Aimés de seule miséricorde

Comme il est long, Seigneur, d’arriver à comprendre
que de seul pitié nous pouvons être aimés,
et que nul estime,
nulle admiration,
nulle confiance
ne peut venir de vous à nous
sans qu’elle soit passée par vos miséricordes.

C’est long : mais cela vient.
Comme un enfant aveugle et sourd,
entre les genoux de sa mère,
noyé dans le noir et la solitude,
ainsi découvrons-nous notre âme
entre les deux genoux de votre Providence.

Et votre esprit, alors, nous investit :
ce doigt de la droite du Père,
comme une main maternelle,
révélatrice,
éducatrice,
qui rallie à la vie son enfant.

Par pulsion votre esprit nous guide ;
par contact il nous annonce ce qui est.
Son enveloppement muet ensème notre cœur d’un germe de paroles.

Aux mots que nous disons dans notre solitude et notre noir,
répond le silence de votre esprit ;
un silence dont la proximité nous enserre
et nous enseigne.

Pour cela, il nous suffit de savoir que nos yeux sont vraiment
incapables de voir
et nos oreilles sourdes
à tout
ce qui est vous.

Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)