Catégorie : Saints et Saintes

  • Fête du Baptême de Notre Seigneur

    Je ne peux contenir ma joie, mon esprit exulte et tressaille. Je me sens presque emporté par l’ardeur de Jean pour annoncer la bonne nouvelle. C’est vrai que je ne suis pas Précurseur, mais comme lui je viens du désert. Le Christ est illuminé, resplendissons avec lui. Le Christ est baptisé, descendons avec lui pour pouvoir avec lui remonter nous aussi.

    Jean baptiste, Jésus s’avance : il vient sanctifier le Baptiste. Il vient noyer dans les eaux le vieil Adam tout entier et, avant cela, – et pour cela – sanctifier les eaux du Jourdain. Le Baptiste refuse et Jésus insiste. La lampe dit au Ciel, la voix au Verbe, l’ami à l’Époux : C’est moi qui devrais être baptisé par toi. Jésus répond : laisse donc. Ceci s’accomplit pour réaliser en toute sagesse le dessein de Dieu.

    Jésus remonte de l’eau entraînant et élevant le monde avec lui et il voit les cieux ouverts, ces cieux qu’autrefois Adam avait fermés pour lui et pour les siens, et ce paradis qui était comme scellé par un glaive de feu. Et l’Esprit témoigne de sa divinité ; il accourt vers son semblable, et une voix descend du ciel, car c’est du ciel que vient celui à qui on rend témoignage.

    Nous entourons d’honneur aujourd’hui le baptême du Christ et nous sommes en fête pour le célébrer. Purifions-nous. Rien n’est plus agréable à Dieu que le salut des hommes et leur retour, c’est la clef de tout enseignement et de tous les mystères. Il en sera ainsi si vous êtes comme une lumière dans le monde, comme une force vitale pour les autres hommes, et comme de petites lumières autour du Christ la grande lumière, reflétant sur vos traits sa splendeur céleste.

    Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

     

     

  • Épiphanie du Seigneur, Solennité

    « Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière ! » (Is 60,1) Sois bénie, Lumière « venue au nom du Seigneur » ! « Le Seigneur est Dieu et il a brillé sur nous » (Ps 117,26-27). Par sa bienveillance, ce jour sanctifié par l’illumination de l’Église a brillé sur nous. C’est pourquoi nous te rendons grâce, « Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1,9), et qui, pour cela précisément, es venue dans le monde en prenant une forme humaine. Elle resplendit Jérusalem, notre mère (Ga 4,26), mère de tous ceux qui ont mérité d’être illuminés ; elle éclaire désormais tous ceux qui sont dans le monde. Nous te rendons grâce, Lumière véritable : tu t’es faite lampe pour éclairer Jérusalem et pour que le Verbe, la Parole de Dieu, devienne « la lampe de mes pas » (Ps 118,105)… Et elle n’a pas seulement été illuminée, elle a été « élevée sur un lampadaire », tout en or massif (Mt 5,15; Ex 25,31). La voilà devenue « la ville située au sommet des montagnes » (Mt 5,14)…pour que son Évangile brille aussi loin que s’étendent les empires du monde…

    Dieu, toi qui illumines toutes les nations, pour toi nous avons chanté : « Le Seigneur va venir, il illuminera les yeux de ses serviteurs ». Maintenant tu es venue, ô ma Lumière : « Illumine mes yeux, pour que je ne m’endorme jamais dans la mort » (Ps 12,4)… Tu es venue, Lumière des croyants, et aujourd’hui tu nous as donné la joie d’être illuminés par la foi, qui est notre lampe. Donne-nous aussi toujours la joie de voir s’éclairer ce qui reste en nous de ténèbres…

    Voilà la route qu’il faut prendre, âme fidèle, pour parvenir à la patrie où « les ténèbres seront comme midi » (Is 58,10) et « la nuit sera claire comme le jour » (Ps 138,12). Alors « tu verras et tu seras radieuse, ton cœur s’émerveillera et se dilatera », lorsque toute la terre sera remplie de la majesté de la lumière infinie et que « sa gloire sera manifestée en toi » (Is 60,5.2)… « Venez, marchons à la lumière du Seigneur ! » (Is 2,5) Alors « en fils de lumière » nous marcherons « de clarté en clarté, comme conduits par le Seigneur qui est Esprit » (2Co 3,18).

    Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157)

     

     

     

  • « Table des origines de Jésus Christ »

    Il ne sert à rien de dire que notre Seigneur, fils de la Vierge Marie, est vraiment homme, si on ne croit pas qu’il l’est de la manière que proclame l’Évangile. Lorsque Matthieu nous parle de la « généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham », il dessine, à partir de l’origine de l’humanité, la lignée des générations jusqu’à Joseph à qui Marie était fiancée. Luc, au contraire, remonte les degrés successifs pour aboutir au commencement du genre humain, et il montre ainsi que le premier et le dernier Adam sont de la même nature (3,23s).

    Il était possible, certes, à la Toute-puissance du Fils de Dieu de se manifester pour l’instruction et la justification des hommes de la même manière qu’il était apparu aux patriarches et aux prophètes sous une forme charnelle ; par exemple, lorsqu’il luttait avec Jacob (Gn 32,25) ou qu’il engageait une conversation avec Abraham, acceptant le service de son hospitalité au point de prendre la nourriture qu’il lui présentait (Gn 18). Mais ces apparitions n’étaient que des signes, des images de l’homme dont elles annonçaient la réalité puisée aux racines de ces ancêtres.

    Le mystère de notre rédemption, disposé dès avant le temps, depuis l’éternité, aucune image ne pouvait l’accomplir. L’Esprit n’était pas encore descendu en la Vierge, et la puissance du Très-Haut ne l’avait pas encore couverte de son ombre (Lc 1,35). La Sagesse ne s’était pas encore construit une demeure pour que le Verbe s’y incarne et que, la nature de Dieu et celle de l’esclave s’unissant en une seule personne, le Créateur du temps naisse dans le temps, et celui par qui tout a été fait soit engendré parmi toutes les créatures. Si l’homme nouveau ne s’était assimilé à la chair du péché et chargé de notre vieillesse, s’il n’avait daigné, lui, consubstantiel au Père, prendre substance de sa mère et assumer notre nature – hormis le péché –, l’humanité serait maintenue prisonnière à la merci du démon, et nous ne pourrions jouir de la victoire triomphale du Christ, car elle aurait eu lieu en dehors de notre nature. C’est donc de l’admirable participation du Christ à notre nature que jaillit sur nous la lumière du sacrement de la régénération.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

  • Donne-moi la force de te chercher !

    Seigneur, notre Dieu, nous croyons en toi,
    Père, Fils et Saint-Esprit. (…)
    Autant que je l’ai pu,
    autant que tu m’en as donné le pouvoir,
    je t’ai cherché,
    j’ai désiré voir ce que j’ai cru,
    j’ai beaucoup débattu et travaillé.
    Seigneur, mon Dieu, mon unique espoir,
    permets que je ne me lasse jamais de te chercher,
    mais fais que je cherche toujours ardemment ta Face.
    Donne-moi la force de te chercher,
    toi qui m’a fait te trouver,
    toi qui m’a donné de plus en plus
    l’espoir de te trouver.
    Devant toi est ma fermeté et mon infirmité,
    garde celle-là, guéris celle-ci ;
    devant toi est ma force et mon ignorance.
    Là où tu m’as ouvert, accueille mon entrée ;
    là où tu m’as fermé, ouvre à mon appel ;
    accorde-moi de me souvenir de toi,
    de te comprendre,
    de t’aimer.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • Que je te suive avec amour et sagesse

    Reçois-moi, Père saint, dans ta très clémente paternité, afin que dans le stade de ce saint propos où, par ton amour, j’ai commencé à courir, je te reçoive toi-même comme récompense et éternel héritage (1 Co 9,24). Reçois-moi, Jésus très aimant, dans ta très douce fraternité : toi, porte avec moi tout le poids du jour et de la chaleur (Mt 20,12) et sois ma consolation dans tout mon labeur, compagnon de mon voyage, guide et associé. Reçois-moi, Esprit Saint, Dieu-amour, dans ta très aimante miséricorde et charité : sois le maître et le précepteur de toute ma vie et le plus tendre ami de mon cœur. (…)

    Renverse le mur de mon existence passée, ce mur qui m’isolait de toi (Is 5,5). Attire-moi à toi avec tant de violence que, ravie par la douceur de ton inextinguible tendresse, je te suive avec amour et sagesse. Ô miséricordieux Jésus, vouloir est à ma portée mais parfaire je n’en trouve pas le moyen : tire-moi donc de la fragilité de la condition humaine par l’aide de ta grâce (Rm 7,18), et tourne mon âme vers toi par la loi immaculée de ton amour. Alors je courrai sans me lasser dans la voie de tes commandements (Ps 118,32) ; je m’attacherai à toi d’une manière inséparable, et tu seras avec moi, ô mon Seigneur, m’aidant sans cesse et me fortifiant dans l’œuvre que j’ai entreprise par amour de ton amour.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • Reconnais, chrétien, ta dignité !

    Frères, bien-aimés, aujourd’hui, le Verbe de Dieu, Dieu, Fils de Dieu, qui au commencement était avec Dieu, par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait, pour délivrer l’homme de la mort éternelle, est devenu homme. Pour revêtir notre humilité sans que sa majesté en soit diminuée, il s’est tellement abaissé que, demeurant ce qu’il était et assumant ce qu’il n’était pas, il a uni la vrai nature du serviteur à celle dans laquelle il est égal à Dieu le Père. Rendons grâce, bien-aimés, à Dieu le Père, par son Fils, dans l’Esprit Saint, lui qui, à cause du grand amour dont il nous a aimés, a eu pitié de nous, et, « alors que nous étions morts par suite de nos péchés, nous a fait revivre dans le Christ » (Eph 2, 5) pour que nous soyons en lui une nouvelle œuvre de ses mains.

    « Dépouillons donc le vieil homme et ses actes » (Col 3,9), et, admis à participer à la naissance du Christ, renonçons à tout ce qui est selon la chair. Reconnais, chrétien, ta dignité, et, après avoir été fait participant de la nature divine, ne va pas retourner, par un comportement indigne de ta race, à ta bassesse première. Souviens-toi de quelle tête et de quel corps tu es membre. Rappelle-toi qu’arraché à l’empire des ténèbres, tu as été transféré dans le royaume de Dieu et sa lumière. Par le sacrement du baptême, tu es devenu le temple de l’Esprit Saint : ne va pas, par tes mauvaises actions, faire fuir loin de toi un tel hôte et te soumettre à nouveau à l’esclavage du diable ; ta rançon, c’est le sang du Christ, et il te jugera dans sa vérité, celui qui t’a racheté dans sa miséricorde.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

     

     

  • Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

    Puisqu’il a plu à l’éternelle Providence que l’Homme-Dieu nous fût donné par la Vierge, et puisque celle-ci, l’ayant eu de la féconde vertu du divin Esprit, l’a porté en réalité dans son sein, que reste-t-il si ce n’est que nous recevions Jésus des mains de Marie ?

    Aussi, voyons-nous que dans les Saintes Écritures, partout où est prophétisée la grâce qui doit nous advenir, partout aussi, ou peu s’en faut, le Sauveur des hommes y apparaît en compagnie de sa sainte Mère. Il sortira, l’Agneau dominateur de la terre, mais de la pierre du désert; elle montera, la fleur, mais de la tige de Jessé. À voir, dans l’avenir, Marie écraser la tête du serpent, Adam contient les larmes que la malédiction arrachait à son cœur. Marie occupe la pensée de Noé dans les flancs de l’arche libératrice; d’Abraham, empêché d’immoler son fils; de Jacob, contemplant l’échelle où montent et d’où descendent les anges; de Moïse, en admiration devant le buisson qui brûle sans se consumer; de David, chantant et sautant en conduisant l’arche divine; d’Élie, apercevant la petite nuée qui monte de la mer. Et, sans nous étendre davantage, nous trouvons en Marie, après Jésus, la fin de la loi, la vérité des images et des oracles. (…)

    Il suit de là, et Nous l’avons déjà insinué, que personne ne la vaut, non plus, pour unir les hommes à Jésus. Si, en effet, selon la doctrine du divin Maître, « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3) : comme nous parvenons par Marie à la connaissance de Jésus Christ, par elle aussi, il nous est plus facile d’acquérir la vie dont il est le principe et la source.

    Saint Pie X

     

     

  • Fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph

    La foi et la famille : Dans le cheminement d’Abraham vers la cité future (He 11,10), la lettre aux Hébreux fait allusion à la bénédiction qui se transmet de père en fils (11,20s). Le premier environnement dans lequel la foi éclaire la cité des hommes est donc la famille. Je pense surtout à l’union stable de l’homme et de la femme dans le mariage. Celle-ci naît de leur amour, signe et présence de l’amour de Dieu… Fondés sur cet amour, l’homme et la femme peuvent se promettre l’amour mutuel dans un geste qui engage toute leur vie et rappelle tant d’aspects de la foi. Promettre un amour qui soit pour toujours est possible quand on découvre un dessein plus grand que ses propres projets, qui nous soutient et nous permet de donner l’avenir tout entier à la personne aimée. La foi peut aider à comprendre toute la profondeur et toute la richesse de la génération d’enfants, car elle fait reconnaître en cet acte l’amour créateur qui nous donne et nous confie le mystère d’une nouvelle personne. C’est ainsi que Sara, par sa foi, est devenue mère, en comptant sur la fidélité de Dieu à sa promesse (He 11,11).

    En famille, la foi accompagne tous les âges de la vie, à commencer par l’enfance : les enfants apprennent à se confier à l’amour de leurs parents. C’est pourquoi, il est important que les parents cultivent en famille des pratiques communes de foi, qu’ils accompagnent la maturation de la foi de leurs enfants. Les jeunes surtout, traversant une période de la vie si complexe, riche et importante pour la foi, doivent ressentir la proximité et l’attention de leur famille et de la communauté ecclésiale dans leur processus de croissance dans la foi.

    Pape François

     

     

  • Fête des saints Innocents, martyrs

    « A la nouvelle de la naissance du Sauveur, Hérode devint soucieux, et tout Jérusalem avec lui » (Mt 2,3)… C’est le mystère de la Passion que préfigurait déjà la myrrhe des mages ; on fait massacrer sans pitié des nouveau-nés… Que signifie cette tuerie d’enfants ? Pourquoi oser un crime si horrible ? « C’est que, disent Hérode et ses conseillers, un signe étrange a paru dans le ciel ; il annonce aux mages la venue d’un autre roi. » Comprends-tu, Hérode, ce que sont ces signes avant-coureurs ?… Si Jésus est maître des astres, n’est-il pas à l’abri de tes attaques ? Tu crois avoir le pouvoir de faire vivre ou mourir, mais tu n’as rien à craindre de quelqu’un de si doux. Dieu le soumet à ta puissance ; pourquoi conspirer contre lui ?…

    Mais laissons là le deuil, « la plainte amère de Rachel qui pleure ses enfants » — car aujourd’hui le Soleil de justice (Ml 3,20) dissipe les ténèbres du mal et répand sa lumière sur toute la nature, lui qui assume notre nature humaine… En cette fête de la Nativité « les portes de la mort sont fracassées, les barres de fer sont brisées » ; aujourd’hui, « s’ouvrent les portes de la justice » (Ps 107,16; 118,19)… Car par un homme, Adam, est venue la mort ; aujourd’hui par un homme vient le salut (Rm 5,18)… Après l’arbre du péché se dresse l’arbre de la bonté, la croix… Aujourd’hui commence le mystère de la Passion.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

     

  • Fête de saint Jean, apôtre et évangéliste

    « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, et que nos mains ont touché, c’est le Verbe de la vie » (1Jn 1,1). Y a-t-il quelqu’un qui touche de ses mains le Verbe de la vie, sinon parce que « le Verbe s’est fait chair et qu’il a établi sa demeure parmi nous » ? (Jn 1,14) Or, ce Verbe qui s’est fait chair pour être touché de nos mains a commencé d’être chair dans le sein de la Vierge Marie. Mais il n’a pas alors commencé d’être le Verbe, car il était « depuis le commencement », dit saint Jean. Voyez comme sa lettre confirme son évangile, où vous avez entendu lire : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était avec Dieu. »

    Peut-être que certains comprennent le « Verbe de la vie » comme une formule quelconque pour désigner le Christ, et non pas précisément le corps du Christ, que les mains ont touché. Mais voyez la suite : « Oui, la vie s’est manifestée. » Le Christ est donc le Verbe de la vie. Et comment cette vie s’est-elle manifestée ? Car, même si elle était dès le commencement, elle ne s’était pas manifestée aux hommes : elle s’était manifestée aux anges, qui la voyaient et qui s’en nourrissaient comme de leur pain. C’est ce que dit l’Écriture : « L’homme a mangé le pain des anges » (Ps 77,25).

    Donc, la Vie elle-même s’est manifestée dans la chair : elle a été placée en pleine manifestation afin qu’une réalité visible seulement par le cœur puisse être visible aussi aux yeux, afin de guérir les cœurs. Car seul le cœur voit le Verbe, la chair ne le voit pas. Nous étions capables de voir la chair mais pas le Verbe. Le Verbe s’est fait chair (…) pour guérir en nous ce qui nous rend capables de voir le Verbe (…) « Nous portons témoignage, dit saint Jean, nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous » (1Jn 1,2).

    Saint Augustin (354-430)