendeur du Père,
    Lumière de lumière, et source de lumière,
    Esprit de feu, souffle du Fils comme du Père.

    Trinité Sainte, lumière indivisée,
    Tu dissipas les ténèbres pour créer
    Un monde lumineux, d’ordre et de beauté,
    Qui porterait ta ressemblance.

    De raison et sagesse tu éclairas l’homme,
    L’illuminas du sceau de ton Image,
    Pour que dans ta lumière, il voie la lumière (Ps 36,10),
    Et tout entier devienne lumière.

    Tu fis briller au ciel d’innombrables lumières,
    Ordonnas au jour et à la nuit
    De s’entendre à se partager le temps
    Tour à tour, paisiblement.

    La nuit met fin au travail du corps fatigué,
    Le jour appelle aux œuvres que tu aimes,
    Nous apprend à fuir les ténèbres, à nous hâter
    Vers ce jour qui n’aura plus de nuit.

    Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

     

     

     

  • « Tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. »

    Qui es-tu, douce lumière qui me combles
    et illumines les ténèbres de mon cœur ?
    Tu me guides comme la main d’une mère,
    et si tu me lâchais,
    je ne pourrais plus faire un seul pas.

    Tu es l’espace
    qui enveloppe mon être et l’abrite en toi.
    Abandonné de toi, il sombrerait dans le gouffre du néant
    d’où tu l’as tiré pour l’élever vers la lumière.
    Toi, plus proche de moi
    que je ne le suis de moi-même,
    plus intime que le tréfonds de mon âme,
    et cependant insaisissable et ineffable,
    au-delà de tout nom,
    Esprit Saint, Amour éternel !

    N’es-tu pas la douce manne
    qui du cœur du Fils
    déborde dans le mien,
    la nourriture des anges et des bienheureux ?
    Lui qui s’est relevé de la mort à la vie
    m’a éveillée moi aussi du sommeil de la mort à une vie nouvelle.
    Et jour après jour
    il continue de me donner une nouvelle vie,
    dont un jour la plénitude m’inondera tout entière,
    vie issue de ta vie, oui, toi-même,
    Esprit Saint, Vie éternelle !

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

     

  • Dimanche de la miséricorde

    Montre-moi, mon Dieu, Ta miséricorde,
    Selon la pitié du Cœur de Jésus.
    Entends mes soupirs et mes prières,
    Et les larmes d’un cœur contrit.

    Ô Dieu tout-puissant, toujours miséricordieux,
    Ta pitié n’est jamais épuisée,
    Bien que ma misère ait l’immensité de la mer,
    J’ai une absolue confiance en la miséricorde du Seigneur.

    Ô Trinité éternelle, Dieu de bonté à jamais,
    Ta pitié n’est jamais calculée,
    J’ai donc confiance en l’océan de Ta miséricorde
    Et je Te perçois, Seigneur, bien qu’un voile m’isole.

    Que la toute-puissance de Ta miséricorde, ô Seigneur,
    Soit glorifiée par le monde entier,
    Que Sa gloire ne cesse à jamais,
    Annonce, mon âme, avec ardeur la miséricorde de Dieu.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Vous ne pourrez donc croire à moins d’avoir vu des signes et des prodiges ? »

    « Celui qui invoquera le Nom du Seigneur,
    celui-là sera sauvé » (Jl 3,5 ; Rm 10,13).
    Quant à moi non seulement je l’invoque
    mais avant tout je crois à sa grandeur.

    Ce n’est pas pour ses présents
    que je persévère dans mes supplications,
    mais parce qu’il est la Vie véritable
    et qu’en lui je respire ;
    sans lui il n’y a ni mouvement ni progrès.

    Ce n’est pas tant par les liens de l’espérance
    que par les liens de l’amour que je suis attiré.
    Ce n’est pas des dons,
    mais du Donateur dont j’ai toujours la nostalgie.
    Ce n’est pas à la gloire que j’aspire,
    mais c’est le Seigneur glorifié que je veux embrasser.
    Ce n’est pas la soif de la vie qui toujours je me consume,
    mais le souvenir de celui qui donne la vie.

    Ce n’est pas après le désir du bonheur que je soupire,
    que du plus profond de mon cœur j’éclate en sanglots,
    mais c’est par désir de celui qui le prépare.
    Ce n’est pas le repos que je cherche,
    mais c’est le visage de celui qui apaisera mon cœur suppliant.
    Ce n’est pas pour le festin nuptial que je languis,
    mais c’est du désir de l’Époux.

    Dans l’attente certaine de sa puissance
    malgré le fardeau de mes péchés,
    je crois avec une espérance inébranlable
    et en me confiant dans la main du Tout Puissant,
    que non seulement j’obtiendrai le pardon
    mais que je le verrai lui en personne,
    grâce à sa miséricorde et à sa pitié
    et, bien que je mérite parfaitement d’être proscrit,
    que j’hériterai du ciel.

    Saint Grégoire de Narek (v. 944-v. 1010)