L’humilité ouvre à la lumière

L’âme (…) doit se disposer aux emprises de la Sagesse d’amour. Si le don de soi provoque cette Sagesse, l’humilité l’attire irrésistiblement. C’est ce que la conduite de Notre-Seigneur dans l’Évangile nous découvre d’une façon lumineuse. (…) Tandis que Jésus laisse dans l’obscurité ou du moins dans la pénombre, même pour les siens, les vérités les plus importantes sur sa personne, voici que dès la première année de sa prédication il dévoile ses secrets à certaines âmes qui semblent les lui arracher.

Il s’agit de Nicodème, (…) un docteur de la Loi, membre du Sanhédrin : il fait partie de l’aristocratie religieuse et sociale de Jérusalem. Comme maints de ses collègues il a écouté et accueilli avec faveur Jésus à son premier voyage à Jérusalem. Il doit être cependant spécialement troublé et ému, car il prend la décision, lui docteur de la Loi, d’aller trouver et interroger Jésus, un homme qui n’a pas de lettres. Il ira pendant la nuit. La démarche est timide, mais non point sans mérite si on considère la qualité de Nicodème. Le dialogue s’engage. (…) Jésus semble prévenir les questions de Nicodème. (…) Le langage est élevé, digne d’un tel interlocuteur. Nicodème comprend de moins en moins. « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus répartit : « Tu es le docteur d’Israël, et tu ne sais pas cela ! » Le coup est direct, presque dur, donné par un homme sans lettres à un docteur de la Loi. Nicodème l’accepte sans protester. Il écoute maintenant et il comprend.

L’humiliation a ouvert son intelligence et par cette blessure bienfaisante Jésus verse à flots la lumière.

Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)