Catégorie : Saints et Saintes

  • Troisième dimanche de Carême

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    Jésus fatigué par la route s’assit sur la margelle du puits ; c’était environ la sixième heure. Là commencent les mystères ; ce n’est pas sans raison que Jésus est fatigué, lui la Force de Dieu… C’est pour toi que Jésus s’est fatigué en chemin. Nous trouvons Jésus, qui est la force même ; nous trouvons Jésus qui est faible ; Jésus fort et faible. Fort parce que « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu »… Veux-tu voir la force de Dieu ? « Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait » (Jn 1,1-2), et il a tout fait sans peine. Qui de plus fort que celui qui a fait tout l’univers sans effort ? Veux-tu connaître sa faiblesse ? « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).

    La force du Christ t’a créé ; la faiblesse du Christ t’a recréé. La force du Christ a donné l’existence à ce qui n’était pas ; la faiblesse du Christ a fait que ce qui était ne périsse pas. Il nous a créés par sa force, il nous a recherchés par sa faiblesse. C’est par sa faiblesse qu’il nourrit ceux qui sont faibles, comme la poule nourrit ses petits : « Combien de fois, dit-il à Jérusalem, ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ? » (Lc 13,34)…

    Telle est l’image de la faiblesse de Jésus fatigué de la route. Sa route c’est la chair qu’il a prise pour nous. Quel autre chemin prendrait-il, celui qui est partout, qui est partout présent ? Où va-t-il et d’où vient-il, sinon habiter parmi nous et pour cela il a pris chair ? En effet, il a daigné venir à nous pour se manifester dans la forme de serviteur, et le chemin qu’il a choisi, c’est de prendre notre chair. C’est pourquoi « la fatigue du chemin » n’est rien d’autre que la faiblesse de la chair. Jésus est faible dans sa chair, mais toi, ne te laisse pas aller à la faiblesse. Toi, sois fort dans sa faiblesse à lui. Parce que « ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Co 1,25). La faiblesse du Christ est notre force.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, n°15, 6-7 (trad. AELF rev.)

     

     

     

  • Le mystère de la vigne de Dieu

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    Frères, si dans la vigne du Seigneur nous voyons l’Église, ce n’est pas une mince prérogative de l’Église que d’avoir étendu ses limites sur toute la terre…

    J’entends par là cette foule des premiers croyants dont il est dit « qu’ils n’étaient tous ensemble qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4,32)… Car la persécution ne l’a pas si brutalement déracinée quelle n’ait pu être replantée ailleurs et louée à d’autres vignerons, qui, la saison venue, lui ont fait porter des fruits. Elle n’a pas péri, elle a changé de sol ; mieux, elle y a gagné en force ainsi qu’en étendue, comme la vigne bénie du Seigneur. Frères, levez donc les yeux, et vous verrez « que son ombre a couvert les collines, que ses pampres sont des cèdres de Dieu, qu’elle a étendu ses sarments jusqu’à la mer et ses rejetons jusqu’au fleuve » (Ps 79,11-12).

    Ce n’est pas surprenant : elle est l’édifice de Dieu, le champ de Dieu (1Co 3,9). C’est lui qui la féconde, qui la propage, la taille et l’émonde, afin qu’elle produise davantage. Il ne va pas laisser sans soins une vigne que sa main droite a plantée (Ps 79,16) ; il ne va pas abandonner une vigne dont les pampres sont les apôtres, dont le cep est Jésus Christ, et dont lui, le Père, est le vigneron (Jn 15,1-5). Plantée dans la foi, elle plonge ses racines dans la charité ; labourée par l’obéissance, fertilisée des larmes du repentir, arrosée par la parole des prédicateurs, elle regorge d’un vin qui inspire la joie et non l’inconduite, vin de toute douceur, qui réjouit vraiment le cœur de l’homme (Ps 103,15)… Fille de Sion, console-toi en contemplant ce grand mystère ; ne pleure pas ! Ouvre ton cœur pour accueillir toutes les nations de la terre !

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    Sermon 30 sur le Cantique des Cantiques (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 362 rev.)

     

     

     

  • La vraie richesse et la vraie pauvreté

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    Quand je dis que Dieu n’incline pas son oreille vers le riche, n’allez pas en déduire, mes frères, que Dieu n’exauce pas ceux qui possèdent or et argent, domestiques et domaines. S’ils sont nés dans cet état et occupent ce rang dans la société, qu’ils se souviennent de cette parole de l’apôtre Paul : « Recommande aux riches de ce monde de ne pas céder à l’orgueil » (1Tm 6,17). Ceux qui ne cèdent pas à l’orgueil sont pauvres devant Dieu, qui incline son oreille vers les pauvres et les nécessiteux (Ps 85,1). Ils savent, en effet, que leur espérance n’est pas dans l’or ou l’argent ni dans ces choses dont on les voit regorger pour un temps. Il suffit que les richesses ne causent pas leur perte et que, si elles ne peuvent rien pour leur salut, elles n’y soient du moins pas un obstacle… Quand donc un homme méprise tout ce qui sert d’aliment à son orgueil, il est un pauvre de Dieu ; et Dieu incline vers lui son oreille, car il sait le tourment de son cœur.

    Sans doute, frères, ce pauvre Lazare couvert d’ulcères, qui gisait à la porte du riche, a été porté par les anges dans le sein d’Abraham ; voilà ce que nous lisons et croyons. Quant au riche qui était vêtu de pourpre et de lin fin et festoyait splendidement chaque jour, il a été précipité dans les tourments de l’enfer. Est-ce vraiment le mérite de son indigence qui a valu au pauvre d’être emporté par les anges ? Et le riche a-t-il été livré aux tourments par la faute de son opulence ? Il faut le reconnaître : en ce pauvre c’est l’humilité qui a été honorée, et ce qui a été puni dans le riche, c’est l’orgueil.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Les Discours sur les psaumes, Ps 85, 3 ; CCL 39, 1178 (trad. Orval)

     

     

     

  • Le mercredi de la 2e semaine de Carême

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    Jésus s’est déclaré lui-même la tête du Corps mystique dont nous sommes les membres. La vigne, c’est lui ; les sarments, c’est nous (Jn 15,5). Il s’est étendu sur le pressoir et s’est mis à le fouler ; il nous a donné ainsi le vin pour qu’en le buvant, nous puissions vivre de sa vie et partager ses souffrances. « Celui qui veut faire ma volonté, qu’il prenne chaque jour sa croix. Celui qui me suit a la lumière de la vie. Je suis le chemin. Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Lc 9,23; Jn 8,12; 14,6; 13,15). Et comme ses disciples eux-mêmes ne comprenaient pas que son chemin devait être un chemin de souffrance, il le leur expliquait en disant : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26)

    Alors le cœur des disciples brûlait en eux-mêmes (v. 32). La Parole de Dieu les enflammait. Et quand l’Esprit Saint est descendu sur eux comme une flamme divine pour les embraser (Ac 2), ils étaient alors heureux de souffrir mépris et persécution (Ac 5,41), car ainsi ils ressemblaient à celui qui les avait précédés sur le chemin de la souffrance. Les prophètes avaient déjà annoncé ce chemin de souffrance du Christ, et les disciples comprenaient enfin qu’il ne l’avait pas évité. De la mangeoire au supplice de la croix, pauvreté et manque de compréhension avaient été son lot. Il avait passé sa vie à enseigner aux hommes que le regard de Dieu sur la souffrance, la pauvreté, l’absence de compréhension humaine, est différent de la folle sagesse du monde (1Co 1,20)… Dans la croix est le salut. Dans la croix est la victoire. Dieu l’a voulu ainsi.

    Bienheureux Titus Brandsma, carme néerlandais, martyr (1881-1942)
    La Mystique de la souffrance (trad. Itinéraire spirituel, Parole et Silence 2003, p. 159)

     

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  • « Vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. »

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    Si quelqu’un trouve bon de désirer une haute charge dans l’Église (cf 1Tm 3,1), qu’il désire l’œuvre que celle-ci permet de réaliser et non l’honneur qui lui est attaché ; qu’il désire aider et servir tous les hommes, plutôt qu’être aidé et servi par tous. Car le désir d’être servi procède de l’orgueil, comme celui des pharisiens, et le désir de servir naît de la sagesse et de l’enseignement du Christ. Ceux qui cherchent les honneurs pour eux-mêmes sont ceux qui s’élèvent, et ceux qui se réjouissent d’apporter leur aide et de servir sont ceux qui s’abaissent pour que le Seigneur les élève.

    Le Christ n’a pas parlé ici de celui que le Seigneur élève, mais il a dit : « Celui qui s’élève lui-même sera abaissé », de toute évidence par le Seigneur. Il n’a pas parlé non plus de celui que le Seigneur abaisse, mais il a dit : « Celui qui s’abaisse volontairement sera élevé », en conséquence, par le Seigneur… Ainsi, à peine le Christ s’est-il réservé tout particulièrement le titre de « maître » qu’il invoque la règle de sagesse en vertu de laquelle « celui qui veut devenir grand doit être le serviteur de tous » (Mc 10,43)… Cette règle, il l’avait exprimée en d’autres termes : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29).

    Dès lors, quiconque veut être son disciple ne doit pas tarder à apprendre cette sagesse du Christ, car « tout disciple accompli sera comme son maître » (Lc 6,40). Au contraire, celui qui aura refusé d’apprendre la sagesse enseignée par le Maître, loin de devenir un maître, ne sera même pas un disciple.

    Saint Paschase Radbert (?-v. 849), moine bénédictin
    Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 10, 23 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 153 rev.)

     

     

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 6,36-38.

    letter-en ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
    Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés.
    Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »

     

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    La miséricorde est l’image de Dieu, et l’homme miséricordieux est, en vérité, un Dieu habitant sur la terre. De même que Dieu est miséricordieux pour tous, sans distinction aucune, de même l’homme miséricordieux répand ses bienfaits sur tous également.

    Mon fils, sois miséricordieux et répands des bienfaits sur tous, afin de t’élever au degré de la divinité… Prends garde de te laisser séduire par cette pensée que tu pourrais trouver attrayante : « Il vaut mieux que je sois miséricordieux pour celui qui est attaché à la foi que pour celui qui nous est étranger ». Ce n’est pas là la miséricorde parfaite imitant Dieu qui répand ses bienfaits sur tous, sans jalousie, « qui fait également lever son soleil et descendre sa pluie sur les bons et sur les méchants » (Mt 5,45)…

    « Dieu est amour » (1Jn 4,8) ; son essence est amour, et son amour est son essence même. Par son amour, notre Créateur a été poussé à produire notre création. L’homme qui possède la charité, c’est vraiment Dieu au milieu des hommes.

    Youssef Bousnaya (v. 869-979), moine syrien
    Vie et doctrine de Rabban Youssef Bousnaya par Jean Bar Kaldoum (trad. Chabot in Deseille, Evangile au désert, Cerf 1999, p. 325)

     

     

  • Deuxième dimanche de Carême

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    Il les emmena sur la montagne pour leur montrer la gloire de sa divinité et leur faire connaître qu’il était le Rédempteur d’Israël, comme il l’avait montré par ses prophètes… Ils l’avaient vu manger et boire, se fatiguer et prendre du repos, s’assoupir et dormir, subir l’effroi jusqu’aux gouttes de sueur, toutes choses qui ne semblaient guère en harmonie avec sa nature divine et ne convenir qu’à son humanité. Voilà pourquoi il les emmena sur la montagne, afin que le Père l’appelle son Fils et leur montre qu’il était vraiment son Fils, et qu’il était Dieu.

    Il les emmena sur la montagne et Il leur montra sa royauté avant de souffrir, sa puissance avant de mourir, sa gloire avant d’être outragé et son honneur avant de subir l’ignominie. Ainsi, lorsqu’Il serait pris et crucifié, ses apôtres comprendraient qu’il ne l’avait pas été par faiblesse, mais par consentement et de plein gré pour le salut du monde.

    Il les emmena sur la montagne et leur montra, avant sa résurrection, la gloire de sa divinité. Ainsi, lorsqu’il ressusciterait d’entre les morts dans la gloire de sa divinité, ses disciples reconnaîtraient qu’il ne recevait pas cette gloire en récompense de sa peine, comme s’il en avait besoin, mais qu’elle lui appartenait bien avant les siècles, avec le Père et auprès du Père, ainsi que lui-même le dit à l’approche de sa Passion volontaire : « Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde » (Jn 17,5).

    Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l’Église
    Sermon sur la Transfiguration (attrib.) 1,3-4 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 37)

     

     

     

  • Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons

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    « De ta miséricorde, Seigneur, la terre est remplie ; enseigne-moi tes volontés » (Ps 118,64). Comment la terre est-elle remplie de cette miséricorde du Seigneur sinon par la Passion de notre Seigneur Jésus Christ dont le psalmiste, qui la voyait de loin, célèbre en quelque sorte la promesse ? … Elle en est remplie, car la rémission des péchés a été donnée à tous. Le soleil a ordre de se lever sur tous, et c’est ce qui arrive chaque jour. C’est pour tous en effet que s’est levé au sens mystique le Soleil de Justice (Ml 3,20) ; il est venu pour tous, il a souffert pour tous, pour tous il est ressuscité. Et s’il a souffert, c’est bien pour « enlever le péché du monde » (Jn 1,29)…

    Mais si quelqu’un n’a pas foi dans le Christ, il se prive lui-même de ce bienfait universel. Si quelqu’un, en fermant ses fenêtres, empêche les rayons du soleil d’entrer, on ne peut pas dire que le soleil s’est levé pour tous, car cette personne s’est dérobée à sa chaleur. Pour ce qui est du soleil, il n’en est pas atteint ; pour celui qui manque de sagesse, il se prive de la grâce d’une lumière proposée à tous.

    Dieu se fait pédagogue ; il illumine l’esprit de chacun, y répandant la clarté de sa connaissance, à condition toutefois que tu ouvres la porte de ton cœur et que tu accueilles la clarté de la grâce céleste. Quand tu doutes, hâte-toi de chercher, car « celui qui cherche trouve et à celui qui frappe, on ouvrira » (Mt 7,8).

    Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
    Sermon 8 sur le psaume 118 (trad. Eds. Soleil levant, p. 100s ; cf AELF)

     

     

  • Le mercredi de la 1re semaine de Carême

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    Mes frères, si nous voulons parcourir les différents âges du monde, nous voyons partout la terre couverte des miséricordes du Seigneur, et les hommes enveloppés de ses bienfaits. Non, mes frères, ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon ; mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui… Il attend les pécheurs à la pénitence, et il les invite par les mouvements intérieurs de sa grâce et par la voix de ses ministres.

    Voyez comment il se comporte envers Ninive, cette grande ville pécheresse. Avant d’en punir les habitants, il commande à son prophète Jonas d’aller, de sa part, leur annoncer que, dans quarante jours, il allait les punir. Jonas, au lieu d’aller à Ninive, s’enfuit d’un autre côté. Il veut traverser la mer ; mais, bien loin de laisser les Ninivites sans avertissement avant de les punir, Dieu fait un miracle pour conserver son prophète, pendant trois jours et trois nuits dans le sein d’une baleine, qui, au bout de trois jours, le vomit sur la terre. Alors le Seigneur dit à Jonas : « Va annoncer à la grande ville, que dans quarante jours elle périra ». Il ne leur donne point de conditions. Le prophète, étant parti, annonça à Ninive que dans quarante jours elle allait périr.

    À cette nouvelle, tous se livrent à la pénitence et aux larmes, depuis le paysan jusqu’au roi. « Qui sait, leur dit le roi, si le Seigneur n’aura pas encore pitié de nous ? » Le Seigneur, les voyant recourir à la pénitence, semblait se réjouir d’avoir le plaisir de les pardonner. Jonas, voyant le temps échu pour les punir, se retira hors de la ville, afin d’attendre que le feu du ciel tombât sur elle. Voyant qu’il ne tombait pas : « Ah ! Seigneur, s’écrie Jonas, est-ce que vous m’allez faire passer pour un faux prophète ? Faites-moi plutôt mourir. Ah ! je sais bien que vous êtes trop bon, vous ne demandez qu’à pardonner ! –- Eh quoi ! Jonas, lui dit le Seigneur, tu voudrais que je fisse périr tant de personnes qui se sont humiliées devant moi ? Oh ! non, non, Jonas, je n’en aurais pas le courage ; au contraire, je les aimerai et les conserverai. »

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d’Ars
    Sermon pour le 3e dimanche après la Pentecôte

     

     

     

     

  • Le samedi après les Cendres

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    Le Christ en croix appelle à grands cris… Il offre la paix, il s’adresse à toi, désireux de te voir embrasser l’amour… : Considère ceci, bien-aimé ! Moi le Créateur sans limite, j’ai épousé la chair pour être capable de naître d’une femme. Moi, Dieu, je me suis présenté aux pauvres comme leur compagnon. C’est une mère humble que j’ai choisie. C’est avec les publicains que j’ai mangé. Les pécheurs ne m’ont pas inspiré d’aversion. Les persécuteurs, je les ai supportés. J’ai fait l’expérience des fouets, et c’est « jusqu’à la mort de la croix que je me suis abaissé » (Ph 2,8). « Qu’aurais-je dû faire que je n’aie fait ? » (Is 5,4) J’ai ouvert mon côté à la lance. Mes mains et mes pieds, je les ai laissé transpercer. Ma chair ensanglantée, pourquoi ne la regardes-tu pas ? Ma tête inclinée (Jn 19,30), comment n’y prêtes-tu nulle attention ? J’ai accepté d’être compté au nombre des condamnés, et voici que, submergé de souffrances, je meurs pour toi, afin que toi, tu vives pour moi. Si tu ne fais pas grand cas de toi-même, si tu ne cherches pas à te tirer des filets de la mort, repens-toi, du moins à présent, à cause de moi qui ai répandu pour toi le baume tellement précieux de mon propre sang. Regarde-moi sur le point de mourir, et arrête-toi sur la pente du péché. Oui, cesse de pécher : tu m’as coûté si cher !

    Pour toi je me suis incarné, pour toi aussi je suis né, pour toi je me suis soumis à la Loi, pour toi j’ai été baptisé, accablé d’opprobres, saisi, garrotté, couvert de crachats, moqué, flagellé, blessé, cloué à la croix, abreuvé de vinaigre, et enfin pour toi immolé. Mon côté est ouvert : saisis mon cœur. Accours, enlace mon cou : je t’offre mon baiser. Je t’ai acquis comme ma part d’héritage, en sorte que nul autre ne t’ait en sa possession. Remets-toi tout entier à moi qui me suis tout entier livré pour toi.

    Richard Rolle (v. 1300-1349), ermite anglais
    Le Chant d’amour, 32 (trad. SC 168, p. 357 / Orval rev.)