« Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. »

  Ce n’est pas seulement à Jean, ton disciple bien-aimé, que la porte ouverte dans le ciel a été montrée (Ap 4,1). C’est publiquement que tu l’as déclarée à tous…: « Moi, je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ».       

Toi, donc, tu es la porte… Mais si nous voyons la porte grande ouverte dans le ciel, nous qui sommes sur terre, à quoi cela nous sert-il, à nous qui ne pouvons pas monter là-haut ? Paul répond : « Celui qui monte est celui-là même qui est descendu » (Ep 4,10). Qui est-il ? L’amour. En effet, Seigneur, l’amour qui est en nous monte vers toi là-haut, parce que l’amour qui est en toi est descendu vers nous ici-bas. Parce que tu nous as aimés, tu es descendu ici-bas vers nous ; en t’aimant nous monterons là-haut, vers toi.       

Puisque toi-même tu as dit : « Moi, je suis la porte », par toi-même je t’en prie, ouvre-toi toi-même à nous, afin de nous montrer, avec plus d’évidence, de quelle demeure tu es la porte… La demeure dont tu es la porte, nous l’avons déjà dit, c’est le ciel ; le Père y habite, de qui nous lisons : « Le Seigneur a son trône dans le ciel » (Ps 10,4). C’est bien pourquoi « personne ne vient au Père sinon par toi » (Jn 14,6), qui es la porte… Vers toi donc nous tendons, vers toi nous aspirons. Réponds, je t’en prie : « Maître, où demeures-tu ? » (Jn 1,38) Aussitôt tu réponds : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi » (Jn 14,11). Et ailleurs : « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous » (Jn 14,20)… Ta demeure donc, c’est le Père, et toi tu es celle du Père. Mais il n’y a pas que cela, car nous aussi nous sommes ta demeure, et toi la nôtre.

Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148)