Catégorie : Année liturgique

  • « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit. »

    Au début de son pèlerinage de foi, la foi de Marie rencontre la foi de Joseph. Si Élisabeth a dit de la Mère du Rédempteur : « Bienheureuse celle qui a cru » (Lc 1,45), on peut en un sens attribuer aussi cette béatitude à Joseph, car il a répondu affirmativement à la Parole de Dieu quand elle lui a été transmise en ce moment décisif. Joseph, il est vrai, n’a pas répondu à l’annonce de l’ange comme Marie, mais il « fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse ». Ce qu’il a fait est pure « obéissance de la foi » (Rm 1,5).

    On peut dire que ce qu’a fait Joseph l’unit d’une manière toute spéciale à la foi de Marie ; il a accepté comme une vérité venant de Dieu ce qu’elle avait déjà accepté lors de l’Annonciation. Le Concile Vatican II dit : « À Dieu qui révèle est due l’obéissance de la foi par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu dans un complet hommage d’intelligence et de volonté à Dieu qui révèle et dans un assentiment volontaire à la révélation qu’il fait » (Dei Verbum, 5). Cette phrase, qui touche à l’essence même de la foi, s’applique parfaitement à Joseph de Nazareth.

    Il est devenu donc d’une façon singulière le dépositaire du mystère « tenu caché depuis les siècles en Dieu » (Ep 3,9), de même que Marie l’est devenue en ce moment décisif appelé par l’apôtre Paul « la plénitude du temps », lorsque « Dieu envoya son Fils, né d’une femme… afin de racheter les sujets de la Loi, pour leur conférer l’adoption filiale » (Ga 4,4-5)… Joseph est, avec Marie, le premier dépositaire de ce mystère divin… En ayant devant les yeux le texte des deux évangélistes Matthieu et Luc, on peut dire également que Joseph est le premier à participer à la foi de la Mère de Dieu et qu’ainsi il soutient son épouse dans la foi à l’Annonciation divine ; il est placé le premier par Dieu sur le chemin du pèlerinage de foi de Marie… Le chemin personnel de Joseph, son pèlerinage de foi, se conclura le premier… ; cependant, le chemin de foi de Joseph suit la même direction.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

  • Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie

    Sois adoré, Dieu miséricordieux,
    Parce que Tu as daigné T’abaisser du ciel jusqu’à la terre.
    Nous Te louons en grande humilité,
    Pour avoir daigné élever tout le genre humain.

    Insondable et inconcevable dans Ta miséricorde,
    Tu prends un corps, par amour pour nous,
    D’une Vierge immaculée, qui ne fut jamais effleurée par le péché,
    Car telle était Ta prédilection depuis les siècles.

    La Vierge sainte, ce lis blanc comme neige,
    Adore la première la toute-puissance de Ta miséricorde.
    Pour la venue du Verbe, Son Cœur pur – s’ouvre avec amour,
    Elle croit aux paroles du Messager divin et s’affermit dans la confiance.

    Le ciel s’est étonné que Dieu se soit fait homme,
    Qu’il y ait sur terre un cœur digne de Dieu lui-même.
    Pourquoi ne t’unis-Tu pas à un Séraphin, mais à un pécheur ?
    Oh ! car c’est un mystère de Ta miséricorde,
    Malgré la pureté du cœur virginal.

    Ô mystère de la miséricorde divine, ô Dieu de pitié,
    Tu as daigné abandonner le trône céleste,
    Et Tu T’es abaissé vers notre misère, vers la faiblesse humaine,
    Car ce n’est pas aux anges, mais à l’homme que la miséricorde est nécessaire.

    Pour exprimer dignement la miséricorde du Seigneur,
    Nous nous unissons à Ta Mère Immaculée,
    Notre hymne Te sera plus agréable alors,
    Car Elle est choisie d’entre les anges et les hommes.

    Par Elle, comme par un pur cristal,
    Ta miséricorde est venue jusqu’à nous,
    Par Elle, l’homme est devenu agréable à Dieu,
    Par Elle s’écoulent sur nous les torrents de toutes grâces.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

  • Premier Dimanche de l’Avent

    « Mon Dieu, venez à mon aide, hâtez-vous, Seigneur, de me secourir ! » (Ps 69,2) Ce verset doit être notre constante prière : dans l’adversité, pour en être délivrés ; dans la prospérité, pour y être maintenus, et préservés de l’orgueil. Oui, qu’il soit l’occupation continuelle de votre cœur !

    Au travail, dans vos divers offices, en voyage, ne vous pas lassez pas de le répéter. Soit que vous mangiez, soit que vous dormiez, dans tous les assujettissements de la nature, méditez-le. Cette pensée vous deviendra une formule de salut, qui non seulement vous gardera contre toutes les attaques des démons, mais encore vous purifiera de tout vice et de toute impureté terrestre, et par là vous élèvera jusqu’à la contemplation des choses célestes et invisibles, à cette ardeur ineffable de prière que si peu connaissent d’expérience. Que le sommeil vous ferme les yeux sur ces paroles, tant qu’à force de les redire, vous preniez l’habitude de les répéter même en dormant. Qu’elles soient, au réveil, la première choses qui se présente à votre esprit, avant toute autre pensée. Dites-les à genoux, au sortir du lit, et qu’elles vous accompagnent ensuite en toutes vos actions, sans vous quitter jamais. Vous les méditerez, selon le précepte de Moïse, « assis dans votre maison et marchant par les chemins » (Dt 6,7 LXX), en dormant et en vous levant. Vous les écrirez sur vos lèvres, vous les graverez sur les murs de votre maison et dans le sanctuaire de votre cœur : en sorte qu’elles vous accompagnent comme votre unique refrain, lorsque vous vous prosternerez pour l’oraison, et quand, ensuite, vous vous relèverez pour suivre le train ordinaire de la vie, comme votre constante prière.

    Oui, que l’âme retienne incessamment cette parole, tant que, à force de la redire et méditer sans trêve, elle ait acquis la fermeté de refuser et rejeter loin de soi les richesses et les amples avoirs de toutes sortes de pensées, et que restreinte ainsi à la pauvreté de cet humble verset, elle parvienne par une pente facile, à la béatitude évangélique.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

  • Solennité du Christ, Roi de l’Univers

    Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables — une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix — se répandraient infailliblement sur la société tout entière. (…) Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu’ils commandent bien moins en leur propre nom qu’au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu’ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l’élaboration et l’application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés ! (…)

    Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s’étend un royaume, plus il embrasse l’universalité du genre humain, plus aussi — c’est incontestable — les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits ; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s’étendait de fait comme il s’étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre ? Il est venu « tout réconcilier » (Col 1,20) ; « il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28). « Maître de toutes créatures » (Ep 1,10), il a donné lui-même l’exemple de l’humilité et a fait de l’humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale. Il a dit encore : « Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger » (Mt 11,30).

    Pie XI

  • Commémoration de tous les fidèles défunts

    L’amour dont Dieu nous a aimés a délié par sa puissance les liens dans lesquels la mort nous tenait prisonniers. Désormais, celle-ci ne peut retenir qu’un instant ceux qu’il lui est permis de toucher. Car « le Christ est ressuscité, prémices de ceux qui se sont endormis » (1Co 15, 20). Il nous confirme dans la certitude que nous ressusciterons, par le mystère, l’exemple et le témoignage de sa propre résurrection ainsi que par la parole de sa promesse.

    Elle est forte, la mort capable de nous enlever le don de la vie ; il est fort, l’amour qui peut nous rendre à une vie meilleure. La mort est forte : sa puissance peut nous dépouiller de notre corps ; l’amour est fort : il a pouvoir d’arracher à la mort son butin et de nous le rendre. Elle est forte, la mort : nul homme ne peut lui résister ; il est fort, l’amour, à tel point qu’il triomphe de la mort, émousse son aiguillon, arrête son ambition, et renverse sa victoire. Elle sera en effet bafouée chaque fois qu’on lui dira : « Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? » (1 Co 15,55). « L’amour est fort comme la mort » (Ct 8,6), car la mort de la mort c’est l’amour du Christ, comme le suggère cette parole : « Mort, je serai ta mort ; enfer, je serai ta perte » (Os 13,14).

    L’amour dont nous aimons le Christ est, lui aussi, puissant comme la mort, car il est une sorte de mort : l’extinction de la vie ancienne, l’abolition des vices, l’abandon des œuvres de la mort. Cet amour que nous avons pour le Christ est comme une réponse à celui qu’il nous porte ; bien qu’il lui soit inégal, il est à son image. Lui nous a aimés le premier, et, par l’exemple d’amour qu’il nous a donné, il est devenu notre modèle et notre sceau. À nous de nous laisser empreindre à son image, de déposer le masque terrestre et de revêtir la figure céleste, à nous d’aimer le Christ comme il nous a aimés.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190)

  • Solennité de la Toussaint

    « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » Il s’agit ici des pleurs versés non point sur ceux qui sont morts selon la commune loi de nature, mais sur ceux qui le sont par leurs péchés et leurs vices. (…)

    « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice » Il ne suffit pas que nous voulions la justice, si nous n’en éprouvons pas la faim. Cela veut nous faire comprendre que nous ne sommes jamais assez justes, mais que nous devons toujours avoir faim des œuvres de justice.

    « Bienheureux les miséricordieux » La miséricorde ne se remarque pas seulement dans les aumônes, mais encore à l’occasion de tout péché de nos frères, si nous portons le fardeau les uns des autres.

    « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » Ceux qui n’ont aucun péché sur leur conscience. Le Pur se laisse voir au cœur pur. Le temple de Dieu ne saurait être souillé.

    « Bienheureux les pacifiques » Ceux qui font régner la paix dans leur cœur, puis parmi les frères divisés. Que sert en effet de faire la paix chez les autres s’il y a dans notre cœur la guerre des vices ?

    « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice » Il est spécifié : pour la justice. Beaucoup, en effet, souffrent persécution pour leurs péchés, sans être justes. (…)

    « Bienheureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira de vous toute sorte de mal » La malédiction qui doit être méprisée et qui nous vaut la béatitude est celle qui est proférée à faux par la bouche de celui qui maudit (…). Le Christ est-Il en cause, alors il faut souhaiter la malédiction.

    « Réjouissez-vous et exultez » Je ne sais qui de nous pourrait réaliser cela : voir sa réputation déchirée par la calomnie et se réjouir dans le Seigneur. Celui qui recherche la vaine gloire ne le peut. Nous devons donc nous réjouir, exulter pour que la récompense nous soit préparée dans les Cieux.

    Saint Jérôme (347-420)

  • Fête des saints Michel, Gabriel et Raphaël, archanges

    Tu as préparé les troupes des anges et les armées divines pour être les demeures accueillantes et les réceptacles vénérables de ta divine splendeur, les spectateurs de ta gloire, debout près de ton trône, exécutant avec force et efficacité ta parole et accomplissant énergiquement tes commandements, Ami de l’homme.

    Comme tu voulais, toi qui es bon, manifester l’abîme de ta bonté, Dieu sans commencement, tu as créé d’abord, par ton pouvoir tout-puissant et ton ordre divin, les chœurs des Anges et les cohortes des Puissances ; car il fallait, en vérité, que le bien se répandît et se propageât, de sorte que plus nombreux fussent les bénéficiaires de ta bonté, ô Maître.

    Les Séraphins aux six ailes, les Chérubins aux yeux sans nombre, t’entourent avec les Trônes sublimes, participant sans intermédiaire à ta splendeur primordiale ; les Dominations, les Principautés, les Puissances, les Archanges, les Anges et les Vertus divines, en acclamant ta gloire, Ô Tout-Puissant, te supplient en notre faveur.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

  • Notre Dame des Douleurs

    Le martyre de la Vierge est suggéré tant par la prophétie de Siméon que par le récit même de la Passion du Seigneur. « Celui-ci, dit le vieillard en parlant de l’enfant Jésus, est posé comme un signe de contradiction, et toi-même, ajoutait-il s’adressant à Marie, un glaive transpercera son âme » (Lc 2, 34-35). Oui, bienheureuse Mère, ton âme, un glaive l’a transpercé, et d’ailleurs, ce n’est qu’en la traversant qu’il pénétra dans la chair de ton Fils. De fait, lorsque ton Jésus ‒ qui est à tous, mais spécialement à toi ‒ eut rendu l’esprit, la lance cruelle n’atteignit pas son âme. Si, ne l’épargnant pas ‒ même mort ‒, elle lui ouvrit le côté, elle ne pouvait plus lui causer de douleur. Mais ton âme, elle l’a transperça : à ce moment, la sienne n’était plus là, mais la tienne ne pouvait absolument pas se détourner de lui. (…)

    Peut-être quelqu’un va dire : “Ne savait-elle pas d’avance qu’il devait mourir ?” Oui, indubitablement. “N’espérait-elle pas le voir ressusciter aussitôt ?” Si, en toute confiance. “Après cela, souffrit-elle quand il fut crucifié ?” Certainement, et avec quelle violence ! Alors qui es-tu donc, frère, et d’où te vient pareille sagesse de t’étonner plus de la compassion de Marie que de la passion du Fils de Marie ? Lui, il put mourir de la mort du corps et elle, n’aurait pu mourir avec lui de cœur ? Là, c’est l’œuvre d’un amour que personne ne surpasse ; ici, c’est le résultat d’un amour qui après le premier n’eut jamais son égal.

    Saint Bernard (1091-1153)

  • Fête de la Croix Glorieuse

    Non seulement nous n’avons pas à rougir de la mort de notre Seigneur Dieu, mais nous devons tirer d’elle la plus grande confiance et la plus grande fierté. En recevant de nous la mort qu’il a trouvée en nous, il nous a très fidèlement promis de nous donner en lui la vie que nous ne pouvions avoir de nous-mêmes. Et si celui qui est sans péché nous a aimés au point qu’il a subi pour nous, pécheurs, ce que nous aurions mérité par notre péché, comment ne nous donnera-t-il pas ce qui est justice, lui qui nous justifie ? Comment ne donnera-t-il pas leur récompense aux justes, lui qui est fidèle dans ses promesses et qui a subi la peine des coupables ?

    Reconnaissons sans trembler, mes frères, et proclamons que le Christ a été crucifié pour nous. Disons-le sans crainte et avec joie, sans honte et avec fierté. L’apôtre Paul l’a vu, lui qui en a fait un titre de gloire. Après avoir rappelé les nombreuses et grandes grâces qu’il tenait du Christ, il ne dit pas qu’il se glorifie de ces merveilles, mais il dit : « Pour moi, Dieu me garde de trouver ma fierté autre part que dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ » (Gal 6,14).

    Saint Augustin (354-430)

  • Fête de la Nativité de la Vierge Marie

    Rien ne fut jamais aussi proche de Dieu que la bienheureuse et tout admirable Vierge Marie. Quoi de plus pur ? Quoi de plus irréprochable ? Elle fut si passionnément aimée de Dieu, lumière suprême et infiniment pure, qu’il s’est mêlé substantiellement à elle par l’irruption du Saint-Esprit et est né d’elle, homme parfait, tout en gardant sa propre nature immuable et sans mélange. Quelle merveille !

    Dans son immense amour pour les hommes, Dieu n’a pas rougi de prendre pour mère celle qui était sa servante. Quelle condescendance ! Dans son infinie bonté, il n’a pas hésité à devenir l’enfant de celle qui l’avait lui-même façonnée. Il était vraiment épris de la plus gracieuse de ses créatures, et il s’empara de celle qui valait plus que les puissances du ciel. C’est bien à elle que s’appliquent ces paroles du prophète Zacharie : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion, car voici que je viens pour demeurer au milieu de toi, dit le Seigneur » (Zc 2,14). (…)

    “Réjouis-toi, maison du Seigneur, terre que Dieu a foulée de ses pas. Toi qui as contenu dans ta chair celui dont la divinité déborde tout lieu. De toi, celui qui est la simplicité même a pris la nature complexe de l’homme ; l’Éternel est entré dans le temps et l’infini dans les limites. « Réjouis, pleine de grâce » (Lc 1,28) : ton œuvre et ton nom sont plus réjouissants que toute joie. De toi est venue au monde la joie immortelle, le Christ, remède à la tristesse des hommes. Réjouis-toi, paradis plus heureux que le jardin d’Éden, où a germé toute vertu et poussé l’arbre de Vie”.

    Saint Théodore le Studite (759-826)