Catégorie : Année liturgique

  • Saint Barnabé, apôtre, mémoire

    Vous pouvez, vous aussi, si vous le voulez, mériter ce beau nom de messager de Dieu. En effet, si chacun de vous, selon ses possibilités, dans la mesure où il en a reçu l’inspiration du ciel, détourne son prochain du mal, s’il prend soin de l’amener au bien, s’il rappelle à l’égaré le Royaume ou le châtiment qui l’attendent dans l’éternité, il est évidemment un messager des saintes paroles de Jésus. Et que personne ne vienne dire : Je suis incapable d’instruire les autres, de les exhorter. Faites du moins votre possible, pour qu’un jour on ne vous demande pas compte du talent reçu et malheureusement conservé. Car celui qui a préféré cacher son talent plutôt que de le faire valoir n’avait pas reçu plus d’un talent, lui non plus (Mt 25,14s)…

    Entraînez les autres avec vous ; qu’ils soient vos compagnons sur la route qui mène à Dieu. Quand, en allant sur la place ou aux bains publics, vous rencontrez quelque désœuvré, invitez-le donc à vous accompagner. Car vos actions quotidiennes elles-mêmes servent à vous unir aux autres. Vous alliez à Dieu ? Essayez de ne pas y arriver seuls. Que celui qui, dans son cœur, a déjà entendu l’appel de l’amour divin en tire pour son prochain une parole d’encouragement.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

  • Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église

    Oh ! je voudrais chanter, Marie, pourquoi je t’aime
    Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur
    Et pourquoi la pensée de ta grandeur suprême
    Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur.
    Si je te contemplais dans ta sublime gloire
    Et surpassant l’éclat de tous les bienheureux
    Que je suis ton enfant je ne pourrais le croire
    Ô Marie, devant toi, je baisserais les yeux !…

    Il faut pour qu’un enfant puisse chérir sa mère
    Qu’elle pleure avec lui, partage ses douleurs
    Ô ma Mère chérie, sur la rive étrangère
    Pour m’attirer à toi, que tu versas de pleurs !….
    En méditant ta vie dans le saint Evangile
    J’ose te regarder et m’approcher de toi
    Me croire ton enfant ne m’est pas difficile
    Car je te vois mortelle et souffrant comme moi… (…)

    Ô Vierge Immaculée, des mères la plus tendre
    En écoutant Jésus, tu ne t’attristes pas
    Mais tu te réjouis qu’Il nous fasse comprendre
    Que notre âme devient sa famille ici-bas
    Oui tu te réjouis qu’Il nous donne sa vie,
    Les trésors infinis de sa divinité !…
    Comment ne pas t’aimer, ô ma Mère chérie
    En voyant tant d’amour et tant d’humilité ?

    Tu nous aimes, Marie, comme Jésus nous aime
    Et tu consens pour nous à t’éloigner de Lui.
    Aimer c’est tout donner et se donner soi-même
    Tu voulus le prouver en restant notre appui.
    Le Sauveur connaissait ton immense tendresse
    Il savait les secrets de ton cœur maternel,
    Refuge des pécheurs, c’est à toi qu’Il nous laisse
    Quand Il quitte la Croix pour nous attendre au Ciel. (…)

    La maison de Saint Jean devient ton seul asile
    Le fils de Zébédée doit remplacer Jésus…
    C’est le dernier détail que donne l’Evangile
    De la Reine des Cieux il ne me parle plus.
    Mais son profond silence, ô ma Mère chérie
    Ne révèle-t-il pas que Le Verbe Eternel
    Veut Lui-même chanter les secrets de ta vie
    Pour charmer tes enfants, tous les Elus du Ciel ?

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

  • Ô Seigneur, envoie ton Esprit !

    Le Seigneur dit dans l’évangile de ce jour : « Le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26). Le Père a envoyé le Paraclet au nom du Fils, pour la gloire du Fils, pour manifester la gloire du Fils.

    « Lui, dit-il, vous enseignera », pour que vous sachiez ; il « vous rappellera » (Jn 14,26), vous exhortera pour que vous vouliez. La grâce de l’Esprit donne le savoir et le vouloir. C’est pourquoi, nous chantons dans la messe de ce jour : « Viens, Esprit Saint, pénètre le cœur de tes fidèles ! », pour qu’ils aient la science, « qu’ils soient brûlés au feu de ton amour ! », pour qu’ils aient la volonté de traduire en pratique ce qu’ils savent. De même que l’on chante : « Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! » Nous trouvons cette pensée dans cette Lamentation de Jérémie : « D’en haut il envoie un feu qu’il a fait descendre dans mes os pour m’instruire » (cf. Lm 1,13). Le Père d’en haut, du Fils, envoie aujourd’hui un feu, l’Esprit Saint, dans mes os, dans les apôtres, commente l’Église, et par eux il m’instruit pour que je sache et je veuille. (…)

    L’Esprit Saint donne le savoir et le vouloir : présentons-lui le pouvoir qui est dans nos possibilités et nous deviendrons le temple du Saint-Esprit. Prions le Fils de l’envoyer sur nous, lui qui est béni dans les siècles, Amen ! (…) Prions-le avec ferveur ; demandons-lui de nous envoyer le Paraclet qui nous le fera connaître et aimer afin de mériter de parvenir jusqu’à Lui.

    Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

  • Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

    La plénitude du Christ descend sur chacun d’entre nous. Nous recevons sa grâce qui nous fait participer à sa filiation divine et à tous ses privilèges. Nous sommes fils et héritiers du Père comme lui ; nous sommes prêtres et rois avec lui. (…) Notre participation au Christ n’est pas seulement réceptive, mais elle est active.

    Le Christ montant au Père a envoyé l’Église dans le monde, comme son Père l’avait envoyé, pour prêcher, baptiser et sauver. La vie qu’il répand est amour. Cet amour, parce que bien diffusif de soi, est toujours en marche pour de nouvelles conquêtes. Ceux qu’il a envahis sont entraînés aussi dans son mouvement et deviennent des instruments de son action, des canaux de la vie qu’il répand. Telle est l’Église dont le Christ est la tête : « C’est par lui que le corps entier, joint et uni par tous les liens qui le desservent, chaque membre gardant d’ailleurs son opération propre, réalise sa croissance organique et monte comme un édifice dans la charité. » (Ep 4,16 Vg)

    Telle est la pensée de Dieu qui se réalise progressivement, mais sûrement, malgré tous les obstacles, à travers les siècles. C’est la grande réalité, le fait qui domine l’histoire des peuples et du monde. Elle est la fin et la raison de toutes choses. Aussi, lorsque le Christ total sera parvenu « à l’état d’homme parfait, à la mesure de la taille qui convient au complément du Christ » (Ep 4,13 Vg), la figure de ce monde passera et la réalité apparaîtra : celle du Christ « en qui Dieu a déployé la force de son bras lorsqu’il l’a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à sa droite, au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute autorité », en qui il a réalisé son dessein en le donnant « comme tête à l’Église qui est son corps », et en assurant « l’achèvement de celui qui n’est totalement parfait qu’avec ses membres » (Ep 1,20-23 Vg).

    Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)

  • Tu es ressuscité d’entre les morts et tu as sauvé le monde !

    Tu as été élevé sur la croix, tu as eu le côté percé d’une lance en ta chair par les impies : c’était à cause d’Adam égaré. car tu voulais l’arracher à la haine de l’Ennemi, Sauveur, et par ta résurrection sauver l’être façonné par tes mains de l’antique malédiction. Chantons donc au Christ notre Dieu, parce qu’il s’est couvert de gloire !

    Tu es ressuscité d’entre les morts et tu as sauvé le monde de la corruption, toi le Tout-Puissant, par ta puissance divine ; tu t’es fait voir aux Porteuses de parfum, Seigneur notre bienfaiteur, avec ce mot : « Réjouissez-vous ! », les envoyant annoncer la divine résurrection. Chantons donc au Christ notre Dieu, parce qu’il s’est couvert de gloire !

    Deux anges se sont fait voir dans le tombeau, Sauveur, annonçant aux femmes ta résurrection d’entre les morts, et ils les ont envoyées vers Sion proclamer aux disciples ta divine et radieuse résurrection en s’écriant d’une voix éclatante : « Le Seigneur crucifié s’est relevé de la tombe le troisième jour ! » (…)

    Du sépulcre, au bout de trois jours, toi seul, Sauveur, tu t’es relevé, réveillant, ô Bienfaiteur, les captifs de l’Hadès et les soustrayant à la condamnation jadis encourue à cause du serpent, car c’est toi qui est la Vie et la Résurrection.

    Applaudissez des deux mains, toutes les nations, le Christ ressuscité, car Dieu régnera pour l’éternité, après avoir brisé l’empire de la Mort et nous avoir tous arrachés à la condamnation à mort.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

     

     

     

  • Le samedi saint (Veillée Pascale)

    « Ciel, exulte ! Et toi, terre, réjouis-toi ! » (cf Ps 95,11) Ce jour a resplendi pour nous de l’éclat du tombeau, plus qu’il n’a brillé des rayons du soleil. Que les enfers acclament, car ils ont désormais une issue ; qu’ils se réjouissent, car c’est pour eux le jour de la visite ; qu’ils exultent, car ils ont vu, après des siècles et des siècles, une lumière qu’ils ne connaissaient pas, et dans l’obscurité de leur nuit profonde ils ont enfin respiré ! O belle lumière que l’on a vue poindre du sommet du ciel blanchissant…, tu as revêtu de ta clarté soudaine « ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort » (Lc 1,79). Car, à la descente du Christ, l’éternelle nuit des enfers a resplendi aussitôt et les cris des affligés ont cessé ; les liens des condamnés se sont rompus et sont tombés ; les esprits malfaisants ont été saisis de stupeur, comme frappés d’un coup de tonnerre…

    Dès que le Christ descend, les sombres portiers, aveugles dans leur noir silence et courbant le dos sous la crainte, murmurent entre eux : « Qui est ce redoutable, éblouissant de blancheur ? Jamais notre enfer n’en a reçu de pareil ; jamais le monde n’en a rejeté de pareil dans notre gouffre… S’il était coupable, il n’aurait pas cette audace. Si quelque délit le noircissait, il ne pourrait jamais dissiper nos ténèbres par son éclat. Mais s’il est Dieu, que fait-il au tombeau ? S’il est homme, comment ose-t-il ? S’il est Dieu, pourquoi vient-il ? S’il est homme, comment délivre-t-il les captifs ? … Oh, cette croix qui déjoue nos plaisirs et qui enfante notre malheur ! Le bois nous avait enrichis et le bois nous ruine. Cette grande puissance, toujours redoutée des peuples, a péri ! »

    Eusèbe le Gallican (5e siècle)

     

     

     

  • Le jeudi saint

    Le mystère salvifique de la Croix,
    Tu l’as révélé et montré le soir ;
    Et ton corps, source de vie,
    Tu l’as distribué et donné comme la Coupe.

    Daigne avec la sainte Assemblée
    Me rendre moi aussi participant à la Table,
    À ton Pain de Vie dont je suis affamé,
    Et à ton Breuvage dont je suis altéré.

    Tu as lavé dans le bassin
    Avec tes mains pures leurs pieds,
    Et Tu as enseigné l’humilité
    D’abord en parole, à cette heure-là en acte.

    Lave aussi la fange de mes méchancetés
    Par les supplications de la sainte Compagnie
    Et dirige la marche de mes pieds
    Par la voie de l’humilité vers le Ciel.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

     

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    Pourquoi le Fils de Dieu est-il né d’une Vierge ?… Il fallait un mode tout nouveau de naissance à celui qui allait consacrer un nouvel ordre de naissance. Isaïe avait prophétisé que le Seigneur annoncerait cette merveille par un signe. Quel signe ? « Voici qu’une vierge va concevoir et enfanter un fils. » Oui, la Vierge a conçu et enfanté l’Emmanuel, Dieu-avec-nous (Is 7,14; Mt 1,23). Le voilà, ce nouvel ordre de naissance : l’homme naît en Dieu parce que Dieu naît en l’homme ; Dieu se fait chair pour régénérer la chair par la semence nouvelle de l’Esprit et laver toutes ses souillures passées.

    Tout cet ordre nouveau a été préfiguré dans l’Ancien Testament, car dans le dessein divin le premier homme est né pour Dieu par l’intermédiaire d’une vierge. En effet, la terre était encore vierge, le travail de l’homme ne l’avait pas touchée, la semence n’y avait pas été jetée, quand Dieu l’a prise pour en façonner l’homme et en faire « un être vivant » (Gn 2,5.7). Si donc le premier Adam a été formé de la terre, il est juste que le second, celui que l’apôtre Paul appelle « le nouvel Adam » soit lui aussi tiré par Dieu d’une terre vierge, c’est-à-dire d’une chair dont la virginité demeurait inviolée, pour devenir « Esprit qui donne la vie » (1Co 15,45). (…)

    Quand il a voulu recouvrer « son image et sa ressemblance » (Gn 1,26) tombée au pouvoir du démon, Dieu a agi de la même façon qu’au moment où il l’avait créée. Ève était encore vierge quand elle a accueilli la parole qui allait produire la mort ; c’était donc aussi dans une vierge que devait descendre la Parole de Dieu qui allait élever l’édifice de la Vie (…). Ève avait donné sa foi au serpent ; Marie a eu foi en Gabriel. Le péché qu’Ève avait commis en croyant, c’est en croyant que Marie l’a effacé (…). La Parole du diable a été pour Ève la semence de son humiliation et de ses douleurs dans l’enfantement (Gn 3,16), et elle a mis au monde le meurtrier de son frère (4,8). Au contraire, Marie a mis au monde un fils qui devait sauver Israël, son frère.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

     

     

  • Le mercredi des Cendres

    Mes frères, nous commençons aujourd’hui le grand voyage du Carême. Emportons donc dans notre navire toute notre provision de nourriture et de boisson, en plaçant sur la caisse la miséricorde abondante dont nous aurons besoin. Car notre jeûne a faim, notre jeûne a soif, s’il ne se nourrit pas de bonté, s’il ne se désaltère pas de miséricorde. Notre jeûne a froid, notre jeûne défaille, si la toison de l’aumône ne le couvre pas, si le vêtement de la compassion ne l’enveloppe pas.

    Frères, ce que le printemps est pour les terres, la miséricorde l’est pour le jeûne : le vent doux printanier fait fleurir tous les bourgeons des plaines ; la miséricorde du jeûne fait pousser toutes nos semences jusqu’à la floraison, leur fait porter fruit jusqu’à la récolte céleste. Ce que l’huile est pour la lampe, la bonté l’est pour le jeûne. Comme la matière grasse de l’huile allume la lumière de la lampe et, avec une aussi faible nourriture, la fait luire pour le réconfort de toute une nuit, ainsi la bonté fait resplendir le jeûne : il jette des rayons jusqu’à atteindre le plein éclat de la continence. Ce que le soleil est au jour, l’aumône l’est pour le jeûne : la splendeur du soleil accroît l’éclat du jour, dissipe l’obscurité des nuées ; l’aumône accompagnant le jeûne en sanctifie la sainteté et, grâce à la lumière de la bonté, chasse de nos désirs tout ce qui pourrait être mortifère. Bref, ce que le corps est pour l’âme, la générosité en tient lieu pour le jeûne : quand l’âme se retire du corps, elle lui apporte la mort ; si la générosité s’éloigne du jeûne, c’est sa mort.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

  • Chaire de saint Pierre, apôtre, fête

    Tu as reçu la charge du sacerdoce. Assis à la poupe de l’Église, tu pilotes le navire au milieu des flots. Tiens le gouvernail de la foi afin de ne point chavirer parmi les graves tempêtes de ce siècle. La mer est grande et vaste, mais ne crains pas ; car c’est le Seigneur qui a établi la terre sur les mers et l’a fondée sur les fleuves (cf. Ps 23,2). Il est donc normal qu’au milieu d’un monde si agité, l’Église du Seigneur, bâtie sur la pierre des apôtres, demeure stable et tienne bon sur sa base inébranlable contre les assauts furieux de la mer (cf. Mt 16,18). Elle est entourée par les flots mais n’en est pas ébranlée ; et, bien que les éléments de ce monde retentissent d’une immense clameur, elle offre cependant à ceux qui peinent la grande sécurité d’un havre de salut.

    Même lorsqu’elle est un esquif balloté sur la mer, elle demeure l’Église dont les eaux courent dans les fleuves, ces grands fleuves dont il est dit : « Les fleuves ont élevé leurs voix » (Ps 92,3). Des fleuves, en effet, jaillissent du sein de l’Église abreuvée par le Christ et réceptacle de l’Esprit de Dieu (cf. Jn 7,38). Ces fleuves, lorsqu’ils demeurent de grâce spirituelle, élèvent leur voix. Il y a un fleuve qui s’écoule dans les hommes de Dieu comme un torrent (cf. Is 66,12), fleuve dont l’impétuosité réjouit l’âme pacifique et tranquille. Celui qui reçoit de l’abondance de ce fleuve, comme Jean l’évangéliste, ou come Pierre et Paul, celui-là élève sa voix ; et de même que les apôtres ont répandu, par leur prédication, la parole évangélique jusqu’au bout du monde, celui-là aussi se met à prêcher l’évangile du Seigneur Jésus.

    Saint Ambroise (v. 340-397)