Catégorie : Prière des âmes

  • « Jésus pleura sur la ville. »

    Notre âme est destinée à aller passer son éternité dans le sein de Dieu même. Disons tout en un mot, mes frères : notre âme est quelque chose de si grand, de si précieux, qu’il n’y a que Dieu seul qui la surpasse. (…) D’après cela seul, mes frères, je vous laisse à penser si nous devons nous étonner que Dieu, qui en connaît si bien le mérite, pleure si amèrement la perte d’une âme. Je vous laisse à penser quel est le soin que nous en devons prendre pour lui conserver toutes ses beautés. (…)

    Trois choses sont capables de nous faire pleurer ; mais il n’y en a qu’une seule qui soit capable de rendre nos larmes méritoires, qui est lorsque nous pleurons nos péchés ou ceux de nos frères. (…) Pleurer la mort spirituelle de son âme, l’éloignement de Dieu, la perte du ciel : « Ô larmes précieuses, mais que vous êtes rares ! » Et pourquoi, mes frères, sinon parce que vous ne sentez pas la grandeur de votre malheur, pour le temps et pour l’éternité ? (…)

    Hélas ! Mes frères, c’est la crainte de cette perte qui a dépeuplé le monde, pour remplir les déserts et les monastères de tant de chrétiens ; c’est qu’ils comprenaient bien mieux que nous que, si nous perdons notre âme, tout est perdu et qu’il fallait donc qu’elle fût d’un grand prix, puisque Dieu lui-même en faisait tant de cas. Oui, mes frères, les saints ont tant souffert pour conserver leur âme pour le ciel !

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • Comment attirer la miséricorde de Dieu ?

    Dieu voyant l’homme déchu, entouré de faiblesses, sujet à la tentation, à la merci de ses inclinations qui changent avec le temps, les saisons, la santé, l’entourage, l’éducation, est touché de cette misère, comme si c’était la sienne propre ; ce mouvement divin qui incline le Seigneur vers notre misère pour la soulager, c’est la miséricorde.

    Si profonde est notre misère qu’elle peut être comparée à un abîme, qui appelle l’abîme de la miséricorde divine (cf. Ps 41,8) ; mais elle ne l’appelle qu’autant que cette misère est reconnue, avouée ; et ce cri, c’est l’humilité qui le fait pousser. L’humilité est l’aveu pratique et continuel de notre misère, et cet aveu attire les regards de Dieu. Les haillons et les plaies des pauvres sont leur plaidoyer ; cherchent-ils, en effet, à les cacher ? Bien au contraire ; ils les étalent, afin de toucher les cœurs. De même, nous ne devons pas chercher à éblouir Dieu par notre perfection, mais plutôt à attirer sa miséricorde par l’aveu de notre faiblesse. Chacun de nous a une somme de misères suffisante pour attirer les regards miséricordieux de notre Dieu. Ne sommes-nous pas tous comme ce pauvre voyageur gisant sur la route de Jéricho, dépouillé de ses vêtements, couvert de plaies ? (…)

    C’est une excellente prière que de montrer à Notre-Seigneur toutes nos misères, toutes les laideurs qui défigurent encore notre âme. « Oh ! mon Dieu, voilà cette âme que vous avez créée, rachetée ; voyez combien elle a été déformée, combien elle est remplie d’inclinations qui déplaisent à vos regards ; ayez pitié ! » Cette prière-là va droit au cœur du Christ.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

     

  • « Quand vous priez, dites : Père ! »

    L’Apôtre prouve que nous sommes fils de Dieu par le fait que nous avons en nous l’Esprit Saint ( Gal 4, 4). Jamais, dit-il, nous n’oserions dire : « Notre Père qui es aux cieux… » sans la conscience de l’Esprit Saint habitant en nous et criant par la voix puissante de l’intelligence et de la foi : « Abba, Père ». (…) Il faut remarquer que, dans l’Écriture sainte, le mot ‘cri’ signifie non l’intensité de la voix, mais la force de la pensée et de la vérité exprimée. C’est ainsi que dans l’Exode, le Seigneur répond à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers moi ? » (Ex 14, 15) alors que Moïse n’avait prononcé auparavant aucune parole. L’Écriture appelle donc ‘cri’ son cœur contrit et gémissant avec larmes sur le peuple. (…)

    « Ainsi tu n’es plus serviteur, mais fils. Et si tu es fils, tu es aussi héritier de par Dieu. » (Gal 4,7) En ayant, dit-il, l’Esprit du Fils de Dieu qui crie en vous « Abba, Père », vous avez cessé d’être des serviteurs pour devenir des fils. Auparavant, vous ne différiez en rien d’un serviteur, bien que vous apparteniez à la nature de Dieu ; mais vous viviez comme de tout petits, sous la puissance de tuteurs et de maîtres. Si maintenant vous êtes devenus fils, l’héritage vous est dû en conséquence. (…)

    Étant passés de la servitude à la liberté, il faut que vous héritiez avec l’héritier du Père, le Christ Jésus qui, dans la nature humaine qu’Il a assumée, dit dans le psaume : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ; demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » (Ps 2, 7-8) Or ce que nous disons ici au singulier doit s’entendre de tout le genre humain, car nous tous qui croyons, nous sommes un dans le Christ Jésus, membres de son Corps et destinés à l’état d’homme parfait, nous avons le Christ pour chef, parce que le Christ est le chef de l’homme (1 Cor 11,2).

    Saint Jérôme (347-420)

     

     

     

     

     

     

     

  • Le bonheur de la prière

    Oui, mes frères, si nous aimions bien le bon Dieu, nous nous ferions une joie et un bonheur de venir passer quelques instants pour l’adorer, pour lui demander la grâce de nous pardonner : nous regarderions ces moments comme les plus beaux de notre vie. Ah ! que les instants passés avec ce Dieu de bonté sont doux et consolants !

    Êtes-vous dans le chagrin ? venez un instant vous jeter à ses pieds et vous vous sentirez tout consolé. Êtes-vous méprisé du monde ? venez ici, et vous trouverez un bon ami qui ne vous manquera jamais de fidélité. Êtes-vous tenté ? oh ! c’est ici que vous allez trouver des armes fortes et terribles pour vaincre votre ennemi. Craignez-vous le jugement formidable qui a fait trembler les plus grands saints ? profitez du temps que votre Dieu est le Dieu de miséricorde, et qu’il est si aisé d’en avoir votre grâce. Êtes-vous opprimé par la pauvreté ? venez ici, vous y trouverez un Dieu infiniment riche et qui vous dira que tous ses biens sont à vous, non dans ce monde, mais dans l’autre : « C’est là que je te prépare des biens infinis ; va, méprise ces biens périssables, et tu en auras qui ne périront jamais ». Voulons-nous commencer à goûter le bonheur des saints ? venons ici et nous en éprouverons les heureux commencements.

    Ah ! qu’il fait bon, mes frères, jouir des chastes embrassements du Sauveur ! Ah ! vous ne les avez jamais goûtés ! Si vous aviez eu ce bonheur, vous ne pourriez plus en sortir. Ne soyons plus étonnés de ce que tant de saintes âmes ont passé leur vie dans sa maison et le jour et la nuit ; elles ne pouvaient plus se séparer de sa présence.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • « Il s’approcha et pansa ses blessures. » (Lc 10, 34)

    Je me suis éloigné, Ami de l’homme, j’ai séjourné dans le désert,
    je me suis caché de toi, mon doux Maître,
    plongé dans la nuit des soucis de la vie
    où j’ai subi mainte morsure et mainte blessure,
    d’où je remonte, l’âme marquée de mainte plaie,
    et je crie dans ma douleur et la souffrance de mon cœur :
    Aie pitié de moi, fais-moi miséricorde, à moi le pécheur !

    Médecin qui seul aime les âmes, seul aime la miséricorde,
    qui guéris gratuitement les malades et les blessés,
    sois le médecin de mes meurtrissures, de mes blessures !
    Distille l’huile de ta grâce, mon Dieu,
    étends-la sur mes plaies, étanche mes ulcères,
    cicatrise et revigore mes membres
    déliquescents, et efface-en toutes les cicatrices, Sauveur,
    redonne-moi totale et parfaite santé, comme auparavant. (…)

    Je me suis relâché, Maître, pour avoir compté sur moi-même ;
    je me suis laissé entraîner par le souci des choses sensibles
    et j’ai succombé, malheureux, à la préoccupation des choses de la vie.
    Comme le fer une fois refroidi, je suis devenu noir
    et, à force de traîner par terre, j’ai contracté la rouille.

    Voilà pourquoi je crie vers toi, pour être à nouveau purifié,
    je t’en prie, Ami de l’homme, et pour être ramené
    à ma beauté première, et jouir de ta lumière
    maintenant et toujours et dans tous les siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Allez ! Voici que je vous envoie. » (Lc 10, 3)

    « Allez… » nous dites-vous à tous les tournants de l’Évangile.
    Pour être dans votre sens, il faut aller,
    même quand notre paresse nous supplie de demeurer.

    Vous nous avez choisis pour être dans un équilibre étrange.
    Un équilibre qui ne peut s’établir et tenir
    que dans un mouvement
    que dans un élan.
    Un peu comme un vélo qui ne tient pas debout sans rouler,
    un vélo qui reste penché contre un mur
    tant qu’on ne l’a pas enfourché,
    pour le faire filer bon train sur la route.

    La condition qui nous est donnée c’est une insécurité universelle,
    vertigineuse.
    Dès que nous nous prenons à la regarder,
    notre vie penche, se dérobe.

    Nous ne pouvons tenir debout que pour marcher, que pour foncer,
    dans un élan de charité. (…)

    Vous vous refusez à nous fournir une carte routière.
    Notre cheminement se fait la nuit.
    Chaque acte à faire à tour de rôle s’illumine
    comme des relais de signaux.
    Souvent la seule chose garantie c’est cette fatigue régulière
    du même travail chaque jour à faire,
    du même ménage à recommencer,
    des mêmes défauts à corriger,
    des mêmes bêtises à ne pas faire.

    Mais en dehors de cette garantie,
    tout le reste est laissé à votre fantaisie
    qui s’en donne à l’aise avec nous.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • Fête des Sts Anges Gardiens

    C’est aujourd’hui votre fête, ô mon bon ange… De tout mon cœur je vous dis aux pieds de Jésus : bonne fête ! (…) Merci de tous vos bienfaits ! Pardon de toutes mes ingratitudes et de me tenir avec si peu de respect en votre présence, pardon de vous contrister si souvent ! Gardez-moi, secourez-moi de plus en plus ! (…) Je vous honore et vous aime, cela est ma volonté, autant que Dieu le permet et le veut…

    On demande aux saints des grâces pour leur fête au lieu de leur faire des offrandes, inspirez-moi ce qu’il vous fera le plus de plaisir que je vous demande, mon bon ange, et je vous le demanderai : « Un grand respect de ma présence et de la présence de Dieu… penser, parler, agir comme étant sans cesse sous les yeux de Jésus Notre Seigneur et sous les miens et respecter notre présence comme celle d’êtres très aimés et très vénérés. (…) Voilà ce que je te demande pour l’honneur de Jésus, le mien, et pour ton bien, mon enfant ». Mon bon ange, mon cher ange, il me semble que vous me répondez cela… Je vous le promets… Je vous demande cette grâce et je vous promets de m’efforcer d’y être fidèle (…).

    Si de moi-même, et j’espère que cela ne vient pas de moi mais de Jésus, j’osais vous offrir, par sa force, par son assistance et à l’aide de sa grâce, quelque chose pour votre fête, je vous offrirais le désir de vous aimer de plus en plus, de croître sans cesse en amour, confiance, dévotion pour vous et d’avoir de plus en plus présent à la pensée le sentiment de votre bénie présence. Soyez bénis, mon cher ange gardien, bonne fête ! Soyez bénis ô anges gardiens de tous les hommes.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

     

     

     

     

  • « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. »

    Malheur à ceux qui gardent leur richesse en dépôt !
    Malheur à ceux qui veulent recevoir leur gloire des hommes !
    Malheur à ceux qui se faufilent parmi les riches
    au lieu de désirer la gloire de Dieu, la richesse de Dieu,
    de désirer être unis avec lui et rien d’autre,
    car vain est le monde et tout ce qui est dans le monde,
    tout ne sera que vanités des vanités. (…)
    Malheur, mon âme, à ceux qui désirent la gloire des hommes,
    car alors ils seront privés de la gloire de Dieu !
    Malheur, mon âme, à ceux qui gardent leur richesse entassée,
    car là-bas ils soupireront après une goutte d’eau !
    Malheur, mon âme, à ceux qui mettent dans l’homme leur espérance,
    car l’homme mourra, et avec lui leurs espoirs,
    et alors ils se trouveront dénués de tout espoir !
    Malheur, mon âme, à ceux qui trouvent ici-bas leur repos,
    car là-bas ils trouveront éternellement l’affliction !

    Dis-moi, mon âme, pourquoi es-tu triste, que recherches-tu des biens de cette vie !
    réponds-moi et je t’enseignerai de chacun l’utilité,
    laisse-toi instruire, apprends ce qu’il y a de bon en chacun.
    Veux-tu être glorifiée, dis-moi, veux-tu être louée ?
    Écoute donc ce qu’est l’honneur et ce qu’est le déshonneur.
    L’honneur, c’est d’honorer tous les êtres, mais Dieu plus qu’eux tous,
    de gagner pour toute richesse ses commandements
    et pour eux de souffrir les injures, pour eux les insultes,
    pour eux de supporter les outrages de toute sorte.
    Lorsqu’en effet, mon âme, tu t’es efforcée en quelque occasion
    d’honorer Dieu, de le glorifier, et pour cela tu as été outragée, méprisée,
    c’est alors que tu as obtenu l’honneur et la gloire qui demeurent,
    car la gloire de Dieu ne manquera pas de venir sur toi ;
    c’est alors que tous les anges te loueront,
    car tu auras honoré Dieu, Dieu qu’ils chantent eux-mêmes.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • « Il passa la nuit à prier Dieu. »

    La prière du Christ à Gethsémani est la rencontre de la volonté humaine de Jésus Christ avec la volonté éternelle de Dieu… Le Fils s’est fait homme pour qu’ait lieu cette rencontre de sa volonté humaine avec celle du Père. Il s’est fait homme pour que cette rencontre soit pleine de la vérité sur la volonté humaine et sur le cœur humain, ce cœur qui veut faire disparaître le mal, la souffrance, le jugement, la flagellation, la couronne d’épines, la croix et la mort. Il s’est fait homme pour que sur ce fond de la vérité sur la volonté humaine et sur un cœur humain apparaisse toute la grandeur de l’amour qui s’exprime dans le don de soi et le sacrifice : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jn 3,16). A l’heure où le Christ prie, l’amour éternel doit se confirmer par l’offrande du cœur humain. Et il se confirme : le Fils ne refuse pas à son cœur de devenir l’autel, le lieu de l’élévation, avant de devenir l’emplacement de la croix…

    La prière est donc la rencontre de la volonté humaine avec la volonté de Dieu. Son fruit privilégié est l’obéissance du Fils envers le Père : « Que ta volonté soit faite ». Cependant, l’obéissance ne signifie pas d’abord le renoncement à sa propre volonté, mais une réelle ouverture du regard spirituel, de l’ouïe spirituelle, vers cet Amour qui est Dieu même. C’est cet Amour que Dieu est (1Jn 4,16), lui qui a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. Voici donc l’homme, voici Jésus Christ, le Fils de Dieu ; après sa prière à Gethsémani il se relève, raffermi par cette obéissance par laquelle il a de nouveau rejoint cet amour, ce don du Père au monde et à tous les hommes.

    Cardinal Karol Wojtyla (Saint Jean Paul II)

     

     

     

     

  • « Nos lampes s’éteignent. »

    Je ne suis pas devenu sage (…),
    Comme l’étaient les cinq vierges sages ;
    Le bien facile avec le difficile,
    Je ne l’ai point acquis.
    Mais je suis devenu le dernier des insensés
    En ne conservant pas de l’huile pour ma lampe :
    C’est-à-dire la miséricorde avec la virginité,
    Ou bien encore l’onction de la Fontaine sacrée [du baptême] (…).

    C’est pourquoi les portes de la salle des noces
    Sont fermées à moi aussi dans ma négligence.
    Mais ici-bas, tandis que je suis dans un corps,
    Ô Toi, mon Époux, écoute mon âme épouse (…);
    Dès maintenant je crie d’une voix pitoyable :
    « Ouvre-moi ta porte céleste,
    Introduis-moi dans ta chambre nuptiale là-haut,
    Rends-moi digne du saint baiser,
    De l’étreinte pure et immaculée.
    Que je n’entende pas la voix
    Qui répond ne pas me connaître.
    Mais grâce à ta lumière veuille allumer
    Le flambeau éteint de mon esprit, à moi l’aveugle ! »

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)