Étiquette : Ste Thérèse Bénédicte de la Croix

  • Fête de saint Étienne, premier martyr

    Tout près du Sauveur nouveau-né, nous voyons saint Étienne. Qu’est-ce qui a valu cette place d’honneur à celui qui le premier a rendu au Crucifié le témoignage du sang ? Il a accompli dans son ardeur juvénile ce que le Seigneur a déclaré en entrant dans le monde : « Tu m’as donné un corps. Me voici, je viens faire ta volonté » (He 10,5-7). Il a pratiqué l’obéissance parfaite, qui plonge ses racines dans l’amour et s’extériorise dans l’amour.

    Il a marché sur les traces du Seigneur en ce qui, selon la nature, est peut-être pour le cœur humain le plus difficile, qui semble même impossible : comme le Sauveur lui-même, il a accompli le commandement de l’amour des ennemis. L’Enfant dans la crèche, qui est venu pour accomplir la volonté de son Père jusqu’à la mort sur la croix, voit en esprit devant lui tous ceux qui le suivront sur cette voie. Il aime ce jeune homme qu’il attendra un jour pour le placer le premier près du trône du Père, une palme à la main. Sa petite main nous le désigne comme modèle, comme s’il nous disait : Voyez l’or que j’attends de vous.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Suis-moi ! »

    Le Sauveur nous a précédés sur le chemin de la pauvreté. Tous les biens du ciel et de la terre lui appartenaient. Ils ne présentaient pour lui aucun danger ; il pouvait en faire usage tout en gardant son cœur entièrement libre. Mais il savait qu’il est presque impossible à un être humain de posséder des biens sans s’y subordonner et en devenir esclave. C’est pourquoi il a tout abandonné et nous a montré ainsi par son exemple plus encore que par ses paroles que seul possède tout celui qui ne possède rien. Sa naissance dans une étable et sa fuite en Égypte montraient déjà que le Fils de l’homme ne devait pas avoir d’endroit où reposer la tête. Qui veut le suivre doit savoir que nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente. Plus vivement nous en prendrons conscience, plus ardemment nous tendrons vers notre demeure future et nous exulterons à la pensée que nous avons droit de cité au ciel.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison. »

    Tout est un pour ceux qui sont parvenus à l’unité profonde de la vie divine : le repos et l’action, contempler et agir, se taire et parler, écouter et s’ouvrir, recevoir en soi le don de Dieu et rendre l’amour à flots dans l’action de grâces et la louange. (…) Il nous faut pendant des heures écouter en silence, laisser la parole divine s’épanouir en nous jusqu’à ce qu’elle nous incite à louer Dieu dans la prière et le travail.

    Les formes traditionnelles nous sont nécessaires aussi et nous devons participer au culte public ainsi que l’ordonne l’Église, pour que notre vie intérieure s’éveille, reste dans la voie droite et trouve l’expression qui lui convient. La louange solennelle de Dieu doit avoir ses sanctuaires sur la terre afin d’être célébrée avec toute la perfection dont les hommes sont capables. De là, au nom de la sainte Église, elle peut monter vers le ciel, agir sur tous ses membres, éveiller leur vie intérieure et stimuler leur effort fraternel. Mais pour que ce chant de louange soit vivifié de l’intérieur, encore faut-il qu’il y ait dans ces lieux de prière des temps réservés à l’approfondissement spirituel dans le silence ; sinon, cette louange dégénérerait en un balbutiement des lèvres dépouillé de vie. C’est grâce à ces foyers de vie intérieure que ce danger est écarté ; les âmes peuvent y méditer devant Dieu dans le silence et la solitude, afin d’être au cœur de l’Église les chantres de l’amour qui vivifie tout.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « C’est moi. Soyez sans crainte. »

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    — Seigneur, que les vagues sont hautes,
    que la nuit est obscure !
    Ne voudrais-tu pas l’éclairer
    pour moi qui veille solitaire ?
     
    — Tiens fermement le gouvernail,
    garde confiance et reste calme.
    Ta barque a du prix à mes yeux,
    je veux la mener à bon port.
     
    Garde bien sans défaillance
    les yeux fixés sur le compas.
    Il aide à parvenir au but
    à travers nuits et tempêtes.
     
    L’aiguille du compas de bord
    frémit mais se maintient.
    Elle te montrera le cap
    que je veux te voir prendre.
     
    Garde confiance et reste calme :
    à travers nuits et tempêtes
    la volonté de Dieu, fidèle,
    te guide, si ton cœur veille..

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

  • « Afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. »

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    Mon Seigneur et mon Dieu,
    tu m’as guidée sur un long chemin obscur, pierreux et dur.
     
    Mes forces semblaient souvent vouloir m’abandonner,
    je n’espérais presque plus voir un jour la lumière.
    Mon cœur se pétrifiait dans une souffrance profonde
    quand la clarté d’une douce étoile se leva à mes yeux.
     
    Fidèle, elle me guida et je la suivis
    d’un pas d’abord timide, plus assuré ensuite.
    J’arrivai enfin devant la porte de l’Église.
    Elle s’ouvrit. Je demandai à entrer.
     
    Ta bénédiction m’accueille par la bouche de ton prêtre.
    À l’intérieur des étoiles se succèdent,
    des étoiles de fleurs rouges qui me montrent le chemin jusqu’à toi…
    Et ta bonté permet qu’elles m’éclairent dans mon chemin vers toi.
     
    Le mystère qu’il me fallait garder caché au profond de mon cœur,
    je peux désormais l’annoncer à haute voix :
    Je crois, je confesse ma foi !
     
    Le prêtre me conduit aux marches de l’autel,
    j’incline le front,
    l’eau sainte coule sur ma tête.
     
    Seigneur, est-il possible à quelqu’un de renaître
    une fois écoulée la moitié de sa vie ? (Jn 3,4)
    Tu l’as dit, et c’est pour moi devenu réalité.
     
    Le poids des fautes et des peines de ma longue vie m’a quittée.
    Debout, j’ai reçu le manteau blanc placé sur mes épaules,
    symbole lumineux de la pureté !
     
    J’ai porté à la main le cierge dont la flamme annonce
    qu’en moi brûle ta vie sainte.
    Mon cœur est désormais devenu la crèche qui attend ta présence.
    Pour peu de temps !
     
    Marie, ta mère, qui est aussi la mienne, m’a donné son nom.
    À minuit elle dépose en mon cœur son enfant nouveau-né.
    Oh ! nul cœur humain ne peut concevoir
    ce que tu prépares à ceux qui t’aiment (1Co 2,9).
     
    Tu es à moi désormais et jamais plus je ne te quitterai.
    Où que puisse aller la route de ma vie, tu es auprès de moi.
    Rien jamais ne pourra me séparer de ton amour (Rm 8,39).
     

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

  • Fête des saints Innocents, martyrs

    Nous ne savons pas où l’Enfant divin veut nous conduire sur cette terre, et nous ne devons pas le demander avant l’heure. Notre certitude, c’est que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28) et, de plus, que les chemins tracés par le Seigneur mènent au-delà de cette terre. En prenant un corps, le Créateur du genre humain nous offre sa divinité. Dieu s’est fait homme pour que les hommes puissent devenir enfants de Dieu. « Ô merveilleux échange » [liturgie de Noël]…

    Être enfant de Dieu signifie se laisser conduire par la main de Dieu, faire la volonté de Dieu et non la sienne, déposer dans la main de Dieu tous nos soucis et toute notre espérance, ne plus se soucier ni de soi, ni de son avenir. C’est sur cette base que reposent la liberté et la joie de l’enfant de Dieu…

    Dieu est devenu homme pour que nous puissions participer à sa vie… La nature humaine que le Christ a assumée a rendu possible qu’il souffre et qu’il meurt… Tout homme doit souffrir et mourir, mais s’il est un membre vivant du Corps du Christ, sa souffrance et sa mort reçoivent une force rédemptrice par la divinité de celui qui en est la tête… Dans la nuit du péché brille l’étoile de Bethléem. Et sur la lumière éclatante qui jaillit de la crèche descend l’ombre de la croix. La lumière s’éteint dans les ténèbres du Vendredi Saint, mais elle surgit plus brillante encore, tel un soleil de grâce, au matin de la résurrection. C’est par la croix et la souffrance que passe le chemin du Fils de Dieu fait chair, jusqu’à la gloire de la résurrection. Pour parvenir à la gloire de la résurrection avec le Fils de l’Homme, c’est par la souffrance et la mort que passe le chemin, pour chacun de nous et pour l’humanité entière.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Mère de tous les vivants » (Gn 3,20)

    « J’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » (Ap 21, 2). Comme le Christ lui-même est descendu du ciel sur la terre, son épouse, la sainte Église, a aussi son origine dans le ciel ; elle est née de la grâce de Dieu, elle est descendue avec le Fils de Dieu lui-même et lui est indissolublement unie. Elle est construite de pierres vivantes (1P 2,5) ; et sa pierre de fondation (Ep 2,20) a été posée quand le Verbe de Dieu a assumé la nature humaine dans le sein de la Vierge. En cet instant-là s’est noué entre l’âme de l’enfant divin et l’âme de sa mère virginale le lien de l’union la plus intime, que nous appelons nuptiale.

    Cachée du monde entier, la Jérusalem céleste était descendue sur la terre. De cette première union nuptiale devaient naître toutes les pierres qui s’ajouteraient à la puissante construction, toutes les âmes que la grâce éveillerait à la vie. La mère épouse devait ainsi devenir la mère de tous les rachetés.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

     

  • « Qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive ! »

    L’union avec le Christ est notre béatitude et l’approfondissement de notre union avec lui fait notre bonheur ici-bas. L’amour de la croix ne se trouve donc nullement en contradiction avec notre joie d’être enfants de Dieu. Aider à porter la croix du Christ donne une allégresse forte et pure à ceux qui y sont appelés et qui le peuvent ; ceux qui participent ainsi à l’édification du Royaume de Dieu sont vraiment les enfants de Dieu. Ainsi, une prédilection pour le chemin de la croix ne signifie pas non plus que l’on répugne à voir le Vendredi saint passé et l’œuvre de la Rédemption accomplie. Seuls des rachetés, seuls des enfants de la grâce peuvent vraiment porter la croix du Christ. Ce n’est que de l’union avec la Tête divine que la souffrance humaine reçoit sa puissance rédemptrice. Souffrir et être bienheureux dans la souffrance, se tenir debout sur la terre, aller de par les chemins poussiéreux et caillouteux de cette terre tout en siégeant avec le Christ à la droite du Père (cf Col 3,1), rire et pleurer avec les enfants de ce monde sans cesser de chanter avec les chœurs angéliques la louange de Dieu, voilà la vie du chrétien, jusqu’à ce que se lève l’aurore de l’éternité.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l’Europe

     

     

     

     

  • Trois saintes, co-patronnes de l’Europe

    L’Europe est déjà placée sous la protection céleste de trois grands saints : celle de Benoît de Nursie, père a du monachisme occidental, ainsi que celle des deux frères Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves. À ces témoins éminents du Christ, j’ai également voulu associer trois autres figures féminines, afin de souligner le grand rôle que les femmes ont joué et continuent à jouer dans l’histoire ecclésiale et civile du continent, jusqu’à nos jours. Depuis ses tout débuts et bien que conditionnée par les cultures dans lesquelles elle était insérée, l’Église a toujours reconnu la pleine dignité spirituelle de la femme, à commencer par la vocation et la mission personnelle de Marie, Mère du Rédempteur. Dès le début, les chrétiens se sont adressés à ces femmes, telles que Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile et Anastasie — comme l’atteste le Canon romain — avec une ferveur non moins grande que celle qu’ils réservaient aux hommes saints. Les trois saintes, choisies comme co-patronnes d’Europe, ont toutes un lien spécial avec l’histoire du continent. Ainsi, Edith Stein, qui provenait d’une famille juive ; elle quitta sa brillante carrière de chercheuse pour devenir religieuse carmélite, sous le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix, et mourut dans le camp d’extermination d’Auschwitz. Elle est le symbole des drames de l’Europe de ce siècle. Quant à Brigitte de Suède et Catherine de Sienne, qui ont toutes deux vécu au XIVe siècle, elles travaillèrent inlassablement pour l’Église et se préoccupèrent de son sort au niveau européen… Toutes les trois expriment admirablement la synthèse entre la contemplation et l’action. Leurs vies et leurs œuvres témoignent, avec une grande éloquence, de la force du Christ ressuscité, vivant dans son Église : la force d’un amour généreux pour Dieu et pour l’homme, la force d’un authentique renouveau moral et civil. Dans ces nouvelles patronnes, si riches de dons que ce soit au plan surnaturel ou humain, les chrétiens et les communautés ecclésiales de toute confession peuvent trouver leur inspiration, ainsi que les citoyens et les États européens, pourvu qu’ils soient sincèrement engagés dans la recherche de la vérité et du bien commun.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape

     

     

  • « Tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. »

    Qui es-tu, douce lumière qui me combles
    et illumines les ténèbres de mon cœur ?
    Tu me guides comme la main d’une mère,
    et si tu me lâchais,
    je ne pourrais plus faire un seul pas.

    Tu es l’espace
    qui enveloppe mon être et l’abrite en toi.
    Abandonné de toi, il sombrerait dans le gouffre du néant
    d’où tu l’as tiré pour l’élever vers la lumière.
    Toi, plus proche de moi
    que je ne le suis de moi-même,
    plus intime que le tréfonds de mon âme,
    et cependant insaisissable et ineffable,
    au-delà de tout nom,
    Esprit Saint, Amour éternel !

    N’es-tu pas la douce manne
    qui du cœur du Fils
    déborde dans le mien,
    la nourriture des anges et des bienheureux ?
    Lui qui s’est relevé de la mort à la vie
    m’a éveillée moi aussi du sommeil de la mort à une vie nouvelle.
    Et jour après jour
    il continue de me donner une nouvelle vie,
    dont un jour la plénitude m’inondera tout entière,
    vie issue de ta vie, oui, toi-même,
    Esprit Saint, Vie éternelle !

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l’Europe
    Poésie Pentecôte 1942 (trad. Malgré la nuit, Ad solem 2002, p. 121)