L’âme pénétrée de la lumière, comme le monde par le soleil

Tous les éléments sont distincts dans l’homme et respectent un ordre déterminé. L’âme apparaît tel un feu et, en elle, la raison est comme une lumière ; l’âme est pénétrée de la lumière de la raison comme le monde est illuminé par le soleil, ainsi, par la raison, elle peut prévoir et connaître toutes les œuvres de l’homme. (…)

Le soleil, obscurci par un nuage noir, caché sous la foudre, le tonnerre et des pluies abondantes, n’apparaît plus ; quand ceux-ci cessent, il répand à nouveau sa lumière. Ainsi en est-il de l’âme de l’homme, opprimée à tel point par le corps qu’elle agit selon les désirs de la chair et que la lumière intérieure de la raison s’enténèbre ; car la colère est comme la foudre, l’avidité comme le tonnerre, les désirs illicites de la chair comme des pluies torrentielles. Quand la pénitence l’a nettoyée de ses maux, elle brille de nouveau dans la clarté de la vraie lumière, illuminée par l’espoir de la délivrance et du salut. L’âme exhale alors la raison comme le feu solaire darde ses rayons, et, par elle, discerne ce qui est céleste et ce qui est terrestre.

L’âme de l’homme est affermie par le feu du soleil de l’Esprit Saint pour accomplir le bien, mais le froid de la paresse et de la négligence la débilite. Le feu de l’endurance et la componction de l’esprit, se mêlant, font produire à l’homme de bons fruits, ils le confortent et l’ornent en tout ce qui est utile pour que rien ne puisse le séparer du service et de l’amour de Dieu.

Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)