Étiquette : Amour

  • Recevoir dans la Foi un si grand mystère d’Amour

    Recevoir dans la Foi un si grand mystère d’Amour

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Ô ma fille très chère, ouvre bien l’œil de l’intelligence pour contempler l’abîme de ma Charité. Il n’est pas une créature raisonnable dont le cœur ne dût se briser sous la pression de l’amour, en considérant après tous les biens dont je vous ai comblés, le bienfait que vous recevez dans ce Sacrement. (…)

    Qui goûte et voit et touche ce sacrement ? Les sens de l’âme. Avec quel œil le voit-elle ? Avec l’œil de l’intelligence, si cet œil est muni de la pupille de la très sainte Foi. Cet œil voit sous cette blancheur Dieu tout entier, l’homme tout entier, la nature divine unie à la nature humaine, le corps, l’âme, le sang du Christ, l’âme unie au corps, le corps et l’âme unis à ma nature divine, sans qu’elle soit séparée de Moi. (…) Et qui le touche ? La main de l’amour. Oui, c’est avec cette main que l’âme touche ce que l’œil de l’esprit a vu et connu dans le Sacrement par la foi : et elle touche avec cette main de l’amour, pour s’assurer de ce que l’intelligence a vu et connu par la Foi. Qui le goûte ? Le goût du saint désir. Le goût corporel goûte la saveur du pain, et le goût de l’âme qui est le saint désir goûte le Dieu-homme. Tu vois donc que les sens du corps sont ici déçus, mais non le sens de l’âme, à cause de la lumière et de la certitude qu’elle possède en elle-même.

    Car l’œil de l’intelligence a perçu par la pupille de la très sainte Foi ; ayant vu, il connaît, puis il touche avec foi, par la main de l’amour, ce qu’il a connu par la foi. Enfin par ce goût qui est en elle, par l’ardent désir, l’âme goûte ce qu’elle a vu et touché, l’amour ineffable de mon ardente Charité. C’est cet Amour qui a daigné l’inviter à recevoir un si grand mystère, avec la grâce qu’il produit, dans ce Sacrement.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Demander au Père l’Amour

    Demander au Père l’Amour

    « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom » (Jn 16,23). Le Père est Dieu ; nous sommes ses enfants et lui disons chaque jour : “Notre Père, qui est aux cieux…” Nous, les enfants, nous devons donc demander quelque chose au Père et ce quelque chose est l’amour. En effet, tout ce qui existe n’est rien en dehors de l’amour de Dieu.

    Aimer Dieu est donc ce quelque chose que nous devons demander. Aimons donc Dieu comme le petit de la cigogne aime son père. On dit que le petit de la cigogne aime tellement son père que, lorsqu’il vieillit, il le réconforte et le nourrit. De la même manière, nous devons réconforter notre Père en ce monde qui vieillit ; le réconforter dans ses membres faibles et malades ; le nourrir dans les pauvres et les indigents. Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, a dit Jésus, c’est à moi que vous l’aurez fait (cf. Mt 25,40). Si nous demandons l’amour, le Père qui est amour, nous donnera ce qu’il est lui-même : l’Amour.

    Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

  • Aimés de seule miséricorde

    Aimés de seule miséricorde

    Comme il est long, Seigneur, d’arriver à comprendre
    que de seul pitié nous pouvons être aimés,
    et que nul estime,
    nulle admiration,
    nulle confiance
    ne peut venir de vous à nous
    sans qu’elle soit passée par vos miséricordes.

    C’est long : mais cela vient.
    Comme un enfant aveugle et sourd,
    entre les genoux de sa mère,
    noyé dans le noir et la solitude,
    ainsi découvrons-nous notre âme
    entre les deux genoux de votre Providence.

    Et votre esprit, alors, nous investit :
    ce doigt de la droite du Père,
    comme une main maternelle,
    révélatrice,
    éducatrice,
    qui rallie à la vie son enfant.

    Par pulsion votre esprit nous guide ;
    par contact il nous annonce ce qui est.
    Son enveloppement muet ensème notre cœur d’un germe de paroles.

    Aux mots que nous disons dans notre solitude et notre noir,
    répond le silence de votre esprit ;
    un silence dont la proximité nous enserre
    et nous enseigne.

    Pour cela, il nous suffit de savoir que nos yeux sont vraiment
    incapables de voir
    et nos oreilles sourdes
    à tout
    ce qui est vous.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

  • Le bon usage des richesses

    Ô Jésus, je le sais, l’amour ne se paie que par l’amour, aussi j’ai cherché, j’ai trouvé le moyen de soulager mon cœur en te rendant Amour pour Amour. « Employez les richesses qui rendent injustes à vous faire des amis qui vous reçoivent dans les tabernacles éternels » (Lc 16,9). Voilà, Seigneur, le conseil que tu donnes à tes disciples après leur avoir dit que « les enfants de ténèbres sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière ». Enfant de lumière, j’ai compris que mes désirs d’être tout, d’embrasser toutes les vocations, étaient des richesses qui pourraient bien me rendre injuste, alors je m’en suis servie à me faire des amis. Me souvenant de la prière d’Élisée à son père Élie lorsqu’il osa lui demander son « double esprit » (2R 2,9), je me suis présentée devant les anges et les saints, et je leur ai dit : « Je suis la plus petite des créatures, je connais ma misère et ma faiblesse, mais je sais aussi combien les cœurs nobles et généreux aiment à faire du bien, je vous supplie donc, ô bienheureux habitants du Ciel, je vous supplie de m’adopter pour enfant. À vous seuls sera la gloire que vous me ferez acquérir, mais daignez exaucer ma prière ; elle est téméraire, je le sais, cependant j’ose vous demander de m’obtenir votre double Amour. »

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

  • Commémoration de tous les fidèles défunts

    L’amour dont Dieu nous a aimés a délié par sa puissance les liens dans lesquels la mort nous tenait prisonniers. Désormais, celle-ci ne peut retenir qu’un instant ceux qu’il lui est permis de toucher. Car « le Christ est ressuscité, prémices de ceux qui se sont endormis » (1Co 15, 20). Il nous confirme dans la certitude que nous ressusciterons, par le mystère, l’exemple et le témoignage de sa propre résurrection ainsi que par la parole de sa promesse.

    Elle est forte, la mort capable de nous enlever le don de la vie ; il est fort, l’amour qui peut nous rendre à une vie meilleure. La mort est forte : sa puissance peut nous dépouiller de notre corps ; l’amour est fort : il a pouvoir d’arracher à la mort son butin et de nous le rendre. Elle est forte, la mort : nul homme ne peut lui résister ; il est fort, l’amour, à tel point qu’il triomphe de la mort, émousse son aiguillon, arrête son ambition, et renverse sa victoire. Elle sera en effet bafouée chaque fois qu’on lui dira : « Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? » (1 Co 15,55). « L’amour est fort comme la mort » (Ct 8,6), car la mort de la mort c’est l’amour du Christ, comme le suggère cette parole : « Mort, je serai ta mort ; enfer, je serai ta perte » (Os 13,14).

    L’amour dont nous aimons le Christ est, lui aussi, puissant comme la mort, car il est une sorte de mort : l’extinction de la vie ancienne, l’abolition des vices, l’abandon des œuvres de la mort. Cet amour que nous avons pour le Christ est comme une réponse à celui qu’il nous porte ; bien qu’il lui soit inégal, il est à son image. Lui nous a aimés le premier, et, par l’exemple d’amour qu’il nous a donné, il est devenu notre modèle et notre sceau. À nous de nous laisser empreindre à son image, de déposer le masque terrestre et de revêtir la figure céleste, à nous d’aimer le Christ comme il nous a aimés.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190)

  • Aimer de l’amour même de Dieu !

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Sache-le bien, toute imperfection ou toute perfection dans l’amour se manifeste et s’acquiert vis-à-vis de Moi, et aussi pareillement à l’égard du prochain. Elles le savent bien, les âmes simples, qui souventes fois aiment les créatures d’un amour spirituel. Si elles m’aiment d’un amour épuré et désintéressé, c’est purement aussi et avec désintéressement qu’elles aiment leur prochain.

    Il en est comme du vase que l’on remplit à la fontaine. Si on le retire de la source pour boire, il est bientôt vide. Mais si on le tient plongé dans la source, on peut y boire toujours, il demeure toujours plein. Ainsi en est-il pour l’amour du prochain, spirituel ou temporel : il le faut boire en Moi, sans autre considération. Car je vous demande de m’aimer du même amour dont je vous aime.

    En vérité vous ne le sauriez faire complètement. Moi je vous ai aimés, avant d’être aimé, et dès lors, tout amour que vous avez pour moi, est une dette que vous acquittez, non une grâce que vous me faites, tandis que l’amour que j’ai pour vous est une faveur que je vous accorde, mais que je ne vous dois pas. Vous ne pouvez donc me rendre, à Moi, l’amour que je vous réclame. Mais je vous ai placés à côté de votre prochain, pour vous permettre de faire pour lui ce que vous ne pouvez faire pour moi : l’aimer par grâce, et avec désintéressement, sans en attendre aucun avantage. Je considère alors comme fait à moi ce que vous faites au prochain.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Demeurez dans mon amour » (Jn 15,9)

    Du début de sa conversion jusqu’au jour de sa mort, le bienheureux François a toujours été très rude pour son corps. Mais son principal et suprême souci a été de posséder et de conserver toujours au-dedans et au-dehors la joie spirituelle. Il affirmait que si le serviteur de Dieu s’efforçait de posséder et de conserver la joie spirituelle intérieure et extérieure qui procède de la pureté du cœur, les démons ne pourraient lui faire aucun mal, contraints de reconnaître : « Puisque ce serviteur de Dieu conserve sa joie dans la tribulation comme dans la prospérité, nous ne pouvons trouver aucun accès pour nuire à son âme. »

    Un jour, il a repris un de ses compagnons qui avait l’air triste et le visage chagrin : « Pourquoi manifester ainsi la tristesse et la douleur que tu ressens de tes péchés ? C’est affaire entre Dieu et toi. Prie-le de te rendre, par sa bonté, la joie du salut (Ps 50,14). Devant moi et devant les autres, tâche de te montrer toujours joyeux, car il ne convient pas qu’un serviteur de Dieu paraisse devant les frères ou les autres hommes avec un visage triste et renfrogné ».

    Vie de saint François d’Assise dite « Anonyme de Pérouse » (13e s.)

     
  • « Son cœur est loin de moi. »

    Laisser l’amour de Dieu prendre entière et absolue possession d’un cœur ; que cela devienne pour ce cœur comme une seconde nature ; que ce cœur ne laisse rien entrer en lui qui lui soit contraire ; qu’il s’applique continuellement à accroître cet amour de Dieu en cherchant à lui plaire en tout et en ne lui refusant rien de ce qu’il demande ; qu’il accepte comme venant de la main de Dieu tout ce qui lui arrive.

    La connaissance de Dieu produit l’amour, et la connaissance de soi produit l’humilité. L’humilité n’est rien d’autre que la vérité. « Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ? » demande saint Paul (1Co 4,7). Si j’ai tout reçu, quel bien ai-je par moi-même ? Si nous en sommes convaincus, nous ne relèverons jamais la tête avec orgueil. Si vous êtes humble, rien ne vous touchera, ni louange ni opprobre, car vous savez ce que vous êtes. Si l’on vous blâme, vous n’en serez pas découragé. Si l’on vous proclame saint, vous ne vous placerez pas sur un piédestal. La connaissance de nous-mêmes nous met à genoux.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • La banque de l’amour

    « Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur (Is 55,8). Le mérite ne consiste pas à faire ni à donner beaucoup, mais plutôt à recevoir, à aimer beaucoup. Il est dit que c’est bien plus doux de donner que de recevoir (Ac 20,35), et c’est vrai, mais alors, quand Jésus veut prendre pour lui la douceur de donner, ce ne serait pas gracieux de refuser. Laissons-le prendre et donner tout ce qu’il voudra. La perfection consiste à faire sa volonté, et l’âme qui se livre entièrement à lui est appelée par Jésus lui-même « sa mère, sa sœur » et toute sa famille (Mt 12,50). Et ailleurs : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, c’est-à-dire il fera ma volonté et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23). Oh, comme c’est facile de plaire à Jésus, de ravir son cœur, il n’y a qu’à l’aimer sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts.

    Ta Thérèse ne se trouve pas dans les hauteurs en ce moment, mais Jésus lui apprend à tirer profit de tout, du bien et du mal qu’elle trouve en soi. Il lui apprend à jouer à la banque de l’amour, ou plutôt non, il joue pour elle sans lui dire comment il s’y prend car cela est son affaire et non pas celle de Thérèse ; ce qui la regarde c’est de s’abandonner, de se livrer sans rien réserver, pas même la jouissance de savoir combien la banque lui rapporte…

    En effet les directeurs [spirituels] font avancer dans la perfection en faisant faire un grand nombre d’actes de vertus et ils ont raison, mais mon directeur qui est Jésus ne m’apprend pas à compter mes actes ; il m’enseigne à faire tout par amour, à ne lui rien refuser, à être contente quand il me donne une occasion de lui prouver que je l’aime, mais cela se fait dans la paix, dans l’abandon, c’est Jésus qui fait tout et moi je ne fais rien.

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

     

     

     

  • Développer en nous le germe de l’amour

    L’amour de Dieu ne s’enseigne pas. Personne ne nous a appris à jouir de la lumière ni à tenir à la vie par-dessus tout ; personne non plus ne nous a enseigné à aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont élevés. De la même façon, ou plutôt à plus forte raison, ce n’est pas un enseignement extérieur qui nous apprend à aimer Dieu. Dans la nature même de l’être vivant – je veux dire de l’homme – se trouve inséré comme un germe qui contient en lui le principe de cette aptitude à aimer.

    C’est à l’école des commandements de Dieu qu’il appartient de recueillir ce germe, de le cultiver diligemment, de le nourrir avec soin, et de le porter à son épanouissement moyennant la grâce divine. Autant que le Saint-Esprit nous en donnera le pouvoir, nous nous efforcerons, avec l’aide de Dieu et de vos prières, d’exciter l’étincelle de l’amour divin caché en vous. (…)

    C’est en usant loyalement et convenablement de ces forces que nous vivons saintement dans la vertu ; en les détournant de leur fin, que nous sommes au contraire emportés vers le mal. Telle est, en effet, la définition du vice : l’usage abusif, et contraire aux commandements du Seigneur, des facultés que Dieu nous a données pour le bien, et telle, par conséquent, la définition de la vertu que Dieu exige de nous : l’usage consciencieux de ces facultés selon l’ordre du Seigneur.

    Cela étant, nous dirons la même chose de la charité. En recevant de Dieu le commandement de l’amour, nous avons aussitôt, dès notre origine, possédé la faculté naturelle d’aimer.

    Saint Basile (v. 330-379)